CRUCIFIEMENT ET MORT DE JKSDS
Selon Matthieu, ch. 27, v. 31-33, Marc, ch. 15, 20-22, et Luc, ch. 23, v. 26, pendant que Jésus sert au lieu du supplice, sa croix est portée par un pas nommé Simon, à qui les soldats imposent cette ce sans qu'on puisse deviner pourquoi. Selon Jean au traire, ch. 19, v. 17, c'est Jésus qui porte lui-mèfficroix. Cette dernière version, qui se rapporte ici i.
LSN*
COMTHADICTIONS ET DlVËRGÉiNCES 291
fait matériel, a donné plus tard naissance à une expression métaphorique qu'on s'étonne de rencontrer dans les trois premiers évangiles où elle figure au moins prématurément. Jésus dit que ceux qui veulent être ses disciples, doivent porter leur croix et le suivre. (Matthieu, ch. 10, v. 38, et ch. 16, v. 24; Marc, ch. 8, v. 34; et Luc, ch. 9, v. 23, et ch. 14, v. 27.) Or cette expression porter sa croix, qui appartient à la langue de l'ascétisme chrétien, ne pouvait pas encore exister du temps de Jésus avec son acception secondaire, puisqu'elle n'a été prise que de son supplice par la croix. Je sais bien qu'on peut objecter que Jésus connaissait, en vertu de sa science divine, son futur crucifiement, ^fais ce n'en est pas moins le faire parler d'une manière inintelligible pour les auditeurs, que de lui mettre à la bouche une expression symbolique, qui n'était pas encore faite de leur temps.
Les deux premiers évangélistes rapportent qu'arrivé au Golgotha, on présenta à boire à Jésus avant le crucifiement. D'après Matthieu, v. 34, le breuvage était composé de vin et de fiel, et Jésus, après en avoir goiité, ne voulut pas le boire. D'après Marc, v. 23, le breuvage était composé de vin et de myrrhe, et Jésus le refusa simplement sans en goûter.
Chez Matthieu, v. 39-45, et Marc, v. 29-33, les malfatiteurs crucifiés à droite et à gauche de Jésus, l'insultent tous deux et prennent part aux cruelles railleries 2ui lui sont adressées par les passants et les princes des >rétres eux-mêmes* que l'on fait assister au crucifienent. Chez Luc, au contraire, v. 35-44, un seul de ces nalfaiteurs insulte Jésus et est repris par l'autre, qui émoigne les meilleurs sentiments et reçoit la promesse 'être le jour même en paradis. Saint Jérôme s'était perçu de cette contradiction. Il prétend que le bon irron commença aussi par blasphémer, mais qu'efi^rayé n isixiite par les ténèbres et le tremblement de terre qui
292 SECONDE FAIITIE
survinrent, il se convertit et crut en Jésus (1). Nudseulement Luc n'a pas un mot qui autorise cette assertion, mais au contraire, aussitôt après qu'il a fait outrager Jésus par un des malfaiteurs, il fait tenir à l'autre un langage absolument opposé. De plus, les trois évaïigélistes sont d'accord pour placer la scène des larron^ avant celle des ténèbres et autres faits miraculeux duDt je parlerai tout à l'heure. Ces faits ne peuvent donc p> être la cause d'un incident qui les a précédés. Remarquons du reste combien il est peu naturel que de malheureux crucifiés, qui endurent les horreurs de ragonit*. choisissent ce moment pour outrager un compagocj d'infortune et s'associer aux cruelles plaisanteries que lui adressent leurs bourreaux communs. Ce trait seul n«* suffirait-il pas pour proclamer que les narrateurs n? s'inquiètent pas même de la vraisemblance et qa i^ ignorent les premières et les plus simples lois de la nature physique et morale de l'homme? Ajoutons que Jean, qui assistait au supplice, ne mentionne pas ces prétendues insultes des larrons, et se borne à dire que deoi autres personnes, qu'il ne qualifie point, furent crucifiées aux deux côtés de Jésus, v. 18.
Matthieu, v. 55 et 56, et Marc, v. 40, font assisUr au crucifiement, mais de loin, Marie-Madeleine, Mahe. mère de Jacques le Mineur et de Joseph, et Salomé. mère des fils de Zébédée. Luc, v. 49, y fait assister également de loin, toutes les connaissances de Jésus. sans désignation des personnes. Mais voilà que Jean V. 25-27, dit y avoir assisté lui-même de près, et pW ■ au pied de la croix la mère de Jésus avec Marie dite à* Cléophas^et Marie-Madeleine. Ainsi donc Matthieu e: Marc prennent soin de nommer des témoins de secot. ordre et regardant de loin, et ils ne font aucune mf n-
(l) Commcntaria, livre 4, In Malihœi capul 27, lomelV, Par.
tien de la mère et du 'disciple bien-aimé de Jésus, qui sont là, près de la croix, l'objet de ses touchantes paroles! Ce n'est pas tout. Au nombre de ces témoins qui regardent de loin, ils nomment Marie-Madeleine que Jeau met près de la croix. Enfin Luc, en représentant toutes les connaissances de Jésus comme se tenant à distance et se bornant à jouer un rôle de lâche curiosité, comprend nécessairement dans ce nombre le disciple bien-aimé, qui affirme au contraire avoir assisté son maître jusqu'au dernier soupir.
Au lieu de cette scène si attendrissante, décrite brièvement dans le quatrième Évangile, v. 25-27, et où le Christ, expirant sans proférer aucune plainte, s'occupe encore des êtres chéris qu'il laisse sur terre, et recommande sa mère à Jean et réciproquement; au lieu de cette parole de résignation que lui attribue Luc,v. 46, Mon père, je remets mon esprit entre tes mains, Matthieu, V. 46, et Marc, v. 34, lui font tenir ce langage, plein de découragement et presque d'incrédulité : « Mon ** Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné (1)? » Il faut remarquer que ces paroles sont les dernières que Matthieu et Marc mettent dans la bouche de Jésus. En cela du reste ils sont conséquents; car on a déjà vu qu'au jardin des Oliviers ils l'avaient représenté comme accessible à l'abattement et même à la peur. Comme j*ai plus particulièrement ici pour but de faire ressortir les contradictions que présentent les récits évangéliques, je ne m'arrête pas à relever tout ce qu'il y a de <'hoquant dans de pareils sentiments prêtés à Jésus, sentiments dont devraient s'étonner les théologiens eux-mêmes, puisque, tout en disant que leur Dieu, se
(0 Celle exclamation est la même que celle du verset 2 du f>saume 22 [21]. Les derniers mois prononcés par Jésus, dans J 'évangile de Luc, sont empruntés au verset 6 du psauiAc 31 [30] : « Je remcllrai -mon esprit en ta main. »
faisant homme, devait revêtir les douleurs et les infirmités de notre nature physique, ils ont grand soin d« * l'exempter des faiblesses morales de riiumanité. Selon Matthieu, v. 45, Marc, v. 33, et Luc, v. 44. depuis la sixième heure du jour jusqu'à la neuvièn^ où Jésus rendit le dernier soupir, c'est-à-dire depuis midi jusqu'à trois heures, des ténèbres se répandiresi sur toute la terre. De plus, d'après Marc, v. 25, Jésus avait été mis en croix à la troisième heure do joor, c'est-à-dire à neuf heures du matin. Voyons maintenant la relation de Jean, v. 14. Vers la sixième heure du jour, c'est-à-dire vers midi, non-seulement Jès» n'était pas encore en croix, mais il n'était pas même encore condamné à mourir. Pilate le présentait aux Juifs en disant: « Voilà votre roi. » Il le leur Utt? ensuite. On le conduit alors au supplice et on le crucifie. Et tout cela se fait au milieu de ces profonde ténèbres que personne ne remarque dans le quatrièLi? évangile, pas même l'évangé liste, qui assistait r. supplice, ainsi qu'on l'a vu plus haut ! La contradicti'^s peut-elle être plus flagrante ?
Ces ténèbres étaient miraculeuses comme tous hi autres faits curieux que rapporte Matthieu, v. 51-53 car elles ne pouvaient provenir d'une éclipse de soleil la fête de Pâques correspondant à la pleine lune. épi>que où la lune, étant en opposition avec le soleil, e>' plus éloignée que jamais de l'occulter. M. Lamennais prétend qu'il y eut alors en Judée une éclip^ Pr tale de soleil (1). Il n'est plus guère permis aujourd'hui d'ignorer ce que c'est qu'une éclipse de solr.^ et à quelles conditions elle peut avoir lieu. Cela svoit encore cependant, même chez les grands écKvains. La plupart des interprètes chrétiens, p^t^-
(4) Les tvangnes, note sur le verset 45 du chapitre 27 de
Ul- Paria -IQJC/î «^
'u, Paris, 1846.
, naut dans leur sens naturel les expressions sur toute la terre, soutiennent que les ténèbres se répandirent réellement sur toutes les contrées qui étaient alors éclairées par le soleil. Mais une objection naît aussitôt du silence complet que gardent les annales du genre humain sur .un fait qui surpasserait tous les autres prodiges, et dont la moitié de la terre eût été épouvantée pendant trois heures. Quelques interprètes , plus libres et plus prudents, restreignent considérablement le champ de cette merveille, en disant qu elle n'eut lieu que pour le sol de la Judée. S'ils amoindrissent l'objection, ils ne la détruisent point; car rhistorien juif Joseph ne parle pas plus du prodige que Pline le naturaliste ou que Tacite.
Chez Jean, v. 28 et 29, on ne présente de vinaigre à Jésus sur la croix qu'après Tavoir entendu prononcer ces paroles J'ai soif, qui ne se lisent que dans le quatrième évangile. Chez Matthieu, v. 46-48, et chez Marc, V. 34-36, on lui présente du vinaigre quand on croit l'entendre appeler Élie. Chez Luc, v. 36, on lui en oflFre au milieu des autres moqueries.
Matthieu, v. 50, Marc, v. 37, et Luc, v. 46, font pousser à Jésus un grand cri avant d'expirer. Luc le lait prononcer en outre des paroles différentes de celles cjue lui attribue Jean, qui se garde bien de lui faire pousser des cris, v. 30; mais, comme chacun des deux évangélistes, en lui attribuant ces paroles différentes, les fait immédiatement suivre de la mort, il s'ensuit qu'elles doivent être les dernières et que par consé* juent les deux narrateurs se contredisent.
Chez Marc, v. 42-45, lorsque Joseph d'Arimath^e 'înt, le soir du crucifiement, demander le corps de ésus, Pilate s'étonna que la mort eût eu lieu déjà, et l jie voulut y croire qu après que le centurion qui avait •résidé au supplice et qu'il fit appeler, lui en eut conrmé la nouvelle. Ce fut alors seulement qu'il livra le
corps. Mais rétonnement de Pilate et rinformati-j qu il amena sont eu contradiction avec les faits q> Jean seul mentionne, v. 31-34: les Jaifs, neYoulai' pas qne les corps des suppliciés demeurassent exposas le lendemain, jour du sabbat, vinrent prier Pilitf d'ordonner qu'on les descendit de croix après leur avrL' rompu les jambes, ce qui avait pour but de consutar ou de causer la mort réelle ou présumée telle. 1^ soldats rompirent les jambes aux deux larrons; a^riT^ à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes, mais l'un d'eux lui ouvrit le côté dV: coup de lance.
g 21 . — ENSEVELISSEMENT DE JÉSUS, ANGES ET FEMMES U SÉPULCRE, CARDE DU TOMBEAU, RFSURRECTIOX
Au dire de Matthieu, ch. 27, v. 59-61, de Mar\ ch. 15, v. 46 et 47, et de Luc, ch. 23, v. 53-55, !soir du crucifiement, Joseph d'Arimathée se contenu d'envelopper le corps de Jésus d'un linceul et de le déposer dans le sépulcre en présence de plusieurs de saintes femmes,, et d'après Marc, ch. 16, v. 1 et 2, e Luc, ch. 23, V. 56, et ch. 24, v. l*"", ce fut seulemei après le jour du sabbat, le surlendemain matin, que 1femmes vinrent au monument dans l'intention d'eœbaumer le corps, ce qu'elles ne purent effectuer, pïÈ>qu'ellestrouvèrentletombeauvide.Aucontraire,d'apK*^ Jean, ch. 19, v. 38-42, le soir même du crucifiemeir avant d'être déposé dans le sépulcre, le corps fut embaumé par Joseph d'Arimathée, assisté de ce pharisie: Nicodème, anx questions ingénues et aux mémoraW'^
étonnements (ch. 3, y. 4), et qui avait apporté avec lui environ cent litres d'aromates. Ici il n'est plus fait mention de la présence des femmes, et lorsqu'au chapitre suivant, v. P^, Marie-Madeleine vient au sépulcre, il n'est pas question d'embaumement. Ainsi, d'après le quatrième évangile, le corps de Jésus a été embaumé, et d'après les trois premiers évangiles, il n*a pu l'être. Cette contradiction est une de celles qui entraînent les plus graves conséquences dans les questions de l'ensevelissement et de la résurrection de Jésus ; car l'embaumement nécessitant des opérations de nature à amener la mort d'un patient qui vivrait encore, cette cérémonie pratiquée sur le corps de Jésus pourrait nous être présentée comme une preuve de sa mort réelle et non pas seulement apparente, preuve qui serait du reste de nulle valeur, puisquç, si l'on suppose que Jésus vivait encore lorsqu'il fut descendu de la croix et emporté par des fidèles , ceux-ci peuvent tout aussi bien être soupçonnés d'avoir imaginé un embaumement fictif qu'un faux ensevelissement. Mais les apologistes ont d'autant plus besoin de s'attacher aux circonstances de l'embaumement et de l'ensevelissement, que, dans l'évangile de Jean, il n'est nullement question de cette garde dont j'aurai à parler tout à l'heure et qui aurait été placée auprès du tombeau par les princes des prêtres, dans la crainte d'un enlèvement frauduleux, destiné à faire croire à une fausse résurrection. A propos de cette opération de l'embaumement, qui avait pour but de préserver le plus longtemps possible le cadavre de la corruption du tombeau, une question se présente naturellement : comment des disciples de Jésus eurent-ils la pensée de pratiquer une pareille cérémonie, quand ils devaient savoir, selon ce qu'il avait prédit, qu'il ressusciterait dans trois jours? Cette connaissance n'était-elle pas au contraire un motif pour s'abstenir d'un acte qui devait leur sero^^*»'' T. n n.
aa moins inutile sinon une profanation de ce conf sacré qu'ils savaient hors des atteintes de la dissolution et qu'ils devaient s'attendre à voir prochainemen rappelé à la vie ? Il est vrai que nos adversaires peuver contester le fait même de cette attente en s'appuvai.: sur divers passages des évangiles : d'après Marc, ch. P. V. 8 et 9, les trois disciples, témoins de la transfig*}ration de Jésus, se demandaient ce qu'il avait vonlî dire en leur prédisant sa résurrection ; d'après Ltc, ch. 18, V. 33 et 34, les disciples ne l'avaient pas conpris quand il leur avait prédit qu'il ressusciterait; d'après Jean, ch. 20, v. 9, Jésjis était déjà sorti du tombeau, que ses disciples ne savaient pas encore qu'il dût ressusciter. Mais ces passages ne s'accordent guèr^ avec d'autres récits : dans Matthieu, ch. 16, t. 21, ch. 17, V. 9, ch. 20, v. 19, ch. 26, v. 32, et ch. T,. V. 63; Marc, ch. 8, v. 31 et 32, ch. 10, v. 34, et ch. 14. V. 28 ; et Luc, ch. 9, v. 22, lorsque Jésus prédit sa résurrection, il n'est point dit et rien n'autorise à snrposer que ses disciples n'aient pas compris cette prédiction, conçue en termes très-précis et qui n'était point tenue secrète, puisqu'elle était à la connaissance des pharisiens eux-mêmes.
Chez Matthieu, ch. 27, v. 60, le sépulcre dans lequel le corps de Jésus fut déposé comme dans un lie^: de sépulture définitive et dont l'entrée fut fermée par une grosse pierre, appartenait à Joseph d'Arimath^e. qui l'avait fait creuser récemment dans le roc, Che: Jean au contraire, ch. 19, v. 41 et 42, ce sëpulcrt. non-seulement n'est point indiqué comme la propriété de Joseph d'Arimathée, mais est désigné comme xr. lieu de dépôt provisoire, choisi uniquement à caose ci sa proximité du lieu du crucifiement, parce qu'on ètâ:arrivé au soir de la veille du sabbat, et que le temr manquait pour prendre d'autres dispositions.
Chez Matthieu, ch. 28, v. 1-6, un seul ange appan
ï deux femmes au milieu d*un tremblement de terre ; 1 leur apparaît assis hors du sépulcre, sur la pierre qm a servi à le fermer. Chez Marc, ch. 16, v. 1-6, un seul ange aussi ou plutôt un jeune homme mais dans r intérieur du monument, mais trois femmes et point de tremblement de terre. Chez Luc, ch. 24, v. 2-10, deux anges ou plutôt deux hommes et au moins ci7tq Femmes, et point de tremblement de terre. Chez Jean, z\\, 20, V. 1 et 11-13, deux anges et une seule femme, 3t nulle mention de tremblement de terre.
Chez Matthieu, v. 8, les femmes sortent du sépulcre ivec crainte et avec joie et courent annoncer la résurrection de Jésus à ses disciples. Chez Marc, v. 8, elles s'enfuient saisies de frayeur, et elles ne disent rien à personne. Chez Luc, v. 9, elles vont annoncer la résurrection non-seulement aux disciples mais à tout le monde.
Chez Marc, v. 1-3, lorsque les trois femmes au nombre desquelles est Marie-Madeleine viennent au sé- :)ulcre, dans l'intention d'embaumer le corps de Jésus, il feit jour puisque le soleil est levé. Chez Jean au contraire, v. 1 et 2, l'obscurité règne encore lorsque Marie-Madeleine vient au sépulcre, et que, le trouvant /ide, elle court avertir Pierre et Jean. On ne peut pas dire qu'indépendamment de la visite que, dans l'évangile de Marc, elle fait au tombeau, pendant le jour et en compagnie de deux autres femmes, elle pouvait en ivoir fait, pendant la nuit et solitairement, une première, qui serait celle dont il est fait mention au début le la relation de Jean ; car, si la visite relatée dans 'évangile de Marc eut été la seconde de Marie-Madeleine, ni elle ni ses compagnes, averties par elle delà réjurrection de Jésus, n'auraient pu penser à allerl'embau mer, et elles ne se seraient point inquiétées, pendant a route, de savoir qui leur ôterait la pierre qu'elles lupposaient devoir fermer encore l'entrée du sépulcre.
Matthieu raconte, à propos de la garde du tombeau, des choses étranges, dont les trois autres évai^élisi:>^ ne disent mot, quoiquHl s*agiss6 ici d*an des points leî plus contestables. Il prétend, ch. 27, v. 62-66, quel-s princes des prêtres et les pharisiens vinrent, le Unitmain seulement de Fensevelissement, demander à V.late de placer des gardes auprès du sépulcre, aL d*empècher les disciples de Jésus d^enlever son cor^'i. C'est faire les gens à la fois trop prudents et un r-e. trop malavisés : s'ils craignaient un enlèvement, ils l: devaient évidemment pas laisser aux disciples une li:. entière pour TefTectuer ; c'était au moment ^ëme c ù > corps était déposé dans le sépulcre qu'ils devaient faire garder. Pilate, comme s'il eût voulu se mo;> de leur précaution tardive, leur répond qu'ils penie eux-mêmes faire placer des gardes. L'évangêi> ajoute, ch. 28, v. 11-15, que quelques-uns de cesgari étant venus annoncer aux princes des prêtres la ré?: rection de Jésus, ceux-ci tinrent conseil et corrox rent les soldats, leur distribuant de fortes sommes J :' gent et les invitant à dire qu'ils s'étaient endormis jr du tombeau, et que, pendant leur sommeil, les dîpies de Jésus étaient venus de nuit enlever son c<ir Ce récit porte les caractères les plus manifestes àfable. Il suppose en effet que les membres mèmei sanhédrin crurent à la résurrection de Jésus ; car, n'y eussent pas cru, ils n'eussent pas manqué de tni. les gardes d'imposteurs ou de lâches. Or que le cor du sanhédrin, composé de 72 membres pris parm plus éminents d'entre les Juifs, ait cru sur-le-char. la résurrection de Jésus d'après le dire de grossiers dats effrayés, cela est déjà inadmissible ; mais ce Test bien davantage, c'est que ces gardes et ces ; très, croyant à la résurrection, au lieu d'en faire : fession, aient tous, sans une seule exception, p ^'infamie jusqu'à ce point que les uns se seraient I
CONTRADICTIONS ET DIVERGENCES 30i
corrompre, et que les autres auraient acheté de faux témoins à prix d'argent, dans le but d'empècher la divulgation d'un miracle auquel ils croyaient. Un pareil arrangement de faits et de circonstances suppose une ignorance complète des premiers ressorts qui font mouvoir la nature morale de Thomme. Est-il besoin après cela de relever ce prétendu silence de Pilate, que des prêtres qu'il détestait, promettent aux gardes d'ob^ tenir de lui, et ce fait de soldats qui se chargent eux* mêmes de publier qu'ils se sont tous endormis auprès d'un dépdt confié à leur garde, et qu'ils l'ont laissé enlever, pendant leur sommeil, par telles personnes qu'ils désignent et qu*ils voyaient sans doute les yeux fermés? Les plus crédules d'entre les Juifs, à qui les soldats fussent venus faire un pareil conte, leur auraient dit : « Si vous dormiez, comment savez-vous que ce « sont les disciples de Jésus qui l'ont enlevé? » Cette réflexion ne pouvait manquer de venir à la pensée des membres du sanhédrin, et il est évident qu'en les sup* posant même capables de concerter unanimement une imposture, ils ne pouvaient donner aux soldats une aussi absurde commission. On comprend que j'ai particulièrement en vue ici de faire voir combien le récit propre à Matthieu est malheureusement tissu, plutôt que de dire tout ce qu'il y a de déraisonnable dans le fait, considéré en lui-même, de la résurrection corporelle, dont j'ai eu à traiter spécialement ailleurs (1). Au reste les disciples de Jésus ne sont pas les seuls qui aient fait ressusciter leur maître. Longtemps auparavanty les disciples de Zoroastre avaient également fait ressusciter ce législateur religieux des Perses (2). L'évangéliste termine le récit qu'on vient de lire en
(1) Au chapitres de la première partie de cet ouvrage, 1. 1".
(2) De Pasioret, Zoroaslre, Confucius et Mahomet^ l"^' partie, arîs, 1788.
disant que le bruit de l'enlèvement du corps de Jé^ns par ses disciples s'est répandu parmi les Juifs JMsqu eujourd'Auiy v. 15. J'ai déjà cité plusieurs expressions qui décèletit dans les livres de l'Ancien Testament detraits de ce genre (1). Matthieu aurait, selon la tradition chrétienne, écrit son évangile six ans après la mort de Jésus-Christ. Or la manière dont s'exprime ici 1? narrateur autorise à penser qu'il écrit longtemps apr^^ l'époque où se seraient passés les faits qu'il raconte '2 . Il suit du témoignage des quatre évangélistes qie Jésus serait mort la veille du sabbat, dans Taprès-mi îi Matthieu, ch. 27, v. 46-50, et Marc, ch. 15, v. 34-37. le font mourir vers la neuvième heure du jour, c'es> à-dire vers trois heures de l'après-midi. Il suit également du témoignage des quatre évangélistes qu'il serai: ressuscité dans la nuit qui a suivi le jour du sabbat. Selon Marc, ch. 16, v. 2-6, et Luc, ch. 24, v. 1-6, *.e corps n'était plus dans le sépulcre de très-grandm^fi,'; il n'y était même plus lorsqu'il faisait encore nulL selon Jean, ch. 20, v. 1 et 2. Il résulte de là que Jésaserait demeuré mort pendant le dernier quart de 1 veille du sabbat, la nuit de la veille du sabbat, le jour du sabbat et une partie indéterminée de la nuit di sabbat, c'est-à-dire un jour et quart et moins de deux nuits, en tout moins de 39 heures. De plus le corps , n'aurait pu rester pendant tout ce temps déposé dan-
(0 i^ section de cette 2* partie, cb. 5, \ 6, et ch. 6, % 3.
(2) C'est ainsi, par exemple, que s'exorime Plutarque , lor^qu'après avoir rapporté, plus de deux siècles après révénemeni que Marius, campé sur les bords du Rhône, fit creuser par s^^ soldats un canal alimenté par les eaux du fleuve et qui déboucha:' dans la mer, il ajoute que ce canal por/e encore son nom (lome 1*^ Ta/oç Ma/5coc, Paris, 1624). Un historien de nos jours, qui rappor- ^rail ce fait, pourrait dire de même que ce canal existe encore «s-
rd'hui en partie, et est appelé par les Provençaux le FoZy restf 'é du nom que lui donnaient les Romains du temps dePlutarqw
le sépulcre, puisque, d'après Matthieu, ch. 27, v. 57, et Marc, ch. 15, v. 42, Joseph d'Arimathée aurait attendu le soir pour venir demander la permission de l'ensevelir. Or ces résultats ne sont pas d'accord avec la prédiction très-formelle attribuée à Jésus. Selon Matthieu, ch. 27, v. 63, et Marc, ch. 8, v. 31 , il devait ressusciter apris trois jours, c'est-à-dire après trois révolutions diurnes complètes ou 72 heures, puisque, d'après Matthieu, ch. 12, v. 39 et 40, et Luc, ch. 11, V. 29 et 30, il avait prédit qu'il demeurerait dans le tombeau, comme le prophète Jonas était demeuré dans le ventre d'un cétacé, c'est-à-dire trois jours et trois nuits. On a prétendu qu'il ne s'agissait pas ici de trois [ours complets ni de trois nuits complètes, mais seulement de portions de trois jours différents et de trois nuits différentes. Ce faux-fuyant môme fait, défaut, puisque Jésus, ainsi qu'on l'a vu tout à l'heure dans les relations évangéliques, n'est resté mort que pendant m quart de jour, un autre jour entier, et moins de Jeux nuits entières, et n'est même resté dans le tom- )eau que pendant un jour entier et moins de deux nuits entières. Matthieu et Luc contredisent donc le témoignage de Marc et de Jean et leur propre témoignage sur le temps effectif pendant lequel Jésus serait •esté mort et enseveli. Le pape saint Léon a cru réoudre la difficulté en disant que ce fut pour ne point prolonger la tristesse de ses disciples que Jésus oAréeti le temps pendant lequel il avait annoncé qu'il demeurerait enseveli, mais que d'ailleurs, s'il manque zi^elqw chose au temps prédit, le nombre des jours se o trouve exactement (1). Ainsi, d'après cette explica- [on, Jésus se serait ravisé et aurait fait fléchir les ter- 1 es de sa prédiction, de peur de causer à ses disciples r\ chagrin auquel il n'avait donc point pensé au mo-
C^) Sermo 69, ch. 2, tome I«% Lyon, 4700.
ment de cette prédiction. On ne saurait mieux pour rendre évidente la contradiction des rolan évangéliques. Lors même qu'on admettrait que .portions de jours pussent être prises pour desf entiers, le compte que fait saint Léon de ses trois j" ne serait pas même exact, puisqu'il résulte des r des évangélistes que Jésus n'est resté mort que pi.:. un quart de jour et un autre jour entier. Quant aux'r nuits, saint Léon n'en dit rien : il n'y avait pa< hj ■ en effet d'appliquer ici son compte sophistique des r jours ; car, quoi qu'on fasse, on ne saurait trouver ir nuits dans deux nuits dont l'une n'est pas mèmeeiitr Ce serait ici le lieu de parler de l'excursion ans fers, que la doctrine chrétienne fait faire à Tàme Jésus -Christ dans rintervalle de son ensevelissen et de sa résurrection. Mais aucun des quatre évar: listes n'a mentionné cette descente aux enfers et J limbes (1). Qu'étaient-ce que ces limbes, et qi i sorte d'existence y avaient les âmes des patriarcb ^ des justes de l'ancienne loi, en attendant la visit t celle de Jésus? Ce sont des questions sur lesqii les docteurs paraissent très-peu renseignés et sur i quelles ils ne veulent pas qu'on les presse, surtout i puis que la géologie, appuyée à la fois sur l'observa i des faits et sur les lois mathématiques du rayoïmen i de la chaleur , a commencé à nous apprendre qut ! chose de la constitution intérieure de notre irl ' C'est là du reste un dogme qui a été inséré tar: ment dans les Confessions de foi. Les deux plus i ciens et plus célèbres symboles orientaux, celu concile de Nicée, dressé en 325, et celui du cl cile de Constantinople , dressé en 381, et qui e.^ peu près le même que celui qu'on lit à là messe li les catholiques, et le plus ancien symbole occider i
(1) Pierre y faiUil aIIusion,dans sa 1" Épitre,ch.3,
relui du premier concile de Tolède, dressé en 400, n'en disent pas un mot (1). Un théologien anonyme n'en a pas moins écrit cette assertion tranchante, qui ne témoigne guère de son érudition ecclésiastique : « La descente de Jésus-Christ aux enfers est une yéu rite de foi... Cette vérité est appuyée sur l'autorité « de loHS les symboles les plies conmis (2). »