Examen critique de quelques pages de chinois relatives à l'Inde
Nous sommes heureusement loin de l'époque où l'on croyait généralement, en Europe, que l'étude de la langue chinoise exigeait , en Chine même , la vie entière d'un lettré. M. Rémusat a puissamment contribué, par ses ouvrages et son enseignement, à dissiper ce préjugé, et s'il est partagé encore par quelques personnes instruites, c'est qu'elles n'ont pas pris la peine d'examiner la question. Cette opinion serait fondée si , pour parler, lire et écrire le chinois , il était nécessaire d'apprendre les quarante-deux mille caractères dont se compose le grand dictionnaire publié, en trente-deux volumes in-8°, par ordre de l'empereur Khang-hi. Or on ne trouverait certainement pas en Chine un seul lettré qui fût capable d'un si prodigieux effort de mémoire. Mais il est aussi inutile à un Chinois ou à un Européen de connaître et de pouvoir écrire tous les caractères du Khang-hi- tsea-tien (dictionnaire de Khang-hi), qu'à un étranger qui étudie notre langue, de posséder tous les mots du dictionnaire français de Boiste, dont la nomenclature est trois fois plus
j; A. Extr. n°8 (i84i), 1
( 2) riche. Si le plus complet de nos dictionnaires renferme , diton , cent vingt-quatre mille mots, on peut affirmer, sans crainte d'être démenti , qu'un étranger qui en connaîtra seulement trois ou quatre mille, sera en état de lire la majeure partie des auteurs français. Plus de cent mille mots sont des termes relatifs aux sciences , arts et métiers , qui ne se présentent que rarement dans les ouvrages littéraires. Celui qui en rencontre dans ses lectures se contente de les chercher dans un bon dictionnaire , et passe outre , sans qu'il lui vienne jamais à l'esprit qu'il ne sait pas encore la langue française, parce qu'il ignore , par hasard , quelques mots de science ou de technologie.
Il en est absolument de même des dictionnaires chinois. Celui de l'empereur Kliang-hi serait réduit de quarante-deux mille mots à six ou huit mille, si l'on faisait abstraction d'environ dix mille variantes d'anciens caractères inusités , des noms d'hommes, de lieux, de montagnes et de rivières, et des termes qui se rattachent aux sciences et aux arts.
Sous la dynastie des Han, dit l'auteur du vocabulaire des King, on exigeait que celui qui se destinait à devenir l'un des historiens de l'empire sût au moins neuf mille caractères différents. Or, comme le corps d'annales d'une époque embrasse , par ordre méthodique , presque tous les sujets qui se rattachent à la littérature et aux sciences , on voit que le nombre des caractères que doivent connaître les hommes les plus savants, diffère énormément de celui que beaucoup de personnes, en Europe, jugent nécessaire à de simples lettrés.
Il est permis de penser que ces derniers n'ont guère besoin que de cinq ou six mille mots pour parler, lire et écrire le chinois. En effet, les quatre livres classiques ne contiennent pas plus de deux mille quatre cents caractères, et cependant une personne qui les a étudiés avec soin , et qui possède en outre les principes de la construction chinoise, peut entendre, sans secours, presque tous les livres d'histoire, de géographie et de philosophie. En Chine , on exige que les étudiants qui
concourent pour obtenir le grade de kiu-jin (la licence), aient seulement étudié à fond les quatre livres classiques et un king (livre canonique) à leur choix.
D'après ce qui vient d'être dit plus haut, l'étude de la langue chinoise n'exigerait, sous le rapport des mots nécessaires , pas plus de travail que celle d'une langue étrangère , par exemple de l'allemand, qu'on aborde sans crainte et avec la presque certitude de réussir. Mais ce n'est pas dans le nombre des mots, ainsi que beaucoup de personnes se l'imaginent, que consiste la difficulté de la langue dont nous nous occupons. On sait que la langue chinoise est monosyllabique, que tous les mots dont elle se compose ne sont point susceptibles d'inflexions qui en indiquent, dans les substantifs et les adjectifs, les genres, les nombres et les cas; dans les verbes, les voix, les temps et les personnes. De plus, le même mot peut changer de valeur en changeant de position et devenir substantif, adjectif, verbe actif, verbe passif, verbe
neutre ou adverbe. Par exemple, le mot 5e. chen, peut signifier le bien, bon, estimer -bon (approuver) et bien, adverbe. Lorsqu'on connaît suffisamment le mécanisme de la langue chinoise, ce mot est aussi clair, dans ses différentes positions, que les mots latins bonum, bonus, bonum-judicare , bene. D'où il suit que, pour entendre le chinois, il ne suffit pas de savoir un nombre considérable de mots. Quand on aurait gravé dans sa mémoire les neuf mille mots exigés autrefois pour devenir l'un des historiens de l'empire, on ne serait pas en état de comprendre , avec ce seul secours , une demi-page du texte chinois le plus facile. Pour donner à chaque mot la valeur qui résulte de sa position et saisir le rôle varié des prépositions et des particules qui déterminent les rapports réciproques des mots , il faut avoir étudié la langue rationnellement, avoir analysé et pour ainsi dire disséqué, d'une manière philosophique, les textes les mieux traduits par les missionnaires ou par les savants d'Europe qui les ont pris pour guides.. On arrivera alors à saisir avec cerîitude les va-
( * ) leurs de position d'où dépend en grande partie la connaissance de la langue chinoise. Envisagée sous ce point de vue, elle présente des difficultés d'un genre particulier, mais qui ne sont ni plus graves ni plus nombreuses que celles des autres langues de l'Orient ou de l'Asie. Nous avons vu plusieurs personnes qui, après quelques années d'études sérieuses, se sont mises en état de lire, de traduire ou d'analyser avec toute l'exactitude désirable les textes chinois, anciens et modernes, qui se rapportaient à leurs études. Qu'il me suffise de citer M. Bazin aîné, qui a donné au monde savant un premier volume de drames chinois traduits en entier, prose et vers, et qui se dispose à publier la traduction complète d'un drame célèbre en vingt-quatre actes ; M. Théodore Pavie, qui a su mener de front l'étude du sanscrit et du chinois et acquérir en peu d'années une connaissance très-remarquable de ces deux langues, et à qui la littérature est redevable d'un volume de nouvelles chinoises qui se distinguent autant par l'élégance du style que par une fidélité rigoureuse; et M. Biot fils, que ses études précédentes et une connaissance solide de la langue chinoise mettent en état d'exploiter, au profit de la science, les textes écrits en style ancien et relatifs à l'histoire, à la géographie, à la statistique ou aux arts de la Chine. Les lecteurs du Journal asiatique ont eu maintes fois l'occasion d'apprécier les mé= moires dont il a enrichi ce recueil. Il se prépare à imprimer la Concordance alphabétique des noms de villes chinoises du premier, deuxième et troisième ordre, qui ont changé sous les différentes dynasties. Ce seri à la fois un nouveau litre pour l'auteur, et un service rendu à l'érudition.
Je pourrais ajouter à ces noms celui de M. Léon Pages, avocat, qui vient de terminer une traduction française des quatre livres classiques, suivie d'un commentaire perpétuel, et celui de son cousin, M. Edme Méchain (petit-fils de l'astronome du même nom) , qu'une mort prématurée a enlevé à la science au milieu de ses fonctions de vice-consul à .Smvrne M. Méchain avait étudié le chinois tout en faisant
son droit et n v consacrait que ses moments de loisir, et ce pendant, au bout de trois ans, il était parvenu à lire aisément les auteurs. Fils d'un consul général, et voué à la même carrière, il nourrissait l'espoir de devenir un jour consul de France en Chine, et de pouvoir faire servir ses connaissances acquises dans la langue du céleste empire, au profit du commerce, de l'industrie et des lettres. On ignorerait encore son nom, comme sinologue , sans la mention que je regarde comme un devoir de faire ici de son zèle et de ses remarquables progrès dans le chinois.
Il est donc bien établi, et par les exemples que je viens de citer et par une sorte de notoriété publique, qu'on peut, en général, acquérir en quelques années une connaissance suffisante de la langue chinoise. Mais il est une condition indispensable, c'est qu'on étudiera avec soin les lois de la construction, les principes constants qui déterminent les fonctions grammaticales des mots et qui en modifient la valeur suivant la place qu'ils occupent dans la phrase, le rôle des prépositions, qui tantôt sont significatives comme celles des autres langues, Jantôt perdent leur sens usuel pour devenir des marques purement phonétiques des régimes , ainsi que je crois l'avoir démontré dans la dissertation qui termine mon édition chinoise-latine du philosophe Meng-tseu.
Si l'on s'affranchissait de ces règles, qui remplacent, aux yeux des sinologues, les inflexions des mots dans les autres langues, et qui sont leur meilleur guide dans l'interprétation des textes, on pourrait, s'occuper du chinois pendant de longues années, sans jamais être en état de les traduire fidèlement.
Pour démontrer cette vérité sur laquelle on ne saurait trop insister, j'ai cru devoir soumettre à une analyse grammaticale douze pages de chinois dont la traduction fait partie de qualre articles du Nouveau Journal asiatique, intitulés Examen méthodique des faits concernant l'Inde, et répondant à soixanlequatre pages in-8° du Pien-i-tien, c'est-à-dire de l'Histoire des peuples étrangers connus des Chinois,
wr . -j
Lorsque les deux premiers fragments eurent paru dans ïe& n0J d'octobre et de novembre 1 839 , je ne pus , faute d'avoir le texte original à ma disposition , m'assurer si le traducteur (M. Pauthier) était parvenu à reproduire fidèlement les documents historiques que lui fournissaient les auteurs chinois. Cependant, beaucoup de passages cités en note, et qu'il est presque impossible de faire concorder pour la plupart avec la version française, m'inspirèrent des doutes sérieux. Ces doutes se changèrent en certitude lorsque j'eus lu, dans les numéros de décembre 1839 et de mars 18A0, la traduction incomplète d'une notice sur l'Inde (en vingt et une pages), par le voyageur Hiouen-tsang , dont je possède la Relation entière, formant cinq cent quatre-vingt-cinq pages in-8°.
Je rédigeai immédiatement l'article suivant, qui est terminé depuis le 20 avril 18/40, afin de préserver des erreurs que j'y signale les personnes qui se tiendraient trop peu sur leurs gardes , ou qui seraient tentées de traduire des textes difficiles , avant d'avoir approfondi les règles fondamentales à l'aide desquelles on peut les éviter. Mais , pour imprimer les citalions en caractères originaux, il fallait clicher, frapper, fondre et poinçonner plus de huit cents types différents. Divers travaux longs et difficiles relatifs à l'impression du catalogue général des quatre-vingt-cinq mille signes que j'ai fait graver en Chine, à mon édition chinoise-française de Lao-iseu, qui va paraître incessamment , et à la Concordance géographique , en chinois et en français, que prépare M. Biot fils, n'ont pas permis à l'Imprimerie royale de terminer avant le 1 5 mars 18/u les types chinois dont j'avais besoin.
On se méprendrait étrangement sur mon caractère, si l'on pouvait me supposer un seul instant la plus légère intention de blesser M. Pauthier dont j'estime le zèle et dont j'apprécie les efforts. Le but que je me propose ici est plus digne et plus élevé. J'ai voulu uniquement donner des conseils à toutes les personnes qui étudient le chinois , afin de leur inspirer une juste défiance d'elles-mêmes et de les forcer, dans leur intérêt, à réfléchir mûrement sur les principes essentiels dont
( 7 ) Toubli a égaré plus d'un sinologue , et sans lesquels il est impossible d'acquérir une connaissance solide de la langue. Je m'estimerais heureux si ceux à qui je m'adresse trouvaient dans cet article de nouveaux motifs et aussi de nouveaux moyens d'étudier à fond les lois de la syntaxe et surtout les règles de position, qui sont presque l'unique boussole du sinologue, avant de s'aventurer à publier la traduction du texte chinois le plus facile, en style antique ou en style moderne.
(Journal asiatique, décembre x83g, pages 445 etsuîv.)
« Je vais expliquer la confusion qui règne dans les « diverses opinions relatives aux noms de l'Inde. 11
M. Pauthier traduit : « Si l'on veut déterminer « avec précision et exactitude le sens du terme tliien- «tchou, on éprouve beaucoup d'embarras. »
Il ne s'agit point ici du sens étymologique du mot -y? /2L^
thien-tchou (l'Inde) , mais des synonymes nombreux par lesquels on désigne l'Inde, synonymes qui sont différents dans chaque pays, ainsi qu'on le verra tout à l'heure.
J'ajouterai que M. Pauthier a pris le génitif pluriel xw. tching
( nominum ) pour le régime direct du verbe "gdE thsiang ( expliquer ) ,
et qu'en traduisant on éprouve beaucoup d'embarras, il a fait un membre
de phrase isolé des mots -PP*. j||£ Au ynïf i-i-hieou-fen «la
«confusion des (c'est-à-dire qui règne dans les) différentes discus-
« sions ( des noms de l'Inde ) , » qui sont régis par le verbe =:
thsiang [ expliquer ) .
4 fô JE W. JE 5 flJ
«Anciennement on disait Chin-tou, quelques au- «teurs disent Hien-teou. Aujourd'hui, pour se conci former à la prononciation exacte, il convient de « dire In-tou. »
M. Pauthier : « . . .Maintenant, d'après une pro- «nonciation exacte et gui lui convient, on le nomme « In-tou. )>
Il rattache le verbe J=| i ( il convient ) au substantif précédent •^ir* in ( son) , en lui donnant le sens de l'adjectif convenable, quoique la syntaxe s'oppose à ce qu'un mot qui suit un substantif lui serve de qualificatif. Puis il rend le verbe neutre ""t£ yun (dire, prononcer ) par le verbe actif nommer.
®M if à i&
« Les Indiens , suivant la région qu'ils habitent , « donnent à leur royaume un nom particulier. Chaque a pays a des usages différents. »
M. Pauthier traduit: «Les habitants de l'Inde, « pour se conformer aux conditions de leur pays , nom- «ment leur royaume région humiliée, subjuguée, dé-
( 9 ) « truite, terme qui exprime des coutumes différentes « et une grandeur déchue. »
' i° Il rend les mots |w£| T-nt p8&. [^| souï-ti-tching-Jtoue
( littéralement : « suivant le pays, ils donnent un nom à leur royaume , » c'est-à-dire ils donnent à leur royaume un nom qui varie suivant chaque pays) par «pour se conformer aux conditions de leur pays. »
2° Il traduit l'expression ylk J~j tchou-fang «les différents «pays,» par «région humiliée, subjuguée, détruite» (!) , et fait de ces mots, qui sont au nominatif, un second régime du verbe ifcËL tching (nommer) , quoique les mots m jjp^j tching -kouè (ils donnent un nom à leur pays ) forment un sens complet.
3° Il m'est impossible de découvrir où il a pu trouver dans -Sfr. T^^
i-sou ( usages différents ) le sens de « terme qui exprime des coutumes «différentes et une grandeur déchus. » Les quatre mots tchou-fang-isou répondent tout simplement à la locution vulgaire , chaque pays , chaque mode.
4° H ajoute, en note tâjfc H tchou-fang, foT^fsrrTc^Sr vinâ-
çitadêça, pour appuyer, à l'aide du sanskrit, le sens étrange de région
humiliée, etc. qu'il donne à Jjnk J-f tchou-fang , expression qui ,
ici et partout ailleurs, ne signifie jamais que variée regiones.
s %m jt pjî m-M
« Je me contenterai de citer celui qui est le plus «général, et qu'ils regardent comme le plus beau» «Ils l'appellent In-tou, nom qui répond au mot chi- «nois yoaéi (lune). »
( io )
M. Pautliier traduit : « En général, dans leur langue, « ce qui est beau et digne de louanges, ils le nomment «in-tou (lune).»
On voit que, faute d'avoir saisi la construction de ce passage, M. Pauthier applique le nom de lune (donné ici par emphase à l'Inde) aà tous les objets beaux et dignes de louanges.» De plus, il
a rendu par l'adverbe en général les mots >jj*l?* ^zL tsong-ming,
« nom général. »
« La lune a beaucoup de noms : celui-ci ( celui de « In-tou) en est un. »
M. Pauthier : «La lune a beaucoup de noms, « mais ces noms sont compris sous cette dénomination ( ! ). »
<( Ils disent que tous les êtres reviennent sur eux- « mêmes comme une roue, sans jamais se reposer «(c'est-à-dire meurent et renaissent sans interrup- «tion).))
Il est regrettable que M. Pauthier n'ait pas conservé la métaphore qu'emploie ici l'auteur, et qui est la seule adoptée en chinois pour rendre cette idée.
M. Pauthier : « Ils disent que tous les êtres vivants « tournent sans fin dans un cercle d'existences suc- « cessives. »
« Au milieu d'une longue nuit obscure , »
M. Pauthier : « Ceux qui ne sont pas éclairés par « les lumières de l'intelligence subissent un long cré™ « puscule. »
«En l'absence (de l'oiseau — du coq) qui pré- « side au matin , »
M. Pauthier : « Ceux qui n'ont pas, pour les gui- « der dans la vie , la lumière directrice de l'astre qui « brille dans le ciel. »
« Ils ( les hommes ) se trouvent comme lorsque u 1 éclat du soleil a disparu. »
M. Pauthier : « ( Ils) ressemblent à ceux qui sont « plongés dans les ténèbres d'un jour brillant qui « s'est obscurci. »
On voit que M. Pauthier n'a rien entendu à ce passage.
n m m mm fi * z m.m mm mm w.
« Alors les vers luisants lui succèdent. Mais , quoi «qu'ils scintillent comme des étoiles, pourrait-on «comparer leur éclat à la brillante lumière de la « lune ? »
( 12 ) M. Pauthier traduit: «Que l'on s'éclaire par une « succession de lumières artificielles (siao-tcho) $5 « j^j . Quand même elles (les lumières artificielles) « auraient l'éclat des étoiles qui brillent au lirmaament, etc. »
D'après l'ouvrage intitulé Kou-hin-tchu (cf. dictionnaire Peï-wenyun-fou, liv. XCI, fol. 71V.), le ver luisant s'appelle poétiquement
la chandelle des nuits ( ffi? rf$|l siao-tcho).
Il y a en chinois : «Les vers luisants alors (lui) succèdent.» i° M. Pauthier a suppléé sans nécessité le verbe s'éclairer.
20 II a pris le verbe neutre ^7gr ki (continuer, succéder) pour le ' substantif succession.
3° Il a traduit ce substantif au cas instrumental [par une succession) , quoiqu'il ne soit pas suivi d'un verbe actif.
4° H a fait un génitif du nominatif ffi» 1KS3I siao-tcho (vers
luisants) , sans faire attention à l'adverbe HjY sse (alors) , qui lui indiquait clairement que le mot JtfKz ^i était ici un verbe neutre dont le sujet est ffif wfëh siao-tcho (vers luisants).
5° Il a pris les mots ^tff «£&ïî siao-tcho au sens propre et s'est
imaginé qu'ils signifiaient chandelles de nuit, c'est-à-dire chandelles avec lesquelles on s'éclaire pendant la nuit ; mais , pour ennoblir cette expression , il a écrit des lumières artificielles.
mmmmMMm m.
«Si, partant de ce point, ils ont comparé (leur « pays) à la lune , c'est surtout parce que, dans cette
( 13 ) « contrée , les saints et les sages se sont succédé les
« uns aux autres »
M. Pauthier n'a rien compris à ce passage ; il traduit : a Si, dominés par ces considérations de « causes et d'effets , et après avoir comparé l'excel- « lence de la lune avec leur pays, les saints hommes « et les sages ont successivement saisi ces rapports... »
m km *§p à m m.
«Qu'ils ont dirigé le siècle et gouverné les êtres, « semblables à la lune lorsqu'elle abaisse son éclat « (sur le monde).»
M. Pauthier : « Ils ont été amenés à en faire une « application spéciale aux choses qui , comme l'éclat «de la lune, s'étendent au loin (!). »
H y a ici autant de fautes que de mots.
fi M § ÏÏM £ i k
«C'est par suite de cette idée qu'ils l'ont appelé «In-tou (Inde). »
M. Pauthier : « C'est de là que vient le sens de «l'expression (sanskrite) In-tou «indou,» qui a été « donnée à ce pays. »
Le sens de lune que présente le mot sanskrit ipeT Indou ne peut venir de la comparaison rapportée par le voyageur, puisque cest sa
signification propre. L'auteur veut dire que c'est de l'idée exprimée dans le passage précédent qu'est dérivé l'emploi du mot Fjj £Ç
In-tou ( lune ) pour désigner avec emphase le pays dont il s'agit.
Voici le passage en entier :
« Au milieu d'une longue nuit obscure , en l'absence de ( l'oiseau ) «qui préside au matin, ils se trouvent comme lorsque l'éclat du « soleil a disparu. Alors les vers luisants continuent d'éclairer; mais, «quoiqu'ils scintillent comme des étoiles, pourrait-on comparer «leur éclat à la brillante lumière de la lune ?
«Si, partant de ce point, ils ont comparé leur pays à la lune, «c'est surtout parce que, dans cette contrée, les sages et les saints «qui se sont succédé, ont dirigé le siècle et gouverné les êtres, «semblables à la lune lorsqu'elle abaisse son éclat (sur le monde). «C'est par suite de cette idée qu'ils l'ont appelé In-tou (l'Inde).»
m m m m pi m %.
«D'après leur nom éminent que la tradition con- « serve et que l'usage a consacré , (lorsqu'on n'indique « pas les divisions des différentes contrées) on donne « à l'Inde le nom général de Royaume des Brahmanes. »
Comme si l'on disait : royaume des hommes dont la conduite est pure. Tel est le sens que Hiouen-tsang donne au mot indien Po-lo-men; liv. II, fol. 7 r.
M. Pauthier : « C'est de cette caste que sortent les « instructions destinées à former et à perfectionner les « mœurs. Nous ne parlerons pas ici en détail de l'éten- « due et des limites de ce pays auquel on donne , en
( 15 ) « général, la dénomination générale de royaume des « Po-lo-men. »
H y a ici un grand nombre de fautes.
i° M. Pauthier rend le mot //W tsong, «suivant, d'après,» par sortir.
2° Il a oublié qu'un verbe neutre ne doit jamais être construit avant son sujet. C'est ce qui arriverait si l'on disait sortent les instructions, au lieu de les instructions sortent, si par impossible c'était là le sens des quatre premiers mots.
3° Il traduit le mot JÎtfc A&L ja-tching. «appellation distinct guée , nom éminent , » par les instructions.
4° H passe les mots y|ëï y] tchouen-i (pour yj -gÊ i-
tchouen) , traditione, «par tradition,» et rend les mots jÇv 'f^^'
tchhing-sou, «passer en usage, » par former et perfectionner les mœurs.
5° Il dit : « Nous ne parlerons pas ici des limites , » et ne fait pas attention qu'il les énonce quelques lignes plus bas. L'auteur veut dire que quelquefois, par respect pour les Brahmanes , on donne à l'Inde un nom général qui est dérivé du leur ( royaume des Brahmanes ) ; alors on n'indique pas les limites et la position du pays, comme lorsqu'on dit, par exemple, l'Inde du nord , l'Inde du centre, l'Inde du midi.
«Quant aux frontières de ce royaume, je puis « les faire connaître. Les limites des cinq Indes em- « brassent une étendue d'environ quatre-vingt-dix (( mille lis. »
L'expression ^for &S. fong-kiang désigne les grandes limites
d'un royaume -, les mots Sw £*£. hing-kiaï employés plus haut sap-
pliquent aux limites des différents territoires entre lesquels un royaume est partagé. Dans les livres classiques , ces mots désignent souvent les divisions des propriétés, des terres, entourées d'un petit canal. (Cf. dictionnaire Pin-tseu-tsien.)
M. Pauthier : « Si l'on y comprend toutes ies con- «trées dont les frontières se communiquent, et que l'on ((peut appeler les cinq In-tou, ce pays a quatre-vingt- « dix mille lis environ de circonférence. »
i° Il a rendu par si le mot^jfcr jo, « quant à , pour ce qui regarde. »
2° Il a rendu les mots zcï| j*© JX* TW fong-kiang-tchi-
in, littéral, «les limites des frontières,» par «les contrées dont les «frontières se communiquent.»
3° Il a ajouté les mots y comprendre qui ne se trouvent pas dans le texte.
4° Les mots pj /f-pfc rfrj "==i hho-te-eul-yen signifient :
«je puis les dire, les énoncer (les frontières). » M. P. a confondu ce membre de phrase avec le suivant. Il en a construit le dernier mot
'—. yen , qui est le verbe actif dire , avec les cinq premiers mots
delà seconde ligne, et lui donne pour régime direct le nominatif
~yE=î king, « les limites , » (des cinq Indes); il traduit: «que l'on
«peut appeler les limites des cinq Jn-tou , » etc.
$ à il #t# tn ^ n
(i II est large au nord et étroit au midi ; sa forme «ressemble à une demi-lune. »
M. Pauthier : «Du nord en s étendant au sud, sa «forme étroite et allongée ressemble à une demi- « lune. »
i° Il est aisé de voir que l'adjectif fijkf kouang, «large» (au
aord) , a pour corrélatif l'adjectif ^frU Ma, «étroit» (au midi).
M. Pauthier a fait disparaître cette opposition en rendant l'adjectif
Jet? kouang, «large,» par s'étendre. Il n'a vu qu'une chose dans
cette phrase : la. forme étroite (dune partie de l'Inde).
2° H s'est gravement trompé sur la règle de position qui détermine la place des mots qui indiquent une direction, une localité. Ces mots se mettent constamment avant un adjectif ou un verbe,
comme on le voit deux fois dans^tfe passage. ~\ f* ra^ pè-kouang,
«au nord, il est large ou il s'élargit;» pfe] yJjS nan-hia, «ai»
«midi, il est étroit ou se rétrécit.» D'après la règle énoncée plus haut, pour dire, en chinois, s'agrandir, s'élargir au sud, on écrirait
nécessairement rat ra| nan-kouang, et non Js JJJ kouang-
nan, ainsi que l'a cru M. Pauthier. J'ajouterai qu'il a rapporté à la
direction du sud le mot n& kouang, qui se rapporte à la direction
du nord.
mm i #.-b + #Bi.
u Les différentes parties de l'Inde se divisent en <( soixante et dix états. »
Littéralement : « Si delinees ( ejus ) campos , si «dividas (ejus) partes, septuaginta circiter régna « sunt . »
M. Pauthier : « On y a tracé les divisions d'environ « soixante et dix royaumes. »
i° Le parallélisme des deux expressions ^^ j|-f* hoa-ye, delineare campos, Mjp 'jy* kiu-fen, dividere partes, veut un repos
(o) après le mot yf* fen, pars, partes. M. Pauthier a construit le J. A. Extr. n°8 (i84i). 2
mot ^-f- fen avec les quatre mots suivants , et il a traduit : « les di-
« visions d'environ soixante et dix royaumes. » Il paraît avoir oublié la règle du génitif qui , lorsque deux noms sont en construction , exige absolument que le terme antécédent se place après le terme conséquent (cf. Rémusat, Grammaire chinoise, % 79). Pour dire, en chinois , les divisions de soixante et dix royaumes , il faudrait écrire :
-b "h M Zft «™ ^-tt|'
Ainsi, dans cette phrase, la position des mots ne permettait pas de considérer le mot ftôëj kouè, «royaume, » comme un génitif, ni de le construire avec le mot -yy- fen, «parties.»
20 M. Pauthier a passé le mot JJH^é, «plaines,» et le verbe Ipg hiu, «séparer.^ Il n'a conservé que le verbe ^f||t noa (delineare),
en lui faisant gouverner le mot -£^ fen (partes), régime du verbe |pp frr». «séparer,» qui! a supprimé.
uEn tout temps, le climat est extrêmement u chaud. »
Le mot fefe chi, «temps,» est ici adverbe par sa position et signifie en tout temps. M. Pauthier rend ce mot par les saisons : «Les « saisons y sont très-chaudes. » L'adjectif ^E- 3$L chou-je, « chaud, » se rapporte à l'Inde, et non aux saisons. Toutes les fois que Hiouentsang parle des saisons , il ne manque jamais d'employer les mots Ula rap sse-chi, quatuor [anni) tempora.
u Au nord , les montagnes forment une chaîne « immense ; les collines et les tertres sont imprégnés « de sel. »
M. Pauthier : « Au nord , c'est-à-dire dans les montagnes qui cachent dans leur sein de nombreuses «(collines transversales, il y a beaucoup de mines « de sel. »
Les six premiers mots de la phrase désignent évidemment la chaîne des monts Himalaya. Faute de les avoir compris, M, Pauthier a fait disparaître cette importante observation du voyageur chinois.
i° Il a confondu les deux mots InÈh ~tt& in-tchin, «former « une chaîne immense, » qui complètent le sens de la première partie de la phrase, avec les nominatifs Y-f MS khieou-Ung, «les col- « lines et les tertres , » qui commencent le membre de phrase suivant.
2° Il a divisé en deux l'expression Îj1=5- jB^ in-tclùn, «former
« une chaîne immense. » Il a traduit alors la première syllabe |ji=l*
in par « cacher dans son sein , » et la seconde jg^ tchin , par l'adjectif transversales.
3° Il a empiété sur la phrase suivante, en faisant de cette seconde syllabe jg£ tchin, un attribut des mots [Ç \i§ kkieou-ling, «collines et tertres, i» qui sont qualifiés par l'expression yjâ "lïm sy-lon, «être imprégné de sel.»
4° H prend le nominatif fÇ |® khieou-ling, « les collines et les
«tertres, » pour le régime direct d'un verbe actif, cacher, qui n'existe pas dans le texte , et nous montre des montagnes qui cachent clans leur sein des collines transversales! Outre les fautes graves que je signale , on pourrait faire observer que cette version est inintelligible en français,
« A l'est ; les vallées et les plaines sont abondam «ment arrosées, et les champs sont gras et ferce tiles. »
M. Pauthier : «A forient, des courants d'eau, qui «traversent les plaines désertes, viennent arroser les «campagnes cultivées, et en former un sol riche et « fertile. »
i° Le mot I [ ! tchouen veut dire ici une vallée (cf. le Fo-kouè-hi
de Rémusat, pag. 282, note de Klaproth). M. Pauthier Ta rendu par des courants d'eau, et cette faute l'a forcé d'ajouter les mots qui traversent.
20 Les quatre mots 1 1 j Jg-J* i-Jr y SS tchouen-ye-wo-jun forment un sens complet ( les vallées et les plaines sont abondamment arrosées ) . M. Pauthier a confondu les mots '/jT y 5H wojun , « être abondamment arrosé , » avec les deux premiers mots du membre de phrase suivant. Il a rendu par le verbe actif arroser les
deux mots *1~JC 7K1 wo-jun, qui deviennent passifs par position,
et leur a donné pour régime direct les deux nominatifs jjtp-î IJoe
tcheou-long, champs. Il traduit : «viennent arroser les campagnes!»
3° M. Pauthier, ayant fait gouverner les deux nominatifs lpi|
JjnP tcheou-long, «les champs,» par le verbe */jr* Vm wo-jun,
qui complète le membre précédent, s'est vu forcé d'ajouter le verbe
former et le mot sol pour tirer parti de l'expression lj§r jjfH
hao-iu, qui, par sa position, veut dire ils (les champs) sont gras et fertiles. Il traduit « ( les courants d'eau viennent) en former un sol «riche et fertile! »
Dans la partie occidentale , le terrain est maigre
( 21 ) «et stérile. Tel est l'aperçu sommaire que je puis don- « ner [de l'Inde).))
M. Pauthier : «Dans la région occidentale, le sol « est pierreux et pauvre. Il y forme une grande plaine u sablonneuse. »
H est curieux de rechercher comment M. Pauthier a pu trouver
le sens des mots soulignés. Il a divisé en deux l'expression ~7\r Mfi
ta-kaï, qui est très-usitée en chinois et signifie un résumé , un abrégé , un aperçu sommaire. Suivant Morrison [Dictionnaire chinois, part, n,
n° 4927 ), elle a le même sens que ~/r* -j&\ ta-so (dictionnaire
de Basile, n° 6o54, ytf 5-êI ta-so, epitome). M. Pauthier a
adopté le sens que nous hlâmons ( grande plaine sablonneuse) faute d'avoir compris la définition anglaise de Morrison (loc. cit.) :
"/£■" iijg ta-kaï, or ~jfr" pf\ ta-so, a large rough levellinij,
définition qui n'a pas d'autre sens que rei summa, rei compendium , un aperçu, un résumé fait en gros, l'opposé de description détaillée. Il résulte de ce qui précède, que M. Pauthier s'est expliqué ainsi la définition anglaise de Morrison : a large, une large, levelling, plaine, rough, sablonneuse! De telles fautes ne devraient pas, ce semble, échapper à une personne qui a traduit une partie de Colebrooke et de lord Byron.
mM^m i m.
« Quoiqu'on donne aux deux principes in ( femelle ) « et rang (mâle) , aux mouvements des corps célestes
( 22 ] (( (littéralement « du calendrier ») , aux mansions solaires et lunaires, des noms différents (de ceux « qu'ils ont en Chine), cependant les saisons sont les « mêmes. Les lunes tirent leurs noms des constellau tions où elles se trouvent. Le plus court espace de a temps s'appelle thsa-na. »
M. Pauthier traduit : « Si l'on veut déterminer les « révolutions du principe de la lumière et de celui ades ténèbres, les demeures successives du soleil « et de la lune, quoique le temps qui nest plus (!) ou aqui nest pas encore (!) ne présente aucune différence, «mais en se conformant à la position des astres, en « prenant pour régulateur la lune , on nomme les «périodes de temps saisons.»
Cette traduction de M. P. n'est qu'un tissu de fautes, dont plusieurs sont inexplicables.
i° pats jo veut dire quant à, et il le rend par si l'on veut déterminer.
2° L'expression jf^ OsL in-yang ( les deux principes femelle
et mâle) forment an sens à part; il les construit au génitif et les
met dans la dépendance de \fc& XïM li-yun, «les mouvements
« des astres » ( littéralement « du calendrier » ) , qu'il rend par les révolutions du principe, etc.
3° L'expression ~2jt ^f* thse -.che répond au terme astronomique mansions; il divise ce mot en deux et traduit la première syllabe par l'adjectif successives.
i° Il y a , en chinois , « quoique les dénominations ( des deux «principes, des mouvements des astres, des mansions solaires etlu- « naires) soient différentes , cependant les saisons sont les mêmes » (littéralement « ne diffèrent pas » ) ; M. Pauthier donne ici cette version inintelligible : « quoique le temps qui n'est plus ou qui n'est pas eno core ne présente aucune différence. » Il est probable qu'après avoir
j fis J
supprimé les mots yHEL 5g tching-weï , « les dénominations , » il
aura construit le mot 'V/fc tchoa, « différer, » qui termine un membre
de phrase, avec ffcfe chi, «temps,» qui commence le suivant, et
qu'il aura compris que ylfc Ft3p tchou-chi signifiait temps détruit,
c. à d. « temps qui n'est plus. » Le lecteur n'a pas oublié que plus
haut (voyez § 3, 2°) il a expliqué l'expression y/fc M tchou-fang,
«différents pays,» par région détruite.
5° Le mot 4j2£ heou forme , avec |Ï3e chi (vulgo, temps) qui
précède , le mot composé ftè 4ffc chi-heou, «temps, divisions du
«temps, saisons.» (Cf. Dict. Peï-wen-yun-fou , liv. 85, passim.) Mais
comme t)E heou seul signifie ordinairement attendre, c'est peut-être
pour cette raison que M. Pauthier aura rendu l'expression 'fJE ffefe
chi-heou par temps qui n'est pas encore. Si M. Pauthier n'est pas satisfait de la manière dont je tâche d'expliquer sa traduction , il me rendra service en m'indiqpant d'après quels principes il a adopté le sens de tout ce passage que je blâme ici sans restriction.
Quant aux fautes de la dernière partie de ce passage, mais en se conformant, etc. il m'est impossible de les analyser et de signaler les mots chinois qui y correspondent dans l'esprit du traducteur. Je vois
seulement qu'il a fait le verbe nommer du substantif v? ming, «les noms» ( des lunes ), régime du verbe «Ba piao, et que, confondant ce membre de phrase avec le suivant, REE: ~%w> J¥lp yfW =3 -ThJI itlj chi-khi-toen-tche-iveï-tsa-na [temporis brevissimum spacium dicitur thsa-na) , il a pris le mot £j3d chi , « temps , »
qu'il rend par saisons, pour le régime de son verbe nommer: «on « nomme ces périodes de temps SAisoNsi » Il a ensuite commencé
une autre phrase par les mots jtw^ 4&? ^tq hhi-toen-tche ( le
plus court ) , <mi ne peuvent faire un sens si on les sépare, comme il
Ta fait , du substantif JJrfe chi, « temps , espace de temps. »
<( Les trois lunes du printemps s'appellent la lune «tchi-tan-lo, la lune feî-che-kiu, la lune tche-se-tcha. uElles correspondent ici (en Chine) au temps qui « s'écoule depuis le 1 6e jour de la première lune jus- « qu'au 1 5e jour de la quatrième lune. »
M. P. traduit : a Les trois mois du printemps « sont... etc. Il faut compter jette saison depuis... etc. »
Le voyageur cite six fois , dans ce morceau , la correspondance du calendrier chinois avec le calendrier indien, et chaque fois il s'est
servi du mot r^=*' tang, cela est équivalent, cela correspond. Mais,
comme le mot .*=*, tang signifie aussi il faut, M. P. écrit chaque
fois il faut compter , on doit compter , ce qui empêche le lecteur de saisir la correspondance que l'auteur veut établir.
« C'est pourquoi , conformément aux saints préceptes de Fo, les religieux de l'Inde se mettent en
( 25 ) «retraite à deux époques différentes, tantôt pendant « les trois lunes antérieures, tantôt pendant les trois <( lunes postérieures.»
M. Pauthier traduit : « C'est par suite de cette « dernière division que les prêtres bouddhiques du «In-tou, se conformant aux saintes instructions de «Fo, se retirent, les jambes croisées, dans la demeure «de la grande tranquillité (ou monastère bouddhi- «que), les uns avant trois lunes, les autres après trois « lunes. »
i° Je n*ai pas besoin de relever l'expression se retirer les jambes
croisées. M. Pauthier a passé le mot ËhJ liang, «deux (retraites).»
2° H rend par monastère bouddhique l'expression —fc +£:
ngan-kiu, qui signifie ici une retraite (c'est-à-dire, l'état d'une personne qui s'est éloignée du monde pour vaquer, pendant un temps déterminé, à des exercices de piété).
3° Il rend les adj. ail thsien, anterior,et <tti heou, posterior,
par les adverbes avant et après. S'ils avaient ce sens, ils seraient placés après le mot lunes. L'auteur explique plus bas la correspondance de ces lunes suivant le calendrier chinois.
« Les trois lunes antérieures correspondent ici ( en
( 26 ) «Chine) au temps qui s'écoule depuis le 16e jour « du cinquième mois jusqu'au 1 5e jour du huitième « mois ; les trois lunes postérieures correspondent ici «au temps qui s'écoule depuis le i5e jour de la «sixième lune jusqu'au i5e jour de la neuvième « lune. »
M. Pauthier : « Si c'est avant trois lunes, ils doivent « les faire compter du 16e jour de la cinquième lune «jusqu'au 1 5e jour de la huitième lune ; si c'est après utrois lunes, ils doivent les faire compter de la sixième « lune jusqu'au 1 5e jour de la neuvième. »
i° On voit que M. Pauthier, faute de comprendre le mot rJ=**
tany, cela équivaut, cela correspond, a fait disparaître la coïncidence que l'auteur établit ici entre le calendrier indien et le calendrier chinois (cf. § 21 ).
20 II rend encore les adjectifs «antérieures, postérieures, » par les adverbes «avant, après, » contrairement à la règle de position.