‹ Examen analytique et tableau comparatif des synchronismes de l'histoire des temps héroiques de la GrèceChapitre 8 sur 77 · SUR LA DATE DE LA PRISE DE TROIE · texte numérisé non relu

SUR LA DATE DE LA PRISE DE TROIE

M . Petit-Radel in’ayant fait l’honneur d’adopter dans son Tableau des généalogies grecques pendant les temps héroïques une base chronologique dont fa responsabilité m’appartient , je dois ici donner à ce sujet quelques explications. II s’agit des dates tirées des marbres de Paros ou de la chronique d’Eusèbe, et de la date de la prise de Troie Comme la détermination de ces dates repose sur des recherches et des théories encore inédites , et que leur expression toute nouvelle pourrait embarrasser les lecteurs de l’ouvrage de M. Petit-Radel , il est nécessaire d’indiquer brièvement d’après quels principes cette chronologie a été dressée.

La plus grande partie des difficultés que l’on remarque dans les renseignemens que les anciens nous ont transmis sur la chronologie de l’histoire grecque , durant les temps héroïques , provient de l’ignorance dans laquelle nous sommes restés jusqu’à présent sur la véritable longueur des années civiles qui furent en usage chez les anciens Grecs. Voici le moyen de faire disparaître presque toutes ces difficultés.

Des recherches entreprises dans le but de reconnoître quelles furent les diverses méthodes de calcul employées par les Grecs pour mesurer les temps aux diverses époques de leur histoire , m’ayant convaincu dès long - temps que leurs années avoient une durée moyenne de 575 jours, j’ai éinis cette assertion dans un ouvrage que j’ai publié en 1 820, intitulé , Nouvelles Recherches sur l’époque de la mort d’Alexandre , et toutes les observations chronologiques que j’ai faites depuis, ont achevé de me confirmer dans mon opinion. La

NOTE. 6

différence qui existe entre des années de cette espèce et celles qui sont indiquées par le cours du soleil , est d’un 37.* environ. 11 en résulte que toutes les diverses dates d’un même événement diffèrent entre elles dans cette proportion , soit que les auteurs anciens aient conservé dans leurs ouvrages les dates originales exprimées dans les monumens et qui étoient conçues selon les calendriers alors en usage, ou soit qu’ils aient tenu compte de la différence des calculs , en les ramenant par une réduction à la forme des années qui étoient employées de leur temps. Ce sont là les deux systèmes suivis par Eusèbe dans sa chronique et par l'auteur des marbres de Parus.

Cela étant , il est clair que les contradictions qui existent entre ces deux monumens ne sont plus qu’apparentes, et qu’étant le résultat d’une différence de calcul , il suffit , pour les faire disparoître, de tenir compte de cette différence. Ce travail seroit facile, s’il ne s’agissoit que d’opérer sur des renseignemens de la première sorte ; c’est-à-dire, sur des dates exprimées suivant l’usage des premiers temps. 11 suffiroit de connoître à quelle époque on a cessé de se servir de l’ancienne méthode, le reste iroit tout seul : mais les renseignemens antiques, qui sont le résultat de réductions, sont nombreux, et ils compliquent extraordinairement la question. La réduction présentoit en effet de grandes difficultés, à cause des nombreuses fractions qui viennent embarrasser les calculs. Tant qu’il ne s’agissoit que de supputer de grands espaces de temps , on s’en tiroit facilement; la fraction négligée 11’amenoit pas de grands inconvéniens. Il n’en étoit plus de même, quand il fàlloit calculer et disposer convenablement, les unes par rapport aux autres , les dates intermédiaires; l’oubli multiplié des fractions jetoit dans la chronologie le plus grand désordre , et produisoit une discordance extraordinaire entre les résultats partiels et les résultats généraux.

Quoique l’autre méthode 11e fût pas non plus l’expression de la vérité , elle ne présentoit pas à beaucoup près les mêmes inconvéniens, parce qu’elle avoit le double avantage de conserver

6 b NOTE.

exactement J'indicalion originale des faits et leur position relative : il suffisoit de se rappeler qu’il s’agissoit d’années d’une autre sorte. Les indications chronologiques d’Eusèbe , toutes empruntées à Éralosthène , sont exprimées en années réglées selon la dernière de ces méthodes. L’auteur des marbres de Paros a opéré au contraire une réduction ; mais il n’a pu l’exécuter de même dans les détails : c’est de là que provient la grande différence que l’on remarque entre ces deux ouvrages , pour ce qui concerne l’ensemble de leur chronologie, tandis qu’ils s’accordent parfaitement dans les détails.

Pour faire disparoître cette discordance , il suffit de connoître à quelle époque précise les Grecs abandonnèrent leur ancien calendrier , pour y substituer une forme d’années plus en rapport avec le cours des saisons. Ce point important une fois déterminé, il ne s’agit plus que de procéder en remontant et en tenant successivement compte de la différence des calendriers, pour avoir l’exacte correspondance des anciennes années grecques avec les années juliennes employées pour supputer le temps avant notre ère. On conçoit qu’une pareille méthode , quoique d’accord avec toutes les autorités déjà connues , doit donner des dates exprimées d’une façon toute nouvelle. Le résultat de cette opération est de mettre en l’an i 1 99 avant J. C. la date de la prise de Troie, fixée en l’an 1183 par Eratosthène, en l’an 1209 par les marbfes de Paros, et à bien d’autres époques par les divers systèmes chronologiques , dans lesquels on s’est attaché exclusivement à suivre quelques auteurs, sans s’occuper des moyens de rendre raison des différences que présentent les monumens de l’antiquité.

L’exposition de cette théorie , dont je ine borne ici à indiquer très-brièvement quelques résultats , sera présentée prochainement . avec tous ses développemens , dans une série de mémoires relatifs à l’ancienne chronologie de l’histoire grecque , que je compte lire dans les séances particulières de l’Académie des inscriptions et belleslettres. J. Saint-Martin.

Le Tableau dressé à l’appui de mon travail contient les résultats fixes des synchronismes partagés entre cinq cent cinquante-huit personnages choisis parmi les seize principales dynasties appartenant aux sept premiers siècles de l’histoire grecque. Il se divise d’abord en trois cadres de grandeur inégale , qui se succèdent suivant l’ordre de leur importance chronologique.

Sur ses bords supérieur et inférieur régnent deux lignes de lix nombres exprimés en chiffres romains, qui, se correspondant perpendiculairement, indiquent la direction verticale qu’il faut suivre pour trouver chaque nom marqué de même dans les articles de l’Explication méthodique.

Ce nom se reconnoît ensuite par son alignement latéral avec un nombre porté en chiffres arabes dans l’article du texte, comme dans les colonnes numériques du Tableau. C’est de ce nombre que part la ligne horizontale de points qu’il faut suivre pour trouver sa coïncidence avec la ligne généalogique qui est indiquée par des tirets perpendiculaires.

A l’angle qui résultera de cette coïncidence, on rencontrera nécessairement le nom du personnage qui doit fournir le premier élément de la recherche projetée. Le nom du second personnage à confronter se trouvera en procédant de même, et à plus ou moins de distance horizontale, perpendiculaire ou diagonale du premier de ces deux noms qu’il s’agit de comparer avec l’autre.

Pour achever l’opération démonstrative du synchronisme , il faut remarquer que , la position de chacun des noms indiquant la date de la naissance , il ne s’agit plus que d’estimer, par la distance verticale de l’un à l’autre, de combien d’années l’un des deux personnages comparés étoit plus ou moins âgéqueson contemporain. C’est à quoi sont destinées les quatre colonnes dont les cadres sont latéralement bordés ; et comme elles sont graduées de dix en dix depuis le n.° i. er jusqu’au 48.® , c’est dans chaque espace décimal que flotte, au choix du lecteur , la date de chaque fait qu’il eût été présomptueux de chercher à déterminer avec plus de précision. Les degrés supérieurs ayant été réduits pour ne pas augmenter inutilement la hauteur du Tableau, chacun de ces degrés comprend vingt , quarante ou cinquante ans.

Le degré présumé de chaque naissance étant ainsi indiqué par la position même du nom ; pour connoître à quelle année avant notre ère cette naissance se rapporte, on consultera les deux colonnes placées au commencement et à la fin du Tableau. Ces colonnes, divisées aussi de dix en dix ans ou plus, à leur sommet, marquent le

millésime correspondant au chiffre d’ordre sous lequel on aura déjà trouvé le nom latéralement assujetti dans sa série généalogique. C’est par ces moyens réunis que se démontrent les synchronismes expliqués dans le texte du livre en trois cent trente articles environ , qui sont chiffrés et classés suivant l’analogie des faits.

La première colonne sans numéro du premier cadre se compose deplusieursdates tirées de la Chronique d’Eusèbe. Quoique cet écrivain ne doive pas jouir par lui-même, en ces matières, d’une autorité prépondérante, on ne peut douter que les chroniqueurs bien plus anciens qu'il suivoit et qu’il cite quelquefois , n’en aient une très-grande. Ainsi ce n’est point Eusèbe , mais c’est Acusilas , Hellanicus, Castor et Thallus, &c., qu’il faut considérer comme autorités radicales dans la vérification des dates tirées de la Chronique d’Eusèbe, et qui, portées sur cette première colonne , fournissent une première règle latérale formée de quinze dates parfaitement d’accord avec les généalogies d’un nombre égal de rois d’Argos.

La seconde colonne, aussi sans numéro , se compose de la série des rois d’Athènes, et des dates de leurs règnes, tirées de la chronique des Marbres de Paros , à une différence près des dix ans répartis sur toute la hauteur de la colonne, suivant le système chronologique, encore inédit, dans lequel M. Saint-Martin abaisse , comme on l’a vu dans sa Note, à l’an i 199 avant notre ère, la prise de Troie, que les calculs fixent communément à l’an 1209, pour correspondre aux dates exprimées sur les Marbres.

De ces élémens présentés dans les deux premières colonnes, il résulte collectivement que les six cent soixanteonze ans compris depuis l'année i 870, à laquelle est fixé le règne d’Inachus, premier roi d’Argos, jusqu’à l’an 1 19p. époque de la prise de Troie, fournissent une règle continuelle de dates positivement déterminées tant par les historiens qu’Eusèbe a consultés, que par les Marbres, qui sont l’un des monumens les plus anciens et les plus authentiques de l’histoire gravée.

Ces dates étant ainsi réparties entre le premier et le cinquante-sixième degré qui correspond au règne d’Argus l’an 1753 , il résulte que tous les faits distribués sur la longueur du Tableau , et qui appartiennent au siècle le plus voisin de la guerre de Troie , commençant à Ægeus l'an 1302 , se trouvent à-la- fois assujettis et par la condition réciproque de leur accord , et par les dates des cinq règnes tant d’Athènes que d’Argos , positivement fixés d’ailleurs par les deux sources historiques déjà citées.

L’accord des faits relatifs au siècle supérieur, qui remonte au règne de Prcetus , l’an 1393 , est réglé latéralement aussi par six autres dates également positives , de même que les faits appartenant au Hl. e siècle , remontant à l’an 1 490 , le sont par quatre autres dates. Les faits du iv. e siècle jusqu’au règne de Triopas , l’an 1590, sont encore réglés latéralement par huit dates positives, comme les faits du v. c siècle en remontant à Argus, l’an 1753 , sont fixés par les dates des trois règnes de Phorbas, de Criasus et d’Argus. Les deux autres règnes antérieurs sont

DU TABLEAU GÉNÉRAL. ' 6p

laissés dans le vague de leur haute antiquité , pour n’être plus assujettis qu’aux connexions généalogiques et démontrées probables d’après les calculs du Tableau.

Les vingt-six dates fournies en commun par les deux règles précédentes paroitront peut-être ne devoir servir de base qu’aux calculs tirés des généalogies directes des rois d’Argos ou d’Athènes, qui s’y trouvent seuls nommés. 11 est cependant aisé de concevoir comment les fonctions de ces deux colonnes s’exercent sur les dynasties mêmes qui ont été le plus étrangères à tout ce premier cadre d’histoire. En voici quelques exemples.

Entre l’année 1230, marquée par le mariage d’Echemus, ix — 8, roi d’Arcadie, avec Timandra, xxm — 6 , fille de Tyndareus, prince lacédémonien, et l’année 1 550, à laquelle se rapporte le mariage d’Io, fille d’iasus, roi d’Argos, ni — 38, avec Telegonus, fils d'Orus, xxxi — 4 °> on compte seize mariages contractés par des princes et des princesses appartenant à l’une des sept dynasties de Thèbes , d’Arcadie , de Lacédémone , de l’Étolie , de i’Éoiide , de Deucalion et d’Hellen. Or toutes les dates , assujetties d’abord immédiatement à la chronologie des rois d’Argos, selon Eusèbe, dépendent ensuite virtuellement de tous les mouvemens divers des généalogies et des alliances des familles étrangères que ces dates concernent ; et cependant la même justesse de résultats qu’on remarque dans les alliances formées entre les membres de la famille même d’Argos, se retrouve dans les mariages faits entre des princes et princesses aussi éloignés les uns des

7 o EXPLICATION SOMMAIRE

autres d’habitation et d’origine , que le sont , par exemple , Ino, fille de Cadmus, et Athamas, petit-fils d’Hellen ; Hyperippe, fille d’Arcas, et Endymion II, fils d’CEtolus I. er , Thésée enfin et Phèdre.

Les fonctions réunies des deux premières colonnes sans numéro ne se bornent point à faire connoître les rapports simplement de synchronisme ; elles révèlent aussi des circonstances dépendantes du fait principal, que l’histoire écrite n’a point dites. Ainsi, par exemple , la date du déluge de Deucalion une fois déterminée par les Marbres de Paros, et la naissance de ce héros étant d’ailleurs fixée d’après la connexion des faits qui se rattachent à toutes les lignes directes et indirectes de sa descendance, il en résulte que ce prince a du commencer à régner âgé de vingt-cinq ans; que Cécrops en avoit alors trente-quatre, et que Deucalion étoit âgé de soixante-onze ans, quand arriva le déluge daté de l’an 1 529 et qui porte son nom. Il est donc possible de créer par ces moyens la connoissance de faits nouveaux dans l’histoire même.

On taxera peut-être, au premier abord, de système purement imaginaire, la prétention de calculer, à dix ans près, l’âge de Thésée quand H enleva Hélène , et celui qu’avoit alors cette princesse; l’âge d’Æthra quand elle fut séduite par Égée , père de Thésée , et celui qu’elle avoit lorsque, se réfugiant au camp des Grecs , elle y fut reconnue et réclamée par les fils de Thésée. La défiance augmentera sans doute, en voyant que, pour faire coïncider ces quatre circonstances avec les récits de l’histoire,

il faut avoir obtenu sept autres dates combinées avec la même précision, savoir : i.° celle du mariage de Thésée avec Phèdre ; 2. 0 celle du mariage d’Hélène avec Ménélas ; 3. 0 l’âge qu’avoit Thésée quand il tua le tyran Sciron ; 4 ‘° quand il alla visiter Pittheus; 5. 0 quand il fut envoyé en tribut à Minos ; 6 .° l’âge qu’avoit Hélène quand elle fut délivrée de sa captivité par les Dioscures; y.° l’âge enfin qu’avoit Æthra quand elle fut emmenée captive au siège d’Athènes.

Je me borne à n’indiquer que ces connexions immédiates avec le fait de l’enlèvement d’Hélène par Thésée. On verra que ces faits se combinent tous parfaitement entre eux et avec le fait principal du rapport de l’âge d’Hélène avec l’âge de Thésée, lors de la date probable de l’enlèvement , laquelle est latéralement assujettie aux deux autres dates fondamentales de l’an 1302 et de l’an 1253, assignées pour les règnes d’Égée et de Thésée.

Le nom d’Inachus , qui domine sur tout le T ableau , se lit au sommet du premier cadre qui comprend les dynasties d’Argos et de Thèbes, de Thessalie et d’Arcadie. Le personnage désigné par ce nom est la souche unique d’une grande dynastie dont les princes me paroissent s’être partagé la domination simultanée du Péloponnèse, de l’Italie, et de la côte connue sous le nom de Phénicie. La certitude du fait résultant de l’accord des récits de l’histoire avec les synchronismes généalogiques une fois reconnue , on peut en induire que des princes d’une même dynastie auroient régné aux époques mêmes des origines grecques

y 2 EXPLICATION SOMMAIRE

sur l’Asie mineure, particulièrement à Sinope, ainsi qu’à Iconium, qui est placée au centre de cette contrée, dont la civilisation primitive n’est pas autrement indiquée dans l’histoire qui est parvenue jusqu’à nous.

J’ai fait considérer le premier cadre du Tableau comme le plus essentiel des trois par son importance généalogique et chronologique, et, sous ce point de vue , je dois d’abord en rendre compte, parce que ce sont les divers degrés des colonnes de ce premier cadre qui transmettent, dans toute la longueur du Tableau, la certitude des positions de noms, déjà latéralement fixées par la première régie tirée d’Eusèbe, et immédiatement après par la seconde tirée des Marbres de Paros.

Une des considérations essentielles au genre de preuves déduites des colonnes généalogiques du premier cadre, est qu’en partant de la souche unique, qui est Inachus, les séries parviennent sans lacune et surtout sans anachronisme, dans les comparaisons faites entre l’une et l’autre, jusqu’à la guerre de Troie; car le moindre défaut qui rendroit incertaines les coïncidences des personnages du même cadre, interromproit l’accord parfait sans lequel ce cadre ne pourroit être alors considéré comme le troisième moyen de vérifier les rapports dispersés dans les deux précédens , tirés d’Eusèbe et des Marbres.

La continuité des premières généalogies de cette division se compose d’abord des rois régnant à Argos , de père en fils, depuis Inachus jusqu a Cleodeus,et àThèbes,

jusqu’à Laodamas , en partant de Cadmus, chassé de Phénicie comme Danaüs, au temps de Moïse, suivant un Hécatée qui est probablement celui d’Abdère. On rencontre, immédiatement après ces dynasties d’Argos et de Thèbes , les six degrés de la dynastie thessaiienne , qui est interrompue au degré de Nanas. L’histoire rapporte que ce roi, chassé par Deucalion , passa en Italie avec les Pélasges qu’il commandoit : ainsi l’interruption de cette dynastie est bien motivée; il est probable qu’elle se sera perpétuée en Italie sous les noms des fondateurs des villes pélasgiques. De cette branche Itaius et Morgès ont été les rois les plus voisins de la guerre de Troie.

A pu J Dicdor.

S tau. Fragment.

Il fri XL.

Aitiioc/iut Sjra- Cus.apud.Dionyt.

Hdlicam. Antiq.

rom. I , petg. to .

Un. /}o.

La colonne de la dynastie arcadienne, remontant, comme les précédentes , à Inachus , arrive ( maintenant sans lacune) jusqu’à la guerre de Troie, au moyen du fragment de généalogie tiré de Phérécyde, que j’ai restitué à cette colonne, et dont l’authenticité et l’emploi vont être justifiés à la section i. rc de l’Explication méthodique du Tableau.

Voilà comment je suis parvenu à en construire le premier cadre, et à y présenter la suite non interrompue de cent soixante personnages héroïques, parmi lesquels on remarquera surtout la colonne des rois d’Arcadie , dont la critique historique n’avoit encore pu faire usage. Pour rétablir l’harmonie qui manquoit à cette partie de l’histoire , après avoir surmonté la difficulté d’établir ce premier cadre , j’appellerai l’attention de mes lecteurs sur les considérations générales que doivent faire naître

les lacunes qu’on va remarquer dans le reste du Tableau ; car, à partir de Prométhée , pour s’élever jusqu’au temps d’Inachus, premier roi d’Argos, c’est-à-dire, dans l’espace de plus de trois cents ans , aucun fait positivement héroïque ne se rattache à la race de Japet , dont le nom domine sur le deuxième et le troisième cadre.

Je me suis décidé à placer le nom de ce personnage à leur sommet, parce qu’il est assez généralement reçu qu’il y a identité entre le Japet des Grecs et le Japhet de la Bible; et, comme Prométhée, descendant de Japet à quelque degrd que ce soit, se rattache par plusieurs synchronismes aux faits les mieux avérés de l’histoire du Péloponnèse , il m'a semblé qu’on pouvoit supposer que les descendans intermédiaires nous sont demeurés inconnus, et qu’on aura dit que Prométhée étoit fils de Japet, comme on disoit que Callisto étoit fille de Lycaon, quoique l’intercalation de cinq rois intermédiaires soit démontrée nécessaire , comme on le verra d’après l’autorité de Phérécyde.

La race étrangère au Péloponnèse dont Prométhée est considéré comme le premier chef bien connu , n’est signalée, dans les fragmens qui nous sont restés des plus anciennes histoires , que par des envahissemens et des usurpations de royaumes depuis long-temps héréditaires sur des rois fondateurs de villes déjà murées, comme Mycènes , Lycosure , Argos , Tirynthe , &c. ; ce qui montre que la civilisation étoit déjà avancée dans le Péloponnèse. Il n’est fait mention dans la Bibliothèque

d’Apollodore d’aucune théogonie antérieure aux premiers Japétides, à l’exception des fables extravagantes qui étoient débitées chez les Grecs sur Uranus et son Tartare , et de tant d'autres fictions créées par l’imagination des anciens poètes de quelque partie sans doute de l’Asie mineure. Je croirois que c’est la Ciiicie , parce que c’est là qu’étoient placés, dans le même angle voisin de la Syrie, et le Japhet de la Bible et le Japet des Grecs.

C’est aux confins de la Cilrcie, sur les rivages de laquelle la sœur de Prométhée avoit fondé la ville d’Anchiaie, presque au même temps qu’avoit été envoyée d’Argos la colonie de Tarse, que se trouvent des dénominations*.locales qui ne se rencontrent dans toute la géographie ancienne que dans i’Argoiide , dans la Béotie et à Dodone. Dans la Ciiicie supérieure est le mont Argæus; la Cataonie borde la Comagène, où les commentateurs s’accordent à placer l’établissement de Mozocch, l’un des fils de Japhet : les limites du premier établissement de ce Japhet sont marquées dans le livre de Judith , là même où l’histoire grecque cite les villes fondées par les fils de son Japet. D’où ces dénominations géographiques ont-elles été transportées dans l’Argolide et la Béotie, si ce n’est des contrées mêmes d’où partit Cadmus pour régner sur les Aones qu’il avoit trouvés établis dans la Beotie ? et qui peut avoir causé la facilité avec laquelle ses Phéniciens se sont réunis en un même peuple avec ces Aones , si ce n’est parce que de temps immémorial il existoit entre les Béotiens et les Japétides d’Anchiaie des rapports de consanguinité royale, que les colonies et les alliances détaillées dans le Tableau justifient clairement?

A polio, L Ht. I, cap. lad VU .

Lit. Judith , U, //•

Vpilà donc une race absolument étrangère au Péloponnèse et dont cependant l’histoire se combine avec celle de la dynastie d’Argos. Elle ne restera plus désormais dans le vague de ces fables extravagantes dont je viens de faire connoître la nature d’après les récits mythologiques d’Apollodore , et il existe encore dans l’histoire grecque d’autres faits venant à l’appui de ces souvenirs historiques.

Prvmtth. unit, v. ;ll 9 .

An. ccxxx.

Tableau, xxii, JJ-

Pansait, lit. Il, xtv, p. t4j.

Dioxjs. Halic.

Antiquit. rom.

lit. I , p. 23.

Pau tan. lit. I, II, 8.

üionys. Halic.

Antiq. rm. 1 , 4 9 .

En effet, il est parlé dans Eschyle des relations de Prométhée avec Io, princesse argienne; et la justesse du synchronisme est démontrée dans l’Explication méthodique par le rapport des deux généalogies. Un autre synchronisme entre ce même roi et Aras , dont l’époque est fixée d’ailleurs à trois générations avant Pelasgus, fils d’Arcas, étoit un fait reconnu chez les Arcadiens. On savoit que Deucalion , fils de Prométhée , avoit chassé de la Thessalie, pour y régner à sa place, Nanas, roi pélasge, conducteur de la colonie qui, suivant Denys d’Halicarnasse, fonda en Italie la plupart des villes de construction pélasgique , entre autres Saturnia et Cossa , maintenant désertes, mais dont les murs originaires subsistent encore. On savoit aussi qu’Amphictyon avoit usurpé le trône d’Athènes , et les articles qui le concernent dans l’Explication méthodique prouvent avec quelle exactitude le degré de la naissance de ce prince, liée aux faits qui précèdent, se combine avec la date de ce règne, telle quelle est assignée par les Marbres de Paros. On savoit que Dardanus, arrière-petitfils de Prométhée par sa mère Electra, fille d’Atlas , possédoit de grands domaines dans l’Asie mineure et en Arcadie; il n’étoit pas douteux qu’un Endymion , descendant au

quatrième degré de Deucalion , n eût régné en Éiide , ni qu’Atfiamas , descendant au même degré du même roi , n’eût régné enBéotie, et n’y eût épousé Ino, fille de Cadmus , régnant alors à Thèbes. On savoit également que la dynastie des rois de Lacédémone, unie, d’une part, à celle d’Argos par le mariage de Messène, fille deTriopas, avec Polycaon fils de Lelex , étoit alliée , d’autre part , avec la famille de Deucalion , par le mariage de Sparta , fille d’Eurotas , avec Lacédémon , petit-fils d’Atlas.

Quelle que soit donc l’obscurité qui avoit paru envelopper l’origine de la dynastie de Prométhée et de ses diverses branches subdivisées en Deucalionides , Atlantides et Hellénides , tant que ces dynasties furent considérées isolément; cette obscurité se dissipe, et elles acquièrent par leurs rapports combinés dans le Tableau ce jour satisfaisant qui ne pouvoit résulter que du rapprochement des élémens de l’histoire simple, dont j’ai fixé les caractères au commencement du Discours préliminaire.

Ainsi la dynastie des Prométhéides se confondit dans la suite par les conquêtes et les alliances avec les diverses branches de la maison d’Argos. C’est ce qu’on reconnoît d’abord aux foibles lueurs que jettent les synchronismes d’Io et de Prométhée , de Triptolème et de Parthénius, Ces rapports se complètent ensuite par les synchronismes de tous les héros d’origine prométhéide qui combattirent à la guerre de Troie, et qui figurent dans mon Tableau aux degrés les plus rapprochés de l’époque de cette guerre. Il

AjwlloJ. I, IX,

Püumu. iy , i.

I<üm , III , t.

Pauian. VII , III. fog. f:S.

restera toujours néanmoins quelques difficultés pour remplir les deux lignes généalogiques d’Æoius et d’Endymion. II convient à la sincérité de mes recherches d’avertir que ces lacunes ne se trouvent remplies qu’en supposant que des princes du même nom auroient régné successivement , et nous avons , entre autres exemples, la certitude qu'un second Athamas étoit petit-fils du premier.

Les autres dynasties acéphales en apparence, ou celles qui sont sans suite, et que les hasards des invasions ont semées sur le Tableau entre les dynasties complètes et régulières, présentent néanmoins les élémens sommaires de leur histoire simple et primitive dans tout l’accord que peut exiger une critique raisonnable.

Lorsqu’un premier chef apparut à Argos, l’histoire ne dit point d’où il venoit : mais il est bien naturel de penser que c’étoit de l’Asie mineure ; car il est bien difficile d’admettre que cette contrée , dont l’histoire et les monumens nous sont si peu connus , n’ait eu aucune part aux origines historiques du Péloponnèse , quand nous voyons que, dès le m. e siècle de l’histoire d’ Argos, la côte méridionale de l’Asie étoit fréquentée paries colonies argiennes de Triopas, deXanthus et de Triptolème, pour concourir avec les naturels du pays à la fondation de Tarse, que les deux premières expéditions paroissent avoir préparées par d’autres établissemens progressifs. En second lieu, les origines incontestablement inachides de Danaüs et de Cadmus ne semblent- elles pas prouver que les possessions de ces princes en Phénicie dévoient avoir quelque

rapport avec les colonies des Enncim de la Bible, sur une côte si voisine de Tarse et d’Anchiale? Grotius le pensoit.

Quoi qu’il en soit, lorsque ce premier chef Inachus apparut à Argos, il conduisoit un peuple à sa suite, puisque, suivant un ancien auteur, probablement Castor, copié par Eusèbe , il y eut un combat livré par les Telchines et les Caryates contre Phoronée , fils d’Inachus, et que ce roi fut soutenu dans ce combat par des Parrhasiens , déjà établis dans une partie de l’Arcadie, qui fut depuis gouvernée sans discontinuation par une branche de la maison d’Argos, jusqu’aux temps les mieux reconnus comme historiques.

Chacun des descendans plus ou moins immédiats de ce premier roi ayant imposé son nom à la ville dont la fondation lui est unanimement attribuée par les auteurs grecs, ces noms nous sont parvenus avec la même continuité que s’ils eussent été gravés sur les blocs mêmes de leurs remparts, qui subsistent encore , quoique démantelés pour la plupart. La géographie perfectionnée de nos temps a fixé les positions respectives de toutes ces anciennes cités avec une telle précision, qu'un voyageur, Pausanias à la main, se plaçant au milieu d’un vallon couronné de ces forteresses , peut les reconnoître distinctement de loin à la forme irrégulière des blocs dont leurs remparts sont construits; à la couleur de leurs marbres jaunis par le temps, mais parfaitement taillés au ciseau ; à cette situation enfin qu’Euripide appeloit céleste, et que Denys d’Halicarnasse leur assignoit sur les sommets de l’Apennin.

Chronu. prior.

Troad.v. 10SS .

EJtctr. v. // (S.

Anliq. rom. I , !<Jg. 10.

Lit. IX, VIII, 7-S.

LùUtarr. IX ,

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