‹ Examen analytique et tableau comparatif des synchronismes de l'histoire des temps héroiques de la GrèceChapitre 70 sur 77 · CCCXVIII · texte numérisé non relu

CCCXVIII

La difficulté de disposer la postérité de Phrixus dans l’espace resserré qui restoit à l’extrémité du Tableau avoit fait discontinuer la généalogie de ce fils d’Athamas et de Nephelé , et je m’étois arrêté aux rapports de ce héros avec sa marâtre Ino, tels qu’ils ont été exposés dans l’article cxlvjj ; mais, voyant que presque à chaque degré de la postérité de Phrixus l’histoire avoit- signalé des rapports avec plusieurs héros des autres dynasties , il m’a paru nécessaire d’en confronter scrupuleusement les dates, attendu quelles pouvoient fournir les moyens de découvrir les contradictions que la disposition générale du Tableau pouvoit tenir cachées. Voici les résultats de cette généalogie portée à la col. lviii :

DU TABLEAU GÉNÉRAL. i 99

Presbon , ayant succédé aux droits de Phrixus , fils d’Athamas , fonda les villes de Coronea et d’Haliartus; son fils Ciymenus, ayant hérité du royaume d’Orchomenus , mort sans enfans, fournit d’abord un premier point à justifier. Apollodore cite Ciymenus comme ayant été frappé à mort par Perieres, conducteur du char de Menceceus. Le synchronisme de ces deux derniers héros ayant été justifié à l’article clxvi, il ne reste plus qu’à montrer leur rapport avec le troisième terme de comparaison. Ce rapport est le résultat des degrés confrontés de Clymenus, lviji — i 9, et de Perieres, i.i — 19. On voit ainsi qu’ils étoient du même âge.

Cet article, qui doit être ajouté à la IV.' section des héros cités comme contemporains, fournit une nouvelle preuve, et de la nécessité de distinguer deux Perieres, fameux à deux époques très-différentes, et de l’utilité de la méthode, qui fait discerner les personnages d’un même nom si souvent confondus dans^ une histoire qui ne nous est parvenue que par fragmens.

Par une dernière conséquence. L’époque de Menœceus, vii — 1 9 , dont la généalogie n’a pu être développée dans leTableau , appartient donc certainement à l’an 1 380.

Suivant le texte d’ Apollodore, <> Clymenus ayant re- » commandé à son fiJs Erginusde venger sa mort , celui-ci » leva (sans doute long-temps après cette mort) une armée » contre les Thébains, dont il fit périr un grand nombre; » il fit ensuite avec eux un traité par lequel ils se sou- » mirent à lui livrer pendant vingt ans cent boeufs chaque

Lit. //, îv, r n.

ioo EXPLICATI ON MÉTHODIQUE

»» année. Hercules, ayant rencontré les hérauts envoyés à » Thèbes pour percevoir ie tribut, les mutila en leur cou- » pant le nez et les oreilles ; puis , leur ayant fait lier les » mains au cou, il leur dit que c’étoit-là le seul tribut » qu’il paieroit à Erginus et aux Minyens. Erginus, irrité » de cet outrage, marcha contre Thèbes. Alors Hercules , » après avoir été armé par Minerve , prit le commande- *> ment, tua Erginus , mit les Minyens en fuite, et les força » à payer aux Thébains un tribut double de celui qu’ils » avoient exigé. »

Voici l’occasion d’éprouver si le mélange de la mythologie, qu’on reconnoît ici à l’intervention de Minerve, doit faire considérer l’histoire comme fabuleuse, dans le sens que le scepticisme attache à cette expression.

Suivant le témoignage des généalogies, Erginus, lvh — 1 4 , naît de Clymenus, âgé de cinquante ans. Il a donc pu , âgé lui-même de soixante ans , être tué dans Apollod.ln.it, la guerre que lui fit Hercules, iii — 10, âgé cie vingt cap. iv, tta.n. ans ç ette hypothèse suffit à la probabilité du fait et de

toutes ses circonstances; mais elle se convertit, comme on va le voir , en certitude et en date précise.

Apollodore rapporte que la guerre faite par Hercules à Erginus succéda immédiatement à la date de sa retraite chez Thestius et à son exploit du Cithéron, traités dans l’article cxxvm ; or les mêmes traditions historiques portoient qu’alors Hercules n’étoit âgé que de dix-huit ans. Cette considération fournit donc la date précise, et du premier exploit d’HercuIes , et de la guerre qu’il fit aux Thébains , guerre qu’il faut fixer en conséquence à l’an 127a : Thestius étoit âgé de vingt -huit ans, quand i|

Apollod. loto- Utudato.

Apud Anton,

donna l’hospitalité à ce héros. Cet article doit être ajouté à la iv.* section des héros contemporains.

Suivant le même Apollodore, le père d’Hercules périt en combattant dans cette guerre. Amphitryon, iii — 12, mourut donc âgé de trente-huit ans, l’an 1 272 , et cette date s’accorde avec l’époque probable de son expédition contre tes Téléboens (art. cxxiv) ; avec l’époque de son expulsion par Sthenelus, fils de Persée, roi d’Argos (art. cxxm ) ; avec le silence de l’histoire, qui ne lui donne aucun autre fils qu’Hercules et Iphicles; enfin avec l’âge convenable que devoit avoir Alcmena quand elle se remaria, suivant Liberal. fai . h la tradition qui nous a été conservée par Phérécyde.

Gorgophone, fille de Perseus, cousine germaine d’AIc- Apollod. //, mena et sa bélle-sœur, venoit à peine de donner aux tv,s 2 femmes en Grèce le premier exemple des secondes noces, quand, après la mort d’ Amphitryon , Alcmena se remaria avec Rhadamanthus , frère de Minos II , qui , chassé par lui, s’étoit réfugié en Béotie. Rhadamanthus, lui — 12, supposé né l’an 1310, étoit du même âge qu Alcmena, v — 1 2 ; et comme il a été prouvé , par la date de la mort de son premier mari , quelle dut être veuve à trente-huit ans, elle aurMdonc épousé Rhadamanthus lorsqu’il avoit à peu près le même âge , et cet article doit être ajouté à la première section.

Homère fait remonter à Azeus , par Astyoche sa mère

Ce

In Vrntrtm, v- 'Qj.

Iliad. xi U,

202 EXPLICATION MÉTHODIQUE et par Actor son grand-père, le héros Ascaiaphus , qui commandoit à Troie les trente vaisseaux des Orchoméniens , et qui fut tué par Deiphobus. Ascalaphus , lviii — 5 , supposé né d’une mère âgée de trente ans, aura donc été aussi âgé de trente ans au commencement du siège de Troie: nous voilà conduits à examiner l’âge des autres héros.

Les essais précédens, dans lesquels ont été confrontées avec l’autorité d’Homère les dates déterminées d’ailleurs et vérifiées par des opérations de calcul croisées dans toutes les directions, engagent à les examiner dans leurs rapports avec l’époque fondamentale de la guerre de Troie, et relativement à ceux des héros de l’Iliade dont les généalogies sont portées sur le Tableau. Une opération du même genre est déjà faite à l’art, ccxxvi , et l'on a vu que les héros de la chasse du sanglier de Calydon avoient tous l’âge convenable , soit pour agir avec force , soit pour conseiller et juger , à l’époque assignée par Eusèbe à cette chasse. Ici l’épreuve est plus difficultueuse, en ce que les héros d’Homère sont caractérisés par des actions ou par des épithètes qui ne donnent guère de latitude à l’âge qu’on peut leur assigner.

On sent que, quoiqu’Anchises ne soit pas nommé dans l’Iliade, il doit, à l’époque de la guerre de Troie, être représenté comme parvenu à cette vieillesse qu'Homère , dans son Hy mne à Vénus, lui fait demander à cette déesse, et que Virgile suppose avoir été obtenue, quanail fait transporter ce vieillard sur les épaules d’Énée. On comprend que Priam doit être très-vieux, ainsi qu’Hécube, et que Nestor, le père des conseils. Il faut qu’Idoménée soit dans l’âge où les cheveux commencent à blanchir. Il faut qu’Agamemnon,

le roi des rois, ait sur Meneiaus, son frère, I ascendant de l’aînesse. II faut que des héros tels qu’Achilie, Diomède,

ait au moins vingt ans, puisqu’Homère le représente prêt à combattre. Il faut que Meriones mérite l’épithète au pied Ibid. xri, v.

poète ait pu dire avec raison qu’il dépassoit tous ces héros ». ?j6. à la course: il faut enfin qu’Astyanax soit enfant, puis- J 0 h<i ' qu’il étoit porté dans les bras de sa mère.

La difficulté est donc d’accorder un tel nombre de circonstances avec les dates des naissances assignées à chacun des héros, et fixées d’ailleurs conformément aux synchronismes collatéraux qu’exigent leurs mariages , leurs autres faits civils ou militaires, leurs degrés de descendance déterminés par les auteurs. Malgré toutes ces difficultés, on va voir que dix-huit lignes de ces généalogies se trouvent déduites avec une exactitude telle, que les personnages qui figurent à leurs derniers degrés ont juste, à l’époque que les Marbres de Paros prescrivent à la guerre de Troie, l’âge compétent pour le rôle qu’ils y remplissent.

En réunissant à cette épreuve celle qui a déjà été faite à l’article ccxxvi , il résulte que vingt-six lignes des généalogies disposées dans le Tableau correspondent exactement à leur base avec toutes les convenances relatives aux deux époques célèbres et principales que la critique peut établir pour mesure définitive de vérification. Quelle est la raison de cet accord? C’est uniquement parce que l’histoire grecque des temps antérieurs à la guerre de Troie est vraie dans tous ses détails naturels».... ... .

Hector, Paris, soient dans la plus grande vigueur de l’âge.

Il faut qu’Énée soit plus âgé qu’eux, que son fils Ascanius J 1 ™ 1, " •

léger; qu’Antilochus soit encore plus jeune, pour que le

Ibid. XXIII ,

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