Revue des Deux-Mondes, p
saint Etienne, ramassant sés forces défaillantes pour cette prière suprême : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché, » jusqu’au dernier missionnaire qui vient de tomber victime de son zèle, il ne s’est plus trouvé dans le monde un seul homme, martyr de la justice et de la vérité, qui n'ait cherché dans le sacrifice de Jésus-Christ la force d'accomplir le sien. N’en déplaise à M. Havet, cela s’appelle mourir en Dieu !.
L'ex-éditeur des Pensées de Pascal n’est pas de cet avis. « Non-seulement, dit-il, Jésus, dans ses derniers moments, n'est qu'un homme, mais il n’y est pas même un homme extraordinaire. Pour mourir comme Socrate, il faut être comme Socrate, un personnage. Il n'est pas besoin d’être Jésus pour avoir la mort de Jésus (avoir la mort !). Le plus petit des hommes, le plus misérable, peut souffrir et finir ainsi... Presque chaque parole de Jésus dans sa nuit dernière, à l'exception d’un seul mot : Je suis le Christ, qu'on a peine à croire qu’ ait pu dire (style d'essai de premier ordre!) est à la portée du dernier de nous... Jésus n'est qu’un Juif plein de cœur que d’autres Juifs ont fait attacher pour cela (pour quoi?) à une croix, où il a fini misé-
{. «Le caractère de Socrate, disait Marmontel, est beau, mais il n’a rien qui soit au-dessus de lhumain. Il plaide sa cause devant ses juges avec la dignité d'un sage ; mais il rappelle sa vie, ses mœurs, sa doctrine et les services qu’il a rendus à sa patrie, et le bien qu'ont fait ses leçons. 11 méprise la mort, mais à cause de sa vieillesse ; et parce qu'elle lui procure une fin douce, au lieu d’une fin douloureuse qu’il trouverait incessamment, et qu'il ne saurait éviter. Et lorsqu'un de ses amis lui demande pourquoi il a négligé de prolonger ses jours, écoutez sa réponse : « Il m’eût fallu mourir tourmenté par les maladies, ou au moins par la vieillesse sur laquelle s'accumulent tous les maux, ou au moins par la privation de tous les plaisirs. » (Vie de Socrate, par Xénophon.) Assurément, tout cela est d'un homme. Rien de semblable dans Jésus-Christ. » (Leçons sur la morale, p. 75-76.)
rablement, en doutant peut-être de lui-même !. » M. Havet, lui, ne doute de rien. Qu'on le mette à l'épreuve, — nous ne le souhaitons pas pour lui, — il en fera de belles : pour le calme, la patience, la résignation, il se charge, à lui seul, de reculer les bornes de l’idéal, et peut-être même se fera-t-il adorer. Jésus-Christ n’est pas même un personnage, un homme extraordinaire! Pauvre M. Havet! s’il savait quelle commisération excite en nous un langage si peu châtié, il y mettrait sans doute quelques formes. Il y a des limites, même dans le cynisme, et lorsqu'un homme éprouve la tentation d'écrire de pareilles choses, il regarde autour de lui pour voir s’il ne trouvera pas à ses côtés une femme et des enfants qui pourraient en rougir. L'écrivain de la Revue des Deux-Mondes termine en souhaitant longue vie à M. Renan; nous ferons comme lui. Puisque le scandale doit durer, il nous tarde de voir paraitre le second volume qu’on nous promet. Non pas que nous mous attendions à quelque chose de neuf ni d’intéressant. Il serait facile de dire d'avance tout ce que contiendra le nouveau roman. D'abord, M. Renan essayera de montrer comment « la passion d’une hallucinée (sainte Madeleine) a donné au monde un Dieu ressuscité ?. » Comme pour le miracle de la résurrection de Lazare, il se tiendra dans le vague ; il ne se prononcera pas sur la question de savoir « si le corps du Christ a été enlevé, ou bien si l'enthousiasme, toujours crédule, fit éclore après coup l’ensemble de récits par lesquels on chercha à établir la foi à la résurrection ! ? » Puis, il se servira des mêmes mots, crédulité et enthousiasme, pour expliquer comment les apôtres ont reçu le Saint-Esprit