Vie de Jésus, p
problème. S'agit-il, au contraire, d'entrer au vif de la question, de discuter ce qui fait le fond du débat, de démontrer, textes en main, que les évangélistes se contredisent réellement, qu’ils ne méritent point de confiance, oh! alors, l’on n’y met plus tant de façon : on sait glisser sur le sujet avec une légèreté merveilleuse. Une petite pole de deux ou de trois lignes, jetée au bas de la page, suffira pour démolir un récit; ou bien, l’on tournera court, moyennant l’une de ces formules magistrales : Evidemment, il n'est pas douteux, la critique n'hésite pus, c'est là un anachronisme, ce récit est, sans contredit, légendaire..…. Comment peut-on exiger de nous que nous conservions toute notre gravité devant une méthode historique qui appellerait le rire sur les lèvres de l’homme le moins disposé à s’égayer ?
Je n'en voudrais d'autre preuve que la façon dont M. Renan exécute saint Luc. Le morceau est d’un haut comique. L'auteur est bien obligé de convenir que, relativement à cet évangéliste, « nous sommes sur un terrain solide, et qu'il s’agit d’un ouvrage écrit tout entier de la même main et de la plus parfaite unité'. » Mais, pour notre part, nous n’attachons aucune importance aux aveux que la vérité arrache à M. Renan, car nous ne sommes pas sûr que l'extrême mobilité de son imagination ne le portera point à les retirer, quand il lui plaira de donner à sa foi relative une nouvelle forme. Déjà il n’ébranle pas mal ce qu’il appelle un terrain solide. Ne pouvant altaquer l'authenticité de l'Evangile de saint Luc, il se rattrape sur la valeur historique du document, en faisant pleuvoir sur la tête de l’évangéliste une nuée d’épithètes plus ou moins flatteuses. D’après lui, saint Luc est un démocrate, un ébionite exalté, du reste, un dévot très-exact,