KÉSUMÉ DE LA SECONDE SECTION AVI
« que (1). " Je citerai encore cet excellent précepte dont beaucoup de chrétiens piourraient faire leur profit : « Une parole honnête, l'oubli des offenses vaut « mieux qu'une aumône qu'aura survie un mauvais pro- « cédé. Dieu est riche et clément. 0 croyants, ne ren- « dez point vaines vos aumômes par les reproches ou « les mauvais procédés comme agit celui qui fait des
- largesses par ostentation (2). n. Je termine par cette citation : « Efforcez-vous de mériter l'indulgence du « Seigneur et la possession du paradis destiné... à
- ceux qui savent maîtriser leur colère et qui pardon-
- nent aux hommes qui les offensent. Certes Dieu
- aime ceux qui pratiquent le bien (3). ♦'Ces derniers versets ont donné naissance à une légende que les Musulmans apprennent aux petits enfants dès l'âge le plus tendre : Hassan avait un esclave maladroit qui laissa un jour tomber sur lui, pendant le repas, un mets tout bouillant. Craignant le ressentiment de son maître, l'esclave se jette à ses pieds et lui dit : « Le paradis est
- destiné à ceux qui savent maîtriser leur colère. »» Hassan répond : « Je ne suis pas en colère. » L'esclave ajoute : « Et qui pardonnent. " Hassan dit : « Je te paru donne. »• L'esclave enhardi continue : « Dieu aime « ceux qui pratiquent le bien. « Hassan ajoute : « Lève-
(1) Cl). 2, V. 187, 18U et 257, traduction de M. Kasimirski, dans la collection des Livres sacrés de l'Orient, publiée par M. Pauthier, Paris, 1842. Quand je dis que ces recommandations si opposées ont été écrites par une même main , je n*entends point pour cela me prononcer sur la question débattue par les historiens , 8i Mahomet savait écrire, et s'il ne s'est pas contenté de dicter les diverses parties de ce recueil désordonné et plein de contradictions. Voir aussi, en témoignage de son fanatisme, les versets 7, 17, 40 et 68 du chapitre 8, les versets 5, 23, 74, 1 12 et 1 H du chapitre 9, et le verset 4 du chapitre 47.
(2) Chapitre 2, v. 265 et 266.
(3) Chapitre 3, v. 127 et 128.
Ilh2 RÉSUMÉ DE LA SECONDE SECTION
- toi, je te donne la liberté et quatre cents pièce? « d'argent. » Les chrétiens ont assurément aussi, da^s leurs livres sacrés et leurs traditions orales, de fort intéressantes légendes; mais en ont-ils qui le soient phs que celle-là?
Dans la première partit de cet ouvrage, j'ai abordé directement l'enseignement chrétien tel qu'il est formulé depuis des siècles et qu'il est encore aujourd'hui défini par l'autorité ecclésiastique, jet j'ai démontré l'impossibilité pour une intelligence éclairée d'admettre SOS dogmes fondamentaux. Dans la seconde partie, j'ai fait voir que ses monuments les' plus anciens qui soient venus à notre connaissance, je veux dire les divers livres dont l'ensemble porte le nom de Bible, étaient •lépourvus de toute autorité ; j'ai montré que les livres Je l'Ancien Testament regorgeaient d'erreurs et de cruelles impiétés, et que les livres du Nouveau Testament, particulièrement les évangiles, étaient remplis d'erreurs et surtout des plus choquantes contradictions. En résumé, après avoir fourni cette carrière de longue et pénible critique, je me crois autorisé, sans m'exposer à être taxé de présomption, à dire que, dans la première partie de mon livre, j'ai démoli pierre par
pierre l'édifice chrétien, et que, dans la seconde partie, j'en ai arraché les bases mêmes et dispersé tou^ les matériaux. Et maintenant je demande quel esprir droit et exempt de préventions se refusera à conclure que, si la religion chrétienne est fausse, aussi bien dan^ ses formules dogmatiques actuelles que dans les plL^ anciens monuments qui lui serrent de fondement, elie n'est pas même alors susceptible d'être réformt> comme l'ont pensé en divers temps des hommes sin<^êrement pieux, mais d'une médiocre portée de Tue. Je n'ai garde de comprendre parmi ces hommes pieux et toujours dignes de respect, les personnes, nonabreuse> de nos jours (théologiens dits unitaires, historiens. orateurs, philologues, écrivains de toutes sortes), qui. ne croyant pas au christianisme orthodoxe, s'en foLî un de fantaisie, célèbrent les préceptes de YEranglh. comme elles disent, et exaltent à l'envi les mérit^^personnels du Christ, dont on ne sait presque rien, d'une science fondée sur des monuments authentiques- Ces chrétiens-là, que j'appellerai volontiers les chrétiens des derniers jours, inspirent, et non sans raisuMi. un véritable effroi au peu qui reste aujourd'hui de vral< chrétiens. Après avoir rejeté successivement tous It^dogmes d'une religion, venir prodiguer la louange j celui qui passe pour son fondateur, c'est en effet undérision suprême, et l'on ne s'y prendrait pas autrement si l'on se proposait de sonner l'agonie de cetv religion. Évidemment ces personnes n'ont jamais f •:: une étude sérieuse des quatre évangiles, qui d'ailleur<, loin de répudier les livres de l'Ancien Testament, ;• font appel et prétendent s'y rattacher, en sorte que: invoquant ces évangiles, on est obligé d'admettre tou^ les livres de Bible, c'est-à-dire un amas de monsîracsités attribuées à Dieu même. Il n est donc point p€rmis de faire un choix dans ces livres ; c'est un i^ dont les parties, quelque disparates qu'elles puisse'*'
être, sont solidaires les unes des autres, et qu'il faut admettre ou rejeter, mais qu'on ne saurait, quand on l'admet, retoucher ni trier sans témérité sacrilège. Et en supposant même qu'il fut loisible de s'en tenir à ceux des préceptes évangéliques qui sont conformes aux prescriptions de la raison, il serait encore plus simple et plus sûr de demander à la raison elle-même ce qu elle a fourni aux auteurs des évangiles, mais dont ceux-ci ont compromis Tautorité morale en l'associant à toutes sortes d'aberrations. Donc enfin la religion chrétienne est radicalement impuissante à. satisfaire les besoins religieux de l'époque actuelle, et doit être rejetée, pour faire place à un nouvel ordre de choses, fondé uniquement sûr les données de la raison, et le seul que l'esprit humain puisse maintenant accepter.
Quand je dis que la religion cTirétienne doit être rejetée comme une religion essentiellement fausse dans l'ensemble de sa doctrine dogmatique, il est bien entendu que je ne veux point dire qu'il faille pour cela rejeter ce qu'elle peut avoir de vrai dans quelques-uns de ses préceptes moraux, qu'elle a empruntés à la raisou générale ou aux principes de la saine philosophie. Nous devons être en garde aujourd'hui contre la ' sophisme qui consiste à rejeter avec l'erreur la part de vérité qui peut s'y trouver mêlée. C'est uii sophisme dont plusieurs écrivains du siècle dernier et aussi du siècle présent n'ont pas toujours su se préserver ; car, dans la guerre qu'ils ont commencée contre le christianisme et qu'ils n'ont pu ni bien diriger ni mener h fin, il leur est arrivé plus d'une fois de confondre et d'attaquer en même temps les plus funestes erreurs et des croyances qui demeureront à jamais inébranlables. Plusieurs d'entre eux, par exemple, en ne voulant voir partout que de la matière, outre qu'ils ont lâché 1? bride aux appétits sensualistes, ont été en grande par tie cause de cette réaction ultra-spiritualiste de notr<
Ilk6 CONCLUSION
époque, qui en est venue à mettre l'esprit partout, jusque dans les meubles et dans les murailles de nos. habitations : aberration que Ton croit nouvelle, mais qui est très-vieille, et qui est pire que celle à laquelle elle succède ; car elle ne peut mener qu'à la folie (1). Il faut . savoir gré aux philosophes du xviii® siècle du bien réel qu ils ont fait en combattant Terreur ; mais il faut le< plaindre de n'avoir pas eu cette vue moins incomplète de la vérité religieuse, ce sens plus profond des choses morales, que le temps et de si grands événements ont pu donner a d'autres ; il faut enfin rendre responsable d'une grande part de leur égarement comme aussi de l'impiété et de l'immoralité de l'époque actuelle le christianisme lui-même, qui, en donnant sur Dieu, sur les destinées de l'àme humaine, sur le bien et le mal moral, les idées les plus fausses expose les esprits, au moment où ils secouent le joug d'une autorité qui les a trompés, à ne plus reconnaître Dieu , à ne plus comprendre l'àme et à ne plus croire ni au bien ni an mal (2). Lorsqu'un principe qui a longtemps dominé
(\) Quand j'écrivais pour la première fois que le spiritisme ne • pouvait mener qu'à la folie, je ne croyais pas quo les faits vien* draienfc si tôt me donner raison. Les cas non pa» seulement d'ballucioations mais de démences déclarées , causées par cette épidémie morale, sont déjà innombrables.
(2) Une des femmes les plus remarquables de ce siècle parTédat
du talent et la générosité des sentiments , madame Dudevant, qui
a pris le pseudonyme de George Sand, aous lequel elle est connee
dans le momie littéraire, répèle souvent dans son ouvrage intitulé
Histoire de ma vie (Paiis, iS5i et 1855), que, si elle fûtdemearèe
plus longtemps dans Télat maladif de dévotion mystique, qu'elle
^vait contraclé au couvent où une grand'mère vol tairienDe lavait
fait élever, elle serait devenue folle ou athée. Cette eonfîdenre
^'cst certes point faite dans une intention hostile au catholieisme :
^adame George Saud parle au contraire de ses instilulricefl re'i-
pieuses, de sa vie de couvent et du jésuite son confesseur dans de*
fermes pleins d'affectueux respect et presque de regret. A l'heur
^u'il est, elle ne pense piière h prendre le voile; elle est fortéman-
les consciences \ient à être enfin examiné et reconnu faux, alors la tendance première des esprits est d'entrer en révolte contre ce principe, de s'en séparer violemment et de rejeter avec son cortège d'erreurs les quelques vérités qui s\y trouvaient associées. Telle a été la marche des choses pendant le xviii® siècle et ce qui s'est écoulé déjà du xix®. Si par moment la réaction semble s'arrt^ter et se changer même en un retour vers le passé, ce n'est que lassitude ou calcul d'intérêts se croyant menacés ou l'étant réellement. Alors la vieille religion cherche à se persuader qu'elle a ressaisi son empire, et elle redevient audacieuse et tyrannique; mais cela même fait renaître la révolte plus vive que jamais, l'impiété et l'immoralité vont croissant, et il ne peut y avoir de terme à cette décomposition accélérée que le jour où une religion raisonnable
cipéc quant au dognio clirélieii et parait également guérie de la maladie de Texaltation tiscéiique. Pour ce qui est de* l'athéisme et de tout ce qui s'ensuit, clic a l'âme trop grande et trop ardente pour se repof^er jamais dans une doctrine aussi petite et aussi froide. Je crois donc qu'elle doit regretter amèrement, quoiqu'elle es:$aie de s'en défendre, d'avoir, dans plusieurs de ses romans» dans Lélia particulièrement, répandu à profusion des semences tout à la fois do mysticisme chrétien et d'athéisme, semences qui ont, contre son attente assurément, germé et produit leurs tristes fruits dans l'esprit de plus d'un de ses nombreux lecteurs.
Depuis que j'ai écrit ces dernières lignes, j'ai cru en trouver la jiisiîncation dans une récente production de Madame George Sand. On voit que je veux parler de son roman de èlademoiâeUe La Quintinle, Paris, 18t>3. Si, comme il y a toute raison de le penser, le sont ses sentiments actuels qu'elle a voulu exprimer pnr la bouche de M. Lemonlier père, cet idéal d'un philosophe grandement et fermement religieux, elle aurait, par la création de ce beau rôle, lune de se« œuvres les plus morales et les plu méritantes, dignement acquitté la promesse contenue dans c( bonnes paroles de sa^ Préface : « Le progrès des lumières a rc a poussé et annulé l'athéisme; sa mort, c'est la liberté de diî ^ cussion. n
.'|'i8 CONCLUSION
viendra reprendre auprès des consciences le rule ^ldirection qn'une fausse religion a mérité de perdre et qu^elle cherche vainement à reconquérir.
Il est des époques où la multitude a acquis asî^ez «1^ lumières pour s'apercevoir qu'on lui prêche des fables, mais où elle n'a pas la force d'intelligrence nécessaire pour trouver les réalités qu il faudrait mettre à la place. Certains hommes, qui se croient très-habile< parce qu'ils sont profondément corrompus, en concluent qu'il faut alors faire tout son possible pour la ramener à ses vieilles croyances. Loin d'adopter leur conclusion irréligieuse et de nous associer à leur œuvre insensée, nous disons qu'il faut au contraire aider la multitude à rejeter l'erreur; c'est un préalable indispensable pour qu'elle arrive ensuite à la réalité. Le \Tai et le faux sur un même point ne sauraient trouver place à la foidans l'intelligence humaine : pour que l'un y entre, il faut absolument que l'autre en sorte.
Demandé-je pour cela que l'on proscrive la religioB chrétienne? Qui pourrait me supposer une pareille pensée? Qu'elle vive au contraire aussi longtemiqu'elle pourra, et qu'elle s'exerce en toute liberté. L» jour où son droit à cet égard serait véritablement attaqué ou seulement menacé, on me verrait accourir ni des premiers à sa défense. Que ceux de ses sectatei-rque je n'aurai pu convaincre ou qui ne me liront pa-. continuent de croire à ses dogmes et de professer ha^.tement leur croyance. S'ils peuvent s'habituer à vf i. d'autres hommes ayant d'autres idées que les leur^ s'ils peuvent enfin prendre leur parti de faire le Toyapde la vie en pareille société, nous leur tendrons la mali. Je le répète donc, que la religion chrétienne meui^ de sa bonne mort. Quand la raison et la justice ne i^ voudraient pas ainsi, l'intérêt des idées nouvelles \ voudrait encore. Quel est celui qui ayant médité sla nature du cœur humain ou parcouru Thistc^irr
iguore que le sentiment religieux vit de dévouement, et que, plus il est profond, plus il est avide d'épreuves et de sacrifices? Un moyen infaillible de raviver une religion qui s'éteint comme de propager une religion nouvelle, serait donc de la persécuter. Ainsi, quand je n'aurais point par principe autant d'horreur que j'en ai pour l'intolérance religieuse, qui prétend violer Tasile le plus sacré, celui de la conscience, je devrais encore par prudence m'abstenir de provoquer des persécutions-contre la religion chrétienne. Elle est donc parfaitement rassurée, et personne, je l'en préviens, ne croirait à la sincérité des craintes qu'il lui plairait d'exprimer à cet égard. Si même, au lieu de demeurer î\ la charge de ceux-là seulement qui la professent, comme cela doit être dans un temps et un pays de liberté religieuse, elle continue de recevoir un salaire du budget de l'État, nous nous garderons bien de lui envier ce salaire qui, en s'ajoutant à tout l'or amassé en quémandant, constate aux yeux des peuples qu'elle a consenti à descendre ainsi jusqu'à la servitude, ce qui est, pour une religion, descendre aussi bas que possible.
Maintenant que j'ai démontré que la religion chrétienne devait être rejetée et que j'ai expliqué comment elle devait l'être, il me reste, pour achever ma tâche, à faire voir la nécessité d une régénération. C'est l'objet d'un second ouvrage, qui paraît en même temps que celui-ci, sous ce titre Rénovation religieuse. J'espère, lecteur, vous y retrouver et n'avoir par conséquent pas pris de vous congé définitif par cette dernière réflexion : A Dieu ne plaise qu'en combattant les erreurs religieuses des temps anciens, j'aie voulu exciter mes contemporains à s'enorgueillir de pouvoir y échapper ! Le présent est encore coupable de trop de sottises, dont les générations futures s'étonneront peut-être plus encore jue nous ne nous étonnons de celles des générations
éteintes. Mais ce que j'ai cherché surtout à mettre eu évidence, r'est le vice des doctrines qui prétendent arrêter la marche de l'esprit humain, bien plus, le faire rétrograder. En jugeant» avec indulgence les erreurs dupasse, réservons toute notre sévérité pour ceux qui tentent de les faire revivre et de les perpétuer, et qui ne savent user des lumières de leur temps que pour en médire.