AVERTISSEMENT
L'empressement avec lequel ont été accueillis des livres aussi sérieux, à une époque où la masse du public ne goûte presque plus que les lectures frivoles et corruptrices, a dépassé toutes mes espérances. Je nç m'étais donc point trompé en pensant que le moment était venu de faire appel aux personnes, heureusement encore nombreuses, qui éprouvent le besoin de croyances religieuses en harmonie avec les exigences de la raison, et qui comprennent que, pour donner accès dans leur esprit à la vérité, il faut commencer par en bannir Terreur : obtenu au milieu des plus vives préoccupations de la politique, un tel succès m'autorise en effet à croire que j'ai répondu à cette universelle attente d'une régénération dont le symptôme le plus manifeste est la décomposition accélérée de l'ancien ordre religieux. Des hommes qui ne voient pas que leurs intérêts sont menacés parla force des choses plus qu'ils ne peuvent l'être par les écrits des philosopheà$, ont poussé des cris d'alarme ; mieux inspirés, ils useraient sans bruit du temps qui leur est laissé pour arriver doucement à leur fin ; mais le calme et la modération liront jamais été les traits distinctifs de leur tempérament, et il est peu probable qu'un surcroît d'intelligence leur arrive dans leurs derniers jours. Quoi qu'il en soit, ils s'évertueront en vain pour me faire oublier ma résolution de traiter toujours avec la gravité qu'elles comportent les plus hautes questions qui puissent occuper l'activité de la pensée^ et pour
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m'amener à me départir de cette dignité de langage dont ils ont perdn la tradition.
Ce qae les ministres protestants ont écrit sur cet ouvrage a été, je leur dois cette jnstice, exempt de paroles injurieuses : ils ont le bon esprit de laisser cette ressoarce à d*autres docteurs. Ils ont dti resta assez à faire de 8*entendre entre eux, ce qui les oblige à un peu de tolérance envers les philosophes , là du moins où ils ne sont pas dominants (I).
Quant aux catholiques, à part les injures jetées en passant et sans discussion aucune, je ne connais d*essai de réfutation que la longue série d'articles publiés par M. Tabbé Guettée (2), et dont voici le thème unique : J^ignore presque entièrement la doctrine à laquelle je m*attaque; ne Fayant pas étudiée suffisamment, je ne comprends pas ce qu'elle enseigne ou je lui attribue ce qu'elle n*enseîgne pas; je pose de faux principes dont les conséquences n'ont aucune valeur, affectées qu'elles sont du vice de leur origine , ou bien, s'il m*arrive de poser des principes vrais, j'en tire de fausses conséquences ; enfin, n'ajant à choisir qu'entre l'ignorance et la mauvaise foi, je ne puis que tromper le lecteur inattentif par mes paralogismes et l'éblouir par Téta-
(1) Voir, dans les numéros des 15 septembre iSSI eH5 férrier 1862 de la Rewe Chrétieuaer la critique de M. le pasteur Dumur et marépoa8e,et,daQslesnuniéro8desl«',8,22et29mars et 21 juin 1862 du journal le itea, la critique de M. le pasteur Etienne Coquerel et mes réponses.
(2) Dans I^Vnùm Chrétienne, du 26 février 1860 au 13 avril 1862.
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lâge d'une érudition facile. Tout cela est débité par M. Tabbé Guettée avec un accent si plein de satisfaction, que j'ai cru devoir chercher à lui inspirer un toutpetijt peu de modestie (1). J'ai échoué au delà de toute attente : non-seulement il n'a pas baissé le ton de ses chants de victoire, mais il a fait monter sa voix à l'aigu, et ses succès ont pris des proportions gigantesques.
La congrégation de V Index, par décret du 27 avril 1860, a condamné le présent ouvrage. Les liauts dignitaires, composant cette congrégation, prennent sans doute au sérieux le rôle qu'ils s'attribuent là. Et cependant que peut-on imaginer de moins sérieux, aujourd'hui que personne n'oserait contester le droit d'être ou de n'être pas de telle ou telle religion et de dire pourquoi on Test ou on ne Test pas ? Qu'ils fassent des livres pour combattre les doctrines opposées aux leurs, rien de mieux. Qu'ils jugent même et condamnent les écrivains qui, tenant à demeurer dans leur communion et reconnaissant leur autorité, touchent d'une main sacrilège à l'enseignement orthodoxe de leur église, cela se conçoit encore. Mais qu'ils prétendent avoir le droit de juger, comme étant sourais à leur juridiction, un auteur qui a déclaré n'être pas chrétien et par conséquent être étranger à leur
(,i; Voir les Irois lettres que je lui ai adressées et qui sont insérées dans ses numéros des il novembre 4860, 20 octobre 1861 et 23 février 1862.
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société religieuse, qu'ils prononcent solennellement contre lui une condamnation et la notifient dans tout le monde catholique, c'est en vérité une des choses les plus surprenantes de notre époque. Si un tribunal français ou russe se mettait à connaître d'un délit commis à Rome ou à Pékin, ou si un synode protestant, siégeant à Londres ou à Berlin s'arrogeait la mission de juger et condamner les croyances de sectateurs des religions de Bouddha ou de Mahomet, ou encore s'il prenait fantaisie à des philosophes déistes de s'ériger en tribunal souverain et de prononcer une sentence de condamnation contre la congrégation de V Index, sentence qu'ils enverraient dans tout le monde chrétien, il n'y aurait qu'une vo^ pour flétrir de tels actes, et les membres de ladite congrégation en particulier n'auraient pas assez de railleries pour en faire justice. C'est assez dire quelles sortes de pensées et de sentiments ils éveillent imprudemment par les impuissantes condamnations qu'ils fulminent. Je sais bien qu'ils prétendent être des juges d'une nature toute spéciale, ayant reçu du ciel de pleins pouvoirs pour décider sans appel sur la vérité religieuse ; mais c'est une prétention dont j'ai démontré la parfaite vanité et qu'ils doivent renoncer à mettre désormais en crédit.
EXAMETJ CRITIQUE