Ibid, p
de Dieu pendant seize siècles, au milieu des autres nations devenues toutes idolâtres; ce fait, dis-je, lui paraît tout naturel : c’est affaire de race et d’instinct. Comment, affaire de race et d’instinct! À toutes les pages de son histoire, depuis le veau d’or du désert jusqu'aux hauts lieux du temps des Rois, Israël ne manifeste pas plus de répulsion naturelle pour l’idolâtrie que le reste des peuples de l'antiquité. Tout l’Ancien-Testament est là pour : attester ce penchant continuel des Juifs vers les culies des nations environnantes. D'autre part, bien loin de devoir à leur origine sémitique la conservation de leur croyance à l'unité de Dieu, les descendants de Jacob, seuls parmi les Sémites, sont restés monothéistes jusqu’au bout; et, s'ils ont éprouvé quelquefois la tentation d’incliner dans le sens contraire, cela provenait précisément de leur contact avec les peuples de race sémitique, de leurs rapports avec la Syrie, la Chaldée, la Phénicie, etc. Un enfant qui a étudié l’histoire sainte dans Lhomond n’ignore pas ces choses. Laissez donc de côté ces mots de race et d’instinct, qui n’expliquent rien de tout. Ou admettez l'intervention surnalurelle, ou imaginez une hypothèse sérieuse pour rendre compte d’un phénomène unique dans l’histoire du monde.
L'idée messianique, qui a été l’âme du peuple juif dans tout le cours de sa longue histoire, n’embarrasse pas davantage notre romancier. Il y voit un pur produit de l'esprit national. C'est encore là un de ces mots qui sonnent creux lorsqu'on les touche de près. Si M. Renan veut aller au fond des choses, qu'il essaie d'expliquer comment une pareille idée a pu germer exclusivement au sein d’une peuplade perdue dans un coin de l'Asie. Qu'il explique comment ce petit peuple, agricole et sédentaire, a pu affirmer pendant deux mille ans, avec une vivacité el une énergie loujours croissantes, que toutes les nations de la
terre recevraïent un jour de lui leur code religieux, tandis qu’une telle prétention n'a pas tenté une seule fois l’orgueil national des Egyptiens, qui se vantaient pourtant d’être les premiers-nés du genre humain ; tandis qu’une idée de ce geure n’a pas même effleuré le génie si expansif de la race hellénique, ni l'esprit cosmopolite de la Phénicie ou de Rome. Qu'il explique comment chez un petit peuple si concentré en lui-même, si peu fait naturellement pour concevoir ou pour jouer un rôle de dominalion universelle, comment, dis-je, cette immense attente a survécu chez lui aux revers les plus cruels, aux déceptions les plus amères, sans que rien ait pu l’affaiblir, ni tant de révolutions intérieures, ni tant d’invasiors du dehors, ni même une dispersion de près d’un siècle sur la terre étrangère. Voilà le problème que nous lui soumettons : lorsqu'il aura trouvé, pour expliquer un fait qui ne ressemble à rien dans l’histoire, autre chose que des mots vagues, des formules de convention, il aura le droit de discuter le vocation religieuse des « Beni-lsraël. »
Mais je comprends que l’on trouve plus commode de s’en tenir à des suppositions toutes gratuites et à des affirmations sans preuve. C'est ainsi que M. Renan se permet de dire que le Pentateuque « représente les utopies, les lois factices et les fraudes pieuses du temps des rois piétistes!. » Et la preuve, où est-elle ? Pas l’ombre d’une tentative pour appuyer cet aimable mensonge. L'auteur veut être cru sur parole. Quand il aura assez de loisir pour étudier la question, nous lui recommanderons une série passablement longue d'ouvrages qui ont paru en Allemagne pour défendre l'authenticité du Pentateuque ?.
2. Michaëlis, Einleitung ins À. T.; Éichhorn, Ein. ins À. T., tome n1; Hengstenberg, Die Echtheit des Pentat., Berlin, 1836
Même procédé à l’égard d’Isaïe : « Il faut se rappeler que la seconde partie du livre d’Isaïe, à partir du chapitre xx, n'est pas d'Isaïe !, » Et la preuve, encore une fois, qu’en faites-vous ? Impossible d'arracher à M. Renan une syllabe qui ressemble à un argument quelconque. Il tient absolument à ce que les commis de magasins jurent par sa parole. Eh bien, quand il aura terminé ses études sur le Pentateuque, nous lui signalerons une nouvelle série d'ouvrages qui pourront lui « rappeler que la seconde partie d’Isaie est vraiment d’Isaie*. » Mais c’est au sujet du livre de Daniel que l'assurance du nouvel exégète arrive jusqu’au burlesque. Ici, les lecteurs des romans de la librairie Michel Lévy sont invités à faire un acte de foi absolue, sous peine d’être exclus de la grande culture intellectuelle : il ne leur est pas même permis de douter que les prophélies de Daniel ne soient apocryphes *. Afin que M. Renan se relâche un peu de sa sévérité à l’égard d’un
Rosenmüller, Schokta in V. T., t. 1, Prolegom.; Hævernik, Einl. ins A. T., 1, 2; Ranke, Untersuchungen über den Pentat.; Drechsler, Die Echtheit der Genesis, Hambourg, 1836; Haneberg, Geschichte der Offenbarung ; Jahn, Eïinl. ins À.T., 11, 1; Lüuderwald, Briefe über Die Mos Schriften; Griesinger, Würdigung der Mos. Schriften, 1811; Herz, Der Pentat. und das Mos. Gesetz, Altonæ, 1822; Fritsche, Echtheïit der Mos. Büchèr; Scheibel, Untersuchungen über die Bibel: Scholtz, Einl. ins À. T., Cologne, 1845, t, 11, elc., etc.