‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 73 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PSAUMES, PROVERBES, ECCLÉSIASTE, CANTIQUE DES CANTIQUES, SAGESSE ET ECCLÉSIASTIQUE

J5 1er; — PSAUMES ET PROVERBES

La collection de^ Psaumes ne constitue ni un livre de doctrine ni un livre historique ; je n'ai donc point à m'y arrêter longuement. C'est un recueil de chants qui n'ont aucune liaison entre eux. Les idées juives en font tous les frais et y sont ressassées sans fin. Dans les psaumes 30, v. 10; 88, v. 11-13; et 115, v. 17 [psaumes 29, 87 et 113], l'auteur s'exprime comme un homme qui n'a aucune idée de l'immortalité de l'âme : cela est du reste conséquent au point de vue de la doctrine morale de Moyse, mais un peu en désaccord avec le verset 10 du psaume 16 [15]. Au-verset 6 du psaume 79 [78], Jéhovah est prié de répandre sa colère sur les tations qui ne le connaissent pas , On lit la même prière ît exprimée dans les mêmes termes au chapitre 10,

V. 25, de Jérémie. Nous la retrouverons bientôt auliTre de YEcclisiasiique, Dans les versets 6-15 da psaume 109 [108], l'auteur souhaite toutes sortes de calamités^ ceux qui disent du mal de lui, ainsi qu*à leurs femmes et a leurs enfants. Le verset 9 du psaume 137 [136] proclama heureux celui qui, prenant les petits enfants de ses ennemis, les écrase contre la pierre, Isaïe, ch. 13, v. U». reproduit cette image, en y joignant celles du riol des femmes et du pillage des maisons ; s'il ne s* extasie pti 'Sur le bonheur que procurent de pareils actes, il es: aisé de voir qu'il les apprécie également. Sentez-vons, lecteur, l'indicible plaisir que l'on doit éprouver en arrachant des bras de leurs mères et en écrasant contre la pierre de pauvres petits êtres innocents? Il n*y a que les auteurs des livres réputés divins pour découvrir de pareilles jouissances et les recommander à leurs adeptes. J'ai eu souvent occasion de faire remarquer Tépaissé cataracte que les préventions religieuses faisaient naitiv sur les yeux de l'intelligence. En voilà une nouvelle preuve. Il est assurément une infinité de juifs et de chrétiens, incapables de pratiquer une telle morale, et qui la repousseraient avec indignation s'ils la rencontraient ailleurs que dans leurs saintes écritures. El bien ! parce qu'ils la lisent dans un livre qu'ils croient inspiré, non-seulement ils n'en éprouvent aucun sentiment de dégoût, mais ils la reçoivent comme parole même de Dieu, s'en édifient et la chantent dans leurs cantiques!

Il ne faut guère chercher dans les psaumes d'antre mérite que celui qui s'attache à des poésies antiques, intéressantes seulement sous le rapport de l'art. On y trouve de grandes images, de belles pensées, surnageant au milieu d'un océan d'idées incohérentes. S*il est vrai que le délire de l'imagination et le désordre de l'expression soient les caractères de la poésie lyrique , les psaumes sont excessivement lyriques. Il faut dire au^i

que les défauts que je viens de signaler, j'entends les défauts de la forme, sont moins sensibles et moins choquants dans le texte original que dans les traductions grecque et latine. Le génie de ces deux langues étant très-différent, de celui de Thébreu, elles se refusent souvent à rendre des pensées et des tours poétiques, qui n'étaient intelligibles que dans leur idiome naturel, et elles se contentent alors d'assemblei* ou plutôt d'entasser pêle-mêle des mots qui ne présentent 'aucun sens saisissable.

Quoique portant le nom du roi David, les 150 psaumes ne peuvent évidemment pas lui être tous attribués. Par exemple, le psaume 137 [136] dont les six premiers versets sont trèsrbeaux et qui se termine si vilainement par le trait du v. 9, que j'ai cité tout à l'heure, ce psaume, dis-je, est mis dans la bouche des Juifs captifs à Babylone. Il en est plusieurs qui, par les artifices de leur composition, s'éloignent des caractères de la simplicité antique et décèlent une rédaction postérieure à la captivité : de ce nombre est particulièrement le long psaume 119 [118] ; il se compose de 176 versets, partagés en 22 sections d'après le nombre des 22 caractères de l'alphabet hébraïque, et le premier mot de chacune de ces sections commence par une des lettres hiébraïques et dans Tordre même de l'alphabet.

Le livre des Proverbes, dont le roi Salomon passe )Our être l'auteur, est un recueil confus de comparaions et de maximes dont les unes sont irréprochables e tous points, et d'autres, en trop grand nombre, sont lêlées de bien et de mal, d'idées avouées par la raison t d*idées tout à fait juives. Je citerai d'abord quelques- 2ies des premières.

Le chapitre 16, v. 32, met rhomme qui sait se jmcre lui-même bien au-dessus de celui qui prend (k»

villes.

Le chapitre 17, v. 1®"^, préfère un morceau de pain sec, mangé en paix, aux festins d*une maison pleine ^îe querelles.

Le chapitre 20, v. 10, déclare abominable le fait d*aYoir deux poids et deux mesures.

Le même chapitre, v. 22, et le chapitre 24, t. 2iJ. défendent de rendre le mal pour le mal. On Terra pb loin (1) Jésus renouveler cette.défense en Texagérant

Le chapitre 26, v. 14, compare le paresseux quisf tburne dans son lit à une porte qui roule sur ses gonds.

Le chapitre 27, v. 6, préfère les blessures de la fàr de celui qui nous aime aux baisers de celui qui nou^ hait.

Au cliapitre 30, v. 8 et 9, Âgur, fils de Jaké, pne Dieu de ne lui donner ni la richesse ni l'indigence: icraint que Topulence, venant à le corrompre, ne le fas.^ renier Dieu, et que la misère ne le pousse à voler et â blasphémer.

Tout cela mérite d'être loué sans réserve. Il n'en e?! pas de même de ce qui suit. ^

Le chapitre 3, v. 7 et 8, le chapitre 9, v. 10 et 11 et le chapitre 10, v. 27, recommandent la crainte d< Dieu, et j)romettent la santé et de longs jours à ceux qui éprouveront ce sentiment. Assurément il est salotaire de redouter les châtiments que la justice diviuréserve aux mauvaises actions. Mais d*abord ce ne d^ pas être en vue d'obtenir des avantages temporels, li second lieu, comme la justice divine Récompense k bien aussi nécessairement qu'elle punit le mal, elle do/ être pour nous un sujet d'espérance en même temp qu*un sujet de crainte. Il ne faudrait donc pas se borner

1) 2« section, ch. 2, § 4.

PSAUMES, PHOVERBES, ETC. 167

à recommander de craindre Dieu ; car la crainte seule ne peut lui donner pour adorateurs que des esclaves : il faudrait encore et surtout inspirer Tamour de Dieu et recommander la confiance en son infinie bonté. Or c'est ce dont ne se met pas en peine l'auteur des Proverbes; car il veut une crainte qui ne saurait rien avoir de méritoire, une crainte semblable à celle qu'inspirent à leurs plus vils serviteurs les puissances de ce monde. Qu'on en juge par cette recommandation du chapitre 24, v. 21 : «« Mon fils , crains Jéhovah et le roi. » Dieu se trouve ainsi placé sur la même ligne que le roi (1). Au chapitre 28, v. 14, on lit ces mots : « Heu- M reux l'homme qui tremble perpétuellement (2). *• Cette apologie de la peur est conséquente avec toutes les recommandations que l'on vient d'entendre. Mais on ne saurait trop s'étonner de la rencontrer dans le même chapitre où il est dit, v. P^, que le méchant fuit sans que personne le poursuive , et que le juste au contraire est semblable au lion qui a le sentiment de

(1) Dans le grec, v. 21 et 22, le rapprochemeut est encore plus étroit et Fassimilation plus intime. Dieu et le roi y agissent de concert , et peu s'en faut qu'on ne les identifie. Dans la première Épftre de Pierre, ch. 2, v. 17, Dieu et le roi sont aussi placés sur la même ligne : « Craignez Dieu, honorez le roi. » Mais ici le roi est mieux traité que Dieu , car il vaut mieux être honoré que d'être craint. On sait du reste quelle insistance les livres sacrés mettent à recommander la crainte de Dieu. Je pourrais en citer cent autres exemples. Je rappellerai seulement ici cette sentence, que les chrétiens répètent si souvent, du verset 10 du psaume 111 [110] , La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse, sentence reproduite au chapitre 9, v. 10, des Proverbes^ et au chapitre l*^ V. 16, de Y Ecclésiastique,

(2) Voilà une maxime qui doit être en grande vénér ation chez les disciples, d'ailleurs si respectables à beaucoup d'égards , de Georges Fox. Notons ici un curieux exemple d'amendement des textes. Un savant israélite traduit ainsi ces mots : « Heureux l'homme qui craint toujours de mal faire. » {Proverbes de Salomon^ traduction philologique par M.Franck, Paris, 1855.)

sa force. Voilà de magnifiques images. Mais, pour les coucilier avec le v. 14, il faudrait conclure que, dans la pensée de Tauteur sacré, c'est Timpie et non le juste qui est heureux. Assurément ce n'est pas là ce qa il veut dire , mais il ne tient pas à lui qu on ne le croie.

Le chapitre 3, v. 9 et 10, prescrit d'honorer Jéhovah des prémices de tous les produits, et promet en échange des greniers pleins de fruits et des pressoirs regorgeant de vin. C'est un abrégé du système religieoi et moral établi par Moyse et sur lequel je me sois étendu ailleurs (1).

Au chapitre 7, v. 5-23, Salomon, traçant le portrait d'une femme impudique, semble prendre plaisir à accumuler les détails. Considéré uniquement comme œuvre d'art, ce portrait est admirablement tracé, et l'on voit que le peintre avait profondément étudié sou sujet. Mais il s'agit bien de se montrer artiste dans m recueil de préceptes moraux! De pareils peintures» quelque ressemblantes qu'elles soient et précisément parce qu'elles sont très-ressemblantes, sont fort dépkcées en pareil lieu. L'expérience dit qu'il est fort imprudent de souiller l'esprit d'images impures sous prétexte d'inspirer l'amour du bien, et qu'en prétendan: mener à la vertu par cette voie, on mène souvent à ar but tout opposé.

Le chapitre 13, v. 24, le chapitre'23, v. 13 et 14. et le chapitre 29, v. 15, recommandent aux pères dtémoigner leur tendresse à leurs fils et de leur inspirer la sagesse à coups de fouets. C'est un système d'éducation et de perfectionnement moral que l'on conunenc^ heureusement à abandonner comme amoindrissant e: compromettant l'autorité paternelle au lieu de la fortifier et de la faire aimer. On peut se montrer justemeir sévère dans l'éducation des enfants, on peut même

(1) Voir plus haut,cli. IV, J 4 cl ch. V, J o.

dans quelques cas exceptionnels et qu'il faut chercher à rendre le plus rares possible, employer la force et la correction physique pour contraindre à une obéissance nécessaire et que le langage de la raison, d'abord employé et complètement méconnu, n'a pu obtenir. Mais tout cela doit se faire sans qu'on se livre à des actes de brutale colère, et loin qu'un sage doive exciter à de pareils actes, qui échappent déjà trop souvent à l'impatience humaine, il doit au contraire conseiller à un. père de veiller sans cesse sur lui-même afin de les empêcher de naître ; car, indépendamment de ce qu'il y a en soi de déraisonnable à user de la supériorité de la force pour faire souffrir le faible, le résultat en est détestable au point de vue de l'éducation des enfants. Les traiter durement, c'est faire naître en eux le ressentiment et la haine ou au moins favoriser les dispositions qu'ils pouvaient y avoir déjà, c'est leur donner des leçons de colère et de dureté qu'ils ne manqueront pas d'appliquer à leur tour lorsqu'ils seront forts; ils n'attendront même pas toujours qu'ils soient devenus grands pour opprimer plus faibles qu'eux. C'est ainsi que commencent et s'entretiennent dans notre espèce ces habitudes de grossièreté et de rudesse de mœurs, étrangères aux êtres inférieurs de la création et dont Iç seul être doué de raison s'est fait un honteux privilège. Au chapitre 26, V. 3, l'auteur recommande également de fouetter les sots. Mais dès le chapitre suivant, v. 22, il se charge lui-même de nous apprendre que son procédé est au moins inutile, en nous faisant observer trèsjustement que, quand on pilerait un sot dans un mortier, on ne lui ôterait pas sa sottise.

Le chapitre 23, v. 1-3, nous apprend comment on doit se comporter à la table des grands : « Considère •4. attentivement ce qui est devant toi, mets un couteau M dans ton gosier si tu es maître de ton âme, ne désire «* pas de ses mets délicats, car c'est un pain de men- T. n. io

« songé (1). » Le lecteur se représente- t-il bien latiguiv que ferait un convive étudiant tous les mets et obsenant le jeûne le plus sévèreî II n*est que trop vrai que l'un mange souvent à la table des princes un pain de men* songe ; mais je voudrais qu'après avoir fait cette sage obsers^ation, on se bornât à conseiller de ne point rechercher la fréquentation des grands. Quant à ceh: qui a consenti à aller les trouver et qui, actuellement assis à leur table, est invité à faire ce que Ton fait à table, le moment serait mal choisi pour se livrer à de pareilles réflexions; et en supposant même qu'il pri* bien son temps, tout au plus serait-il autorisé à se le\er (le table et à se retirer. Mais rester là dans la postar? la plus étrange ! J'aurais bien voulu voir comment k roi Salomon, qu'on nous donne pour Tauteur de semblables règles, eût traité celui qui les eût appliqaée> à sa table.

Le chapitre 24, v. 17 et 18, défend de se réjouir»* mal d'un ennemi, de peur que Dieu ne détourne de /« sa colère. Le chapitre 25, v. 21 et 22, prescrit de bie traiter son ennemi y pour amasser des charbons ardei^'s sur sa tête. (Voir aussi saint Paul , Épttre aux Ramait' ch. 12, V. 20.) Les préceptes sont excellente, mais l^-* motifs en. sont détestables. Si Dieu devait attendn' pour délivrer nos ennemis de leurs maux ou pour 1^

(i) Le traducteur grec ne parle ni de couteau ni de gosier» xssà*^

d'une main qui doit 8e porter on ne saurait dire où. Le tradud^

français delà Bible protestante (Londres, 1842} a rendu le vers

2 par Autrement tu te mettras le couteaa à la gorge si ton afféUi .

domine. Voici enfin une traduction non moins fautive que les ^'

côdentes : « Si tu as de la fermeté dans Tâme, tu sauras â»m'^

a ton appédt. » (Proverbes de Salomon^ traduction phUoiogiqtie y

M. Franck.) Saint Jérôme est le seul qui ait rendu exactexaestl;

singularités de ce passage. On conçoit que des traducteurs, pl^""

devant de pareils textes, soient tentés d'y substituer autre cfc^-

mais s'ils cèdent à cette tentaUon, ils ne traduisent ptu^ ils î:^ fient. * *

leur conserver, que nous nous en réjouissions ou que nous y compatissions, il aurait là une bien mauvaise besogne. Et si, en faisant du bien à nos ennemis, nous étions mus par le désir d'accroître leur culpabilité, au lieu de Têtre par des principes réels d'humanité et de bienveillance, cela reviendrait à faire du bien ostensiblement dans le but secret de faire du mal ; ce serait une affreuse hypocrisie.

Le chapitre 27, v. 16, compare Thomme qui retient

une femme querelleuse à celui qui voudrait retenir le

vent (1). La comparaison est jolie. Mais cela était facile

à dire à Salomon, qui aurait eu 700 femmes et 300

concubines (3® livre des Hois, ch. 11, v. 3). Lorsque

la loi défend avec raison à un homme d'avoir plus d'une

femme, et que, surpassant en sagesse le prince des

sages, il s'en tient véritablement à une seule, lui est-il

loisible de s'en séparer, parce qu'il ne la trouve pas

plus parfaite 'qu'il ne l'est lui-même, parce qu'elle est,

par exemple, d'humeur acariâtre? Et quand il en aurait

le pouvoir, ferait-il bien d'en user? Qui oserait dire

qu'en pareil cas, la patience et la résignation ne soient

pas de meilleurs remèdes au mal? Comment donc ne

pas s'étonner de trouver, dans un livre de morale, le

conseil de recourir alors à un moyen extrême et

d'ailleurs impraticable dans le plus grand nombre des

cas?

Enfin le chapitre 30 contient les questions les plus étranges et les plus déplacées. Aux versets 15 et 16. Tauteur, énumérant diverses choses qu'il dit insatia-

(1) Le verset 15 avait comparé' cette femme querelleuse à une gouttière en temps de pluie. Cette comparaison faisait double emploi avec celle de même nature du verset 13 du chapitre 19. Mais ee qui fait surtout double emploi, c'est le verset 24 du chapitre S5, où ii est parié de la femme querelleuse absolument dans les n^es termes qu'au verset 9 du chapitre 21.

bles, en désigne une sous une image obscène (1). Âni versets 18 et 19, parmi les choses qu'il lui est difficil? d'expliquer, il y en a une qui ne peut être traduite en français. Au verset 20, il fait sur la femme adultère cette plaisanterie d*assez mauvais goût : « Elle mange. « s'essuie la bouche et dit : Je n'ai pas fait de mal. •

§ 2. — ECCtÉSUSTE ET CANTIQUE DES CANTIQUES

Le fivre de YFcclisiaste, attribué à Salomou, est dur; bout à Vautre et particulièrement ch. 2, v. 14-17 e* 20-24; ch. 3, v. 18-22; ch. 4, v. 1-3; ch. 5, y. 17: ch. 6, V. 8; ch. 7, v. 11, 12, 15 et 16 [v. 12, 13, 10 et 17]; ch. 8, v. 14-17; et ch. 9, v. 2, 3, et 5-12, en plaidoyer en faveur de Tépicurisme et du matérialisme On trouve, il est vrai, dans ce même livre, quelques rares maximes plus saines et en opposition si évident avec les autres qu'on est tenté de les attribuer à à^i auteurs différents. Qu'y a-t-il de plus ouvertement matérialiste et de plus hostile à toutes les idées de bie: et de mal moral, de mérite et de démérite, que cesfE.* rôles? « // m' arrivera ce qui arrive à Vinse^isé ^ pot: « quoi alors ai^e été plus sagef >» Ch. 2, v. 15. - Qz

(i) Saint Jérôme a rendu celle image encore un peu iDQi:^ chaste, et le traducteur grec a voulu la faire plus chaste qu'elle t l'est dans Toriginal. Mais la traduction grecque n'est pas pL^ exacte que celle de la Vulgate. Le livre des Proverbes est pes' être au reste celui où le grec s'éloigne le plus de l'hébreu, b^ différences sont tellement nombreuses et considérables qu'il fa. drait, pour les noter, entrer dans de très-longs détails, qui senkii fastidieux et peu instructifs.

*. résulte-t-il pour Thomme de tout son travail et de « toute la peine de cœur qu'il a endurée sous le so- *« leil? » V. 22. « La destinée des enfants des hommes « est la même que celle de la bête... ils ont toits un « même esprit, et Vhonime n'a point d^ avantage sur la

- Ute, n Ch. 3, Y. 19. « Qu'est-ce que le sage a déplus « que Tinsensi? »» Ch. 6, v. 8. ** Jl n'y a de bon pour

- r homme sous le soleil que manger, boire et se ré- « jouir, f» Ch. 8, v. 15. « Les vivants savent qu'ils ** mourront, mais les morts ne savent rien. »» Ch. 9, V. 5. « Tout ce que ta main trouvera à faire avec ta « force fais-le, car il n'y a ni action ni pensée ni science « ni sagesse dans le tombeau où tu vas (1). » V. 10. Il est curieux de comparer ces paroles avec le langage presque identique que l'auteur du livre de la Sagesse (Voiries neuf premiers versets du chapitre 2) met dans la bouche des impies. Que peut-on en effet imaginer de mieux pour justifier tous les vices et surtout pour metlire à leur aise les crimes qui par leurs colossales proportions échappent aux définitions des codes et aux poursuites de la justice vulgaire? Comment concevoir [ue ces maximes et beaucoup d'autres qu'il serait trop ong de citer , aient été tracées par la main qui aurait fcrit ces paroles spiritualistes du verset 7 du chapitre 12 ? « La poussière retournera à la terre comme

elle était, et l'esprit reviendra à Dieu qui l'a donné. » LU surplus ce sont ces dernières paroles plutôt que les remières qu'on doit s'étonner de rencontrer dans un vre qui aurait été écrit par Salomon. En effet le maérialisme et l'épicurisme sortent de tous côtés de la

(I) François 1" appliquait très-ex aclemenl ce verset, lorsqu'il sait dans le drame le Roi s'amuse , de Victor Hugo :

« Aimons et jouissons et faisons bonne chère, <c Je pense là^dessus comme feu Salomon. »

(Acte 4, scène 2.)

nu SECONDE PARTIE

législation mosaïqne. Nous avons vu que, dans le Pectateuque, il n'y avait pas an mot sur Fimmatémlité k Tâme ni sur sa persistance pour un autre ordre de choses. Toutes les idées d'un véritable Juif, d'un Jaif conséquent dans sa doctrine religieuse, devaient donc se renfermer dans la vie présente et s'attacher m jouissances qu'elle peut procurer. L'auteur du livre it YJScclésiaste, en disant que les justes ne sont pas pte heureux en ce monde que les méchants, donnmt^ilfêvrai, un démenti à Moyse qui avait assuré que les te seraient comblés sur cette terre de tous les biens teniporels et que les pervers seraient au contraire accabla de tous les maux ; mais en cela il énonçait on fait qii frappe tous les yeux. Dès lors il était naturellemec amené à conclure que la condition de l'homme est absolument la mdme que celle de la brute^ et que la sagesse et la science, ne servant plus de rien au delà de.: tombe et étant en dernier résultat aussi vains qtie i folie et rignorance, ce qu'il y avait de mieux à fair était de manger, de boire et de jouir. Je le répète, voii ce que devait penser et dire un Juif qui n'avait auctiB idée d'une autre vie et qui ouvrait dans celle-ci fe yeux clairvoyants. Les maximes qui tout à l'heure n-c révoltaient parleur immoralité, sont donc, maigrelet contradiction avec d'autres doctrines du même livi^ de V£cclésia8tet ce qu'il y a de plus logiqne dâi les écrits hébraïques et ce qui doit le moins nt^ étonner.

Au chapitre l®^ v. 13, l'auteur, après avoir dit qu s'est appliqué à la recherche de la science et qu'iK\ est appliqué, non point avec une curiosité indiscn^ ou téméraire, mais avec sagesse, sgoute que ce iéî' d'acquérir de la science est en soi une chose maava& et un don funeste que Dieu a fait aux honimes^ Cet assertion impie est parfaitement conséquente à la dt^ trine juive et chrétienne, qui a fait du désir de l

science le premier crime de Thumânité et la source de tous ses maux.

Enfin, au chapitre 1, v. 28 [v. 29], l'auteur dit qu'il a trouvé un homme entre mille, mais qu'i? n'a pas iromé une femme entre toutes. Ce dernier trait est une odieuse brutalité, qui ne doit pas du reste nous étonner de la part du Prince à qui Ton attribue ces paroles. N'oublions pas le témoignage du 3® livre des liois, ch. 11, V. 1-3, sur les mœurs dissolues de Salomon. Les plus libertins sont toujours ceux qui disent le plus de mal des femmes, après qu'ils en ont corrompu le plus grand nombre possible et qu'ils en ont le plus exploité toutes les faiblesses.

Le Cantique des cantiques, également attribué à Salomon, est un poème où abondent les peintures lascives et les images voluptueuses. Les chapitres 3, 4, 5, 6 et 7 y sont tout à fait intraduisibles dans notre langue (1). Chez les chrétiens on peut les lire dévotement : il suffit pour cela de penser que ce sont autant d'allégories

(1) Il est juste de dire que les traductions inexactes ajoutent souvent à la lubricité de plusieurs passages, j'en donnerai pour exemple le verset 4 du chapitre 5, le plus scabreux de tout le poème. La fausse traduction qu'en a donnée saint Jérôme favorise l'idée libertine que certains écrivains se plaisent à y voir. Mais les versets qui précèdent et qui suivent immédiatement et où il est dit que l'amant frappe h la porte de la Sunamite et qu'elle se lève pour lui ouvrir mais qu'il avait disparu, ne permettent pas de s'arrêter à une interprétation odieuse. Aussi plusieurs traducteurs modernes, dans le but de la prévenir, ajoutent -ils quelques mots qui n'existent pas dans l'original. (Le Maistre de Sacy, La sainte Bible, tome H, Paris, 1717; le traducteur français de la Bible protestante, Londres, 1842 ; et les traducteurs de la Bible anglicane, The holy Bible^ Oxford, 1843.)

qui figurent les amours de Dieu avec TÉglise ; moyennant ce préservatif, les sens sont en parfaite sûreté et rimagination peut se donner caï*rière. Les Juifs, pour qui le Cantique des cantiques a été composé, n'aTsiem pas cette ressource : aussi a-t-on dit qu il leur étût défendu de lire avant Tàge de trente ans ce prétenda chant sacré, où Dieu, qui s'y fût trouvé en fort mauvais lieu, n'est pas nommé une seule fois, et qui n e^t pas meilleur à lire à trente ans qu'à vingt.

Outre le dévergondage que comportait ce genre de poésie, il y a, dans^ la contexture des chapitres et des versets^ un décousu qui choque au premier aspect. M. Renan a cherché à y introduire un peu d'ordre et de chasteté (1). Mais, malgré tout l'esprit qu'il aapponé à cette tâche ingrate, malgré toutes les grâces de style prodiguées dans une traduction qui prend ses aises, je ne sais s'il est parvenu à en faire sortir une bonne odeur. Son cantique est une fantaisie d'artiste habile à adoucir les angles trop aigus et à gazer les nudités trop déboutées ; il en a fait un petit drame auquel il ne manque plus que la représentation sur une de nos scènes si pudiques, et dont jusqu'ici la lecture a excité plus de rires chez les mécréants qu'elle n'a fait verser de larmes d'attendrissement chez les saints. Mais peutêtre a-t-il charmé les amateurs de l'art antique, à qui il s'est proposé, dit-il en terminant sa préface, de montrer dans sa chaste nudité ce qu'il appelle rimagedettnue sainte.

(i) Le Cantique des eantiques, Paris, 4860.

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