‹ Examen chimique de la racine du polygala de Virginie. ThèseChapitre 2 sur 3 · APPLICATIONS · texte numérisé non relu

APPLICATIONS

Revue générale des préparations de poljgala.

Munis que nous sommes maintenant de la Connaissance des principes qui constituent le polygala , il nous est déjà permis de penser que les meilleurs médicaments obtenus avec cette substance seront ceux qui ont l’eau pour véhicule ; mais comme la multitude de corps avec lesquels l'acide polygalique se rencontre dans le* polygala pourrait mettre la théorie en défaut, faisons d’abord quelques essais, après quoi nous passerons rapidement en revue lès principaux médicaments dont il est la base, en essayant d’apprécier la valeur de chacun d’eux.

On a pesé quatre doses de chacune 3 o gram. de poudre de polygala. L’une a été soumise à l’action de l’eau distillée bouillante à deux reprises; on a employé en tout un litre d’ëau ; la durée de chaque décoction a été dé vingt minutes. La liqueur passée et abandonnée au repos pour la séparer des parties terreuses était très-trouble, grisâtre, d’une saveur un peu amère, piquante, âcre, et prenant au gosier ; faible odeur d’huile de polygala.

La liqueur évaporée fournit loS'' b'*’, d’un extrait presque sec, d’une saveur d’abord douce, puis bientôt âcre.

La poudre de polygala , qui avait fourni cet extrait, avait conservé une légère saveur âcre, nauseuse.

La deuxième portion de poudre de polygala a été traitée deux fois par infusion; elle est restée exposée une heure chaque fois à l’action de l’eau, dont on a également employé un litre. La liqueur passée et décantée paraît peu différer de la décoction ; cependant elle est un peu moins trouble ; sa saveur est analogue.

Le liquide évaporé donne loS''-, d’un extrait brun jaunâtre, de même consistance que le premier, et d’une saveur analogue.

La poudre restante a aussi conservé un peu de saveur âcre, nauseusc.

La troisième dose de polygala a été placée dans une allonge , et soumise à l’action de l’eau froide par déplace-^ ment; les premières portions écoulées sont brunes-rougeâtres, opalines. La couleur du liquide s’affiiiblit bientôt, et il ne s’écoule plus que fort lentement et par gouttes trèsopalines, d’une légère saveur âcre; sa quantité était de 6 onces. Il avait une saveur plus amère et plus âcre que les [irécédents , ce qui ne doit (>as paraître étonnant puisque la proportion d’eau était moindre.

On obtient, par évaporation, ii,3d’un extrait fort ana^ logue aux deux premiers sous tous les rapports.

Désirant savoir si l’eau froide pouvait enlever au polygala toute sa matière âcre, j'ai exposé le dernier résidu à deux macérations successives^ de six heures chacune, dans 8 onces d’eau. Les liquides passés et décantés sont émulsifs, blanchâtres, sans anjertume et sans saveur piquante ) ils sont seulement un peu âcres.

Ils fournissent, par évaporation, i8'’-6 d’un extrait brun et âcre.

La poudre de polygala, ainsi traitée, est dépourvue de saveur.

L’eau froide peut donc dissoudre tout l’acide polyga-» lique renfermé dans le polygala.

Ces dillérents extraits ayant été préparés sans séparer le coagulum albumineux formé par la chaleur, il est.évident qu’ils devaient se ledisspudrg dans l’eau en la trou* blant.

Avec la quatrième dosç de polygala on a fait successivement deu;s décQctjoq; dans l’alcool à 35”, dont on a em* ployé en tout un litre. Qn filtre,, et l'on évapore sans

séparer la petite quantité de cire déposée par refroidissement.

Il en résulte i d’extrait jaunâtre, d’une odeur nauseuse d’hiiile de polygala, d’une saveur également nauseuse, devenant bientôt âcre, et prenant au gosier. La poudre ainsi traitée était dépourvue de saveur âcre et total ement décolorée.

Ainsi l’alcool dissout tout aussi bien et même plus facilement que l’eau le précipité âcre du polygala.

On trouve dans certains ouvrages que la saveur de l’infusion aqueuse paraît plus âcre que la teinture alcoolique, ce qui est vrai ; mais ceux qui en ont conclu que Celle-ci était moins active ont eu tort. Pour le sentir il eût suffi detéfléchir que la saveuf chaude et brûlante de l’alcool, émoussant momentanément le sens du goût, la langue et le gosier n’étaient plus aussi propres à percevoir la saveur âcre. Nous concevons toutefois qu’il doit exister une différence de composition entre les extraits aqueux et l’extrait alcoolique. En effet, l’eau n’a dissout qu’une faible portion d’huile et beaucoup de sels, tandis que l’alcool au contraire, a enlevé la totalité de l’huile et moins de sels.

Enfln, des extraits, préparés séparément avec la partie corticale de la racine et avec le méditullium, m’ont prouvé que l’acide polygalique était contenu en quantité beaucoup plus grande dans la partie corticale ; la matière colorante prédomine au contraire dans le méditullium.

Ainsi nous ne voyons, entre le produit de l’infusion et celui de la décoction, qu’une différence de 6 décig., laquelle est trop petite pour pouvoir en tenir compte dans des opérations qui ne sont pas susceptibles d’une précision rigoureuse) ces produits sont de même nature. La méthode de déplacement a fourni une quantité d’extrait sensiblement plus grande, sans avoir épuisé totalement la racine ; mais on est parvenu à enlever à celleK;i le peu

de matière sapide qui lui restait au moyen de l’eau froide. Si la décoction et l’infusion ont fourni un produit moins abondant que l’eau froide , je crois pouvoir en donner la raison, en disant qu’il s’est opéré dans la racine même une combinaison d’acide polygalique, de matière colorante et d’albumine coagulée, laquelle, comme nous le savons, est insoluble dans l’eau.

Fondés sur ces résultats, nous pouvons dire que, quand il s’agira de préparer des boissons de polygala, on devra de préférence se servir de l’eau froide ou tiède, qui peut avec le temps dissoudre complètement le principe actif du polygala : on évitera ainsi la formation de cette combinaison insoluble dont je viens de parler ; que si l’on est pressé, on pourra recourir à l’infusion, mais il est au moins inutile d’employer la décoction, car elle n’enlèverait pas mieux les principes actifs ; elle pourrait, au contraire, donner lieu à la formation d’une plus grande quantité du composé insoluble. Quand on aura besoin d’avoir ces principes du polygala sous un petit volume , pour préparer un extrait ou une pâte, par exemple, on devra préférer la méthode de déplacement, parce qu’on peut enlever par-là à cette racine la presque totalité des corps solubles avec une très-petite quantité d’eau, et qu’on évite, par suite, l’action prolongée de la chaleur, dont l’effet ne pourrait être que nuisible au médicament. Enfin, si pour remplir une indication thérapeutique particulière, on voulait en même temps réunir l’huile et la totalité des principes âcre et colorant, on devrait employer l’alcool à 36°. Si l’on voulait préparer de la poudre de polygala, on l’obtiendrait plus active en ne conservant que les premières portions, et rejetant le résidu, qui ne se compose pour ainsi dire que du méditullium. Mais ici jé rappellerai une observation faite dans beaucoup d’autres cas, c’est que, selon qu’on aura fait un résidu plus ou moins considérable, la proportion du principe actif

variera dans le produit. Enfin, si l’on voulait administrer l’acide polygalique à l’état de pureté, il faudrait l’employer en solutions aqueuses ou en pilules, et non dissout dans l’alcool, qui le laisse précipiter en grande partie par refroidissement, même quand il est faible. On devrait aussi de préférence employer l’acide polygalique libre, et non en combinaison avec les bases, dont les unes forment des sels insolubles, les autres des sels facilement transformables en sels insolubles.

L’acide polygalique libre peut sans inconvénient être associé à toute espèce de sels, si l’on en excepte le sousacétate de plomb et le protonitrate de mercure.

Je n’ai point déterminé d’une manière précise dans quelles proportions l’acide polygalique est contenu dans le polygala, ce qui m’eût conduit à indiquer par quelle dose on peut commencer à l’administrer. Voici comment j’y ai suppléé : j’ai fait une infusion de i gros de polygala dans 4 onces d’eau ; d’autre part, j’ai fait dissoudre i grain d’acide polygalique dans une pareille quantité d’eau : les deux produits offraient une âcreté analogue. J’ai donc admis que I grain d’acide polygalique correspond à i gros de polygala.

En conséquence, la formule de la potion pectorale qui se trouve dans la pharmacopée de M. Soubeiran pourrait

être remplacée par celle-ci :

Acide polygalique. i à 2 grains.

Eau.4 onces.

Sirop de sucre. 2 onces.

Revue des médicaments.

Le polygala se prescrivant presque toujours sous la forme de médicament magistral, variable au gré du médecin, les formules dont il est la base ne se trouvent qu’en petit nombre dans les pharmacopées. Quand on jette

imcoup (l'œil géntjral sur ces formules, ou voit qu’elle^ pèchent presque toutes par le même défaut, celui de faire bouillir longUimps la racine et de réduire plus ou moins le liquide. Ainsi le& pbarmacopée.s de Boston , d’Edimbourg, de Londres, celle de Brugnatelli, prescrivent, pour préparer la tisane de polygala, de prendre i once de racine et 2 livres d’eau, et de réduire à moitié par l’ébullition.

Par cette opération il se forme, non-seulement dans la racine, mais aussi dans le liquide, une assez grande (quantité de ce composé insoluble que nous connaissons ; on obtient une boisson trouble et ])ar-là plus rebutante à boire.

On trouve dans la pharmacopée de Hambourg la préparation suivante , sous le nom de décoction pectorale.

% . Rac. de polyg. de virg. ...

Lichen d’Islande. aa j once

Eau. 16 onces.

« Faites bouillir sur un feu doux et réduire à lo once.? » de cola tare. »

Il serait rationnel de faire bouillir le lichen seul et d’y ajouter le produit de la lexiviation du polygala par déplacement ; ou encore de faire une simple infusion dans 5 onces d’eau et de l’ajouter à la décoction de lichen évaporée à 5 onces.

Quelques pharmacopées, et entre autres celles de Francfort et de Berlin , préparent l’extrait de polygala avec l’eaude-vie.

L’emploi de ce véhicule ne me semble pas convenir dans ce cas , et voici pourquoi •• l’huile du polygala , comme toutes les autres, m’est que peu soluble dans l’alcool à iz , et l’on ne doit ici en obtenir qu’une portion. Si l’on veut quelle fasse partie du hiédicament, il faut Fy faire entrer en totalité, et, pour cela, employer de l’alcool fort; si l’on

veul au couLraire l’exclure, il faut avoir recours à l’eau. Ici on a pris le juste milieu,

Ou trouve une très-bonne formule de sirop de polygala dans la pharmacopée usuelle de Van Mons, de Louvaiu. Il prescrit de faire infuser à une douce chaleur, pendant quelques heures, une partie de polygala dans douze parties d’eau, de passer en exprimant légèrement, et de faire un sirop avec dix-huit parties de sucre.

Ce mode d’opérer est très-rationnel ; seulement on pourrait élever un peu la quantité de sucre pour rendre plus prompte la cuite du sirop, ou bien diminuer la quantité d’ea U.

Enfin, je terminerai en disant que le mode indiqué dans le Traité de pharmacie de MM. Henry et Guibourt, et dans celui de M. Soubeiran, pour les préparations aqueuses de polygala , est très-bon : ces auteurs prescrivent d’employer l’infusion , ou la macération dans l’eau tiède, et blâment la décoction.

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