‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 88 sur 139 · JÉSUS · texte numérisé non relu

JÉSUS

Les évangélistes Marc et Jean ne disent absolnmer. rien de la conception miraculeuse de Jésus. Comni?

(1) Ce qu'on lit dans Tévangile de Luc, ch. !•', v, 5 et 36 quLlisabelh, parente consanguine de Marie, descendail d'ku^

c'est là un des points fondamentaux de Thistoire évangélique, on peut s'étonner de ce silence, moins toutefois de la part de Marc, qui n'aurait été que le disciple de Pierre, que de la part de Jean, qui, d'après la tradition chrétienne, aurait été, entre tous les apôtres, particulièrement admis dans l'intimité de Jésus et de Marie. Après cette observation préliminaire, qui, sans avoir une importance capitale, ne pouvait être omise, examinons les récits de Matthieu et de Luc, les seuls évangélistes qui relatent l'annonciation de la conception surnaturelle de Jésus. Ces récits présentent des différences qui, dans l'hypothèse la plus favorable, rendent inexplicable la conduite de Marie ^ l'égard de son fiancé. Dans Matthieu, ch. l^, v. 18-25, Joseph, qui s'est aperçu de la grossesse de Marie , pense à la renvoyer. Mais un ange lui apparaît en songe, et lui apprend que le fait dont la découverte l'afflige, a eu lieu par l'opération du Saint-Esprit. Joseph s'éveille parfaitement rassuré, et n'hésite plus à épouser Marie. Dans Luc, ch. 1®^, v. 26-40, les choses se passent différemment. L'ange Gabriel apparaît à Marie éveillée, et lui annonce qu'elle enfantera un fils qui s'appellera Jésus. La vierge déclare qu'elle ne comprend pas comment cela pourra se faire, car elle n'a point connu d'homme. Le narrateur ne s'est pas aperçu que rien ne motivait encore cet étonnement de Marie. En effet l'ange ne lui avait pas dit qu'elle eût conçu un fils et qu'elle le portât déjà dans son sein, mais seulement qu'elle concevrait et qu'elle enfanterait un fils, et rien n'était plus facile à Marie que d'appliquer les paroles du messager céleste au résultat , naturellement espéré et attendu par elle, de son union prochaine avec

lequel était de la tribu de Lévi, autoriserait plutôt h dire que-Marie était (paiement de cette tribu et non de celle de Juda, h laquelle David était censé appartenir.

]*homme à qui elle était déjà fiancée. L*ange lsi&^ prend qae TËsprit-Saint opérera la merreille donteb s*étonne. Marie n*a plus rien à répliquer. A peine Gi* briel Ta-t-il quittée, qu elle court chez Elisabeth, sas» doute pour lui faire part de cette étrange aTentiu^ Voilà deux récits qu'il n'est pas facile de concilier. T a-t-il eu deux apparitions angéliques» ou n y en a-t .i euquune? Dans cette dernière supposition, lesdea évangélistes sont en pleine contradiction sur les c:constances et les personnes mêmes. Veut-on qu'il y s^' eu deux apparitions différente^, Matthieu raconta:' Tune et Luc l'autre? Voici, dans cette suppositicune grave difficulté. Lorsque Gabriel apparaît à Jlarx il n'existe encore en elle aucun signe de grossesse, b^ seulement apparent pour les autres mais sensible pc^ elle-même, puisqu'elle déclare qu'elle ne cod]^^ pas comment pourra se faire ce qu'elle vient destendre, et que d'ailleurs la conception miraculeuse te est annoncée comme un fait futur. D'un autre c6;^ puisque Joseph s'était aperçu de la grossesse de s fiancée, et quil pensait même à cause de cela à la re^ voyer, lorsque l'ange vint l'en détourner, il est etdent que cette seconde apparition- dut avoir lieu ^ moins [ilusieurs mois après la première , et que Jose[> ne savait rien de l'opération de TEsprit-Saint. ^^ alors le silence de Marie à l'égard de son fiancé confo-d'étonnement. Quoi! elle ne lui a pas fait part défi message céleste, qui les intéresse tous deux à u $ haut degré ! Elle parait devant lui avec des signes p* tents de grossesse 1 Elle a le courage d'afironter ^^ regards inquiets et soupçonneux! Elle l'expose ^^ tourments d'une jalousie très-légitime, et consentce qu'il se croie outragé, quand elle n'aurait qû*^' mot à dire pour le détromper! Dira-t-on qu'une ^'\-^z' répugnait à faire une pareille communication à^ homme? Mais ne devait-elle pas répugner mille fois d»^

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yantage à laisser naître dans l'esprit de son fiancé les idées que son silence légitimait? Et d ailleurs ne pouvait-elle pas au moins faire prévenir Joseph par sa parente Elisabeth, chez qui elle était accourue après la visite de Tange ? Dans la supposition de deux appari* tions différentes , décrites par Matthieu et par Luc, la conduite de Marie est donc inqualifiable. Si Ton rejette cette supposition, il faut admettre qu'il n'y a eu qu'une apparition, et alors les deux évangélistes se contredisent. On ne voit guère qu'ils eussent pu s'y prendre mieux s'ils se fussent proposé de préparer un texte à ces mauvaises plaisanteries que, depuis plus de dixhuit siècles, juifs, payens et chrétiens surtout ont faites sur Marie et particulièrement sur son singulier époux.

A propos de ces annonciations célestes, il faut noter un point sur lequel la justice de l'ange Gabriel ou de celui qui l'envoie est peu d'accord avec elle-même. Au chapitre 1®^ de Luc, v. 5-20, il vient annoncer au prêtre Zacharie que sa femme Elisabeth, qui étart stérile et avancée en âge, lui donnera un fils. A cette nouvelle, Zacharie témoigne son étonnement, en disant qu'il est vieux et sa femme aussi. En punition de ce doute, qui n'avait rien que de fort naturel , l'ange lui dit qu'il sera muet jusqu'au jour de l'événement. Quelques lignes plus loin, v. 26-38, le même ange vient annoncer à Marie qu'elle enfantera un fils. Celle-ci témoigne également son étonnement, en disant qu'elle n'a pas connu d'homme. Et pourtant ce fait, qui est de même nature que celui de Zacharie, reste impuni. S'il était innocent chez Marie , il devait l'être chez Zacharie, ou s'il était coupable chez Zacharie," il devait l'être également chez Marie. Au chapitre 18, v. 10-15, de la Genèse, Sara, qui avait accueilli avec un rire d'incrédulité la nouvelle de sa fécondité sénile, en avait comme Zacharie été punie mais par un simple blâme.

Les enfantements surnaturels se retrouvent dans

toutes les mythologies, et ici en particulier les eoocejtions miraculeuses de Jean-Baptiste et de Jésus ne sec que des imitations des naissances merveilleuses râc< ttées dans plusieurs endroits des livres do rAncies Testament, comme par exemple celles d'Isaac (GesK' ch. 18 et 21), de Samson {Juges, ch. 13), de Saine (l^r livre des Jtois, ch. 1«^) et du fils de la Sanani ? (4® livre des Itois, ch. 4). Le cantique de Marie lU: ch. 1®^, V. 46-55) n'est également qu'une imitatiocfe celui de la mère de Samuel (1^ livre 4es jRois,cV> V. 1-10).

J'ajouterai enfin que renseignement chrétien, rel^à la conception de Jésus dans le sein de sa mère ^^ l'opération surnaturelle du Saint-Esprit et non par concours naturel des sexes, ne permet pas d'assiici. son humanité à la nôtre. Pour qu'il fût véritableiori un homme comme nous, ne devait-il pas naître se! les lois de notre nature, et s'il est venu en ce mor par d'autres voies, comment peut-on .dire qu'il a et pendant sa vie mortelle, un homme absolument seml ble aux autres hommes? On dit qu'il convenait qof sainteté de sa nature physique même fût préservée la souillure que lui eût imprimée une naissance résr tant du concours des sexes. Mais n'est-ce donc; Dieu qui a établi l'ordre selon lequel se propage nor espèce, et dès lors le mariage, le mariage réel ete fictif, n'est-il pas un état légitime et saint? Comffi^ donc concevoir que la naissance de Jésus conforn: ment à des lois instituées par Dieu eût pu faire c<h •tracter quelque souillure véritable soit à la mère * à Tenfant?

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