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Examen chimique de la racine du polygala de Virginie. Thèse

Orphelio avant de naître, je trouvai en mon oncle l'appui et l’afTection d'un père.

Ac Docteur A. ROUCHARDAT,

PBÀRMACIEn EW CHEF DE l’hÔTEI-DIEO,

Ami dévoué que l’intimité seule peut faire apprécier.

DE Là.

RACINE DÜPOLYGALADE VIRGINIE

{POLYGALA SENEGA, L ).

C’est à Tennent, médecin écossais, qui résidait à la Virginie, que l’on doit la connaissance de cette racine en Europe. En 1788, il en envoya un échantillon au gouvernement , sous le nom de tlie rattle snàke root ( la racine du serpent à sonnettes (i). Cet envoi était accompagné d’une lettre par laquelle il annonçait en avoir obtenu des succès dans le traitement de la pneumonie et de quelques affections nerveuses. Les expériences que l’on fil à ce sujet furent couronnées de succès et fixèrent l’attention des médecins. On l’employa, non-seulement contre les maladies indiquées par Tennent, mais aussi dans une foule d’autres cas. Le mérite de la nouveauté contribua sans

(1) Les naturels de l’Amérique septentrionale attribuent à cette racine la propriété de guérir la morsure des serpents. et lui accordent une confiance telle, qu'ils en portent sur eux dans leurs voyages pour s'en servir au besoin. C'est cet usage qui la fit désigner par Tennent, sous le nom de racine du serpent à sonnettes, et le mot anglais siiake , serpent, a dû servir à former son nom spécifique. Il serait donc plus exact de dire seneka , comme on le trouve écrit dans quelques ouvrages. Cependant ce mot, ne se prêtant pas aussi bien à la formation des dérivés que celui de senega de Linné , j'ai conservé ce dernier. L'opinion exprimée par Dulong d'Astafort ( Journal de Pharmacie , XIII* vol.), sur l'étymologie de ce mot , tout ingénieuse qu'elle est, me sem* ble moins probable que celle ci.

doute beaucoup à ]a grande vogue que cette racine obtint ; aussi lui devint-elle funeste. Employée d’une manière probablement intempestive, elle occasionna des accidents qui attirèrent sur elle la défaveur ; on attribua au médicament des résultats qui n’étaient peut-être dus qu’à l’inbabileté de quelques enthousiastes, et il subit le sort de l’ipécacuanha et de tant d’autres médicaments, qui sont cependant employés aujourd’hui avec succès , il tomba dans l’oubli.

Depuis cette époque, plusieurs praticiens distingués l’ont de nouveau employé dans diflérentes affections du poumon, dans le croup, l’ophtalmie, la cataracte, le rhumatisme , etc., et en ont vanté les bons effets.

Les chimistes, de leur côté, sont venus au secours des médecins, et ont tâché d’isoler les principes qui constituent cette racine, afin de pouvoir leur offrir à l’état de pureté celui auquel elle doit ses vertus médicinales.

Depuis i 8 o 4 on a fait un assez grand nombre d’analyses du polygala ; et cependant les connaissances quelles nous ont fournies ne sont point assez précises pour qu’on puisse aujourd’hui se faire une idée nette de la nature de son principe actif. Aussi les auteurs d’histoire naturelle médicale les plus récents ont-ils fait sentir la nécessité de recommencerj^cette analyse. Ayant d’ailleurs été quel^ quefois moi-même témoin des bons effets du polygala, j’avais le désir de mettre les praticiens à même de constater d’une manière ])Ositive son action sur l’économie vivante ; et, selon les résultats obtenus, le rejeter de la matière médicale, ou y fixer sa place d une manière invariable. Tels sont les motifs qui m’ont déterminé à choisir ce travail pour sujet de thèse.

Analyse.

25 o gr. de poudre grossière depolygala ont été soumis à l’action de l’eau par la mélhofle de déplacement. Les premières portions écoulées ontune couleur rougeâtre foncée, les dernières n’ont plus qu’une teinte jaune et sont fortement opalines. Le liquide s'écoule alors avec une extrême lenteur, et quoiqu’il passe encore sapide, on arrét^Topération, dans la crainte de voir apparaître des signes de fermentation. On a employé seulement une pinte et demie d’eau. Ce liquide rougit fortement le tournesol; sa saveur est amère, piquante, âcre, prenant augosier;son odeur est celle du polygala. Les premières gouttes de persulfate de fer que l’on verse dans la liqueur la troublent sans changer sa couleur : si l’on continue d’en ajouter, i! y a coloration en vert sale, en même temps qu’il se forme un précipité gris roux ; le liquide, surnageant, reste brun verdâtre. La gélatine n’y forme point d’abord de précipité ; mais, après en avoir neutralisé une portion par la potasse caustique, on a ajouté une solution de gélatine qui l’a assez fortement troublée. D’un autre côté, je me suisassuré que le précipité formé parla colle dans la teinture de noix de galles étendue est redissous par quelques gouttes d’acide chlorhydrique. Ainsi, point de doute, il y a dans le poly-^ gala de l’acide tannique, de l’espèce qui colore en vert les sels de fer.

La plupart des sels, hormis ceux de potasse, de soude et d’ammoniaque , déterminent dans la liqueur la formation de précipités plus ou moins abondants ; l’alcool y forme aussi un précipité blanc, léger.

Le liquide est porté h l’ébullition ; il s’y forme un coagulum gris, pulvérulent, qu’on sépare par le filtre. Il reste .sur celui-ci une couche poisseuse, âcre, qui, encore humide , pèse i6gram.

Une portion de cette matière est calcinée di.ns un creuset de platine ; elle brûle avec une flamme épaisse et laisse pour résidu une cendre blanche formée de phosphate de chaux et de fer.

Une autre portion est traitée par l’alcool houillant, qui laisse un résidu de matière grise brune. Ce dernier, brûlé dans un tube de verre, répand des vapeurs épaisses ammorniacales qui ramènent au bleuie papier de tournesol rougi.

Aikumin*. A. ces Caractères on reconnaît l’albumine. Aux personnes qui élèveraient des doutes sur la présence simultanée de l’albumine et du tannin dans un même liquide, je répondrais qu’ayant ajouté une petite quantité de solution aqueuse de tannin à de l’eau albumineuse, celle-ci, sans perdre sa transparence, a acquis la propriété de se colorer fortement en bleu par le persel de fer.

La solution alcoolique évaporée fournit des écailles jaunâtres, d’une saveur d’abord piquante, puis des plus âcres. On traite par l’éther, qui, évaporé, donne pour résidu un peu d’huile jaune , tenant probablement en dissolution de la matière colorante. L'extrait alcoolique, ainsi épuisé par l’éther est en partie décoloré : il offre la même saveur qu’avant le traitement éthérique , et ne renferme plus que le principe âcre un peu coloré. La présence de cette matière âcre dans le coagulum albumineux est un fait important à noter, dont nous trouverons l’application en parlant des préparations pharmaceutiques du polygala.

La poudre de polygala, en grande partie épuisée par l’eau froide, est soumise il l’ébullition dans trois litres d’eau distillée. Cette décoction rougit le tournesol. La teinture d’iode n’y indique pas d’amidon. On l’évapore sur un feu doux jusqu’à 8 onces. 11 s’y forme par refroidissement un dépôt qui, séparé par filtration et séché, pèse Ce dépôt est formé de matière âcre, de pho¬

sphate et de carbonate de chaux et de fer.

On achète l’évaporation «du lic^uide où s’est formé ce dépôt. 11 en résulte un extrait noir, d’une saveur d’abord douce et sucrée puis âcre. Il pèse 8 s''- 5 .

Nous pouvons déjà voir par ce résultat que l’eau froide est suSisante pour dissoudre le principe âcre du polygala. En efiét, j’avais cessé l’action de l’eau par déplacement lorsqu’elle passait encore sapide, et cependant je n’ai obtenu ensuite par l’eau bouillante qu’une petite quantité d’un extrait noir peu âcre , où prédominaient des sels de chaux insolubles par eux-mêmes et de l’apothême.

Çet extrait a été redissout dans l’eau et réuni au premier liquide obtenu par déplacement. On ajoute de l’acétate neutre de plomb, qui détermine la formation d’un précipité gris jaunâtre sale , que l’on sépare par filtration. Le liquide écoulé est mis de côté, et l’on commence par examiner la nature du précipité plombique. Celui-ci, délayé dans l’eau , est précipité par l’hydrogène sulfuré. La liquide éclairci est évaporé, l’extrait qui en résulte est traité par l’alcool à 4o°, qui le dissout presque entièrement. Cette solution alcoolique est elle-même évaporée à siccité. Le produit est repris par l’eau, qui laisse indissoute une matière jaune , sur laquelle nous allons bientôt revenir. Il est évident que l’eau , par laquelle je venais de traiter l’extrait alcoolique , devait contenir tous les acides qui avaient primitivement été précipités par le plomb. Les réactifs m’y ont en effet démontré la présence du tannin , des acides chiorbydrique, sulfurique et pbospborique, et d’un peu de matière colorante. De plus, la saveur du produit y décelait un peu de matière âcre, sans doute entraînée par ce précipité hétérogène; mais en vain j’y ai cherché à deux reprises difiérentes l’acide malique que Dulong et Feneulle disent exister dans le polygala ; je n’ai jiu en constater la présence.

La matière jaune provenant de l’extrait par l’alcool à

4 o*, et que l’eau avait refusé de dissoudre, est recueillie sur un filtre dont elle a imprégné un peu le fond à la manière d’une huile épaisse. Traitée par l’éther, elle forme une solution jaune rougeâtre, à réactions acides ; on abandonne à l’évaporation. Vers la fin on y distingue quelques légères huiles d’huile qui s’attachent aux parois de la capsule, on décante, et le liquide évaporé offre un résidu de matière rousse.

Cette substance est insoluble ou peu soluble dans l'eau soluble dans l’éther, l’alcool ; précipite le persulfate de fer en gris, en communiquant à la liqueur une légère teinte verdâtre ; précipite l’acétate triplombique en beau jaune; forme dans la potasse une solution jaune intense. Ces propriétés me firent penser que j’avais affaire à de la matière colorante retenant un peu de tannin. Dans le but de la débarrasser de ce dernier, je la traitai à plusieurs reprises par l’eau bouillante; cette eau, qui se troublait par refroidissement, avait acquis la propriété de précipiter le persulfate de fer en gris, en développant une ôiop™ couleur verte, tandis que la partie restée indissoute précipitait alors le même sel de fer en gris roux, sans la moindre nuance de vert. J’étais donc parvenu à isoler une portion de la matière colorante du polygnla. En la traitant par l’eau froide j'en avais dissout une faible portion et la totalité du tannin. Nous examinerons plus loin ses propriétés : je signalerai seulement ici sa saveur amère.

La liqueur antécédemment précipitée par l’acétate de plomb et mise de côté ,'est exposée à un courant d’hydrogène sulfuré pour la séparer du plomb qu’elle retenait. On filtre et l’on évapore à siccité. L’extrait qui en résulte est traité par l’alcool à 36 °, qui laisse indissoute une matière brune insipide, .soluble dans l’eau, sans action sur les papiers réactifs, ne précipitant ni le nitrate d’argent,

ni l’acétate neutre de plomb, mais précipitant abondamment le sous-acétate; l’oxalate d’ammoniaque y indique une assez grande quantité de chaux. Une portion de cette matière est chaulTée avec de l’acide nitrique, dont on ajoute à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de gaz rutilant, le liquide laisse former par refroidissement un dépôt blanc évidemment formé d’acide mucique. Ainsi la matière brune laissée par l’alcool était Co formée de gomme et de chaux, sans doute colorés par un peu d’extractif altéré. La chaux devait être combinée avec la gomme, car il est certain quelle ne pouvait y être combinée avec l’acide malique, puisque l’acétate neutre de plomb ne troublait pas la liqueur.

La solution alcoolique, d’où l’on a séparé la matière gommeuse, est évaporée, et fournit un extrait brun, complètement soluble dansl’eau, qui contient, outre la matière âcre et la matière jaune amère, un peu de chaux et de l’acide acétique, provenant de la décomposition de l’excès d’acétate de plomb ajouté antérieurement. Sa saveur estfortement amère, â(îreet persistante. Le produit que Feneulle indique comme le principe actif du polygala, ressemble beaucoup à cet extrait, et n’en diffère que par quelques corps étrangers qu’il y ajoute. Pour s’expliquer l’augmentation d’intensité de la saveur amère que nous remarquons ici, il suffit de se rappeler que le précipité formé par la coagulation de l’albumine a entraîné une assez grande quantité de matière âcre ; que le deuxième précipité, formé par suite de la concentration des décoctions, en a encore entraîné un peu ; tandis que nous n’avons enlevé qu’une fois au liquide de la matière colorante amère, c’est lorsque nous l’avons précipité par le sel de plomb, et encore s’est-il précipité en même temps de la matière âcre. Cette facilité avec laquelle tous les précipités qui se forment au milieu des infusions de polygala entraînent la matière âcre, est remarquable , et fait voir

combien sont vicieuses les formules qui indiquent de concentrer par évaporation ces sortes de médicaments. Continuons pour le moment l’examen de l’extrait qui nous occupe. En le traitant par l’éther, on lui enlève la plus grande partie de la matière amère, car après ce traitement il ne possède plus qu’une saveur piquante et âcre. Ayant déjà isolé cette matière colorante amère, il était inutile de cherchera purifier celle que venait de dissoudre l’éther.

L’extrait ainsi privé de ce corps est dissout dans l’eau, on ajoute du sous-acétate de plomb, qui forme un beau précipité jaune, résultant de la combinaison de la matière âcre, et d’un peu de matière colorante avec le plomb. On lave jusqu’à ce que l’hydrogène sulfuré n’indique plus de plomb dans l’eau des lavages. C’est une combinaison analogue à celle-ci que Folchi a désignée et décrite comme le principe actif du polygala, sans s’apercevoir que c’était un sel de plomb. On délüie ce précipité dans suffisante quantité d’eau, on sépare le plomb par un courant d’hydrogène sulfuré, on chasse l’excès de ce dernier par la chaleur, et l’on filtre. Le liquide qui s’écoule est ordinairement coloré en brun par une petite quantité de sulfure de plomb très-divisé, mais par l’action d’une légère chaleur il ne tarde pas à s’éclaircir : on filtre de nouveau, et l’on évapore à siccité. On traite ce produit par l’alcool à 36® bouillant, on filtre au bain-marie, et par refroidissement il se forme un dépôt pulvérulent d’une blancheur , plus ou moins grande, qui n’est autre chose que la matière âcre à l’état de pureté; onia sépare par filtration. Le liquide d’où elle s’est précipitée, exposé à l’air, en laisse encore déposer une quantité assez considérable, par suite de l’évaporation de l’alcool. Enfin, le sulfure de plomb, traité par ce même véhicule bouillant, en fournit aussi une nouvelle quantité. Si l’on ne juge pas le produit suffisamment blanc, on le redissout dans l’alcool, on décolore par le

charbon animal lavé à l’acide hydrochlorique, et l’on filtre comme précédemment au baiû-marie.

La racine de polygala, épuisée par l’eau, est traitée par l’alcool à 34 “- Celui-ci, filtré bouillant, laisse former par refroidissement un dépôt jaunâtre, qui n’est autre chose quede la cire. On traitecelle-ciparl’éther, qui laisse indissoute un peu de matière âcre quelle entraîne dans sa précipitation. Le produit de l’évaporation de l’éther est repris par l’alcool à 4o* bouillant, qui n’en dissout qu’une partie, et laisse au fond de la capsule une matière rousse, fauve, pulvérulente, insipide, insoluble dans l’eau, dans l’éther et dans les alcalis. Chauffée jusqu’à 200°, cette matière se colore sans se fondre ; sur une lame de platine elle noircit en fondant, s’enflamme et brûle en laissant un léger résidu de phosphate de chaux. Quelle est la nature de coproduit? Ce ne peut être de la myricine,puisqu’il avait été primitivement dissout par l’alcool.

La partie de la cire dissoute dans l’alcool à 4 o“ est exposée à une douce chaleur pour chasser celui-ci. Vers la fin de l’évaporation, la liqueur prend l’aspect d’une gelée. Cette substance offre la couleur jaune terne, de la cire ordinaire ; son odeur est analogue à celle du polygala , et sa saveur est nauseuse, ce qu’elle doit sans aucun doute à un peu*'*" d’huile qu’elle a retenue. Elle est soluble dans l’éther, les huiles fixes et essentielles, saponifiable par les alcalis, fusible à 63 ®. 11 ne faut point ajouter une grande importance au degré de fusion indiqué ici, à cause de l’huile qu’elle retient, et dont il serait très-difficile ou même impossible de la priver maintenant. Cette matière, ainsi obtenue par l’alcool, ne peut être que de la cerine, puisqu’elle doit manquer de l’autre élément qui constitue la cire, la myricine.

La décoction alcoolique, qui a laissé déposer la cire par refroidissement, est évaporée. Elle fournit une petite quantité d’extrait jaunâtre tout imprégné d’huile, ainsique

Jes paroisde la capsule. C’est à ce produit, en grande partie formé de matière âcre et d’huile, que Dulong d’Astafort, a donné le nom de résine, après lui avoir toutefois enlevé une portion de matière âcre par l’eau. Cet extrait est traité à plusieurs reprises par l’éther, qui, distillé, laisse pour résidu une huile brune jaunâtre, de consistance de sirop épais; c’est l’huile fixe (résine molle de Geblen). Vers la fin de la distillation de l’éther, on distinguait dans la cornue deux couches, l’une aqueuse et l’autre huileuse. On a versé le tout dans une capsule pour examiner ces produits. Le liquide aqueux était acide, et se colorait en vert par le persulfate de fer, comme le ditFolchi; mais indépendamment de l’acide gallique que ce caractère indique dans le liquide aqueux, il existe dans l’huile un autre acide qui ne se colore point par les sels de fer. Nous chercherons à en déterminer la nature en examinant les propriétés de l’huile fixe.

L’extrait alcoolique , ainsi privé par l’éther de la plus grande partie de son huile et de sa matière colorante jaune, ne contient presque plus que la matière âcre. On peut extraire celle-ci, soit au moyen de l’acétate triplombique, comme je l’ai indiqué, soit parle procédé de Gehlen, qui, avec quelques modifications , donne dans ce cas un aussi bon résultat. ( Le procédé de Gehlen ne peut fournir de matière âcre qu’en opérant comme ici sur un extrait alcoolique de polygala. )

La poudre de polygala, épuisée par l’alcool et devenue tout à fait insipide, est bouillie avec une solution faible de potasse caustique; on filtre la liqueur bru- , ne qui en résulte. L’acide bydrochlorique versé dans '■ un peu de cette liqueur la fait prendre en gelée ; la même chose arrive avec le chlorure de calcium. A ces simples cractères on ne peut méconnaître l’acidè pectique. Le lendemain le reste de la liqueur était pris en une gelée brune, d’une saveur fade.

Le polygala, doué d’une odeur marquée , devrait-il Celle-ci à une huile essentielle? Feneulle et Dulong disent l’avoir obtenue ; Folchi l’admet ; mais aucun ne parlant de ses propriétés, j’ai voulu essayer de l’obtenir à mon tour.

La facilité avec laquelle la décoction du polygala monte et s’enlève, m’a déterminé à ne point distiller à feu nu, mais bien à la vapeur. Les premières portions d’eau qui ont passé à la distillation étaient surmontées par une très-petite quantité de matière grise-blanche , solide, qui, bientôt divisée, nageait dans le liquide ; je n’ai aperçu aucune trace de corps gras liquide nageant à la surface. Le produit de la distillation a une odeur forte et désagréable ; il décolore le papier de tournesol plutôt qu’il ne le rougit, et précipite l’acétate triplombique en blanç. Une portion du produit est agitée avec de l’éther : celui-ci évaporé, laisse sur le fond de la capsule une matière grasse,mais en quantité si petite', que c’est à peine si l’on peut en imbiber un peu de papier, qui devient transparent, et indique ainsi d’une manière certaine un corps gras passé à la distillation : ce corps rougit fortement le tournesol. Etait-ce là une huile essentielle , ou bien un acide gras volatil ? Ce n’est point avec des quantités si minimes que je pouvais établir un jugement positif à ce sujet. Cependant je ferai voir par des faits, en parlant de l’huile fixe, qu’il devait véritablement y avoir ici un acide^ ce qui rend assez douteuse la présence d’une huile volatile.

Propriétés de l’acide polygaliqiie (matière âcre).

La matière âcre du polygala, telle que je l’ai obtenue de différentes opérations et par divers procédés, se présente avec les caractères suivants,

iB

Élle est blanche, pulvérulente quand elle s’eSt préfcipitée par le refroidissement de l’alcool, inodore ; d’abord peu sapide, mais ne tardan. pas à devenir piquante, âcre, et à produire à l’entrée du gosier un sentiment d’astric-* tion des plus pénibles. Inaltérable à l’air. Sa poudre irrite la gorge et l’intérieur du nez, et excite l’éternument..

Exposée dans une petite cornue à une chaleur graduellement élevée jusqu’à 200 °, elle s’est à peine colorée à l’extérieur de la masse, et n’a donné qu’une goutte d’un liquide acide, lequel provenait sans doute de la décomposition des portions, immédiatement en contact avec les parois du verre. La matière restée dans la cornue jouissait, après cet essai, de ses propriétés chimiques et de sa saveur âcre comme auparavant : elle n’est donc point volatile. Brûlée dans un tube de verre, elle n’a point répandu de vapeurs alcalines : elle est donc dépourvue d’azote. Chauffée sur une lame de platine elle y brûle activement en répandant une flamme fuligineuse : elle laisse un charbon léger qui finit par disparaître sans laisser de résidu. Cette substance se dissout dans l’eau froide, mais lentement, tandis que si l’on élève un peu la température, on obtient une solution très-prompte et complète, jouissant de la propriété de rougir le tournesol : la matière que nous examinons est donc un acide ; je le nommerai acidepoljgaliqiie , du nom générique de la plante qui le fournit. On retrouve dans cette solution la saveur piquante, puis âcre , de l'infusion de polygala ; comme cette dernière, elle est aussi très-mousseuse. Si on l’évaporeà une douce chaleur, on obtient l’acide polygalique en écailles blanches verdâtres, translucides. Si j au lieu de la laisser évaporer tranquillement , on agite continuellement vers la fin, on y interpose une grande quantité d’air, et l’on obtient une masse légère, opâque, d’une grande blancheur. Une solution aqueuse est restée exposée à l’air pendant plus d’un mois , sans que la saveur âcre oit même paru diminuer : à la fin

elle s’est évaporée sans traces de cristallisation. L’acide polygalique est également soluhle en toute proportion dans l’alcool absolu bouillant, mais une grande partie se précipite par refroidissement. L’alcool à 22 ° en laisse aussi précipiter beaucoup dans le même cas. Il est absolument insoluble dans l’éther sulfurique, l’éther acétique, les huiles grasses et volatiles. Les alcalis neutralisent sa solution en lui communiquant une légère teinte verdâtre. Si l’on ajoute un excès d’eau de baryte à la solution d’acide polygaliqueon produit un précipité blanc abondant que j’ai attribué à la formation d’un sel basique. En effet, si l’on verse une solution de polygalate de potasse dans celle de chlorure de barium, il n’y a point de précipité; mais si l’on ajoute préalablement un peu d’eau de baryfe à celle-ci, on voit alors apparaître le précipité blanc. Le protosulfate et le persulfate de fer, l’acétate de cuivre, l’acétate neutre de plomb, le nitrate d’argent, ne précipitent point la solution d’acide polygalique libre, mais il en est autrement s’il est uni à un alcali. Les chlorures d’or, de platine, le bichlorure de mercure, l’émétique , ne le précipitent pas davantage, qu’il soit libre ou combiné, mais il donne lieu à un précipité blanc abondant parle sous-acétate de plomb et protonitrate de mercure.

L’acide nitrique concentré, versé surl’acide polygalique, forme une solution jaune ; par l’action de la chaleur il donne lieu à la formation d’un peu d’acide oxalique et d’une matière d’un beau jaune ;pâle, qui, lavée à l’eau froide, offrait une saveur astringente très-amère : je l’ai regardée comme de l’acide picrique. L’acide sulfurique exerce une action particulière , caractéristique, sur l’acide polygalique. Il le colore d’abord en jaune ; puis, peu de temps après, les parties extérieures de la masse deviennent d’un rouge rosé, et se dissolvent à mesure dans l’acide, phénomène qui se continue jusqu’à ce que toute la matière isoit dissoute; bientôt la solution acquiert une belle douleur

violette, qui persiste quelques heures dans un grand degré d’intensité, puis s’affaiblit peu à peu en prenait une teinte gris-bleu ; enfin , vingt-quatre heures après, la liqueur est totalement décolorée, et a donné lieu à la formation d’un léger précipité gris devenu insoluble dans l’eau. On n’aperçoit aucun dégagement de gaz pendant la dissolution. La présence de l’air est nécessaire à l’accomplissement du phénomène : hors de son contact il ne se forme qu’une solution rouge-brune. Le tannin, versé dans la solution d’acide polygalique , la rend très-opaline : je me suis assuré que ce phénomène n’est pas dù à la présence d’une base organique.

L’acide polygalique jouit de propriétés acides fort peu énergiques: ainsi, il ne chasse de ses combinaisons ni l’acide carboni([ue, ni l’acide hydrôsülfurique, même aidé de l’action de la- chaleur.

Polygalates.

Les polygalates alcalins s’obtimnent en saturant avec ces bases la solution d’acide polygalique ; ils sont incristallisables, et ne peuvent s’obtenir que sous forme de pellicules minces , translucides , verdâtres. Celui de magnésie précipite en blanc par l’acétate de plomb et le nitrate d!argent, en gris par le persulfate de fer, en vert par les sels.de cuivre, un léger excès d’acide rédissout ces précipités. Une précipite ni le chlorure d’or ni le bichloruré de mercure, peut-être à cause de l’excès d’acide de ces sels. Les polygalates de potasse et de soude doivent* se comporter comme celui de magnésie.

Ainsi, l’acide polygalique forme avec les alcalis des sels neutres incristallisables : il produit avec la baryte, outre le sel neutre , un sel basique pulvérulent. Nous avons vu qu’il forme aussi avec le plomb un sel basique ; c’est même sur cette propriété qu’est fondé le mode d’extraction que

j’ai indicjué. Avec la plupart des sels métalliques des autresseclions, il donne lieu à la formation de sels insolubles à l’état neutre, facilement solubles dans un excès d’acide. S’il ne précipite pas l’émétique, cela peut être dû à la présence de l’alcali, qui donnerait lieu à la formation d’un sel double. .

J’ai à regretter den’avoir pu obtenircet acide sous formé cristalline, signe irrécusable de la pureté d’un corps. Mais la delphine, qui estincristallisable par elle-même, et qui ne forme pas non plus de sels cristallisables ; l’émétine, qui ne forme môme pas de sels neutres: l’acide tannique, l’acide pectique^ d’une autre part, n% sont-ils pas dans lé môme cas? Et cependant leur existence comme corps purs n’est révoquée en doute par aucuns chimistes.

Reste, pour terminer l’histoiré chimique de l’acide polygalique, deux point simportants à examiner: la détermination de sa capacité de saturation et son analyse élémentaire. IS’ayant point encore désespéré de l’obtenir à l’état cristallin, j’ai cru devoir différer ces deux expériences, pour lesquelles il est si nécessaire d’avoir des corps purs.

. , ; Expériences physiologiques.

Voici maintenant le résultat de quelques expériéàees physiologiques que j’ai tentées, soit pour prouver qiie l’ar ci^e polygaitque était bien le corps auquel la racine de polygaja. doit son action thérapeutique , soit pour commencer à guider les praticiens qui voudraient en essayer l’emploi.

Introduit dans l’estomac h la dose de a décig. ou 4 grains dissous dans 4 gram. d’eau, chez des animaux de petite taille, il a produit, dans l'espace de cinq à dix minutes, et à plusienres reprises, des-vomissements d’un mucus filant, dont la sécrétion s’est ensuite continuée et rendit leur gueule écumeuse.

A une dose moitié plus forte, c’est-à-dire à 4 décig. dissous dans la même quantité d’eau, il produit, nonseulement les Yoniissements dont je viens de parler, mais aussi un très-grand embarras dans la respiration ; cette gène forçait l’animal à allonger le cou et à renverser la tête pendant l’inspiration. Dans un cas les vomissements ont été suivis de fréquents éternuments ; dans un autre ils ont été accompagnés d’agitation et de mouvements violents et convulsifs. La dernière dose a toujours produit la mort après trois heures environ.

Injecté dans la vçine jugulaire d'un chien de petite taille à la dose de i déci^. , les vomissements ne sont survenus que trois quarts d’heure après, et dans ce seul cas ils ont été suivis de selles. Deux heures et demie après l’injection, l’animal est mort sans avoir présenté rien autre chose de remarquable.

Employé par la méthode endermique à la dose de 2 décig. et même 4 décig. introduits sous la peau de la partie intérieure de la cuisse , l’acide polygalique est resté sans effet.

Je n’ai observé chez aucun des animaux soumis à ces expériences que la sécrétion des urines fût augmentée.

./^Mtqpiï’e. A l’autopsie on trouve dans l’œsophage et dans l’estomac une quantité de mucus écumeux plus ou moins grande ; la muqueuse de ces organes <est décolorée. Cependant elle présentait de la rougeur et de l’injection par places chez deux de ces animaux, qui, ayant pris le premier jour quatre grains et le deuxième 8 grains d’acide polygalique, étaient par cela même restés longtemps soumis à l’action de ce corps. Toujours j’ai trouvé le tube intestinal rouge et injecté, surtout dans le duodénum et le jéjunum. A mesure qu’on descendait vers le rectum la rougeur devenait moins vive.

Le ventricule droit était, dans tous les cas, gorgé d’un sang noir , ainsi que les veines : le ventricule gauche

était vide, ou contenait peu de sang d’une couleur terne et non d’un rouge vif.

Dans la partie supérieure de la trachée-artère on trouvait une petite quantité de mucus écumeux. Les poumons n’ont présenté rien-de remarquable, si ce n’est une quantité de sang qüi paraissâit un peu plus grande que dans l’état normal.

Un seul avait une vessie distendue outre mesure et remplie.

En examinant avec attention cçs différents résultats, il me semble qu’on peut en déduire, comme conséquence, que l’acide poljgalique exerce une action stimulante spéciale sur les membranes muqueuses , d’où résulte une sécrétion de mucus très-abondante. Ceci s’accorderait avec l’observation de Kreysig, qui administre le polygala chez les hommes âgés, où il y a absence plus ou moins complète de sécrétion muqueuse à la surface des bronches. Les faits précédents justifient enco're l’emploi de cé médicament par Valentin et Bretonneau dans le croup, où il s’opposerait à la formation de la couenne croupale,ou, si elle existe déjà, il contribuerait à la détacher.

L’action marquée de l’acide polygalique sqr l’estomac et lesintestins, quand on l’administroà haute dose, ne pourrait-elle pas expliquer sa manière d’agir dans l’ophtalmie,? Ne serait-ce pas comme simple dérivatif qq’il en aurait produit la guérison? Mais d’après les ravages que nous l’avons vu produire quand iba été introduit en grande quantité dans l’économie, je n’ai pas besoin d’insister içi sur la circonspection avec laquelle on doit doser cette substance âcre ou la racine quila contient (i).

(i) Mérat (Dictionnaire de»aciencesmédicales) dit que la dose à laquelle on conseille le polfgala dans les ouvrage» est généralement trop forte, et qu’on doit rarement t’élever au delà de i gros par jour en décoction dan» Une

Enfin, l’acide polygalique paraît exercer sur la fonction respiratoire une action qui n’est peut-être pas étrangère à son efficacité dans les maladies du poumon.

J’ajouterai que comme sialagogue il ne me paraît pas mériter de fixer l’attention ; mis à faible dose sur la langue il excite bien en effet un peu de salivation, mais nous possédons de bien meilleurs médicaments de ce genre.

D’après les expériences que je viens de rapporter, il ne me semble guère possible d’expliquer le mode d’action du polygala dans une foule de maladies où on l’a çonseillé. Ce n’est toutefois pas là une raison.pourjugeràpn'on qu’il ne peut pas être employé avec succès pour les combattre. Combien de médicaments, en effet, produisent d’heureux résultats, et dont nous ne pouvons expliquer la manière d’agir : témoin le sulfate de quinine! D’ailleurs, si j’ai entrepris ce petit nombre d’expériences physiologiques, c’était moins pour étudier avec détails l’action du polvgala sur l’organisme, que pour acquérir la certitude que le corps que j’avais isolé était bien le principe actif de cette racine; je crois l’avoir suffisamment prouvé.

De la matière colorante.

Elle est en écailles minces, brune-jaUnâtre , inodore, très-amèré, fond à ifio*’. Chauffée dans un tube de verre, elle brûle sans répandre de VapèiirS alcalines ; brûle à l’air avec tine flamme épaisse, et laisse un charbon volumineux.

Elle est peu soluble dans l’eau , soluble dans l’alcool et l’éther : ces solutions rougissent le tournesol. Légère-

pinte d’eau. La même remarque sé trouve dans le Pleliohnalré des sciences naluraUet do Levraut.

Celte dose est peut-être pn peu minime, mais, U est certain que celle racine est très-active et qu'elle ne dpil être administrée qu’en petite quanlilé à la fois. Que penser d’après cela de ceux qui l’ont employée jusqu'à 3 onces pour une pinte d’eau?

ment soluble dans les huiles fixes et volatiles. La potasse, la soude et l’ammoniaque la dissolvent facilement en développant sa couleur jaune. Elle donne lieu, avec un grand nombre de sels métalliques, à des précipités diversement colorés. L’acide sulfurique lui communique une couleur rouge enfumée, n’ayant pas le moindre rapport avec celle qu’il développe avec l’acide polygalique.

C’est à cette matière que j’ai cru pouvoir attribuer la saveur amère que l’on remarque dans le polygalâ. Cette matière est-elle pure? La saveur amère .quelle nous offre lui est-elle inhérente ', ou bien la devrait-elle à une matière étràn‘>ère? Ceci est possible : Feneulle dit l’avoir obtenue insipide. Ce qu’il y a de certain, c’est que dans tous les produits du polygala où la couleur annonçait une gt-ande quantité de matière colorante, là aussi prédominait la saveur amère. Si ce sont deux corps différents, il est donc supposable qu’ils ont l’un pour l’autre une grande affinité. Certain que j’étais que ce n’était pas là la matière active , j’y ai attaché une mbins grande importance.

Huile fixe et acide virginéique .

L’huile fixe est contenue en assez grande quantité dans le polygala. Elle est brune-rougeâtre, d’une consistance dé sirop, épais, d’une saveur aromatique , amère , rance, oh ne peut plus désagréable : odeur analogue à la saveur ; rougit le tournesol. Elle forme dans les alcalis une solution brune jaunâtre tant qu’elle, est concentrée , mais d’un beau jaune quand elle est un pea étendue.

J’en ai fait bouillir une certaine quantité avec de l’eau ; celle-ci filtre acide, d’uàe saveur d’abord douce, puis légèrement amère , nauseuse. Le persulfate de fer n’y produit point de précipité, mais une simple coloration en rose , lé souâ-acétaté de plomb uh précipité jaune abon-

dant. Le nitrate d’argent ni celui de baryte ny produisent de cbangement ; acétate de cuivre, précipité gris verdâtre, léger; la potasse lui communique simplement une teinte jaune.

Une autre portion de cette huile a été traitée à chaud par une solution de potasse caustique. La saponification s’est opérée avec une extrême facilité; après quelques minutes d’ébullition, le savon obtenu se dissolvait parfaitement dans l'eaui On l’a décomposé par l’acide tartrique , et le tartrate de potasse séparé, on a introduit dans un petit appareil distillatoire le liquide aqueux et le corps gras qui le surnageait. Par la distillation on a obter nu un liquide d’une odeur nauseuse , surmonté par queL ques petites gouttes d’une matière huileuse. Le liquide aqueux rougit le tournesol , précipite le sous- acétate de plomb en blanc , ne précipite ni le sel d’argent ni celui de cuivre.

La quantité du liquide gras surnageant étant trop faible pour l’isoler directement, on traite par l’éther. Celuici, abandonné à l’évaporation , laisse pour résidu à peine une goutte d’un corps gras légèrement coloré, liquide , rougissant énergiquement le tournesol, d’une odeur trèsforte , pénétrante , désagréable , entièrement soluble dans la potasse caustique. La propriété de rougir ainsi le tournesol et surtout celle de se dissoudre dans la potasse caustique, devaient me faire penser que j’avais obtenu un acidegras volatil et non une essence. DéjàFeneulle avait obtenu, non pas ce corps gras isolé, mais un liquide aqueux jouissant de propriétés acides, ce qui lui avait fait penser avec raison qu’il pouvait y avoir là un acide gras volatil.

Ayant déjà de fortes raisons de penser que cet acide préexistait dans l’buile fixe, et désirant d’ailleurs m’en procurer d’assez grandes quantités pour faire quelques essais, j’ai introduit 3o grammes d’huile fixe dans une

cornue, et jel’ai exposée à une chaleur graduellement élevée jusqu'à 200“. J’ai obtenu par ce moyen une petite couche de liquide huileux d’une couleur jaune hyacinthe, qui m’a paru semblable au précédent. Voici ses propriétés. Odeur très-forte, nauseuse ; saveur âcre, piquante, laissant sur la langue une tache blanche; rougit fortement le tournesol. Peu solubre dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et y l’élher. La potasse caustique le dissout complètement. La solution dans l’alcool faible jouit des propriétés suivantes : elle précipite en gris le persulfate de fer et développe une couleur rose ; l’acétate et le sous-acétate de plomb y forment un prépicité blanc, l’acétate de cuivre un précipité gris verdâtre. L’acide sulfurique lui communique une couleur brune , puis le noircit.

Ainsi de tous ces faits, je crois pouvoir conclure : que la matière que j’ai extraite à la température de l’eau bouillante par la distillation des produits de la saponification de l’huile fixe, et celle que je viens d’obtenir à feu nu, mais ^ une températurè inférieure à celle à laquelle les graisses se décomposent, sont identiques, car leurs propriétés principales sont les mêmes ; que cette matière grasse préexiste avec ces propriétés acides dans le polygala, car les réactifs en annonçaient la présence dans l’huile fixe non distillée, et aussi dans le produit de la simple distillation de la racine à la vapeur; que celte substance est un acide gras volatil analogue aux acides valérianique et phocénique , et non une huile essentielle, car la propriété de rougir fortement le tournesol et de se dissoudre dans les alcalis n’appartient généralement pas aux essences. Je donnerai à cet acide le nom à'acide uirginéique. Je regarde en conséquence comme probable que le polygala ne contient pas d’huile essentielle, et que c’est seulement à l’acide virginéiqne qu’on doit rapporter son odeur.

D’après les expériences rapportées dans cette analyse,

je crois pouvoir admettre, sans aucun doute, la présence des corps suivants dans le polygala :

I® Acide polygalique ;

2 ° — virginéique ;

3° —• pectique;

4“ — tannique ;

5° Mat. col. jaune, amère;

6° Gomme;

7 “ Albumine;

8® Cérine;

9 ° Huile fixe.

Les acides, comme on le voit par cette énumération, sont nombreux dans le polygala : ils dominent les autres principes, et révèlent d’abord leur présence par la propriété de rougir le tournesol! Il est toutefois présumable que l’un d’eux, l’acide pectique , ne préexiste pas dans la racine, et que Ses éléments s’y trouvent à l’état de pectine. •

Ihcinéfation.

Gonnaissant lès principes d'ojriginë organique qui Se trouvent dans le polygala, et ayant déjà vu àpparàftre durant le cours de l’analyse différents corps liiihéi'àùlji, il tbè restait à constater d’une màùièfre positive leur présence et k fixer leur noirfbre.

J’ai en cbnséquencé fetillé So grainméS de pblyg.ila bien cbosi dans un créuset de platine. Cette quantité m’a fourni i gr. 5 déc. de cendres, dans lesquelleà j’ai récôfinulk pré'sence des corps ci-dessouS énumérés, ët devfint êtr’e ajoutés aux premiers’ pouf rejirëseiitet là ëijïiStituliôn chimique du polygala : .

K.'’CârboKiàtè potassique 5,.

2 ° Gatbonaté calcique ;

3° Phosphate potassique ; 4° Sulfate idem ;

5“ Chlorure idem ;

6° Sulfate calcique ;

7 “ Phosphate idem ;

8» Alumine ;

9 " Magnésie; io° Silice;

U” Per,

J’ai eu occasion, durant le cours de cettè analyse, de faire connaître les produits auxquels Feneulle et Folcbi ont rapporté les propriétés du polygala. Je dirai ici que celui de Dulong d’Astafort, quoiqüe obtenu par un procédé fort compliqué, est beaucoup plus pur que celui de Feneulle. 11 ne paraît contenir , en fait de corps étrangers, que de Facétate de magnésie et uù peu de matière colorante ; l’auteur ne s’y est pas mépHs j mais il n’a pu trouver moyen de séparer l’acide acétique, ce qui i’a empêché de reconnaître la vraie nature de son produit, auquel il donne pour caractère d’être fauve, âcre, de se ramollir par la chaleur et d’attirer l’humidité de l’àir.

Ënûn , il serait assez difficile de savoir quels étaient les corps qui pouvaient se trouver dans la sénéguihe de Qehleh, à laquelle il attribue pour caractère d’être brune et cassante, âcre, insoluble dans l’eau i mais ce qu’on peut dire, c’est que ce produit était extrêmement facile à purifier, et qu’il est étonnant que cet habite chimiste ne l’ait pas fait. Son procé lé, qui consiste uniquement dans l’emploi successif de l’alcool, de l’éther et de l’eau, est très-bon, mais fort dispendieux : il sert à prouver un fait très-intéressant, c’est que l’acide polygalique existe à l’état de liberté dans le polygala, En efiet, au moyen des

trois véhicules que je viens de nommer, on peut parvenir à avoir cet acide pur, et même d’un assez beau blanc, sans l’emploi du charbon (i).

Table comparative synonymique des analyses du polygala.

(l) Il existe encore an moins trois autres analyses du polygala qui n’ont point été publiées par les recueils scientifiques qui se trouvent dans les bibliothèques de Paris ; de là l'impossibilité de me les procurer. Parmi elles il en est une surtout que j’aurais désiré connaître, parce qu’elle fait' mention d’un acide pulygalique : c’est celle de Peschier. Toutes mes recherchés à ce sujet ont été inutiles. Ce queje puis savoir, c’est que le corps, que ce chimiste a désigné sous le nom d’acide polygalique , est différent du mien. En effet, d’après ce qn’on voit déni quelques traités de matière médicale , son principe âcre du polygala serait celui qu'il nomme polygaline, et qu’il regarde comme un alcali : cc serait donc celte polygaline qui correspondrait au principe que j’ai appelé acide polygalique.

Il y admet la présence d’un troisième corps dont on ne trouve que le nom dans les ouvrage*, c'est l'isolysine: Serait-ce la matière colorante qu’il aurait ainsi désignée par un nom particulier, on bien l'huile fixe ?

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