‹ Examen critique de la Vie de Jésus de M. Renan (volume 2)Chapitre 66 sur 96 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

gile. Nul doute que l'amour de Dieu et le sentiment de la fraternité humaine ne soient sortis de là comme de leur véritable source. Mais quänd est-ce que ces deux sentiments acquièrent leur force et leur efficacité? Quand l’homme devient-il capable d’un dévouement réel ? C'est lorsqu'il a étouffé l’égoïisme dans son cœur, qu'il s’est affranchi du joug des passions mauvaises qui l’absorbent tout entier dans la recherche d’une satisfaction stérile. De là ces vigoureuses maximes par lesquelles a débuté la prédication évangélique : « Si vous ne faites pénilence, vous périrez tous, — quiconque ne renonce point à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple, — si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix ét me suive. — Celui qui aime son âme la perdra, et celui qui haït son âme en ce monde la conservera pour la vie éternelle. — Heureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux est à eux !, etc. » Voilà la morale qui a été prêchée dans le monde et qui l'a subjugué, la morale du sacrifice, la morale de la Croix, et non pas une rêverie sentimentale, comme il plaît à quelques esprits malades desel’imaginer, soit pour secouer un frein qui les gène, soit pour se tirer de l'embarras que leur cause un triomphe humainement inexplicable.

Ce qui empêche l’auteur de la Vie de Jésus d’être un écrivain sérieux, c’est qu'il ne tient aucun compte des faits ni des textes qui ne cadrent pas avec son roman : ou il les dénature, ou, ce qui est encore plus commode, il les passe sous silence. Or, c’est là un procédé critique qui n’a de nom dans aucune langue. Que M. Renan se mette en frais pour réhabiliter Judas ou du moins pour plaider les

circonstances atténuantes’, je le comprends : il est dans.

1. S. Luc., xt, 3, 6 ; xt, 33 ; S. Matth., xvi, 24; S. Jean, x11, 20; S. Matth., v, 3.

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