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Le docte critique n’a pas jugé son public capable de suivre un raisonnement. Eh bien! nous estimons son public davantage, et nous raisonnerons, dussions-nous répéter ce qui a été dit et redit plus de mille fois, et mieux que nous ne saurions le faire!. Les frères du Seigneur, dont il est question dans l'Évangile, sont tout simplement ses cousins germains, fils de Cléophas et de Marie, sœur de la sainte Vierge, et ses autres parents en général. Voici la preuve. Qui est-ce qui est appelé frère du Seigneur dans l'Evangile? Jacques, José, Simon et Jude (Matth., xut, 99; Marc, vi, 3). Or, de qui ces derniers étaient-ils fils? de Marie, femme de Cléophas et sœur de la sainte Vierge. (S. Matth., xxvir, 50; S. Marc, xv, 40.) M. Renan est bien obligé de le reconnaître lui-même. Donc les prétendus frères du Seigneur n'étaient que ses cousins germains. En connaissez-vous d’autres? Nommez-les. Est-ce le mot frére qui vous arrête? Il faut être étranger à toute étude linguistique pour ignorer que le mot latin /rater, le mot grec adelphos et le mot hébreu a£h s'employaient fort souvent pour désigner les cousins germains, les neveux et les parents en général.
Laissons là les Grecs et les Latins, qui n’ont que faire dans la question, bien que leur terminologie serve à expliquer celle des Hébreux *. Chez ces derniers, dit Gesenius,
1. Voyez le bel écrit de notre éloquent ami, M. l'abbé Mermillod, la Vierge Marie, ou études sur sa perpétuelle virginité. Paris, Gaume frères, 1856.
3. Dans Denys d'Halicarnasse, Tullius Hostilius appelle fréres les Horaces et les Curiaces, bien qu'ils ne fussent que cousins gervrains — Dans ses Annales (1, 38), Tacite appelle frére le neveu de Rhescuporis. — Quinte-Curce (vr, 10) dit qu'Amvyntas, fils de Perdiccas, était frère d'Alexandre, c'est-à-dire son cousin germain paternel. — Item, Tite-Live (IV° Décade, I. v, c. 10); Xénophon (Cyropédie, I. F, c. v, n° 4); Stobée (Pars I, p. 480). Le fréquent
le mot frère a une signification très-large, qui s’étend nonseulement aux cousins, mais aux membres de la même tribu ‘, En effet, Abraham appelle Lot son frère (Genèse, x, 8; xiv, 16), et cependant Lot n'était que son neveu (ibid., x1, 27). Jacob se dit frère de Laban, dont il était simplement le neveu (Genèse, xx1x, 12). Dans le livre de Tobie, les mots /rére ei sœur reviennent à maintes reprises pour désigner les liens de parenté plus éloignée (vu, #; vit, 9). Si nous passons de là au Nouveau-Testament, nous trouvons le mot /rère employé trois cent soixante fois, dans quatre acceptions diverses, pour désigner les fils d’un même père, les membres d’une même famille, les habitants d’un même pays, les hommes réunis par une communauté de foi et d'affection. C'est ainsi que saint Matthieu parle de Jéchonias et de ses frères, pour désigner toute sa parenté ; car Jéchonias n’avait qu'un frère ?. Saint Paul appelle les Israélites « ses frères, ses parents selon la chair Ÿ, » montrant assez par là que ces deux mots, réunis ensemble, expriment la même idée. On ne doit donc pas ètre surpris que les Juifs aient donné le nom de frères aux cousins de Jésus : cette dénomination est un pur hé-
usage du mot frater ou adelphos pour désigner en général un proche parent, ne fait pas question parmi les critiques. 1. Gesenius, Lexicon hebraïcum et chaldaicum, édit. de Leipzig,
1847 : Latius patet apud Hebræos, est enim cognatus et consan-
guineus quicumque est contribulis, etc. — Ces paroles du savant hébraïisant sont confirmées par d’autres philologues non moins distingués : Buxtorf, Leæicon, éd. de Bâle, 1619 ; Suicerus, Thesaurus ecclesiasticus, à l’article Adelphos ; Schleusner, Nouveau Lexique grec-latin du Nouveau-Testament, Leipzig, 1819, 4 vol., p. 44 : & Tous les endroits où il est fait mention des frères du Christ doivent s'entendre de ses proches et de ses parents. » Ni Schleusner, ni Gesenius ne peuvent paraître suspects à nos adversaires, car ils sont l'un et l’autre imprégnés de rationalisme. 2. S. Matth.,1, 14. — Ier Livre des Paralipomènes, nr, 45, 46. 3. Ep. aux Rom. 1x.
braïsme qui ne peut sembler étrange qu’à un faiseur de romans. Aussi l'antiquité chrétienne a-t-elle enseigné d’une voix unanime la perpétuelle virginité de Marie ‘. M. Renan n'a donc pas plus effleuré la couronne virginale de Marie, qu'il n’a réussi à dépouiller Jésus-Christ de sa divinité. Dépouiller Jésus-Christ de sa divinité! Mais qui êtes-vous, pour tenter une pareille entreprise? Dans trois ou quatre mois, c’est à peine si l’on parlera encore de votre livre. Vous aurez fait une belle entreprise financière, et obtenu un certain succès de scandale et de curiosité. Voilà tout. Si cela peut vous satisfaire, reposez en paix au milieu des lauriers qui vont orner la tombe de votre réputation de critique et de savant. C’en est fait : désormais vous compterez parmi les romanciers de l'époque; et encore, vous ne dépasserez jamais la pastorale, car, bien que vous ayez quelques couleurs sur votre palette, vous manquez de nerf et de vigueur. Et puis, tenez, si vous voulez accepter un conseil, dans votre prochain ouvrage, rendez-nous l'attaque un peu plus difficile : citez moins le Talmud et lisez micux l’Ecriture-Sainte. Vous n’en réussirez pas davantage dans le but que vous semblez poursuivre, mais du moins votre réputation n'en
4. Liturgie de S. Jacques, Biblioth. maxi. Patrum, 1. IE, p. 1 et 4 : « La Mère de Dieu, foujours vierge. »—Liturgies de S. Marc et de S. Basile, Renaudot, t I. p. 72 : « Marie, Mère de Dieu toujours vierge. ». — S Basile, Homélie 25 sur la Nativité du Christ : «La Mère de Dieu n’a jamais cessé d’être vierge. » — S. Epiphane, Contre les hérésies, 78. — S. Jean Chrysostome, Homélie sur l’Annonciation. — S. Cyrille d'Alexandrie, Comment. in Joannem, 1. IV, c. 7. — S. Gregoire de Nysse, Oratio de Natali Christi : « Marie est restée vierge sans tache après l’enfantement. » — S. Ambroise, L. IT, in Lucam.— S. Augustin, Sermo 17 de tempore : « Elle a conçu vierge, vierge elle a enfanté le Sauveur, et elle est restée vierge sans tache après la naissance de Jésus. » — Quant à S. Jérôme, il a publié tout un livre sur ce point contre Helvidius.
souffrira pas autant. En attendant, les peuples civilisés continueront, comme par le passé, à rendre à Jésus-Christ l'hommage de leur foi, de leur amour et de leur culte, à pratiquer en son nom la justice et la charité. Vous n'y aurez rien changé et vous ne pouvez rien y faire. Parmi ceux que vous paraissez avoir pris pour modèles, il s’en trouvait de plus menaçants : ils avaient, ceux-là, de l'esprit et du savoir; pour vous, vous êtes trop fade et trop langoureux; jusqu’à présent vous n'êtes pas à craindre. Vous n’avez pas encore dépassé le peut-être ni le probablement ; or, l'humanité ne vit n1 de probablement m1 de peut-être. Elle a besoin de croyances fortes et bien arrétées. Qui sail? Vous n'êtes pas encore au bout de votre odyssée : il y a de la souplesse dans vos évolutions : vous pourriez fort bien revenir au point de départ après une infinité de tours et de détours. On croit entendre parfois, au milieu de vos blasphèmes, des accents de foi perdue qui détonnent singulièrement sur le reste; or, cela ne nous laisse pas sans espérance. Dieu a des vengeances de père; car, comme le disait Tertullien, personne n’est père comme lui : nemo tam pater ut Deus... Alors, sans doute, vous trouverez qu’il n’est pas de bon goût de mépriser l'estime d’une classe d'hommes avec laquelle il faut toujours compter dans la vie; et peut-être irez-vous jusqu’à regretter d’avoir fait, vingt ou trente années auparavant, une mauvaise action et un méchant livre.