‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 22 sur 139 · DÉLUGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

DÉLUGE UNIVERSEL

Chapitre 6, v. 1-7, les fils de Dieu, séduits par la beauté des filles de r homme, s'unissent à elles, et de ces unions résulte une race de géants qui, de tout temps, selon le verset 4, ont été renommés, et qui ne font qu'accroître la méchanceté humaine. Qu'étaient ces fils de Dieu qui s'unirent aux filles de l'homme, et ces géants qui en sont issus? L'auteur de la Genèse nous laisse à cet égard sans renseignements. Si c'est à cette

(1) La version des Septante porte Gaïdad, qui diffère très-notablement d*Irad,

(2) La version des Septante donne, de part et d'autre, le même nom Maïéléel,

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race maudite de géants que fait allusion le prophète Baruch, qui les dit savants dans la gueire (ch. 3, v. 26- 28), il semble que leur habileté dans un art détestable aurait dû les recommander auprès de Celui qui aimera à s'appeler le Dieu des armées. Jéhovah, voyant les hommes se corrompre, se repent de les avoir faits et en ressent de la douleur, v. 6, ce qui en fait un être moins parfaitement heureux qu'on ne pourrait croire. Ces expressions repentir, douleur, colère, vengeance et autres de même genre, que les livres sacrés appliquent si souvent à Dieu, sont tellement choquantes que les théologiens conviennent qu'elles ne peuvent pas être prises à la lettre mais qu elles doivent être entendues figuréraent : c'est, disent-ils, un langage métaphorique, au moyen duquel TEsprit-Saint s'accommode à la faiblesse de l'intelligence humaine. Or, dans la plupart des passages où nous rencontrons les expressions en question, nous voyons, comme dans le cas présent, le Dieu de la Bible agir en conformité avec les sentiments qu'elles expriment selon leur signification propre ; ce ne sont donc pas alors de pures métaphores. Ce mauvais langage, loin de venir en aide à l'intelligence humaine pour comprendre les choses divines, favorise la tendance, déj^ trop naturelle aux esprits peu éclairés, à prêter à Dieu nos passions et nos misères, tendance contre laquelle un instituteur religieux ne saurait donc prendre trop de soin pour les prémunir. L'erreur en ces matières ne demeure pas à l'état simplement spéculatif, mais elle passe dans la vie pratique où elle produit toutes sortes de maux, témoin les persécutions que le fanatisme, lorsqu'il en a le pouvoir, fait essuyer à ceux qui n'adorent pas Dieu à sa façon. Au chapitre !«»•, Jéhovah s'était applaudi de son œuvre ; le voilà maintenant qui se résout à la détruire, uniquement pour la détruire et non pour la réformer, les choses devant continuer d'aller après comme devant. Il noie

les hommes pêle-mêle, aussi bien les enfants que les adultes parmi lesquels seuls pouvaient se trouver les coupables, et quand il lui était facile de trouver un moyen de faire périr seulement les objets de sa colère, il enveloppe dans leur destruction d'innombrables animaux vivant sur la terre et dans les airs, ch. 6 et 7. Nous avons là un digne pendant de la condamnation prononcée déjà contre le genre humain pour la faute du premier homme, et ce rapprochement ne pouvait manquer d'être saisi et mis à profit par les docteurs. Au commencement de ce siècle, un évêque français, justement célèbre pourtant par le libéralisme de sa vie politique, en prenant, contre quelques chrétiens qu'il appelle les nouveaux Pélagiens, la défense de la doctrine de rÉglise, qui condamne ^ux peines de Tenfer les enfants morts sans baptême, invoque l'autorité des saints Pères qui « répètent sans cesse que la charité - n'existe pas hors de l'unité, qu'on ne peut hors de « son sein manger l'agneau pascal, que V arche de Noé « hors de laquelle tout périt, même les enfants, môme « les adultes qui avaient pu ne pas en entendre parler, « est Vemhlêvie de V Église catholique, qu'elle seule, •« épouse de Jésus-Christ, a la prérogative d'enfanter « des élus pour le ciel (1). » La destruction de la race humaine au moyen d'un déluge universel est une voie expéditive d'amendement moral, qui est fort du goût de la passion ignorante; c'est aussi de cette façon que procède l'enfant qui brise avec colère son ouvrage indocile. Mais je ne m'arrêterai pas à si peu de chose. Je ne dirai rien non plus des impossibilités sans nombre de l'immense ménagerie assemblée dans l'arche de Noé ; car il y a des choses trop peu sérieuses pour qu'on

(i) Histoire des sectes religieuses, Nouveaux Pélagiens^ tome II; Paris, 1814| par l'abbé Grégoire, ancien évêque de Blois.

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les discute. Je me bornerai à faire remarquer une contradiction relative aux nombres d*animaux dont se composait cette ménagerie. D'après le chapitre 6, v. 19 et 20, Noé devait faire entrer dans Varche deux animaux seulement de chaque espèce, un mâle et une femelle, sans distinction d*animaux purs ou impurs. D'après le chapitre 7, v. 2 et 3, au contraire, il devait y introduire sept couples des animaux purs avec un couple des animaux impurs (1).

Le prétendu déluge universel, tel que le décrit l'auteur de la Genèse^ est contraire aux plus simples données de la géologie et de la météorologie. Qu'on veuille bien remarquer d'abord qu'il ne s'agit pas ici de ces déluges successifs qui ont plusieurs fois renouvelé la surface de notre globe, ainsi que le proclame la composition de ses diverses couches (2). Ces déluges, qui

(1) Aux versets 19 et 20 du chap. 6, et au verset 2 du chap. 7, les Septante ont mis deux couples au lieu de deux animaux seulement dont l'un m&le et Tautre femelle. Le texte original dit simplement deux. Quel motif ont pu avoir les Septante pour commettre, s'ils l'ont commise sciemment, cette faute de traduction, qui ne faisait d'ailleurs pas disparaître la contradiction existant entre le chapitre 6 et le chapitre 7 ? On ne peut faire à cet égard que des conjectures. Voici celle qui me paraîtrait la plus vraisemblable : au sortir de l'arche, Noé élève un autel sur lequel il immole des holocaustes de tous les animaux purs, ch. 8, v. 20. Or il est manifeste que, s'il n'y avait eu de réservé qu'un couple de ces animaux, et si, à peine échappé à la destruction universelle causée par le déluge, il avait été sacrifié soit en totalité soit môme seulement dans l'un de ses deux individus, le but que s'était proposé Jéhovah, savoir la reproduction de chaque espèce, eût été manqué. Il fallait donc qu'il y eût dans l'arche au moins deux couples de tous les animaux purs et non pas le seul que mentionnent, dans riiébreu, les versets i 9 et 20 du ch. 6» et le verset 2 du ch. 7. Est-ce pour cela que les Septante ont corrigé c'est-à-dire falsifié ces versets? Au chapitre 7, saint Jérôme a reproduit la même faute dans sa traduction latine.

r2) « Les déchirementfi, les redressements, les renversements

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ont eu lieu d^abord avant que la terre nourrit des êtres organisés d'un ordre supérieur, puis avant même que notre espèce existât ou du moins fût répandue sur le globe, remontent évidemment à des époques bien autrement reculées que Tâge assigné par la chronologie de la Bible au déluge de Noé. Que, dans Tétat actuel de la science, on explique bien ou malles causes naturelles de ces cataclysmes, que Ton construise à cet égard des systèmes plus ou moins satisfaisants, cela n'importe nullement à notre question. La science géo-

« (les couches plus anciennes ne laissent pas douter que des causes « subites et iriolentes ne les aient mises en l'état où nous les « voyons ; et même la force des mouvements qu'éprouva la masse « des eaux est encore attestée par les amas de déhris et de cailu loux roulés qui s'interposent en beaucoup d'endroits entre les a couches solides. La vie a donc souvent été troublée sur cette « terre par des événements effroyables. Des êtres vivants sans o nombre ont été victimes de ces catastrophes : les uns, habitants « de la terre sèche, se sont vus engloutis par da déluges; les « autres, qui peuplaient le sein des eaux, ont été mis à sec avec cr le fond des mers subitement relevé. Leurs races mêmes ont fini « pour jamais, et ne laissent dans le monde que quelques débris à « peine reconnalssables pour le naturaliste. » (Cuvier, Recherches, sur les ossements fossiles. Discours sur les révêkUions de la swface du globe^ tome I*% Paris, i834.) On a reproché à Cuvier, avec raison, d'avoir donné trop d'extension à cette théorie des causes subites et violentes qui auraient fréquemment troublé le développement de la vie sur le globe, et d'avoir ainsi attribué à des crises instantanées des effets qui, dans beaucoup de cas, ont été le résultat de mouvements lents du sol et de déplacements séculaires des eaux soit de l'Océan soit des lacs, diversement répandues à sa surface. Je n'ai pas à entrer ici dans cette discussion, mon objet actuel étant uniquement de constater le fait de la multiplicité des déluges, fait avoué aujourd'hui par les géologues de toutes les écoles, quelque besoin que les diverses théories puissent avoir de le restreindre.

La formation des continents actuels s'est effectuée , selon M. Alexandre de Humboldt, peu à peu à travers une longue série de soulèpemaUs et d'affaissements succesûfs. (Cosmos, Paris, 1846.)

logique ne fait que de naître ; mais déjà plusieurs résultats importants sont acquis, et il semble hors de contestation que les déluges qui ont renouvelé plusieurs fois la partie superficielle de notre planète, sont antérieurs à la diffusion et peut-être même à Texistence de l'espèce humaine sur le globe (1). Cuvier soutient qu'on n'a découvert aucune trace de fossiles humains dans les terrains de formation aqueuse, autres que les terrains meubles récents, et qu'on n'en rencontre pas même dans ces grandes alluvions où l'on a voulu voir

(i) Cela ne veat pas dire que Tépoque de la créalion de l'homme, sur laquelle nous n'avons aucune espèce de document vraiment historique, ne date que du nombre d'années, relativement si petit, qui lui est assigné par la chronologie biblique. Sans doute les annales des peuples ne remontent pas, d'une manière certaine, au delà de quelques milliers d'années. Mais rabsçnce même de tout document précis et incontestable sur Thistoire des premiers jours de l'espèce humaine, fait raisonnablement supposer qu'elle a d'ài)ord existé dans un état d'enfance intellectuelle où elle ne pouvait pas même penser à écrire son histoire, et il est très-facile de comprendre que le temps pendant lequel elle est demeurée dans cet état d'ignorance primitive, a pu être beaucoup plus long que celui •depuis lequel elle en est sortie. Les quelques races sauvages qui existent encore aujourd'hui, peuvent nous apprendre avec quelle lenteur l'humanité parvient à se dégager des langes de la barbarie, et comment elle peut même laisser les siècles s'écouler en demeurant immobile. Tout considéré néanmoins, beaucoup de raisons» en première ligne desquelles il faut placer celle qui se tire de Pétat encore si peu avancé de la science et de la moralité de notre espèce, autorisent à croire qu'elle est très-jeune relativement à la haute antiquité du globe terrestre. Lors même que, pour tenir compte des temps écoulés pendant la période absolument ténébreuse de la première enfance de l'humanité, on décuplerait les quatre mille ans au plus auxquels remontent les monuments proprement historiques, on n'arriverait qu'à un chiffre d'une quarantaine de mille ans, ce qui peut paraître fort long quand on le compare à la durée de la vie d'un individu, mais ce qui est peu de chose dans l'histoire du globe, et permet de dire que notre espèce ne date vraiment que d^hier.

des traces du déluge de la Genèse, et qui ont été produites immédiatement avant eelles que nous voyons se former sous nos yeux (1). Or le déluge de la Oenèse aurait détruit les hommes aussi bien que les autres animaux, ch. 7, v. 18-23, et dès lors on devrait rencontrer des ossements humains, sinon dans tous les terrains qui abondent en débris fossiles d'autres animaux, au moins dans les grandes alluvions du dernier cataclysme appelé diluvien, qui a répandu, sur la plus grande partie des continents démantelés, des sables, des argiles et des limons, et sans lequel la terre serait loin de pouvoir suffire à la nourriture de ses habitants actuels. Et ce ne seraient pas seulement les ossements des hommes alors existants que le déluge aurait dû répandre dans les alluvions qu'il a formées, mais encore ceux, en nombre bien autrement considérable, des générations éteintes, qui non encore entièrement décomposés auraient été enfouis dans la pellicule d'humus recouvrant alors les continents. En supposant trois générations d'éteintes par siècle et en faisant remonter à quelques milliers d'années seulement l'existence de l'espèce humaine déjà quelque peu répandue sur la terre, ce serait par centaines de billions qu'il faudrait compter ces ossements, qui auraient dû alors être repris, dispersés et enfouis de nouveau dans les terrains sédimentaires, déposés par le grand cataclysme qui a démantelé la surface de ces continents et leur a donné leur relief actuel. Mais je suppose qu'on vienne un jour

(1) Discours^ etc., pages 210-218 et 406-409. Dans les discussions qui ont eu lieu, au sein de rAcadémie des sciences, en mai iS63, au sujet des silex taillés de mains d'hommes et des ossements humains trouvés dans des dépôts sableux de la vallée de la Somme, près d'Amiens et d'Abbeville, M. Elie de Beaumont, l'un des géologues les plus autorisés, a déclaré qu'il ne croyait pas que ces dépôts appartinssent au diluvium proprement dit, et qu'ainsi il s'en tenait à l'opinion de Cuvier.

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à rencontrer des fossiles humains dans ces alluvions, car je ne prétends pas nier la possibilité que des hommes aient assisté à quelqu'une des grandes catastrophes du globe et y aient péri. Des témoignages qui demandent confirmation et appellent de nouvelles études, ont semblé établir qu'on aurait trouvé des ossements humains, mêlés à des ossements d'animaux dont les races n'existent plus et à des dépôts apportés par le diluvium. Si ces observations, fort contestées, se confirmaient, il s'ensuivrait que l'espèce humaine, sans doute encore peu répandue sur la terre et retenue dans l'état d'enfance où nous voyons, de nos jours, des hordes sauvages, aurait assisté au cataclysme qui a mis fin à la période géologique, immédiatement antérieure à la période actuelle. Il pourrait donc y avoir un fond de vérité dans les traditions confuses de certains peuples, relatives à de grands déluges, qui auraient fait périr des populations entières, traditions si obscures et d'ailleurs si évidemment mélangées de fables absurdes, qu'il est impossible aujourd'hui d*y faire le départ du vrai et du faux et d'en tirer aucune indication précise, aucun renseignement positif. Mais, dans cette supposition même, ma conclusion contre le déluge de Noé n'en subsisterait pas moins, ainsi qu'on va le voir.

Ce déluge couvre à la fois toute la surface de la terre, et dépasse même les plus hautes montagnes de quinze coudées. Remarquons bien quel genre de causes assigne à cette catastrophe l'auteur de la Qenèse. Il ne dit pas, comme des géologues modernes, que des portions de la surface de la terre ont été disloquées, et que les unes se seraient afiaissées et auraient été envahies par la mer, tandis que d'autres, soit en surgissant du sein de la mer, soit en sortant incandescentes du milieu de vastes glaciers qu'elles fondaient, soit en redressant des terrains sur lesquels reposaient de vastes lacs, auraient versé des masses immenses d'eau sur des

continents qui auraient ainsi été ravagés. Ces déplacements partiels de masses d*eau, qui découvrent des terrains pour eu couvrir d'autres, n'eussent pas fait un dé-r luge universel. Il fallait qu'aux eaux déjà amassées sur la surface de la terre vinssent s'ajouter d'autres eaux; et d'où les faire venir, sinon de l'atmosphère? C'est aussi ce que fait l'auteur de la Genèse, en disant formellement que Dieu envoie une pluie de quarante jours et de quarante nuits, ch. 7, v. 4, 11 et 12 (1). Ce sera donc cette pluie extraordinaire qui devra fournir l'eau nécessaire pour former une couche enveloppant la terre et s'élevant encore au-dessus des plus hautes montagnes. Mais, pour que toute cette eau vienne de l'atmosphère qui environne notre planète, il faut qu'elle y existe, qu'elle puisse y exister. Or on va voir que cela est impossible. Des géographes portent à plus de 8,000 mètres la hauteur, à partir du niveau de l'Océan, du pic le plus élevé de la chaîne de l'Himalaya (2). Prenons 8,000 mètres seulement ou 2 lieues métriques. Il faut donc que l'atmosphère nous fournisse une couche de liquide qui ait 2 lieues d'épaisseur à partir du niveau des mers. Voyons si nous l'y trouverons. N'oublions point que, si elle s'y trouve, elle n'y sera pas à rétat liquide, mais qu'elle devra y être dissoute à l'état de vapeur. Les physiciens estiment que l'enveloppe atmosphérique peut s'élever à une quinzaine de lieues; mais ils démontrent que les diverses couches de cette enveloppe ne conservent pas une densité uniforme, et qu'elles vont se raréfiant à mesure que l'on gagne les

(1) Au verset 14, le déluge commence le diX'SepUème jour du second mois de la six-centième année de Noé; les Septante ont mis le vingt' septième jour.

(2) M. Alexandre de Humboldt donne S,556 mètres (Cosmos^ notes, page 436). U Annuaire du bureau des longitudes pour 1864 donne 8,840 mètres.

hautes régions : en sorte que, si Ton ramenait toates ces couches à la densité de celles qui s*appuient sur les mers, elles ne formeraient plus qu'une enveloppe d'environ 2 lieues d'épaisseur. L'air, sous la pression de 76 centimètres du baromètre, celle du niveau des mers, et à la température de zéro du thermomètre centigrade, pèse 770 fois moins que l'eau; l'atmosphère entière, si elle était réduite à l'état liquide et à la même densité que l'eau, ne formerait donc plus autour de la terre qu'une enveloppe d'un peu moins de 10 mètres et 1/2 d'épaisseur. En supposant une atmosphère, toute de vapeur d'eau, substituée à l'atmosphère aérienne, on n'obtiendrait pas même, en la liquéfiant, une couche de 10 mètres d'épaisseur, parce que, à conditions égales de température et de pression, la densité de la vapeur d'eau est moindre que celle de l'air (1). Nous sommes, comme on voit, bien loin de compte. Ai-je besoin d ajouter que la vapeur d'eau, arrivée dan,s les hautes régions, y perd par le refroidissement l'élasticité nécessaire pour s'y maintenir et ne saurait par conséquent s'élever jusqu'aux limites de l'atmosphère actuelle ? Il demeure donc démontré, ainsi que je l'annonçais tout à l'heure, qu'il n'existe pas et qu'il ne peut pas exister dans notre atmosphère une quantité de vapeur suffisante pour fournir la masse d'eau, de 2 lieues d'épaisseur, que l'auteur de la Genèse en fait descendre; Enfin la difficulté que l'on trouve à faire venir cette immense quantité d'eau de là où elle ne pouvait pas être, se représente quand il s'agit de la faire ensuite disparaître et de la loger de nouveau dans l'atmosphère, comme le fait l'historien sacré, qui la vaporise au moyen du vent.

(1) La densité deFair atmosphérique étant prise pour unité, à la température de zéro et sous une pression de 76 centimètres, celle de la vapeur d'eau est 0,6235.

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ch. 8, V. 1 (1). L'abbé Du Clôt, qui trouvait dans rOcéan et ratmosplière assez d*eau pour faire le déluge universel, croyait faire disparaître toute diflSculté par la réponse suivante : «< Nos philosophes mou dernes supposent que c'est la mer qui a formé les << montagnes dans son sein, et qui les a pétries de co- « quillages jusqu'au sommet. Lorsqu'elle faisait cette a opération sur le Mont-Blanc, élevé de 2,450 toises M au-dessus du niveau de la mer, ou sur le Chimbo- M razo, élevé de 3,220, et qui passe pour la plus haute u montagne du monde, n'avait-elle que mille pieds de *« profondeur? N'est-il pas. bien singulier que des cal- ^ culateurs qui trouvent assez d'eau dans la nature u pour fabriquer des montagnes dans son sein, n'en « trouvent plus pour les submerger pendant le déu luge (2)? ** Ces paroles, pleines d'inexactitudes de diverses sortes, décèlent l'ignorance des faits déjà acquis à la science géologique à l'époque où l'auteur écrivait son livre. Les géologues ne font pas produire dans le sein des mers tous les matériaux constitutifs des montagnes, mais seulement ceux qui ont été formés par voie de sédimentation ; ils ne prétendent pas que tous ces matériaux, qui ont été maintes fois dérangés par les dislocations, les exhaussements et les affaissements, se trouvent aujourd'hui dans la place qu'ils occupaient primitivement; ils n'ont donc nul besoin de faire monter le niveau de l'Océan à une hauteur supérieure au sommet du Chimborazo. Il y a dans tout ceci absence complète des notions les plus vulgaires.

Le déluge universel de la Bible est donc une fable puérile, qui peut figurer à côté du déluge des Hindous,

(i) Au verset 4, il est dit que l'arche s'arrêta sur le montArarat le dix-septième '}onT du septième mois; les Septante et la Yulgate la font arrêter le vingt-septième jour.

(2) La Sainte Bible vengée^ tome If, L^on et Paris, 1824.

(les Chaldéens et des Grecs (1), et qui serait bien digne de leur avoir donné naissance, ainsi que certaines gens lui en font un mérite. Il fallait le dire sans hésitation, aujourd'hui que des savants mêmes affectent un respect hypocrite pour des fables aussi manifestement opposées aux premières notions de la science (2).

(1) Sous le règne de Satyavrata, choisi pour septième Henou, sous le nom de Vaivaswata ou enfant du soleil, l'espèce humaine fut détruite par un déluge universel. Satyavrata se sauva dans une arche, accompagné de sept Richis ou saints et de couples de tous les animaux. (Religions de l'antiquité, par Creuzer, traduction de M. Guigniaut, tome I«% Paris, 4825, !'• partie, livre 1*% pages 181-183.]

Du temps du roi Xisuthrus, le genre humain périt dans un déluge. Protégé par Saturne, Xisuthrus fut sauvé dans une arclie avec sa famille et ses amis et des animaux de chaque ^espèco. (Fragmenta Berosi dans la collection de Fabricius, intitulée Bibliotheca grœca, tome XIY, Hambourg, 1754.)

On peut voir, dans le 1*' livre des Métamorphoses d'Ovide, vers 240-415, les détails du déluge de Deucalion. Ce saint homme et sa femme Pyrrha sont seuls jugés dignes de survivre à la ruine du genre humain. Voici le moyen qu'ils emploient pour repeupler la terre : ils se mettent à jeler des pierres derrière eux; celles ôe Deucalion se changent aussitôt en hommes et celles de Pyrrha &i femmes. Si ce procédé de reproduction ne décèle pas, de la part de riuventeur, une grande profondeur de génie, 11 est au moins plus décent que celui auquel l'auteur de la Genèse, ch. 19, v. 3i-36. fait recourir les filles de Lot.

(2) Les respects qu'ils prodiguent à des croyances officielles, qu'on sait leur être au fond plus qu'indifférentes, sont d'ailleurs compromettants pour ces croyances mêmes. Voici la leçon que leur adresse à ce sujet un naturaliste qui a eu le mérite de se soustraire presque complètement à l'influence contagieuse de leur mauvais exemple :

« Aucun des effets attribués au cataclysme des géologues ne « correspond à ceux énoncés dans la relation de Moyse. Ces eflTets « sont principalement l'excavation des vallées, la dénudation et « l'érosion de leurs roches, la dispersion, sur toute la superficie « de la terre, d'un même dépôt diluvien, le renouvellement de la <( plupart des êtres vivants et notamment de presque toutes le?

Le délage avait eu pour but de punir la corruption des hommes, ch. 6, v. 5-7, 12 et 13. Si ce moyen était digne de sa sagesse, Dieu devait se réserver la faculté d'y recourir de nouveau. Or voilà au contraire que, pa-

(( espèces de mammifères de la période tertiaire. Or Moyse a pris « soin d*exposer comment aucune des espèces vivantes au temps « du déluge ne s'est perdue dans cette catastrophe. Il a prévenu « toutes ces suppositions de dénudation et d'enfouissement, en (( racontant avec quelle lenteur les eaux diluviennes se sont « exhaussées et abaissées, laissant sur pied non-seulement les « arbres des forêts mais encore ceux des champs, tels que les oli- « viers (ch. 8, v. 11). Aucune concession delà géologie ni de l'as- « tronomie ne pourrait concilier ce que ces sciences ont de plus « positif avec l'interprétation littérale de plusieurs passages du a récit de Moyse. La doctrine exposée dans le célèbre Discours <c ])rélimmaire de Cuvier, quoique réputée orthodoxe, s'en écarte « sur 'les points les plus importants. Elle suppose l'immersion « prolongée pendant des siècles entiers d'une partie de la superce ficie terrestre et de Témersion exclusive d'une autre partie... Le V déluge est raconté par Moyse comme un fait miraculeux. Âu- A cune loi naturelle connue ne fournit les éléments de cette inon- « dation telle qu'elle est racontée. Elle est donc physiquement « inexplicable, et d'ailleurs vouloir l'expliquer n'est-ce pas nier « le miracle?... Enfin, ce cataclysme, spécialement destiné à punir « et à exterminer tous les individus de l'espèce humaine, hors a une seule famille, a produit une foule de terrains à fossiles, qui « sont principalement caractérisés par Tabsence des ossements hu- « mains. » (Reboul, Géologie de la période quaternaire, ch. 27, Paris, 1833.)

Parmi les géologues qui font effort pour être orthodoxes^ il en est sans douleque nous croyons sincères; mais ceux-là mêmes nous viennent assez naïvement en aide. Par exemple, M. Marcel de Srrres est tellement embarrassé de Yuniversaiité du déluge mosaïque, qu'il s'aventure à combattre sur ce point les affirmations les plus expresses du texte sacré : « La première remarque, dit-il, a que nous ferons à cet égard, tiendra au récit lui-même, qui <c semble ici empreint de cette ej:agération métaphoiique, si coma mune et si familière au langage oriental. En effet, comment « Moyse pouvait-il dire que les eaux s'élevèrent de quinze coudées « au-dessus de toutes les montagnes, lorsque de son temps l'on ne « connaissait guère qu'une petite portion de la terre, et qu'il ne pou-

raissant reconnaître qu*il a pris une fausse mesure, il promet de ne plus envoyer de déluge sur la terre» ch.8, V. 21, et ch. 9, y. 11, et qu*il assigne à cette resolution un motif auquel on se serait encore moins attendu.

• vait pas parler des montagnes qui ne lui éiaieni pas même cou- > nues. » {De la cosmogonie de Moyse^ comparée aux faits géologiqueSy Paris, i838, pages 199 et 200.) Ainsi voilà Fauteur de l.i Genèse ramené aux proportions d'un homme ordinaire, sujet à l'erreur comme les autres mortels, payant tribut non pas seulement dans ses actes privés et purement humains mais dans son rôle môme d'inspiré, aux préjugés et à l'ignorance de son temps, et livré à tous les égarements de l'exagération orientale! Fort bien. Mais alors il ne fallait pas nous le présenter comme le mandataire direct de Dieu, comme envoyé par lui et révélant sa pensée ; il ne fallait pas prétendre, ainsi que le fait M. Marcel de Serres, que raccord le plus parfait règne entre le récit de la Gei^e et les résultats les plus constants de la science actuelle. On peut voir ces assertions, pages 2, 3, 6, 8, 17, 222 et p(»9tiR. Elles sont réèumécs en ces termes à la page 226 : « D'après l'exactitude que nous avons tf reconnue dans le récit de la création, que le législdteur des Hé- « breux nous a laissé, comparé aux faits géologiques les plus A constants, et en considérant cependant combien peu les études « astronomiques étaient avancées de son temps, et que la scîeuce « de la géologie n'existait pas encore, on est porté à conclure que " Moyse n'a pu deviner si juste que par suite d'une révélalion. » {Ibidem.) Quand les défenseurs d'une cause la soutiennent de cette f.içon, la tâche des adversaires se trouve singulièrement abrégée et devient en vérité trop facile.

Parmi les nombreux auteurs qui, dans ces derniers temps, se Font mis ainsi à saluer la tradition biblique en même temps quMI> la reniaient, je citerai particulièrement II. Frédéric Klee. {Le Déluge^ Paris, 1847.) Voici quelques extraits de son livre : « Il »*y a « aucune raison de douter^ comme le font certains scepdquest de In « vérité du récit de la Bible, selon lequel Noé et sa famille ont a échappé aux eaux du déluge dans une espèce de vaisseau nommé 0 l'Arche... D'un autre côté, il ne faut pas perdre de vue à quel tf point, même de nos jours, Thistoire peut être dénaturée par des f embellissements et des changements; il sera par conséquent « évident que nous ne pouvons ajouter foi à ce qui se trouve dans la « Bible de surnaturel et d'inconcevable, mais qu'il faut y faire la « part de la superstition et des mutilations d'un tenifts postérieur, «

à Savoir que la pensée de Vhomme est mauvaise dès sa jeunesse (1). On voit en effet, après le déluge, la (;prruption recommencer de plus belle. Mais, si cette/aisôn 8*ôpposait à ce que Dieu détruisit de nouveau la race humaine, elle devait également s'opposer à ce qu'il la détruisit une première fois, ou, si elle ne s*était pas opposée à ce qu*il la détruisit une première fois, elle ne devait pas s'opposer à ce qu'il la détruisit de nouveau. Dieu dit à Noé que l'apparition de l'arc-en-ciel sera à

(2« partie, ch. 4.) « // n'y a, comme mus le voyons, que la relation « mosaïque qui contienne une exposition exacte et détaillée du di' t lugCy cl elle en est d'autant plus intéressante. On ne peut pas, il « est vrai, décider avec certitude si Noé a prévu cette catastrophe ou « non, et sHl a par cette raison bâti un navire.,. Ceux qui sur- « vécurent au déluge et sur la relation desquels est basée la des- « cription de Tinondatiou générale, n*ont pu indiquer exactement, « nisHl s* est passé sept jours, comme le dit la Bible, avant que « l'inondation atteignît la demeure de Noé, ni si la pluie continuelle « a duré kO jours et 40 nuits, etc. » {Ibidem,) « La narration moc saïque porte que les eaux s'élevèrent de quinze coudées sur les « plus hautes montagnes ; mais ce trait-là nous montre d'une ma- M nière intéressante que Tinondation n*atteignit pas partout la tt même hauteur, ce qm d'ailleurs eût été impossible, > (Ch. 5.) « Non-Sfulement la conformité interne mais encore plusieurs u raisons historiques externes nous autorisent à considérer le récit « que nous a conservé Moyse de la catastrophe qui a bouleversé tt la surface du globe, récit qui s'est borné aux effets diluviens de « cette catastrophe, comme une continuation de la tradition de « l'atlantide chez Platon, et à regarder ces deux récits eomme se « suppléant Vun Vautre, Tous les deux traitent du grand boulever- « semeDt du monde qui est survenu depuis la création de l'homme, a et Moyse mnsi que Platon ont puisé letir connaissance de cette ca- « tastrophe à la même source, savoir dans les relations égyptiennes, » « (Ch. 10.) « Non-seulement Noé et sa famille, que la Bible nomme a de préférence les hommes, mais une grande partie aussi des « autres hommes, probablement même des nations, entières auront « échappé à la mort. » (Ch. 13.)

(1) Ch. 8, V. 21. C*étalt exactement le même motif qui l'avait déterminé à envoyer le déluge, comme on peut le voir au chapitre 6, V. 6-7.

356 SECONDE PAKTIK

raveriir le âfage de rexécution de sa promesse, ch. 9, V. 12-17. Si cela ne signifie pas expressément, cela semble au moins signifier qu'avant le déluge il n'y avait pas d'arc-en-ciel. Or les lois physiques de réfraction et de réflexion de la lumière, desquelles résulte ce phénomène, existaient aussi bien avant qu'après le déluge, et par conséquent Tarc-en-ciel paraissait avant le déluge, comme il aurait continué de paraître après, lors môme que Dieu n'en eût rien dit à Noé. Un phénomène que celui-ci avait vu se produire avant le déluge, ne pouvait donc guère lui être donné comme une garantie contre le retour d'une nouvelle immersion. De quelque façon qu'on s'y prenne, on ne saurait donc trouver un sens raisonnable à ce récit.

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