‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 65 sur 96 · S. Marc, xvi · texte numérisé non relu

S. Marc, xvi

. Jean, vi, 09.

. Matth., xxvins, 20.

tels passages qui feraient douter que l'auteur se soit jamais donné la peine d'ouvrir l'Evangile. En voici une nouvelle preuve : « Pour Jésus, dit-il, le baptême n’a qu'une importance secondaire {. » Décidément, nous allons de mieux en mieux : l’aplomb du romancier devient superbe à mesure qu’il fait de nouvelles découvertes. Il n’a donc jamais lu ces attestations solennelles : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint, 1l ne peut entrer dans le royaume de Dieu. — Celui-là sera sauvé qui croira et sera baptisé. — Allez, baptisez toutes les nations de la terre, etc. ©. » Si c’est ainsi qu'on parle des choses qui n'ont qu’une importance secondaire, comment faudra-t-il s'exprimer lorsqu'il s'agira d'importance primaire ?

Mais le sublime du genre, en fait de haute critique, c'est l'explication de l'Eucharistie. On l’a déjà dit à M. Renan, et de plus haut : parmi les choses saintes qu'il devrait respecter et qu’il ne respecte pas, il en est une dont il devrait lui être à jamais impossible de parler : c’est l’Eucharistie $. Il doit savoir pourquoi. Mais puisqu’il s’obstine à parler de ce qu'il devrait taire, voyons si ses souvenirs le servent bien. « Quand Jésus fut mort, la forme sous laquelle il apparaissait au pieux souvenir de ses disciples était celle de président d’un banquet mystique, tenant le pain, le bénissant, le rompant et le présen-

4. Vie de Jésus, p. 225. L'auteur s'appuie sur le passage de saint Matthieu (im, 45) où le Sauveur se fait baptiser par saint Jean, pour accomplir toute justice. — Il faut être aveugle pour ne pas voir que cela prouve précisément tout le contraire. En consentant lui-même à se soumettre à la loi du baptême (bien que le baptême de saint Jean fût purement figuratif), le Sauveur montrait toute l'importance du sacrement qu’il allait instituer.

2. Saint Jean, un, 5; saint Marc, xvi, 16; saint Matthieu, xxvur, 49.

3. Avertissement à la Jeunesse, etc., par Mgr l’'Evêque d'Orléans, p. 103.

tant aux assistants. Îl est probable que c'était là une de ses habitudes, et qu'à ce moment / éfait particulièrement aimable et attendri…. les termes dont il usait furent pris plus tard avec une littéralité effrénée'. Ainsi, c'est parce que, il y a dix-huit siècles, vivait un homme qui était particulièrement aimable et attendri à l'heure du dîner, c'est pour cela que les apôtres et leurs disciples, les Pères de l'Eglise, les grands docteurs du moyen âge, les théologiens des cinq parties du monde, et avec eux l'univers catholique, ont cru ou croient encore recevoir dans l’Eucharistie le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ ! C'est à cause de « quelques habitudes de langage, toujours fortement substantielles #, » que le plus incompréhensible de tous les mystères a été accepté dans le monde civilisé, où il occupe le sommet de la vie religieuse ! Allons donc, faites croire cela à M. Ernest Havet, du Collége de France, mais n'étendez pas plus loin votre dédain pour le bon sens de vos lecteurs. En place des miracles de la puissance divine, vous mettez des miracles de stupidité de la part des hommes. Nous préférons les premiers.

Que M. Renan me permette de le lui dire, ni lui ni le Vicaire savoyard n’ont su comprendre le premier mot de l'Evangile. Et ici je m'adresse à tous ceux qui, n’ayant plus le sens positif et pratique des choses, ne voient dans l'Evangile qu’une sentimentalité chimérique et rêveuse. « Pour être disciple de Jésus, dit l’auteur, il ne fallait qu'une seule chose, s'attacher à lui et l’aimer #. » Ajoutez, s'il vous plaît, renoncer à soi-même et faire pénitente. La réforme intérieure, le renouvellement de soi par le délachement et la mortification, voilà l’idée mère de l’Evan-

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