‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 72 sur 139 · GREC. VULGATE · texte numérisé non relu

GREC. VULGATE

Israël. Ruben.

Sarasadaï. Siméon.

Salamiel Salathiel.

Nathanaël Nathanias.

Éliab. Ënan.

Chelcias Melchias.

Achitob.

Raphaïm .

Gidéon.

Jamnor.

Élitt . Élaï.

Elcia.

(^i ) La sainle BUfU, préface du livre de JudUk, tome I", Paris , T. II. 9.

Oziel Ozias.

Joseph. . . • . . . Joseph.

Ox Idox.

Mérari Mérari.

Judith Judith.

Les seuls noms de* Joseph^ Mérari et Judith concordent entièrement dans ces deux généalogies. Ceux de Salamiel, Nathanaël, Chelcias, Éliu, Oziel et Ox d'une part, et ceux de Salathiel, Nathanias, Melchias» Éiâî, Ozias et Idox d'une autre part, peuvent être considérés, malgré leurs différences respectives, comme désignant les mêmes personnages. Mais, dans ce cas, restent ces difficultés : Salamiel est fils de Sarasadal, tandis que Salathiel est fils de Siméon ; Nathanaël a pour fils Éliab, tandis que Natbanias a pour fils Ënan : Chelcias est fils d'Ëliab et père d*Éliu, tandis qae Melchias est fils d'Énan et père d'Achitob; Éliu, fils i- \ Chelcias, est père d'Elcia, tandis qu'Élaï est fils c-. Jamnor et père d'Ozias; Oziel est fils d'Elcia, tandL' qu'Ozias est fils d'Élaï. Enfin Israël, SarasadaY, Éliâ' et Elcia de la version grecque n'ont point de correspondants dans la version latine, et Ruben, Siméoi. Énan, Achitob, Raphaïm, Gidéon et Jamnor de version latine n'ont point de correspondants dans h version grecque. Autres embarras. Le Siméon de 1. généalogie de la Vulgate est bien celui des fils *î Jacob, qui est appelé de ce nom, puisque Judith, ch. V» V. 2 et 3, parlant de son ancêtre Siméon, fait allosic au massacre des Hévéens, raconté auch. 34 de la Gt 7ièse. Or, parmi les descendants de Siméon, désignés ^ Y. 10, du ch. 46 de ce même livre de la Genèse, on r voit figurer aucun des noms qui composent la génèilogie de Judith. On a le droit de s'étonner aussi de t'as voir figurer dans la généalogie de la version grec-

^ le nom de Siméon, que, dans cette même version

ch. 9, V. 2, Judith invoque également comme étant celui d'un de ses ancêtres.

L'histoire àHisther, que Racine a su rendre si touchante, se termine, dans la Bible, par les plus atroces vengeances. Les Juifs égorgent dans Suze et les provinces de l'empire 75,810 de leurs ennemis (1), et la douce Esther elle-même, conseillée par son saint oncle Mardochée, prie le roi de permettre ces massacres, ch. 8, V. 8-13, et ch. 9, v. 12-16 (2). Un écrivain Israélite, M. Salvador, qui a fait de grands efforts pour justifier ses ancêtres d'être venus non-seulement déposséder, mais exterminer les peuples inoffensifs de Chanaan, avoue cette fois que la justice est souillée par la venf/eance (3j. Le ch. 2, v. 12-14, contient des détails d'intérieur de sérail, qui n'ont rien de bien édifiant, et qui du reste ne font point disparate avec les festins interminables et la délibération destinée à maintenir l'autorité de maris qui ont bu d'abord pendant cent c[uatre-vingts jours puis encore pendant sept jours, festins gigantesques et délibération bouffonne que décrit le premier chapitre, v. 3-22. Le ch. 3, v. 12-15, présente une invraisemblance des plus hardies. Aman, ^•oulant exterminer tous les Juifs, les avertit onze mois <: J'avance (4) par un édit qu'il fait publier dans Suze,

(1) 15,810 seulement dans le grec.

(2) Dans la tragédie de Racine, Assuérus seul prend sur lui l'4:> dieux de cette pensée sanguinaire :

M Je leur livre le sang de tous leurs ennemis. > (Acte 3, scène 7.) (3) hiêtilutions de Moyse, V partie, livre 6, ch. 3, tome II, Paris,

<^4) Racine a réduit ce délai à 10 jours.

leiir donnant ainsi largement le temps de concerter les moyens de faire avorter son dessein. On imagine quel émoi et quels troubles causeraient dans une nation de pareils ordres publiés presque un an d'avance, et com- . bien le fait même de cette publication en rendrait Texécution difficile, pour ne pas dire impossible. Si Charles IX eût fait placarder dans les rues de Paris, je ne dirai pas dès Tannée 1571 , mais seulement dix jours d'avance, Tordre de massacrer, dans la nuit du 24 août 1572, les protestants de France, il n'eût pas été seulement un roi abominable, mais il eût été le plus imbécile de tons les princes, et Tbistoire n'aurait pas eu à transmettre à la postérité le souvenir d'un des plus grands forfaits, ou aurait eu à lui apprendre que la tentative du massacre avait été plus funeste à ses auteurs qu'à ses victimes. Mais les assassins ne sont pas assez braves pour prévenir les gens que tel jour ils se présenteront chez eux pour les égorger; car ils savent bien que les hommes de cœur ne les attendraient pas pour leur tendre paisiblement la gorge, mais qu'ils profiteraient de Tavertissement pour or^niser leurs moyens de défense et faire au moins payer chèrement leur vie et celle des leurs. Au ch. 8, v. 9-14, les Juifs triomphants imiter, la sottise ainsi que la cruauté d'Aman, en publiant près de neuf mois d'avance Tordre d'exterminer leurs ennemis.

Il n'est pas inutile de noter que le livre à'J^siher, qui est inscrit par les chrétiens comme par les juifs au nombre des livres sacrés, ne contient pas une seule fois le nom de Dieu.

A quelle époque le livre de Job a-t-il été écrit et quel en est Tauteur? Job a-t-il réellement existé ou est-ce

un simple mythe (1)? S'il a existé, où vivait-il et dans quel temps? Le début du livre le fait vivre dans la terre de Hus; mais où était située cette terre de Hus? Ce sont là autant de questions sur lesquelles les plus forts interprètes s'avouent très-peu renseignés. Dans la version grecque, après le dernier chapitre, vient une sorte d'épilogue qu'on ne trouve pas dans l'hébreu, et où il est dit, â^apris un livre syriaque^ que Job s'appelait aussi Jobab et demeurait sur les confins de l'Idumée et de l'Arabie, qu'il fut roi d'Édom, eut pour père Zaré et pour mère Bosorra, et fut le cinquième descendant d'Abraham. Ce serait alors le même Jobab dont il est parlé au ch. 36, v. 33, de la Genèse^ et au ch. 1®', v. 44, du \^^ livre des Paralipomènes, qui eut pour mère Bosra et pour père Zara, petit-fils d'EsaU.

Le livre de Job a causé de grandes fatigues à saint Jérôme, comme on peut en juger par la Préface de sa traduction. Il déclare qu'il n'a entrepris ce travail que pour mieux faire ressortir le$ obscurités^ les omissions et les altérations des divers exemplaires de l'ancienne version dont se servait alors l'Église latine, et qu'il a rétabli près de sept à huit cents tersets dans un texte qu'il a trouvé honteusement écourté, lacéré et rongé; il avoue d'ailleurs que, dans l'hébreu même auquel il s'est reporté, le sens du livre est énigraatique et fugitif, et il le compare très-ingénieusement à une anguille qui vous échappe des mains d'autant plus vite que vous la serrez davantage (2). Évidemment le docte traducteur,

(1) Son nom , signifiant en liébreu accablé de maux , a été fait évidemment pour le besoin de la légende même, et donne lieu de nouveau à l'observation que j'ai consignée déjà dans la note de la page 91 , au sujet dû nom de Nabal. Job étant né dans Topulence, ses parents n'avaient pu, lors de sa naissance, prévoir les douloureuses épreuves auxquelles il serait soumis un jour, ni par conséquent lui donner un nom exprimant: ce fait.

(2) Prœfatio in Job, tome !•% Paris, t693.

tout en croyant avoir débrouillé ce chaos, ne pouvait prétendre à rinfaillibilité ; il est donc difficile de se défendre d'un sentiment de stupéfaction, quand on rapproche ces aveux des anathèmes lancés par l'autorité ecclésiastique contre ceux qui se permettraient de douter de la parfaite intégrité et du caractère divin des textes bibliques.

Je ne m'arrête pas à cet étrange colloque, établi sur un ton familier entre Dieu et Satan , qui assiste aux conseils de la cour céleste, ch. P*", v. 6-12, et ch. 2, V. 1-7. J*ai déjà eu à noter ce fait à propos d*un incident de môme genre, relatif à une délibération ayant pour objet de tromper le roi Achab (1).

Le poëme de Job, qui contient assurément de fort belles choses en temps que poème, n'est au fond qu'une dissertation très-vide sur les épreuves de la vie humaine et Texercice de la justice divine en ce monde. Six interlocuteurs y prennent successivement part, et aucun d'eux ne pense à la trancher nettement par h survivance du principe immatériel, réservé après la mort pour un nouvel ordre de choses. Un instant Job semble entrevoir cette solution; mais en mèm'^ temps il émet plus que des doutes sur l'immortalité d»' l'âme. Dans les deux premiers chapitres, il montre d abord une parfaite résignation à la volonté de Dieu, qui l'a dépouillé de tous ses biens, privé de ses dix enfant^ et couvert d'un affreux ulcère : c'est là ce qu'il y a de plus beau et de plus moral dans tout le livre . On ne saurait assurément trop admirer ces paroles du v. 21 du ch. 1®^ : « Nu je suis sorti du sein de ma mère. «* et nu j'y retournerai. Jéhovah a^ait donné, et Jéhoa vah a ôté ; que le nom de Jéhovah soit béni (2). * Mais, dès le ch. 3, Job perd patience, maudit le jour

(1) Au S 6 du ch. 8.

(2) i.es traducteurs grec et latin ont affaibli ce verset d'une sim-

de sa naissanc6| et fait cette question, si familière à ceux qui nient la Providence : « Pourquoi la lumière «* a-t-elle été donnée aux malheureux et la vie à ceux u dont l'àme est remplie d'amertume? >» v. 20. Des amis qui étaient venus pour le consoler, lui reprochent avec autant de maladresse que de dureté son impatience et sa trop grande confiance en sa sainteté ; ils veulent lui prouver que l'homme souffre seulement pour ses péchés, et que la justice divine obtient ici-bas son plein et entier effet. Job entreprend de démontrer son innocence. Chemin faisant, il pose, dans lesv. 10 et 14 du ch. 14, ces étranges questions : « Lorsque «« l'homme est mort, où est-il ?» « Après la mort est-ce « que l'homme vivra (1)? »» Ceux qui nient la persistance de la personnalité humaine après cette vie, ne s'expriment pas autrement. Tout en faisant ces questions sceptiques,- Job dit, au v. 12 du même chapitre, que l'homme ne ressuscitera pas anant que les deux ne soient détncits (2). Des objections et des répliques, aussi incohérentes les unes que les autres, s'échangent

plicité sublime , en y ajoutant un commentaire qui n'est point dans l'original.

(1) Dans le texte grec , Job ne fait pas ces questions. Au verset 40, il semble déclarer positivement que F homme, une fois mort, liest plus. Mais, au verset 14, il dit expressément le contraire.

(2) Si l'on ne consulte que la version latine de saint Jérôme, Job semblera se contredire encore plus formellement dans les versets 25-27 du chapitre 19. Les théologiens invoquent ces versets en faveur de leur dogme de la résurrection corporelle. J'ai montré, dans le chapitre 8 de la 1'''^ partie de cet ouvrage, Tinanité de cette résurrection charnelle, et j'ai fait remarquer en même temps (4* note de la page 247 du tome I*') que c'était seulement dans la traduction latine de saint Jérôme et dans les traductions modernes faites sur la Yulgate, que le langage attribué à Job était si net et si exprès et qu'il s'en fallait de beaucoup qu'il en fût ainsi dans le texte hébraïque.

longuement entre Job et ses amis Ëliphaz, Baldad et Sophar, et sans que la question débattue fasse un seal pas, lorsque, au ch. 32, survient un nouvel interlocuteur, El lu, qui n^avait pas été annoncé d*abord, et qui trouve que tous les autres divaguent (1). On souscrit avec empressement à ce jugement, et Ton espère que le nouveau venu va poser plus simplement les termes de h question et mettre d*accord nos discoureurs. Désappointement complet. Éliu divague autant et plas encore que les autres ; il prend contre Job et fort inutilement la défense de Dieu, sans donner aucune bonne raison, afférente à la discussion. Enfin Jéhovah lui-même \2\ vient, au ch. 38, se mêler à cette dispute qui semble ne devoir pas finir. On s^attend naturellement à ce qu il éclaircisse la question et surtout à ce qu*il la résolve. Il n*en est rien. Il passe en revue les œuvres de sa puissance dans deux beaux chapitres (38 et 39), que j*admire et que je goûte autant que personne, si Ton me les donne simplement pour ce qu'ils sont, c'est-àdire pour de précieux monuments de la poésie hébraï-

(i) Les chapitres 32-37, qui contiennent les discours d'Éliu.ODt paru une interpolation. Telle est en particulier l'opinion de 11. Renan (Le livre de Job , Paris, i859) : elle se fonde sur ce que ce personnage n'avait pas été mentionné au verset il du chapitre i, annonçant la visite des amis de Job, sur ce que Jéhovah, prenut la parole au chapitre 38, répond à Job comme si personne n*avui parlé depuis ce dernier, et enfin sur ce que, au chapitre 42, ks reproches de Jéhovah ne s'adressent qu'à Ëliphaz, Baldad et Sophar.

(2) On a remarqué que le nom sacré Jéhovah figurait dans les deux premiers chapitres qui servent de prologue à rentretien de Job avec ses amis, et reparaissait après la clôture de cet entretien, dans les derniers chapitres 38-42, où Dieu intervient en personne, mais que, dans la partie principale du poème, c'est-à-dîre dans les chapitres intermédiaires 3-37, excepté seulement le verset 9 du chapitre 12 , Dieu était toujours désigné par d'autres qualifications. On a cru voir dans ce fait une présomption que le Hvr6 était l'œuvre de plusieurs mains.

que, et il défie le pauvre Job, qui se débat sur son tas de cendre (1), d'oser se comparer à lui. Celui-ci se garde bien d'accepter le défi. Il ne sait toujours pas, car personne ne le lui a encore dit clairement, pourquoi le juste soufire en ce monde. Cette connaissance lui serait assez utile dans la situation où il est réduit; mais il prend le parti de s'en passer. Il s'avoue vaincu et fait pénitence, ch. 42 et dernier. Alors Jéhovah lui rend le double de ses biens, ce qui en définitive semble résoudre affirmativement et dans le sens immoral des amis de Job cette question qui vient d'être si longuement débattue : Toute justice $' accomplit-elle sur la (erre? Ses parents et ses connaissances, qui tout à l'heure le délaissaient, apprenant qu'il est redevenu opulent, accourent eu foule le visiter ; maintenant qu'il n'a plus besoin de rien, chacun s'empresse de lui faire des présents. Parmi ces présents il en est un qui mérite d'être mentionné : chaque visiteur lui apportait un anneau d'or^ un seul, v. 11 (2). Job eut de nouveau dix enfants, sept fils et trois filles qui furent les plus

(1) Le verset 8 du chapitre 2 avait fait asseoir Job sur la cendre. Les traducteurs ^rec et latin le font asseoir sur un fumier; de plus, on voit que, dans la version grecque, ce fumier est placé hors de la ville ^ circonstance dont les textes hébraïque et latin ne disent rien.

(2) Le mot hébreu signifie un anneau que les femmes suspendaient à leur nez ou à une oreille. Saint Jérôme en fait une boucle d'oreille. Dans ce cas, il faut croire que chaque visiteur s'entendait avec son voisin pour faire la paire. Au chapitre 24, v. 22 et 47f de la Genèse^ le serviteur d'Abraham donne aussi à Rebecca vn seul anneau; mais cette fois saint Jérôme avait mis des boucles d'oreilles, imitant ce pluriel inexact de la traduction grecque. Dans la Vulgate, chaque boucle d'oreille, ofierle à Job, est accompagnée d'une brebis dont l'hébreu ne dit rien. Dans le jzreCf il y ^ aussi une petite brebis, mais point de boucles d'opcillé.

belles femmes de tout le pays, et il posséda 14,000 brebis, 6,000 chameaux, 1,000 paires de bœufs et 1,000 ànesses, v. 13, 13 et 15. On sait que la Bible aime le^ nombres ronds.

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