ANS. ANS
Après avoir engendré Énos, il vit encore. 707 807
Énos engendre Caïnan à 190 90
Après avoir engendré Caïnan, il vit encore 715 815
Caïnan engendre Malaléel à 170 70
Après avoir engendré Malaléel, il vit encore IkO 8&0
Malaléel engendre Jared à 165 65
Après avoir engendré Jared, il vit encore 730 830
Jared engendre Hénoch à 162 162
Après avoir engendré Hénocb, il vit encore 800 800
Hénoch engendra Mathusala a 165 65
Après avoir engendré Mathusala, il vit encore 200 300
Mathusala engendre Lamech à 1 67 187
Aprèsavoir engendré Lamech, il vitencore 802 782
Lamech engendre Noé à 188 182
Après avoir engendré Noé, il vit encore. 565 595
Lors du déluge, Noé était âgé de 600 600
D*après les Septante, il se serait doue écoulé, de la création au déluge, 2242 ans, et, d*après le texte hébraïque actuel, 1656 ans seulement. En réalité, l'âge total de chaque patriarche, Lamech excepté, reste le même dans les deux textes ; mais le texte hébraïque çt la traduction latine de saint Jérôme, faisant naître chacun des patriarches Seth, Énos, Caïnan, Malaléel, Jared et Mathusala cent ans plus tôt, Lamech vingt ans plus tard, et Noé six ans plus tôt que la version des Septante, diminuent de 586 ans Tàge biblique dumonde, de la création au déluge.
D'Arphaxad, petit-fils de Noé, à Tharé, père d'Abraham, le ch. 11, V. 12-25, offre un autre exemple analogue d'altération de chiffres. En ne contenant pas la génération du second Caïnan, et en faisant naître les premiers-nés d'Arphaxad, de Salé, d'Héber, de Phalepr,
de Reu et de Sarug 100 ans plus tôt, et le premier-né de Nachor 150 ans plus tôt que la version des Septante, le tçxte hébraïque et la Vulgate diminuent encore Tàge biblique du monde de 880 ans.
D*aprte D'après
les le texte
Septante des Rabllliis
JlNS, ANS.
Arphaxad engendre Caïnan à 135 II engendre Salé à 35 Après avoir engendré Caïnan,
il vit encore 300 A03
Caïnan engendre Salé à. ... 130 Après avoir engendré Salé, il
vit encore 330
Salé engendre Héber à 1 30 30
Après avoir engendré Héber,
il vit encore 330 403
Héber engendre Plaleg à ... 1 34 34 Après avoir engendré Phaleg,
il vit encore 270 430
Phaleg engendre Reu à. ... 130 30 Après avoir engendré Reu, il
vit encore 209 209
Reu engendre Sarug à 1 32 32
Après avoir engendré Sarug,
il vit encore 207 207
Sarug engendre Nachor à ... 1 30 30 Aprèsavoirengendré Nachor,
il vit encore 200 200
Nachor engendre Tharé à ... 1 79 29 Après avoir engendré Tharé,
ilvitencore 125 119
D*après les Septante, il se serait donc écoulé, de la naissance d*Ârphaxad à celle de Tharé, 1100 ans, et d*après le texte hébraïque actuel, 220 ans seulement. Ici le texte hébraïque ne laisse pas subsister, comme
au chapitre 5, l'âge total des patriarches donné par les Septante. Il diminue la durée de la vie de Salé, de Phaieg, de Reu, de Saruget de Nachor, et il la diminue de quantités différentes, tandis qu'il augmente et aussi de quantités inégales la durée de la vie d'Ârphaxad et d'Héber.
En résumé, de la création à la naissance de Tharéi père d*Âbraham, les Septante comptent de plus que le texte hébraïque actuel, d*abord 586 ans, ensuite 880 ans, c'est-à-dire en tout 1466 ans. On voit donc qu'il est rigoureusement nécessaire d'admettre, dans les chapitres 5 et 11, une altération de textes ; il faut» de deux choses l'une, ou que l'âge biblique du monde ait été augmenté par les Septante dans leur traduction grecque, ou qu'il ait été diminué, après eux, dans le texte hébraïque. Remarquons qu'il ne s'agit pas ici d'un genre d'altération qui puisse s'expliquer par des inadvertances de copistes, mais bien de manipulations exé^ cutées de propos délibéré. Ces diminutions et augmen-^ tations symétriques, ces compensations entre les soustractions et les additions, qui s'étalent sur douze versets du chapitre 5, trahissent de la manière la plus patente des calculs et des arrangements. Qui a pu altérer ainsi le témoignage primitif? C'est à coup sûr quelqu'un qui avait à cela quelque intérêt. Sont-ce les Septante, comme le leur reprochent les Rabbins? On ne peut imaginer le motif qu'auraient eu les Septante pour corrompre sur ce point leurs annales. Le préjugé qui leur faisait regarder leur nation comme la principale et la plus noble branche de la race humaine, n'était pas même une raison suffisante d'intérêt à falsifier le témoignage de leurs livres sacrés sur l'âge de cette même race. Joignez à cela que les Juifs étaient alors réunis en corps de nation et que les exemplaires hébraïques, répandus parmi eux et qu'ils lisaient dans leurs synagogues, même en pays étrangers, eussen
laissé peu de chances de succès à une fraude commise sur un point aussi important. Si les Septante ont pris dans le texte hébraïque, tel qu'il existait de leur temps, les nombres qu*ils donnent dans leur traduction, Tàge biblique du monde aurait été diminué après eux dans le texte hébraïque qui nous a été transmis. Â quelle époque cette altération aurait-elle été introduite ? Serait-ce avant Tère chrétienne ou depuis? Avant, on ne peut trouver, de la part des docteurs jaifs, aucun inté * r6t à une falsification, qui du reste eût difficilement passé inaperçue, quand leurs coreligionnaires continuaient de former, comme du temps des Septante, un corps de nation. Ce serait donc depuis Tère chrétienne, mais après la ruine de Jérusalem par Titus et peut-être même après la dispersion achevée par Adrien. Par qui la fraude a-t-elle été commise depuis Tère chrétienne? Est-ce par des chrétiens? Mais, indépendamment de ce que Ton ne voit pas de motif qui aurait pu les y porter, il y a un fait qui ne permet guère de s'arrêter à cette supposition, c'est Tidentité des bibles juive et chrétienne sur les points en question : des chrétiens n'auraient pu corrompre que des exemplaires de la Bible hébraïque à leur usage, et non ceux, en bien plus grand nombre, qui étaient entre les mains des Juifs leurs antagonistes. Ce seraient donc alors les Juifs euxmêmes qui auraient commis la fraude. Des Rabbins auraient diminué l'âge biblique du monde, dans le but, a-t-on dit, d'étayer la doctrine que plusieurs d'entre eux soutinrent contre les chrétiens, et d'après laquelle les temps n'étaient pas encore venus où le Messie aurait pu paraître. Ils auraient trompé l'attention de leurs compatriotes, à la faveur de la confusion, de l'isolement et de l'ignorance résultant des misères de l'exil. Ils auraient encore plus facilement trompé l'attention des chrétiens qui, dans les premiers siècles, se servaient peu du texte hébraïque, ne le tenant d'ailleurs
tt
que des mains des Juifs et ne Tétudiant guère que par leur entremise, comme le prouve l'exemple même d*un de leurs plus savants hébraïsants, de saint Jérôme, qui nous dit avoir payé chèrement les leçons du premier docteur juif de son temps (1). Cette altération, faite sciemment et dans Tintérèt d*une croyance, serait bien odieuse, et malheureusement elle ne paraît pas impossible quand on connaît le savoir-faire d*un faux zèle religieux. Mais il faut reconnaître que, s'il existe à cet égard des présomptions, on n*a aucune preuve rigoureuse (2). Ce qu il y a de certain, c'est que la fraude était consommée avant la fin du iv® siècle de notre ère; car Thébreu du temps de saint Jérôme donnait
(1) Prœfatio m Job, tome !•% Paris, 1693.
(2) Le texte samaritaiD, tel que nous le possédons aujourd'hui, semble d'abord pouvoir être invoqué contre le soupçon de fraude qui pèse sur les Rabbins. Mais bientôt il s'éloigne tellement du texte hébraïque, qu'il ne fait en réalité qu'accroître Fétonnement que Ton éprouve en présence de documents si contradictoires, et qui nous sont donnés pour émanés de Dieu. Voici ses chiffres, que j'eitrais de la Bible polyglotte, tome 6, Paris, 1632 :
Adam engendre Seth à 130 ans.
Après avoir engendré Seth , il vit encore. 800 »
Seth engendre Énos à 105 »
Après avoir engendré Énos, il vit encore. 807 »
Énos engendre Gaïnan, à 90 »
Après avoir engendré Gaïnan, il vit encore. 815 »
Caïnan engendre Malaléel à 70 »
Après avoir engendré Malaléel, il vit encore 840 »
Malaléel engendre Jared à 65 »
Après avoir engendré Jared, il vit encore. 830 »
Jared engendre Hénoch à 62 »
Après avoir engendré Hénoch, il vit encore. 785 »
Hénoch engendre Mathusala à 65 >»
Aprèsavoir engendréMathusala, il vitencore. 300 »
Mathusala engendre Lamech à. ... 67 »
Après avoir engendré Lamech, il vit encore. 653 »
Lamech engendre Noé à 53 »
déjà les mômes nombres que ceux du texte actuel, et non ceux des Septante, qui étaient adoptés alors par
Après avoir engendré Noé, il vil encore. 600 ans. Lors du déluge, Noé était ftgé de. . . . 600 >
Arphaxad engendre Salé à 435 ans.
Après avoir engendré Salé, il vit encore. 303 »
Salé engendre Héber à 130 »
Après avoir engendré Héber, il vit encore. 303 »
Héber engendre Pbaleg à 134 »
Après avoir engendré Phaleg, il vit encore. 270 ^
Pbaleg engendre Reu à 130 »
Après avoir engendré Reu, il vit encore. 109 »
Reu engendre Sarug à 132 »
Après avoir engendré Sarug, il vit encore. 107 »
Sarug engendre Nachor à 130 »
Après avoir engendré Nachor, il vit encore. 100 »
Nachor engendre Tharé à 79 »
Après avoir engendré Tharé, il vit encore. 69 »
Dans les dix premiers chiffres et le 13«, le 14' et le 19% le premier tableau s'accorde avec le texte actuel des Rabbins; mais, dans les six autres chiffres, il s*en éloigne sans pour cela se rapprocher du telle des Septante. Ainsi, il ne donne è Jared que 62 ans au lieu de 162, lorsqu'il engendre Hénoch, et il le fait vivre ensuite 785 ans, au lieu de 800, ce qui n^élève le total de sa vie qu'à 847 ans au lieu de 962. Il ne donne à Mathusala que 67 ans au lieu de 187, lorsqu'il engendre Lamech, et il le fait vivre ensuite 653 ans au Heu de 782, ce qui ne porte qu'à 720 ans au lieu de 969 le total de la vie de ce patriarche, qui est ordinairement ci lé comme ayant atteint le nec plus uUrà de l'existence humaine. Enfin il ne donne à Lamech que 53 ans au lieu de 182, lorsqu'il engendre Noé,ce quine forme, avec les 600 ans qu'il le fait vivre ensuite, qu'un total de 653 ans au lieu de 777.
Quant au second tableau, il s'éloigne très-notablement du texte actuel des Rabbins et se rapproche, sur plusieurs points, de celui des Septante. Mais il est remarquable que, tout en donnant partout des chiffres différents de ceux du texte hébraïque, il aboutit aux mêmes totaux qui résultent des doimées de ce dernier texte pour
TEglise chrétienne : cela résulte expressément des déclarations de saint Augustin, contemporain de saint Jérôme (!)•
En définitive, la question de savoir à quelle époque la fraude a été commise et si ses auteurs professaient la religion juive ou la religion chrétienne, est pour nous de peu d*intérèt : c'est chose à débattre entre Juifs et chrétiens. Mais ce qui nous importe, à nous qui avons particulièrement affaire à ces derniers, c'est qu*il soit constaté qu'une altération évidente a été introduite assez maladroitement dans l'un des deux textes qu*ils disent inspirés par l'Esprit^-Saint. L'auteur de la Vulgate a dû voir que le texte hébreu sur lequel il traduisait diminuait Tàge biblique assigné au monde par la version des Septante. Si c'est dans le texte hébreu que les altérations ont eu lieu, elles ne
les nombres d'années que vécurent les patriarches, à l'exception d'Héber, dont il porte les années au nombre de 404 au lieu de 464. D'une part, ii a 100 ans juste de plus à chacun des nombres indiquant Fâge qu'avaient Ârphaxad lorsqu'il engendra Salé, Salé lorsqu'il engendra Héber, Héber lorsqu'il engendra Phaleg, Phaleg lorsqu'il engendra Reu, Reu lorsqu'il engendra Sarug, et Sarug lorsqu'il engendra Nachor ; d'uoe autre part, il a 100 ans juste de moins à chacun des nombres indiquant le temps que vécurent encore Arpl^ixad après avoir engendré Salé, Salé après avoir engendré Héber, Phaleg après avoir engendré Reu, Reu après avoir engendré Sarug, et Sarug après avoir engendré Nachor. Mais ii a 160 ans de moins au nombre indiquant le temps que vécut Héber après avoir engendré Phaleg, et 50 ans de moins au nombre indiquant le temps que vécut Nachor après avoir engendré Tharé.
En résumé, l'âge biblique assigné au monde par les Septante est diminué, dans le texte samaritain, de 935 ans (!*' tableau), et de 230 ans seulement (2* tableau), en tout de 1165 ans au lieu de 1466 dont le diminue le texte actuel des Rabbins.
(1) De civiiate De», liv. 15, ch. 10, tome VH, Paris, 1685. Au chapitre 13, saint Augustin avoue qu'il y a nécessairement erreur quelque part, et que cette erreur -n'est pas un accident, mais qu'elle sent Cinduslrie.
pouvaient pas être encore bien vieilles de son temps. Il y a dès lors lieu de s*étonner qu'il n*ait pas vu qu'elles avaient un but anti-chrétien. Quoi qu'il en soit, il les a fait passer dans sa version de la Vulgate, que le concile œcuménique de Trente a déclarée canonique et sacrée dans toutes ses parties : c'est pour cela surtout que j*ai noté ces faits très-remarquables d'altération patente de textes. On doit en rendre responsable, non point Tauteur de la Genèse ni saint Jérôme, qui a probablement été pris pour dupe, mais le christiaiiisme, qui dit anathème à ceux qui n'accepteront pas la fraude comme lui, et qui attribue à l'Esprit-Saint deux relations se contredisant si ouvertement et dont par conséquent une au moins doit être fausse. S'il se donnait pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour une œuvre humaine et par conséquent faillible, il pourrait dire qu'il a été victime d'une tromperie placée sur sa route comme un piège dans lequel il est tombé tète baissée. On pourrait alors l'excuser en disant que, sur ce point, il a été plus malheureux que coupable, et qu'il a d'ailleurs bien assez à faire de rendre ses propres comptes. Mais cette ressource lui manque , puisqu'il se donne pour une œuvre divine, qu'il n'est par conséquent ]>as au pouvoir d'un faussaire de dénaturer.
Je terminerai ce paragraphe par une observation qui a beaucoup moins d'importance que les précédentes; car on ne peut guère voir, dans le fait dont je vais parler, qu'un exemple de ce désordre de rédaction qui surabonde dans la Bible, et non d'un travail frauduleux dont on ne comprendrait pas le motif. Les généalogies du chapitre 4, v. 17 et 18, et du chapitre 5, v. 12, 15, 18, 21 et 25, contiennent chacune six noms consécutifs, qui, placés en regard, donnent lieu de supposer qu'il s'y agit d'un même fragment de généalogie, n'ayant subi que peu d'altération dans les noms et de transposition dans la place de quelques-uns :
GENÈSK 341