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sans le recevoir, et par quel procédé ils ont pu se faire entendre dans toutes les langues, n’en connaissant qu'une ou deux. Peut-être même ses théories particulières sur la folie, sur la grande et la petite sincérité l’aideront-elles à dévoiler le mystère. Après ces contes, renouvelés de Celse et de Porphyre, il fera une description imaginaire de la première communauté chrétienne de Jérusalem, qu'il transformera en une espèce de phalanstère ou d’Icarie, fondée sur la négation de la propriété. Ou je me trompe fort, ou la secte des Ebionites et des Nazaréens devra lui paraitre la seule expression véritable du christianisme primilif. Si, d'ici là, il entend parler du roman des C{émenlines, 11s’appuiera sur ce document, après Baur et Schwegler, pour développer une si brillante hypothèse. Ensuite, il abusera, sans le moindre deute, du passage de l’Epitre aux Galates (IT, 11-14), pour donner les proportions d’une controverse dogmatique au différend qui s'était élevé entre saint Pierre et saint Paul sur une simple question de conduite. Partant de cette observation profonde, il verra des écoles et des partis là où l’antiquité chrétienne, témoin irrécusable des faits, n’avait jamais soupçonné la moindre dissidence en matière de doctrine. Nous aurons probablement le pétrinisme, le paulinisme et le johannitisme, sans la terminologie barbare de l’école rationaliste de Tubingue ! Comme dans l'Histoire de l'Ecole d'Alexandrie par M. Vacherot, les antithèses et les tableaux de genre prendront la place d’une étude sérieuse des faits et des textes : tel apôtre sera censé représenter l'élément judaïque, tel autre l'élément gréco-latin, un troisième l’élément oriental. Avee saint Pierre, la doctrine n'aura été que la loi ; avec saint Paul, elle devindra la foi ; avec saint Jean, l'amour. Je ne doute pas davantage qu'il ne prenne fantaisie au romancier de soutenir que saint Pierre n’a jamais été à Rome, à moins qu’on ne trouve un à peu prés
ou un probablement pour éluder un témeignage certain, etc., etc. Et enfin, quand M. Renan aura offert à son public, sous le titre d'Histoire des Apôtres, ces grandes nouveautés, dont le plus faible étudiant en théologie pour- … rait lui apprendre la source et la date; lorsqu'il aura reproduit, dans une édition de luxe, ce conte cent fois réfuté, détruit jusque dans ses moindres détails par des historiens et des critiques dont il se gardera bien de prononcer le nom, sa récompense la plus certaine sera d'avoir produit chez l'honorable M. Havet un deuxième ébahissement aussi fort que le premier.