LES EXNEMIS DES APOTRES
Dans les Actes des Apôtres, Luc se plait à faire les princes des prêtres démesurément absurdes. Au chapitre 4, V. 16-18, ils sont ^représentés croyant à une guérison miraculeuse d'un boiteux, opérée par l'apôtre Pierre : «< Cela est connu de tous les habitants de Je* N rusalem, s'écrient-ils, etn^us ne portons pas le nier* * V. 16. Dès lors on n'attend plus qu'une chose, c'est qu'ils se déclarent chrétiens. Au lieu de cela, dès ]e^ versets suivants, ils défendent aux apôtres, avec menace, de parler encore au nom de Jésus. Au chapitre 23, V. 2, le grand-prêtre Ananias commet un acte de pure brutalité, auquel on ne peut trouver aucune raison d'être. Paul est amené devant le conseil des Juifs. A peine a-t-il ouvert la bouche pour se défendre, que le président , sans l'ombre d'un prétexte , ordonne aux issistants de frapper l'accusé au visage. Loin de tendr^ 'autre joue selon le précepte évangélique, que n avait lu reste pas observé non plus celui de qui il émaDa*^ Jean, ch. 18, v. 22 et 23), Paul apostrophe alors ri-
ERREURS, INVRAISEMBLANCES, DÉRAISON &tl
goureusement Ananiaa, et lui représente justement qu une pareille conduite est indigne d*un juge. Mais, comme on lui fait observer que ce juge est grand-prêtre de Dieu, il s'excuse, v. 5, sur ce qu'il ignorait cette circonstance. Quand il Taurait sue, sa plainte n'eût pas été moins juste. Parce qu'un procédé brutal émane d'un prêtre , en^ est-il plus supportable ? Au contraire il n'en est que plus odieux. L'excuse que Luc attribue à Paul, est donc aussi ridicule que la grossièreté qu'il attribue au grand-prêtre paraît incroyable. Au reste, clans ce même cJiapitre , les invraisemblances renchérissent les unes sur les autres. C'est ainsi qu'il est dit, V. 12-15, que plus de quarante Juifs forment le projet d'assassiner Paul, et viennent tranquillement faire part de ce projet au sanhédrin dont ils réclament la complicité, et dont pas un membre n'ouvre la bouche pour repousser l'assistance de ces sicaires.
§ 32. — MORT D'aNANIAS et de SAPHIRA
Dans ce même' livre des Actes, ch. 6, v. 1-11, l'apôtre Pierre montre une dureté extrême en exerçant uii des premiers actes de son apostolat. Un des nouveaux chrétiens, nommé Ananias, vend un champ et apporte aux pieds des apôtres une partie seulement du prix de cette vente en en dissimulant la totalité. Pierre lui reproche son mensonge. A l'instant Ananias tombe mort. Jusqu'ici les apologistes peuvent dire que c'est Dieu lui-même qui, indépendamment de la volonté de Pierre, frappe miraculeusement Ananias en punition
de sa dissimulation, ou bien encore qae les reproches de Pierre, contrairement à son intention, font sur le coupable une telle impression qu ils le frappent d'une mort instantanée mais naturelle. Seulement, dans la première supposition, reste l'extrême disproportir-i. entre la faute et le châtiment, disproportion d'autan' plus choquante que le juge est censé plus juste, et danla seconde supposition, on devrait voir, ce qui n a pa^ lieu, l'apôtre témoigner quelque émotion et quelq.:regret d'avoir été la cause au moins occasionnelle d j. tel accident. Mais la suite du récit, loin de justifier ci même d'excuser la conduite de Pierre, vient an O':traire y imprimer le cachet d'une sévérité cruelle, b cadavre d'Ananias est emporté par des jeunes gens e' enseveli. Trois heures après, arrive Saphira, qui sa^i:: seulement que le prix réel de la vente avait dû è^^ dissimulé par son mari , mais qui ignorait le résu!:^' de cet acte de dissimulation. Pierre va-t-il chercherai atténuer par quelque bonne parole la douleur que dec lui causer la nouvelle de la mort d'Ananias? C*es: s premier besoin qu'éprouvera, en pareil cas, noni^s seulement un saint mais tout homme animé de quel; ' sentiment de charité et de pitié, lors même qu'il ^l:> posera la femme complice d'un mensonge déjà si ^^^ rement puni. Au lieu de cela, Pierre, qui pouvait*^ moins prévenir un nouveau mensonge, tend un piè:*^ ' Saphira en lui demandant s'il est vrai que leur cha:: ait été vendu tant, et sur la réponse affirmative i celle-ci, il ajoute : « Ceux qui ont enseveli ton mari ^^ 1 « à la porte et ils t'emporteront. »• Aussitôt SapL'tombe également frappée de mort, les jeunes gen^trent et vont joindre son cadavre à celui d'Anat Cette fois, c'est bien évidemment Pierre qui a tocImort, en punition d'un acte qu'il avait odieusec;'' provoqué et à la punition duquel pouvait bien suffr^ pensée de la fin terrible du mari. Il faut noter que <•'•
qui montre une telle sévérité envers une malheureuse femme, est ce même disciple qui, par un mensonge bien autrement coupable, aurait renié trois fois son maître, et qui aurait été absous de sa lâcheté avec une excessive indulgence. Ce début dans Texercice de son apostolat était un digne présage de la façon dont les chefs futurs de l'Église devaient user de leur pouvoir.