AU CIEL
D'après Matthieu, ch. 28, v. 1-10, Jésus ressuscité apparaît à Marie-Madeleine, lorsqu'au sortir du sépulcre, ?lle accourt auprès des disciples. D'après Jean, ch. 20, iT. 1-18, c'est au sépulcre même, où elle vient pour la seconde fois, après avoir annoncé à Pierre et à Jean [ue le tombeau était vide. Chez Matthieu, Mariedadeleine est accompagnée de Marie, mère de Jacques e mineur et de Joseph ; chez Jean au contraire, elle ist seule. Enfin chez Matthieu, aussitôt que Jésus ap* tarait aux deux femmes et leur adresse la parole, elles B reconnaissent, lui prennent les pieds et l'adorent.
(i) Voir ces trois symboles dans la Colleclion des conciles, mes H et III, Paris, 1644. Le symbole attribué à un Père de l'église 'ecque, à saint Àtbanase, qui l'aurait écrit en latin vers le milieu 1 IV* siècle, mentionne la descente aux enfers; mais on sait que
plupart des auteurs ecclésiastiques) même les moins difficiles : fait de critique historique, mettent en doute l'authenlicilc de ce mbole.
(2) Dictionnaire Ihéologique, article Descente ans enfers, Paris,
Chez Jean au contraire , Marie-Madeleine voit Jé^^' devant elle et ne sait pas que c'est lui. Jésus lui demande pourquoi elle pleure et ce qu'elle Ghcrche, < elle ne le reconnaît pas même à sa voix ; elle le preid pour le jardinier du lieu. Jésus rappelle par son nom: elle le reconnaît enfin. Sans doute alors elle \8l, corie chez Matthieu, lui tenir les pieds. Impossible; car Jéscf lui dé/end de le toucher. On a essayé d'échapper à ce^ contradictions en supposant que Matthieu et Jean voilaient parler de deux apparitions difiFérentes de Jesi^ ressuscité aux yeux de Marie-Madeleine. C'était avouer que les récits des deux évangélistes, rapportés à li même apparition, étaient inconciliables. Mais lasup:> sition ne peut se soutenir devant les textes. Veut-on qcr l'apparition rapportée par Matthieu soit la première- Comment Marie-Madeleine, qui a vu Jésus ressuscite peut-elle ensuite venir demander son corps aux anges e* au prétendu jardinier qu'elle interroge tout éplorf* dans révangile de Jean? Aime-t-on mieux que rappel Htion rapportée par Jean soit la première? La même question se reproduit. Comment Marie-Madeleine, qui parlé à Jésus ressuscité, vient-elle ensuite, dans Tevangile de Matthieu, chercher Jésus crucifié ? Comme^: a-t-elle besoin d'apprendre sa résurrection de la bouche d'un autre? Comment est-elle à la fois saisie O crainte et de joie à cette nouvelle, qui n'en est p:ii une ? Pourquoi met-elle tant de hâte à aller la communiquer aux disciples à qui elle l'avait déjà annoncée? D'après Matthieu, v. 10, 16 et 17, c'est sur une montagne de la Galilée que Jésus ressuscité apparaît à 5t*ï onze apôtres pour la première fois. D'après Jean a^ contraire, v. 19-26, c'est bien loin de la Galilée ; c\ ? à Jérusalem, dans une maison dont les portes sont fermées, le soir même du jour où Jésus s'était montré Marie -Madeleine près du sépulcre. Le récit de Matthi*^ "ésente d'ailleurs une circonstance très-digne de re-
CONTRADICTIONS ET DIVEHGENCES 307
marque. Les apôtres, ayant vécu dans la société intime de Jésus, devaient le connaître assurément. Or l'évangéliste constate que plusieurs d'entre eux doutèrent. Quelle garantie offre alors le témoignage de ceux qui disent le reconnaître? Il y a, dans Luc, ch. 24, des aveux aussi naïfs. Deux disciples de Jésus ressuscité voyagent et conversent avec lui, et ils ne le reconnaissent pas. Ce n'est que le soir, à table, que leurs yeux s'ouvrent enfin et qu'ils le reconnaissent , v. 15-31 . Il apparaît subitement aux onze disciples réunis, qui croient d'abord voir un esprit, et lorsqu'il leur a dit de regarder et de palper ses pieds et ses mains, ils ne croient pas encore (1), et pourtant ils sont dans l'admiration et la joie, V. 36-41. La relation de Jean contient aussi quelques traits de ce genre. Jésus ressuscité apparaît à sept de ses disciples sur les rivages de la mer de Tibériade; il leur parle, et ils ne le reconnaissent pas. C'est seulement après qu'il leur a dit de jeter leur filet à la droite de leur bateau, que l'un d'eux, voyant la pêche abonder, s'avise de le reconnaître et de le signaler à ses compagnons, ch. 21, V. 1-7. Ils abordent et prennent avec lui un repas qu'il leur a préparé. Mais, au lieu de se laisser aller à la joie et aux doux épanchements qu'une pareille situation fait naturellement supposer , ils restent muets. Aucun d'eux, est-il dit au verset 12, n'o-sait lui adresser cette question : Qui es- tu ? Et la raison
(i) Le disciple Thomas, dont l'incrédulité est cependant devenue proverbiale, n^avait pas été jusque-là : quand il eut vu et touché Jésus ressuscilé, il crut (Jean, ch. 20, v. 24-29). Le rédacteur du 4* Évangile, le seul qui rapporte ce fait, pressentant que les incrédules pourraient plus fard se prévaloir de l'exemple de Thomas , en refusant comme lui de croire à des miracles qu'ils n'auraient pas vus , a soin de faire dire à Jésus : a Heureux ceux < qui n*ont pas vu et qui ont cru ! » En célébrant, à la solennité de Pâques, l'incrédulité de Thomas, TËglise a eu grand soin aussi d'y ajouter ce préservatif. Voir l'hymne 0 FiW.
pour laquelle ils n'osaient lui demander qui il eu; c'est, ajoute Tévangéliste, qu'ils sataient gu^il è^^.' Seigneur. Tout cela est fort ingénu. Quand on du. quelqu'un qu'il n'ose pas faire une question, on scpr qu'il éprouve le besoin de la faire ; or on n'épron^e ! besoin de s'enquérir d'une chose que parce q^ l'ignore ; on n'éprouve donc le besoin de demandrr quelqu'un qui il est que parce qu'on ne le connaît piici, contrairement à l'usage universel, c'est parce qnle connaît. Il faut remarquer que, dans l'évangile Jean, ce n'était pas la première fois, mais la troi^i-'que Jésus ressuscité se montrait à ses disciples, t* 1^ Leur surprise et leur mutisme sont donc ici t:-^ déplacés et se concevraient beaucoup mieux à la vmière apparition, décrite au chapitre précédent v i et 20, et où le narrateur nous dit au contraire q furent remplis de joie, quoiqu'il leur apparût sqV*ment, le soir et dans un lieu dont ils avaient bien fer:^^ les portes (1).
D après Matthieu, v. 10, et Marc, v. 7, Jésus arfait dire à ses apôtres qu'ils eussent à se rendre en 0 lilée pour le voir; d'après Luc.au contraire, v. 4-* leur avait ordonné de demeurer à Jérusalem jusqui Pentecôte. Enfin Marc, v. 14, se contredit lui-iut' en le faisant apparaître aux apôtres, qui étaient der:r'^ rés à Jérusalem au lieu de se rendre en Galilée, t»: qui il donne- ses dernières instructions, en promets
(1) Je ferai remarquer que le chapitre 21, le dernier de Yè^*' gile de Jean, a tout Tair d'une addition faite après coup, ti' cause des merveilles qui y sont relatées et dont ne parle aucur ^ synoptiques, que parce que les deux derniers versets du préce.chapitre sont conçus en termes qui semblent mettre fin au reol'évangéliste. Le verset qui termine le chapitre 2i par une h} • bole du plus mauvais goût fait évidemment double emploi aie; verset 30 du chapitre 20, dont les fermes sont d'ailleurs' moiloslos.
CONTKADICTIONS ET DIVEKGExNCES 309
aux futurs croyants cette moisson de miracles qui, toute abondante qu elle a été, aurait dû, d après les versets 17 et 18, Têtre encore davantage.
D'après Matthieu, v. 16 et 17, Marc, v. 14, et Jean, V. 19, Pierre n'aurait pas vu Jésus ressuscité avant les dix autres apôtres. Lorsqu'il avait été averti de la résurrection par Marie-Madeleine, il était bien accouru au sépulcre en compagnie de Jean, par qui il s'était même laissé devancer, mais il n'y avait pas vu Jésus (Jean, ch. 20, v. 1-6). Paul prétend au contraire que Jésus se montra d'abord à Céphas (Pierre), et après cela aux onze apôtres réunis, P® EfUre aux Corinthiens, ch. 15, V. 5. Dans Luc, v. 33, 34 et 36, il est dit également que Jésus avait été vu par Simon (Pierre) avant d*apparaltre aux disciples assemblés à Jérusalem ; mais, en rapportant simplement ce dire et en faisant aussi accourir Pierre au sépulcre vide, v. 12, l'évangéliste ne donne aucun détail qui fasse connaître où et quand avait eu lieu ce fait d'apparition particulière.
Dans Marc, v. 1 1-13, les disciples, à qui Marie-Madeleine d'abord, puis les deux voyageurs d'EmmaUs viennent raconter qu'ils ont vu Jésus ressuscité, refusent de croire à cette résurrection. Dans Luc , v. 10 et 11, ils refusent également de croire au récit de Marie-Madeleine et de ses compagnes, qu'ils traitent de folles; mais, aux versets 33-35, non-seulement ils ne refusent pas de croire au récit des voyageurs d'Emmaûs, mais ce sont eux qui, à l'arrivée de ces derniers et avant même de les entendre raconter leur aventure, les accueillent par ces paroles : « Le Seigneur est M réellement ressuscité et il est apparu à Simon. »
D'après les quatre évangélistes , le nombre des personnes qui auraient vu Jésus après sa résurrecfion serait de quinze au plus, Marie-Madeleine et Marie, mère de Jacques le Mineur, les deux disciples d'Emmaus et les onze apôtres. Je dis auplus; car, dans Marc et Jean,
on ne Toit pas qu il se soit montré à Marie , mère c^ Jacques, et Luc ne dit pas que Marie-Madeleine, Jeancf Marie, mère de Jacques, et d'autres femmes qu'il n: nomme pas et qu'il fait venir avec elles au sépalzre aient vu Jésus. Au contraire, dans la l** Épîtnt.: Corinthiens, ch. 15, y. 5-8, Paul assure que Jésus ressuscité a été vu non-seulement par les apôtres ei n: lui Paul, mais par plus de cinq cents frères en um ht': fois. Au reste les apparitions mentionnées par Paabr doivent pas tirer à conséquence, à en juger par cel:^ dont il prétend avoir été gratifié lui-même dans cr circonstances où, en s'en tenant simplement anrti qui en est fait dans les Actes des apôtres (ch. 22 et'> on peut douter qu'il ait joui du plein exercice de ^î facultés mentales. J'y reviendrai bientôt. 11 seniVi qu'après sa résurrection Jésus a du s'empresser de 5r montrer sinon à toute sa famille au moins à sa tûv que Jean avait fait assister au crucifiement. On sr étonné souvent du silence que gardent à ce suje: > livres du Nouveau Testament. On sait du reste c^^ dans les premiers temps du christianisme , le rô.e : Marie était aussi effacé et son culte aussi nul que ct puis ils ont acquis d'éclat et d'importance.
Il résulte du témoignage même des quatre èszLZ listes (Matthieu, ch. 28 ; Marc, ch. 16 ; Luc, ^r^s;» ch. 24, et Actes des apôtres, ch. 1,9 et 22 ; et ie-: ch. 20 et 21), que Jésus ressuscité ne se serait mor qu'à ses partisans. Celse demandait, il y a déjà dix'> siècles, pourquoi il ne s'était pas fait voir à ses er:mis, en pleines rues de Jérusalem. Cette question, : être vieille, n'en est pas moins embarrassante. ^' gène répondait que, si Jésus évita ses ennemis, ce par ménagement pour eux; il craignait qu'ils ne sent frappés de cécité comme les habitants de SodoT. .'
(i) Contre CeUe, livre 2, $ 67, lome I« Paris, 1733.
Singulier ménagement envers des ennemis, que celui qui consiste à les retenir dans l'aveuglement intellectuel, de peur de leur causer une cécité physique ! Lactance ne fait pas de pareils frais de tendresse : il va plus franchement et plus droit au but, en disant que Jésus ne voulut pas se montrer aux Juifs , de crainte que sa vue ne les convertit et ne les guérit de leur impiété (1). De modernes apologistes ont trouvé une réponse non moins ingénieuse, à savoir que la foi des adversaires de Jésus eût alors été forcée et par conséquent sans mérite. On peut en dire autant de toute croyance naissant à la vue d'un miracle; et pourtant, dans la doctrine chrétienne, les miracles ont précisément pour but de faire naître les croyances (2). Prenant toutes ces réponses pour ce qu'elles valent, je dis ju'on ne saurait imaginer aucun motif raisonnable pour ine Jésus, après sa résurrection , ne vint pas se mon- ;rer publiquement à ceux qui avaient refusé de croire Mi lui pendant sa vie, et qui par conséquent avaient encore plus besoin de le voir ressuscité que ceux qui ureut gratifiés de la vue de ce miracle. J'ajoute qu'il levait se faire voir aux Juifs, parce qu'il en avait pris 'engagement implicite dans la prédiction que j'ai déjà oentionnée tout à l'heure. Des Scribes et des Phariiens étant venus lui demander un prodige, il avait répondu qu'il ne leur en serait donné d'autre que celui !u prophète Jonas, et que, de même que ce prophète tait demeuré trois jours et trois nuits dans le ventre 'un cétacé, de même le fils de l'homme demeurerait :'ois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Matlieu, ch. 12, v. 38-40. Voir aussi Luc, ch. 11, v. 29 t 30). Pour que ces paroles eussent une signification
1) Inslitutiones, livre 4, § 20, tome I", Dcux-Ponls, 4786. ;2) Évangile de Jean, ch. B, v, 36, etch. 10, v. 25 et 38; et Épître de Paul aux Corinthiens, ch. 42, v. 12.
et reçussent leur accomplissement , il était uêcesvNiif^ qu'en sortant du tombeau, il se montrât à ses enneini>. Ce fait, que Jésus ressuscité ne serait apparu qu'à <^i partisans, outre ce qu il a déjà en lui-même de suspect. met donc en défaut une prédiction expresse, qu Matthieu et Luc avaient attribuée à leur maître. J :u déjà fait remarquer (1) combien un homme que !'<!: dit ressuscité est embarrassant pour ceux qui publient une telle merveille, à cause de Tempressemen:. bien naturel, de certains auditeurs à vouloir regarde: et toucher le ressuscité et surtout le questionner >r les mystères de l'état qui succède à la vie. Cet empressement ne pouvait manquer d'être très-grand à régar de Jésus après le rôle qu'il aurait joué selon les ëTangélistes : aussi, à peine Tont-ils fait ressusciter qui se hâtent de le faire disparaître de la scène publiqut soit en terminant brusquement leurs relations sansn' .^ rien dire de la fin de sa nouvelle vie terrestre, soit >: le faisant monter au ciel. On dira peut-être que, :: pouvant nous faire aucune idée d'une existence auu que l'existence présente, nous n'aurions pas comir. ce qui nous eût été dit d'ime autre vie , et que c^> pour cela que Jésus, comme tous les autres ressiis« i'<^ des livres saints, n'en a rien dévoilé. Mais il eùi 'a nous aider à le comprendre , et dans tous les cas cck n'eût pas été moins intéressant ni plus obscur que :M^ autres prétendues révélations qu'on lui fait faire M mystères déclarés également incompréhensibles p-^ notre raison.
Marc, V. 19, et Luc, v. 50 et 51, sont les seuls wj mentionnent l'ascension de Jésus au ciel (2). MattU
(1) Au J 9 de ce chapitre.
(2) Et encore cette mention, dans Marc, est>elle généralec tenue pour interpolée. Elle manque dans d'anciens manus^:
CONTHADiCTlONS ET DIVKKGËNCES 313
et Jean, en présence de qui ce fait aurait eu lieu d*après les relations mêmes de Marc, v. 14, et de Luc, v. 33, n'en parlent pas (1). L'ascension s'effectue selon Marc à Jérusalem, selon Luc au contraire à Béthanie. Remarquons en outre que Luc se contredit lui-même formellement sur répoque de cette ascension. Dans son Évangile, ch. 24, v. 3-51, elle a lieu le jour même de la résurrection, tandis que, dans ses Actes des Apôtres, ch. 1*', V. 3-9, elle n'a lieu que quarante jours après. L'Ancien Testament fournissait des exemples d'hommes enlevés miraculeusement de terre {Genèse, ch. 5, v. 24 ; et 4« livre des liois, ch. 2, v. 11). Quoi d'étonnant que le Nouveau ait fait monter au ciel Jésus ressuscité? Depuis, les chrétiens y ont aussi fait monter sa mère, quoique les livres du Nouveau Testament n'en disent rien.
particuHèi*ement dans le manuscrit grec du iv* siècle, publié en fac simile par M. Tischendorf ( Dibliorum codex smaiticus , Saînt- Pélersbourg, 1862), et où le 16* et dernier chapitre de l'évangile de Marc s'arrèle au verset 8 inclusivement. Saint Jérôme avait re* marqué qu'elle manquait dans presque tous les manuscrits grecs de son temps. {Epislola ad hedibiam, ch. 3, tome IV, Paris, 1706.) Quand on lit le dernier chapitre de Marc, le verset 9 ne parait nullement faire suite à ce qui précède. En effet , dans les huit premiers versets, Tévangéliste avait dit que, le matin du premier jour après le sabbat, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, après être venues au sépulcre et y avoir appris d'un ange que Jésus était ressuscité, s'enfuirent, sans l'avoir vu, pleines d'épouvante, et ne dirent rien à personne de ce qu'elles avaient appris, quoiqu'elles eussent reçu l'ordre d'aller l'annoncer aux disciples. Or est-il naturel que le même évangéliste, mettant immédiatement en oubli ce qu'il venait de dire, ait ajouté que le matin du premier jour après le sabbat, Jésus ressuscité était apparu à Marie-Madeleine et que celle-ci était venue faire part aux disciples de cette apparition?
(1) On peut dire cependant que, si Jean ne mentionne pas expressément Tasccnsion corporelle de Jésus, il semble s'y référer dans plusieurs passages (ch. 3, v. 13, ch. 6, v. 63, et ch. 20, v. 17).
Slh SECOUE PARTIE
D'après Jean, v. 19-23, c'est lors de la première ai^ parition de Jésus ressuscité que les apôtres reço.v::: TEsprit-Saint, tandis que, d'après le livre désir:ch. 2, V. 1-4, c'est cinquante jours après la résnmtion.
Des quatre Évangiles celui de. Marc est le seul;après l'ascension, fasse asseoir Jésus à la droH:'-^ Dieu, V. 19 (1). De là ces représentations enfântu dont l'art chrétien décore certaines églises, etqu^.mentionnées ailleurs (2). Ainsi donc Jésus-Cte: >' aujourd'hui corporellement dans le ciel et il y esiâsà la droite de son père. Mais Dieu le père est us; ' esprit ; comment donc peut-il avoir un corps à sa dr î: Est-ce qu'il y a, chez un pur esprit, une droite oa gauche, une partie haute ou une partie basse, net»' un mot de ce qui implique l'étendue? Et puis, si J^^"^ Christ ressuscité est à la droite de son père, m,^'" mande si, avant son incarnation, il n'occupait pa^-.cette position. Pour ceux qui ne voient pas de inculte à placer un corps à la droite d'un esprit, il n^ pas être plus difficile de faire asseoir un esprit à d'un autre esprit. On sait que les expressions i» a$ûs a la droite de Dieu constituent un des arti«v^ symbole actuel (3). Il n'est donc point permis aui'-'
(1) Ces mots de la partie interpolée du dernier chapitre de? sont pris du l*"" verset du psaume 110 [109] : < JéhoTahâ- « mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite. » Luc , dans les < des apôtres, ch. 2, v. 33 et 34, ch. 5, v. 31 , et ch. 7, ▼. 55; F dans YÉpHre aux Romains, ch. 8, v. 34, VÊpftre aux Épki^'' ch, !•', V. 20, et VÉpîire aux Hébreux, ch. 1", v. 3 et 43, H cl V. 12 ; et Pierre, dans sa 1'* Épître, ch. 3, v. 22, ont é?a]e' copié ces paroles du psalmiste.
(2) Au chapitre III de la 1" parlie de cet ouvrage, lomel'
(3) Je ferai observer loulefois que les actesdu concile dcN * tenu en 325 (Collection des conciles, tome II, Paris, 1644 , dc^trois formules de symbole, qui présentent sur ce point une ^ rence notable. Dans la formule de la page 429, il est dit que J •
tiens d y voir simplement un langage figuré; car un pareil mode d'interprétation aboutirait en réalité à supprimer le dogme. C'est pourtant ce que fait le théologien anonyme que je citais tout à l'heure, lorsqu'il prétend que cela ne doit pas être pris à la lettre, que ce n'est ({\iune manière de parler poiir s'accommoder à la faiblesse de nos idées^^et que cela est destiné seulement à exprimer l'état de gloire on Jésus-Christ, comme homme, est élevé au-dessus de toutes les créatures (1).
Quand nous demandons à l'astronomie ce que c'est que le ciel par rapport à la terre , elle répond que ce n'est pas autre chose que l'espace où la terre elle-même est contenue aussi bien que toutes les autres sphères dont se comf ose T Univers. La naïve ignorance des temps anciens opposait le ciel à la terre, le regardant comme un séjour spécial où résidait la Divinité. Ceux qui ont fait monter Jésus au ciel pour le faire asseoir à la droite de Dieu en étaient encore là en fait de connaissance de la nature. Lorsqu'ils portaient leurs regards, dans la direction du soleil, vers un point qu'ils croyaient bien reculé dans les profondeurs de leur ciel (je suppose que leur imagination eût osé aller jusqu'à 77,000,000 de lieues), si quelqu'un leur eût dit que, six mois auparavant, ils s'étaient trouvés eux-mêmes dans ce point si reculé du ciel quoiqu'ils crussent être toujours demeurés dans la même place, quelle stupéfaction n'eussentils pas éprouvée, ou plutôt que n'eussent-ils pas dit de la folie de celui qui leur eût tenu ce langage? De tout cela il suit que ceux qui aujourd'hui encore célèbrent l'ascension de Jésus au ciel et le mettent à la droite de Dieu le père, font de l'astronomie et de la théologie
monfé au ciel, est assis à la droite de son père, mais, dans les deux autres, celles des pages ^93 et 458, on ne lit rien de pareil.
(1) Dictionnaire théologique, article Ascension de Jésus-Christ au ciel.
comme on en faisait dans les siècles où la science t*tait plongée au milieu des ténèbres.
» § 23. — TEMOIGNAGE QUE JESUS REND DE LUT-lltlIE
Au chapitre 5, v. 31-37, de Jean, Jésus dit : •>:. « rends témoignage de moi-même , mon témov] • n'est pas trai, * et il fait appel au témoignage ■ rendu Jean-Baptiste ainsi qu'à celui que rend son ; ' céleste par les œuvres qu il lui donne le pouToir de L ' Un peu plus loin, ch. 8, v. 12-18, comme il s'apr la lumière du monde, les pharisiens, le prenant par ^ propres paroles, lui disent : « Tu rends témoign-V? « toi-même, ton témoignage n'est pas vrai. • Al«> leur répond: « Quoique je me rende témoignages:: « même, mon témoignage est Trai, parce que jf .* « d'où je yiens et où je vais, » et il fait encore appetémoignage de son père céleste, ajoutant que 5(»n r et lui font deux, et que, d'après la loi, le témoigi^de deux hommes est vrai. C'est recourir à une zrp' pour essayer de sortir du défilé d*une contradic^ évidente. Si un simple mortel faisait des raisonnemt: de cette force, beaucoup de personnes qui les admir dans les évangiles hausseraient les épaules.
Voici d'autres passages de l'évangile de Jean, oui fait tenir à Jésus des discours non moins discordai; Au chapitre 5, v. 22 et 27, il dit que son père ne;^ personne, mais qu'il l'a institué juge et lui a confêiv pouvoirs nécessaires à cet effet. Au chapitre 8, t. ! au contraire, il déclare ne juger personne, et au i" pitre 12, v. 47, il confirme cette déclaration, en d:^
qu'il n'est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. Rapprocher de ces dernières paroles les terri* blés invectives que Jésus adresse si souvent aux scribes et aux pharisiens, particulièrement au chapitre 23 de Matthieu.