‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 14 sur 139 · fer, pèle-mèle sauvage de victimes diverses, règne · texte numérisé non relu

fer, pèle-mèle sauvage de victimes diverses, règne

*• idéal des bourreaux, vous impressionnez assuré-

- ment, aujourd'hui encore, les imaginations bien con-

- duites, mais pour y exciter l'horreur et non pas l'é- .. pouvante, et soulever les âmes contre de détestables « mensonges (1). »»

(1) Terre et Ciel, par M. Jean Reynaud, YI, Enfer, Paris, i854. Dans sa Réponse au concile de Pértgucus, Paris, 1858, pages 8 et 9, cet auteur concède que VHermU des peines est possible, tout en démontrant aussi éloquemraenlet aussi vigoureusement qu'il avait pu le faire déjà dans Terre et Ciel, qu'elle ne Test pas. On ne saurai: trop dé[)lorer, de la pari d'un tel écrivain, de pareilles défaillancet^ de logique.

Examen des doctrines de la religion clirélienue, étudiée non plus sculetrent dans, ses formules et définitions eeclésiastiqucs, mais encore dans les livres originaux de la Bible et par conséquent dans ses monuments les plus anciens.

Dans la première partie de cet ouvrage, j'ai abordé de front les dogmes fondamentaux de la religion chrétienne, et j'ai démontré, j'espère, qu'ils étaient en opposition avec la raison. Mais, si je m'étais borné à cette attaque directe, certaines personnes auraient pu me dire : « Quand vous aurez démontré que le christia-

- nîsme tel qu'on Ta fait, est en désaccord avec la

- raison, aurez-vous gain de cause contre le cliris- ** tianisme, tel qu'il est en lui-même ou au moins tel *. qu'il devrait être? N'adrairez-vous pas la noble sim- « plicité des livres saints, et particulièrement la mo-

- raie si pure et si touchante de l'Évangile, ses pré-

« ceptes d'humanité et de fraternité universelle, qui « sympathisent si bien avec les tendances de notre ** époque? Si l'on s'en fût tenu à ce code primitif! Si « l'on y revenait aujourd'hui! " Voilà une fin de nonrecevoir que l'on pourrait m'opposer. Tant qu'elle n'eût pas été écartée, j'aurais cru n'avoir rien fait encore. Je me suis donc mis à étudier de nouveau la Bible, comparant toujours le texte original avec celui des diverses traductions, et consultant sur tous les points de quelque importance les plus anciens manuscrits de nos principales bibliothèques et de plusieurs bibliothèques étrangères. De longues années, de longues veilles ont été consacrées à ce travail. C'était mon premi^er devoir assurément, et si je fais cette observation, c'est uniquement parce que certains apologistes du christianisme reprochent avec une incorrigible persistance à tous ses adversaires indistinctement de combattre ce qu'ils ignorent. Dans les livres de l'Ancien Testament, qui ont été adoptés par le christianisme, j'ai rencontré, presque à chaque page, de grossières erreurs et de révoltantes immoralités, attribuées à Dieu. J'ai étudié surtout les livres du Nouveau Testament, et en particulier, non pas, comme on dit ordinairement, l'Evangile, car il n'y en a pas rien qu'un, mais les quatre évangiles reconnus, entre beaucoup d'autres, par l'Église universelle et les communions protestantes ellesmêmes comme authentiques, révélés, contenant la parole même de Dieu et sans qu'on puisse y ajouter ni en retrancher un iota. Or j y ai trouvé d'abord non-seulement de nombreuses divergences, mais encore de nombreuses contradictions, des contradictions telles que, si, dans les affaires ordinaires de la vie, nous en rencontrions de semblables, nous crierions sur-le-champ, sinon à l'imposture, au moins à l'erreur, et nous refuserions invinciblement d'asseoir sur un pareil fondement, je ne dis pas nos croyances et nos jugements.

mais les plus minces intérêts. J*y ai trouvé en second lieu une foule de choses relatives soit au dogme soit à la morale, que la raison repousse 'énergiqueroent, et qui sont alliées à quelques belles maximes qu*on dirait avoir été semées çà et là comme pour faire passer le tout, maximes qu'on trouve, du reste, partout ailleurs, sauf peut-être l'exagération de la forme, qui, loin d'être an progrès, compromet les meilleurs préceptes en fournissant aux passions un moyen de les éluder sous prétexte de l'impossibilité de les appliquer. En un mot, j'ai vu que les divers livres dont se compose la Bible des chrétiens, présentaient les incohérences et les contradictions les plus choquantes, et qu'on y trouvait tout ce qu'on voulait y chercher, le pour et le contre sur toutes les questions, des armes pour tous les partis et toutes les causes, à côté de textes favorables à de saines doctrines d'autres textes étayant les doctrines les plus détestables, à côté de préceptes moraux et de quelques bons exemples une infinité d'autres préceptes et d'autres exemples contraires aux plus strictes prescriptions de la morale, toutes choses qui étaient mises sur le compte de Dieu même, quand elles réunissent tous les caractères des œuvres de l'homme et qu'elles sont empreintes du cachet, si peu méconnaissable, de son ignorance et de son imperfection (1). C'est ce que

(!) Voici comment Rousseau, après avoir soudainement divinisé le. Christ, se voit obligé de terminer sa brillante tirade que tout le monde a lue , La majesté des Écritures m* étonne^ la sainteté d$ l^ Évangile parle à mon cœur, clc. : a Avec tout cela, ce môme Évan- « gile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à tt la raison et qu*il est impossible à tout homme sensé de concevoir u ni d'admettre. » (Emile, livre 4, Profession de foi du vicaire savoyard, lomc II, Paris, 1835.) C'est dans ce môme passage d'un livre qui est par intervalles un des plus forts qu'on aU écrits en faveur du déisme, que se lit cette étrange phrase, invoquée si souvent et avec tant de confiance par les modernes apologistes chrétiens : « Si la vie et la mort de Socrate sont d*un sage, la vie et la

je me propose de démontrer dans cette seconde partie, qui sera partagée fin deux sections, dont l'une traitera des livres de TAncien Testament, et l'autre des livres du Nouveau Testament (1 ).

Dans la discussion à laquelle j*appelle maintenant le lecteur, je désire qu'il ait sous la main et qu'il consulte les textes mêmes de la Bible auxquels je le renverrai. Dureste, les résultats de cette discussion, que je regarde comme capitale, valent, je crois, les efforts d'attention qu'elle lui aura coûtés. En général les chrétiens ne connaissent pas ou connaissent mal leurs livres sacrés. Les catholiques, loin d'être excités par leurs prêtres à la lecture du texte même, en sont détournés au contraire comme d'une lecture dangereuse (2). Quant aux

« mort de Jésus sont d'un Dieu. » Qu'est-ce queid mort d^un bleui On sait que, dans sa jeunesse, Rousseau avait, par des my tifs étrangers à ses convictions, abjuré le protestantisme dans lequel il avait été élevé, pour se faire catholique. Lorsque, dans son âge mâr, il fit une nouvelle abjuration en revenant au protestantisme pour recouvrer ses droits de citoyen de Genève, il agissait, à ce qu il nous dit, en conséquence d'un prétendu principe qui attribuerait au souverain le droit de fixer des dogmes inintelUgib'es : « Je pcu- « sais que l'Évangile étant le même pour tous les chrétiens, et le « fond du dogme n'étant différent qu'en ce qu'on se mêlait d'expli- « quer ce qu'on ne pouvait entendre, il appartenait en chaque pays « au seul souverain de fixer et le culte et ce dogme inintelligible, a et qu'il était par conséquent du devoir du citoyen d'admettre « le dogme et de suivre le culte prescrit par la loi. » (Les Confes^ sions, 2* partie, livre 8, années 1754-1756, tome !*')• I>ans ton Contrat social (livre 4, ch. 8, môme tome), il va jusqu'à accorder au souverain le droit d'exiler et même de punir de mort les citoyens qui se conduisent comme ne croyant pas aux dogmes de la religion de l'Étal.

(4) Au moment d'entrer dans l'examen détaillé de ces divers livres, je crois utile de rapi)eler ce que j'ai noté déjà (Introducfiony page 24^), à savoir que le concile de Trente a déclare qu'ils avaient le même Dieu pour auteur. Cette déclaration est du reste conforme à celle de l'apôtre saint Pierre. (2« épltre, ch. !•% v. 21.)

(2) Quelle plus forte présomption contre la pureté et la sainteté

protestants, ils lisent la Bible ; mais cela ne lear profite guère davantage, et voici pourquoi. La plupart de leurs docteurs, en permettant aux fidèles, aux plus ignorants comme aux plus instruits, non-seulement de lire, mais encore d'interpréter TÉcriture sainte, ont grand soin d'y mettre cette condition, qu'on ne doutera ni du caractère divinement inspiré de cette Écriture ni de la réalité des dogmes qu'ils en tirent et qu'ils déclarent, tout aussi bien que les docteurs catholiques, au-dessus de la raison ; en sorte qu'ils permettent d'examiner toutes choses, excepté ce qu'il importerait avant tout d'examiner. La liberté qu'ils prétendent laisser à l'exercice de la raison humaine, ressemble dès lors à celle d'un prisonnier que l'on enferme dans sa cellule en îui disant qu'on le laisse parfaitement maître de s'y promener en long ou en large. Ce qui fausse la position du protestantisme vis-à-vis du catholicisme, c'est donc qu'après avoir fait appel à la raison, il méconnaît immédiatement son propre principe en déclarant qu'il prend pour base de sa foi TÉcriture sainte. Les livres sont susceptibles d'une infinité d'altérations et d'interprétations. Or les protestants n'admettent pas

d*un Code de religion cl de morale que celte défense de le lire, faite aux croyants par leurs conducteurs spirituels? S'il ne contenait rien qui ne dût édifier les lecteurs, rien qui fût de nature à les scandaliser ou à égarer leur conscience, l'idée d'une pareille défeoae fût-elle jamais venue à personne, et n'engagerait-on pas au contraire tout le monde, amis et ennemis, à l'étudier et à le méditer? Les simples fidèles peuvent obtenir, il est vrai, la permission de le lire; mais ils doivent recourir à l'autorité de l'Église pour savoir quel sens il faut y attacher. Voici quelques-unes des dispositions 011 ils doivent être pour obtenir des cvéques la permission de lire les saintes écritures : foi très-forfe, esprit soumis, dociliiéà écouter la vois des pasteurs, ibàiWy^ Theologia dogmatica etmoralis^ Prolegomenai ch. 6, tome l"*, Dijon, 17S9.) Il est clair qu'en lisant la Bible dans de pareilles conditions, il n'y a pas à craindre que l'on y voie autre chose que ce que T Église veut qu'on y voie.

comme les catholiques Texistence d'une autorité extérieure, chargée de décider souverainement sur Tauthenticité, Tintégrité et la pureté du texte sacré et sur le sens à y attacher. Le protestantisme prête donc le Aanc à l'objection capitale du catholicisme, à savoir qu'il ne possède aucun moyen d'avoir une profession de foi commune à tous ses membres. Il manque par conséquent de ce caractère d'unité qu'on n'aurait pas le droit d'exiger d'une religion qui, se donnant simplement pour le produit de la seule raison humaine, ue saurait prétendre à la perfection et à l'infaillibilité, mais qu'on a le droit d'exiger de toute religion qui se dit l'œuvre même de Dieu. Les ministres protestants, ceux du moins qui sont quelque peu exigeants en fait de logique, sentent bien cet embarras ; ils se débattent entre leur principe fondamental, qu'ils n'osent désavouer ouvertement, et des essais d'interprétation proposés à leurs fidèles sur un ton qui est bien près d'être celui de l'autorité catholique. Aussi Bossuet avait-il facilement raison contre eux et dans la forme, tout en ayant tort au fond, lorsque, défendant l'autorité absolue mais logique de son église, il se moquait des règles de croyance qu'ils prétendaient avoir établies dans leurs synodes de Sainte-Foi en 1578, de Vitré en 1617 et de Charenton en 1644. Voici en particulier les justes réflexions que lui inspiraient les résolutions du synode national de Vitré : « Ils nous ont tant de fois reproché « comme une faiblesse cette soumission que nous avons « pour les jugements de l'Église, qui n'est, disent-ils, M qu'une société d'hommes sujets à faillir ; et cependant M étant assemblés en corps dans un synode national, «< qui représentait toutes les églises prétendues réfor- H mées en France, ils n'ont pas craint de mettre leur « foi en compromis entre les mains de quatre hommes, ** avec un si grand abandonnement de leurs propres - sentiments, qu'ils leur ont donné plein pouvoir de

« changer la même confession de foi qu'ils proposent •• encore aujourd'hui à tout le monde chrétien, comme « une confession de foi qui ne contient autre chose que « la pure parole de Dieu, et pour laquelle ils ont dit, « en la présentant à nos Rois, qu'une infinité de per- « sonnes' étaient prêtes à répandre leur sang (1). n Ce n*est pas tant par ce qu'elle a fait elle-même que par ce qui a été fait à sa suite, que la Réforme a servi la cause du progrès, et comme cela s'est fait le plus ordinairement malgré elle, nous sommes dispensés de lui en savoir gré. Nous n'acquittons pas moins pour cela le tribut d'admiration qui est dû à ses fondateurs, pour avoir osé, malgré les difficultés des temps, secouer un joug odieux, excités qu'ils étaient du reste par l'exemple de leurs précurseurs Arnaud de Brescia, Jean Huss, Jérôme de Prague et Savonarola, qui payèrent de la vie le mérite de leur courage. Zwingli, Luther et Calvin n'eussent pas hésité sans doute à monter également sur le bûcher si ce sacrifice fût devenu nécessaire : pour sa part, le curé de Zurich Ta bien prouvé en succombant bravement à Cappel dans les rangs des troupes évangéliques. . Une fois introduit dans le sanctuaire jusque-là réputé inaccessible aux regards des humains, l'esprit religieux à pu s'affranchir non plus seulement du catholicisme, mais du protestantisme lui-même : on a vu, dans la première partie de cet ouvrage, qu'en effet il suffisait pour cela de l'arme que les protestants avaient employée contre les catholiques. Après avoir opposé le principe du libre examen à celui de l'autorité, la Réforme n'a pas su compléter son œuvre. Elle s'est presque contentée de changer la discipline et les rites ; quant aux dogmes, il lui a plu d'en conserver les principaux et les plus antipathiques à la raison. Il ne faut

(1) Exposition de la doctrine de V Église caiholiiiue, ^ 20, tome 111, Paris, 1743.

jamais oublier qu'elle prétend tirer tous ses enseignements des livres saints. On sait que les protestants poussent encore plus loin que les catholiques la superstition de leur respect pour la Bible. Et je ne parle pas seulement des protestants de la vieille école, mais encore de ceux de nos jours qui passent pour les plus avancés et les plus hardis, et qui se donnent même pour de nouveaux réformateurs de la Réforme (1). Sachons

(1) En voici une preuve exlraile du Disciple de J^sus-Christ, recueil mensuel du progrès moral et religieux ^ tome Y, Paris, 1855 : « Les aperçus rapides que nous avons présentés jusqu'ici reste- «r raient trop incomplets si nous n'indiquions en peu de mots les « sources où l'on peut puiser les fortes convictions religif uses. Ce a que nous avons à dire à cet égard ne sera pas long. Nous n'en « connaissons qu'une seule, la Révélation. Toute autre, en effet, ou c procédera de celle-ci et produira les mêmes effets, ni plus ni « moins, et dès lors elle devient inutile, ou bien elle n'en procédera a pas et produira des effets diflérents, donnera plus ou moins, et « dès lors elle doit être rejetee. Pour les chrétiens, VÊvangile est « intolérant à cet égard. En même temps qu'il demande qu'on aille a à lui, qu'on le sonde (Jean, V, 39), qu'on le médité, qu on se « pénètre de ses enseignements, il défend que l'on refranche au « ^tt'on ajoute (Apoc. XXIf, lS-19), et il déclare anathème qui- « conque annoncerait autre chose que ce quHl contient, > Gai. I, S, 9. (Des convictions religieuses.)

Il faut dire pourtant qu'un bon nombre de docteurs protestants, surtout en Allemagne, se sont élevés contre le vieux luthé* ranisme, qui attribuait à la Bible une origine surnaturelle. Voir, dans la Revue germanique du 31 mai iSoS-, un article sur la Critiqua biblique en Allemagne, par M. Nicolas, professeur à la Faculté de théologie protestante de Montauban. Tout en prenant le ton de la réprimande à l'égard des incrédules, l'auteur cite avec complaisance deux vers latins qu'un théologien s'élait amusé à faire sur la Bible, et qui peuvent se traduire ainsi :

Voici le livre que Ton onvrc Pour y trouver ce que Ton croit :

CVst pourquoi chacun y découvre Tout ce que d^avance il y voit.

En France, un pasteur protestant qui par ses hardiesses déconcerte plus d'une de ses ouailles, M. Athanase Goquerel, reconnaît

donc bien ce que contiennent ces livres saints, si aveuglément admirés, si étourdiment cités et si opiniâtrement recommandés comme la source la plus pure de toute science religieuse et morale, non-seulement par la foule des orateurs, des poètes, des historiens, des philosophes mêmes, mais encore par des écrivains qui, en toute autre matière, font preuve d'une haute intelligence et d'une sévère moralité. Voyons ce que Ton gagnerait à revenir à ce prétendu code primitif, ainsi que le proposent certaines personnes, disposées d'ailleurs à faire bon marché du christianisme dogmatique qui en est sorti.

que la Bible commet des errt'urs en physique^ en histoire et en philûsophie. Entre autres exemples de ces erreurs, il venait de citer celle du 1*' chapitre de la Genèse , dont j'aurai h parler tout à rheure, et où le globe de la terre est représenté occupant le centre du monde, (Christolog'e, ch. 1", tome 1*% Paris, 1858.) Malgré cet aveu, M. Goquerel, à qui les contradictions ne coûtent rien, continue de trouver à la Bible un caractère divin.

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