‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 87 sur 139 · PARTIE · texte numérisé non relu

PARTIE

GBNBALOGIB •

QÉNÉAbOGIK

tracée par Malthico.

tracée par Loc.

Sadoc.

Joseph.

Achim.

Séfflëi.

Éliud.

Hathathias.

Éléazar.

Mabath. .

Mathan.

Naggé.

Jacob.

Hesli.

Nahum.

Amos.

Mathathias.

Joseph.

Janné.

Melchi.

Lévi.

Mathat.

Héli.

Joseph

. . . Joseph.

Jésus

. . . Jésus.

Examinons d'abord ces deux généalogies sépar ment. Celle de Matthieu est résumée, v. 17, entr séries, que l'évangéliste dit être composées de qutorgénérations chacune. Lorsqu'on fait le relevé desnoi compris dans ces trois séries, on trouve que la i' nière n'en comprend que treice. Quelque copiste i; premiers siècles aurait-il supprimé une génératic' Cette supposition mettrait en cause l'infaillibilité concile de Trente, qui ne veut pas qu'on puisse ajiter un iota au texte sacré. J'ai dit quelque copiste <i premiers siècles^ parce que le compte de Matthieu eu déjà, comme on le verra tout à l'heure, défectueuxtemps de saint Augustin. Voici maintenant quel: chose de plus grave. L'arbre généalogique de Mattt est en contradiction avec les données de l'Ancien T" tament. D'abord, entre Joram, fils de Josaphat. Joathan, père d'Achaz, il présente, v. 8 et 9. -

seule génération, un seul roi, Ozias, tandis qu'au contraire le 4« livre des Rois, ch. 8, 9, 11, 12 et 14, et le 1®^ livre des Paralipomènes, ch. 3, en présentent formellement quatre, Ochozias, Joas, Amasias et Azarias (1). En second lieu, entre Josias et Salathiel, V. 10-12, il ne présente encore qu'une seule génération, «un seul roi, Jéchonias (2), qu il donne pour fils de Josias , tandis qu au contraire le 4® livre des Hois, ch. 23 et 24, et le 2® livre des ParalipamèneSy ch. 36, en présentent formellement deux, Eliacim dont le pharaon Néchao change le nom en Joakim (3), puis Joachin, fils de Joakim. Comme il s'agit ici de générations plutôt que de rois, je ne compte pas Joachaz, qui règne avant son frère Eliacim pendant trois mois seulement et qui est emmené en Egypte par le Pharaon. Ainsi voilà un évangéliste qui ne connaît pas ou qui supprime de sa pleine autorité quatre générations, quatre règnes, ceux d' Ochozias, de Joas, d' Amasias et de Joakim, qui, dans l'histoire des Juifs, jouent un rôle si important, comme on peut le voir au 4« livre des HoiSy ch. 8, 9, 11, 12, 14, 23 et 24, et au 2« livrç

(1) Cet Azarias, père de Joathan,est ainsi appelé au 4' livre des / Rois, ch. 14, v. 21, et ch. 15, v. 7, et au 1'^ livre des ParaUpomènés, ch. 3, v. 12. Mais, aux versets 30, 32 et 3 i du même chapitre 15 du 4* livre des Roh, ainsi qu'au 2* livre des Paralipomhies, ch. 26, V. 1 jet 23, il est appelé Ozias comme dans Matthieu. On ne saurait donc rendre Tévangéliste seul responsable de cette confu** sien de noms, qui se trouvait déjà dans TAncien Testament.

(2) Ce Jéchonias , père de Salathiel et fils de Joakim , est ainsi appelé au 1" livre des Paralipomènes, ch. 3, v. 16 et 17, et dans Jérémie, ch. 22, v. 24; ch. 24, v. 1*^ ; ch.27, v. 20; ch. 28, v. 4; et ch. 37, V. l•^ Mais, au 4'' livre des Rois, ch. 24, v. 6, 8, 12 et 16, et au 2* livre des Paralipomènes, ch. 36, v. 8-10, il est appelé Joachim.

(3) Le traducteur français de la Bible protestante (Londres, 1842) a falsifié la généalogie de Matthieu, en introduisant, au verset 11, entre Josias et JéchoniaS) ce nom de Joakim, qu'on ne lit pas dans le texte origioal.

des Paralipmnènes, ch. 22-25 et 36- Enfin Matthieu. V. 12 et 13, donne à Zorobabel pour père Salathiel et pour fils Abiud, tandis que le 1*^ livre des Paralipomènes, ch. 3, v. 17-20, lui donne pour père Phadâïa, frère de Salathiel (1), et ne nomme point Abiud parmi ses enfants. J*arrive à la généalogie de Luc. Notons d^abord qu elle comprend, de David à Jésus, 15^ne* rations de plus que celle de Matthieu, ce qui fait varier très-notablement et contrairement à Tordre naturel la durée moyenne des générations, calculée dans Tune og Tautre des généalogies d*après la chronologie de h Bible.* Luc contredit aussi, sur plusieurs points, FAncien Testament : il fait naître, v. 27, Salathiel, de Néri, tandis que le l^ livre des ParalipomèneSy ch. 3, v. 17. lui donne pour père Jéchonias. Comme Matthieu, il fait Zorobabel fils de Salathiel, contrairement au 1^ livre des Paralipomènes.lÈxAn il donne à Zorobabel aa fils qu'il nomme Résa, et qu'on ne trouve point nos plus dans le 1®' livre des Paralipomènes, qui prend soin pourtant d'énumérer les enfants de Zorobabel, en y comprenant même, contrairement à l'usage généni des livres saints, sa fille Salomith (2). On voit que le:? deux généalogies de Matthieu et de Luc, considérée> séparément, présentent déjà de grands défauts. Maicela n'est rien encore. Si nous les comparons Tune ii l'autre, nous allons rencontrer d'énormes contradictions. Luc fait descendre Joseph de Nathan, un des fils de David; Matthieu au contraire le fait descendre d?

(1) Dans la'r* seclion, chapitre IX, J 2, j'ai déjà eu h signalr cette môme contradiction entre le livre d Esdras, la prophétie d'Âfgée et les évangiles de Matthieu et de Luc d'une part, et le I*' livn' des Paralipomènes de l'autre.

(2) Dans Ja partie de sa généalogie qui remonte jusqu'à' Adats. il admet, v. 36, entre Arphaxad et Salé, la génération d'un secofic Caïnau,qui ne figure point dans le texte hébraïque du ehapitre 41

la Genèse, mais qu'il a empruntée à la version des septante.

Saloiuon ; de plus Luc , en suivant la ligne collatérale de Nathan, y insère, v. 27, les deux noms successifs de Salathiel et de Zorobabel, qui appartiennent à la ligne royale de Salomon. Enfin, dans Matthieu, y. 16, Joseph, père de Jésus, est fils de Jacob, tandis que, 4âns Luc, Y. 23, il est fils d'Héli.

Saint Augustin avait aperçu quelques-unes de ces contradictions, et il avoue qu'il eiî avait d'abord été troublé (1). Mais, après qu'il eut été illuminé par la foi, il n'y trouva plus rien d'embarrassant. Voici comment il essaie de justifier le faux calcul de Matthieu, qui trouve trois fois quatorze dans quarante et un. L'évangéliste, selon le célèbre docteur, en comptant trois fois quatorze générations. d'Abraham à Jésus, n'a pas dit pour cela qu'il y en eût en tout quarante-deux. Qu'il l'ait dit ou non, il n'en sera ni plus ni moins vrai que 3 fois 14, nombres qu'il nous fournit lui-même, font 42. Vfatthieu, ajoute saint Augustin, compte deux fois le nême JécJimiias, à la fin de la deuxième série et au comnencement de la troisième (2). En cela Matthieu aurait commis une erreur, et il faudrait alors nécessairement [ue l'une de ses deux séries, la seconde si l'on ne veut »as que ce soit la troisième^ n'eût que 13 générations, t non pas 14 comme il le dit. Mais d'ailleurs pourquoi, ans cette longue série de noms propres, celui de Jéhonias aurait-il seul le privilège d'être compté pour eux? Voici la raison qu'en donne saint Augustin : Jéhoniap (qui est appelé Joachin dans le 4® livre des Rois t le 2^ des Paraliponihnes)^ emçaené captif à Babylone^ 5t la figure du Christ. Or le Christ est la pierre angu^ lire. Mais une pierre placée à l'angle qui réunit deux

(i) Sermo 51 , De consensu Matthœi et Lucœ in generationibus \niinit ch. 5, tome Y, Paris, i683.

(2,^ De consensu evangelistarum, livre 2, ch. 4, 2"" partie du ne 111, Paris, 1690.

murailles appartient à la fois à chacune de ces ilesi murailles. Vous devez donc la compter deux foiï. - TOUS comptez les pierres dont se forment les deuxp-^^ qui viennent s y couper (1). Qui croirait, si je nerefi- T03^ais au texte môme, qu*ûn docteur aussi renoaac^ se fût permis de donner sérieusement poar des rabc^ de pareilles puérilités? Pour ce qui est de la contrat tion si choquante que présentent les généalogies comparées des deux évangélistes, voici comment saint A> gustin croit se tirer d'embarras. Il imagine d'abord^" Joseph a pu avoir deux pères, l'un réel et l'autre c adoption. Puis il convertit immédiatement cette psibilité en réalité, et dit que Matthieu a suivi une lu^ remontant à David par Salomon , et Luc Tantre ic remontant à la même souche par Nathan (2). ^'s outre que des assertions positives doivent reposer ?■ des faits et non sur de simples possibilités, cette 5ç position est contredite par la présence, dans la géot^ logie de Luc, des deux noms successifs de Salathi^I de Zorobabel, qui appartiennent à la ligne royale Salomon, et qui ne peuvent pas appartenir en mh temps à la ligne de son frère Nathan. Je me troo. Un harmoniste moderne va nous montrer que cela p*" former un accord parfait. Si je cite cet exemple c parce qu'il fait voir jusqu'où peut aller la méthode c terprétation par des suppositions arbitraires. Au mode la loi du lévirat (DeutéronoTne, ch. 25> v. 5-1 M. Wallon donne deux pères à Salathiel, l'un (père turel) Jéchonias, et l'autre (père légal) Néri, mais t deuxfrèresutérins seulement. Puis, le procédé lui aj. paru commode, il en use de nouveau pour Joseph, à il donne aussi deux pères, l'un (père naturel) JacoV Tautre (père légal; Héli, tous deux encore frères •

(0 Sermo 51, D<j cancordid Maithœi et lucœ, ch. 9. (2) De consensu evangelistarum, livre 2, ch. 3.

rins sealement (1). Outre que cette explication est toute gratuite, elle est réfutée par la disposition expresse en yertu de laquelle un, enfant issu d'une veuve ayant épousé son beau-frère selon la loi du lévirat, était attribué non au père naturel mais au défunt dont il devait alors prendre le nom. Enfin des interprètes ont dit que Luc avait eu Tintention de donner la généalogie de Jésus par sa mère Marie, tandis que Matthieu 1 aurait donnée par Joseph. Mais cette supposition n'est pas plus soutenable que les précédentes ; car, outre qu'on peut y opposer également la présence des deux noms successifs de Salathiel et de Zorobabel, Luc aussi bien que Matthieu met expressément le nom de Joseph dans sa généalogie et non celui de Marie. Or quel est le généalogiste qui, dressant l'échelle nominative des ancêtres d'une femme, arrivé au père immédiat, lui don*

(1) De la croyance due à VÉvangiU, 2* partie, chapitre 6, Harmonie des évauffilei, Paris, 1858. L'auteur résume ses arrangements ians le tableau suivant, que contient sa note 45, page 495.

David.

Salomon.

Nathan.

Jéchonias.

(Père naturel.)

Néri. (Père légal.)

Salathiel.

Zorobabel.

Àbiud.

Résa.

Jacob.

(Père naturel.)

Héli.

(Père légal.)

Joseph.

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liera pour fils le fiancé de cette femmes sans même nommer celle-ci?

Une dernière observation. Puisque les évangéliste^ se proposaient d'établir que Jésus était un rejeton ce la race royale de David , ils auraient dû donner s: généalogie non point par Joseph mais par sa mki Marie, supposé toutefois ^ ce dont les évaugélistes ndisent rien, qu'elle appartint à cette même race, comiC'' Taffirment gratuitement les auteurs ecclésiastiques il . En effet, quand Joseph serait descendu de David, ainsi que le prétendent les évangélistes Matthieu, ch. 1^. V. 20, et Luc, ch. 2, v. 4, cela ne devait nullemer prouver que Jésus, fils de Marie, en descendit paiement, puisque, au point de vue chrétien et selon raifirmation de ces mêmes évangélistes, Joseph n éui' qu'un père fictif et n'avait point eu de rapport chanin avec sa fiancée. La généalogie d*un descendant tlt David, qui était demeuré complètement étranger à h génération de Jésus, ne pouvait donc pas établir qt^ Jésus lui-même fût de la race de David, et par conséquent cette généalogie n'avait rien à faire ici; elle éîâ.au moins superflue, tandis que celle qui était indispen* sable s'est fait désirer.

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