QUELQUES ACTES DE DAVID
David est, comme on sait, la gloire d'Israël ; c'est le Roi j.uif par excellence, le Roi le plus agréable à Jéhovah. Voyons quelques-uns des traits les plus saillants de son histoire soit avant son élévation à la royauté soit pendant son règne.
Ch. 2^1, v. I-IO9 il trompe le grand-prêtre Achimélech en se donnant pour Tenvoyé du Roi, et il se fait livrer, au moyen de cette tromperie, les pains sacrés de proposition, qui ne devaient être consommés que par les prêtres (ji). Ce mensonge, qui n'est encore qu'une peccadille auprè» de ce qui va suivre, fournit à la fureur de Saul, ch. 22, v. 9-22, une occasion d'exercer d'épouvantables massacres dans la ville lévitique de Nobé. Notons, en passant, une contradiction de l'Esprit- Saint, qui ayant dicté les livres du Nouveau Testament aus^ bien que ceux de l'Ancien, était tenu de les mettre d'accord. Les trois premiers évangélistes (Matthieu, ch. 12, v. 3 et 4; Marc, ch. 2, v. 25 et 26; et Luc, ch. 6, v. 3 et 4.) ont cité le fait de la fuite de David à Nobé, eu ne disant mot toutefois du mensonge qui en est un des principaux incidents, et en proposant comme un exemple à suivre un acte que tout Israélite devait tenir pour sacrilège. Matthieu et Luc ne nomment pas le grand-prêtre qui livra les pains sacrés à David et à ses compagnons; mais Marc, se trompant de nom ou de personne, nomme, au lieu d'Àchimélech, son fils Âbiathar, qui ne fut que plus tard revêtu de la dignité de grand-prêtre.
Ch. 25, David envoie demander l'aumône à un homme fort
(1) Lévitique^ ch. 24, v. 5-9.
riche, nommé Nàbal. Le titre qu'il fait valoir auprès de lui, c'est qu'ayant rencontré ses bergers sur le mont Carme], il ne^ les avait pas dévalisés. Nabal, voyant des jeunes gens valides tendre la main, leur répond qu'il ne les connaît pas, et les renvoie comme ils sont venus, v. 4-12. Ce refus était dur, si Ton veut; mais enfin il était dans le droit rigoureux d'un proprié^ taire, même très riche. David se met alors h la tête de 400 hommes,' et s'avance à main armée contre Nabal, v. 13. On peut voir, au chapitre 22^ v. 2, de quel ramas d'hommes perdus se composait sa troupe. Venir ainsi lever des çontribu-. tiens forcées, c'est ce que Ton appelle, en langage ordinaire, exercer le métier de brigand. Âbigaïl, femme de Nabal, court au devant dé David, lui apporte du vin, des viandes, etc., v. 18, et lui dit beaucoup de mal de son marii(l), v. 25 et 26. Devenue
(1) Elle l'appelle insemé,. m disant que c'est: prédsiément là ce que signifie son nom. /21. a en effet cette signification. Je ferai remarquer à cette occasion que plusieurs noms propres de FApicien Testament sont, comme celui-(H> en rapport ayec quelques événements imp(»:tants de la vie des personnages qui les portent. Dans la. plupart des cas, cela suffit pour déceler l'œuvre maladroite de la légende. Ici, par exemple, il est clair que les parents de Nabal, lorsqu'ils lui donnèrent un nom au moment de sa naissance, n'avaient pas la prescience de cette prétendue folie que sa femme devait lui attribuer un jour, et qu'ainsi ils ne pouvaient pas, à moins d'un miracle, l'appeler d'un nom en rapport avec ce fait. La nécessité d'un miracle n'est du reste, ici pas plus qu'ailleurs, une difficulté pour ceux qui voient le doigt de Dieu dans toutes les pages de la Bibles J'ai entendu l'un d'eux se railler agréablement de l'idée, fort plaisante en effet., d'Un étymolôgiste qui faisait venir Seneca des mots se necans, parce que le précepteur de Néron se donna la mort sur l'ordre de son doux élève : il ne paraissait pas se dout^, que ses railleries retombaient sur lui de tout leur poids, H y a, dans les livres saints, d'autres noms que celui de Nabal, qui donneraient lieu à des observations de même nature, et qui ont
veuve quelques jours après, elle épouse David, qui ne pouvait manquer de lui offrir cette récompense de son honorable conduite, v. 38, 40 et 42.
Cil. 27, V. 8-12, réfugié chez le roi philistin Âchis, David passe son temps en véritable chef de bandits. Le verset 9 noos donne une description de ses courses dans le voisinage. L'historien juif Joseph, après avoir dit que David emmenait les troupeaux et les bêtes de somme, ajoute qu*il s'abstenait d'emmener des hommes, de peur que ceux-ci ne le trahissent auprès du Roi (1). Cette manière de raconter permet au lecteur de supposer que, si David faisait le vilain métier de voleur, il le faisait au moins avec modération et humanité, n'en voulant qu'aux bestiaux, mais respectant les personnes. Or la Bible nous apprend comment il faut entendre qu'il s'abstenait d'emmener des hommes : c'est que, non content de se livrer au pillage, il égorgeait absolument tout le nionde, hommes et femmes, V. 9. Pour se faire bien venir d' Achis, il lui faisait accroire que c'était sur les terres mêmes des Israélites qu'il exerçait ses brigandages, v. 10 et 12. On va voir du reste qu'il était capable de ce nouveau genre de prouesse. Quoique déjà sacré roi d'Israël, il marche avec les Philistins contre ses compatriotes, ch. 28, V. 1 et 2, et ch. 29, v. 2. Mais les chefs des Philistins,
manifestement été fabriqués selon l'exigence des récits où ils figorent. C'esj; en procédant d'une façon semblable que les poètes mythologiques ont donné, par exemple, le nom de Lycaon à ce roi arcadien, que Jupiter devait changer
en loup (Awxoç), ou d'Arachné à cette habile brodeuse, que Minerve devait métamorphoser en araignée (àpdx^), etc., etc.
(1) Aetxy 7oXX$y jcvif^uv xaà xa/xijXa'/ ^M/jçSxvoy/ uTréarpCfev ày&pérav yàp àTf/%fTO, J^M^ fiij KXTOifajvùffa»i-^ aùroy, (kpx^oXoyix^ liv. 6*, ch. 13.)
se défiant justement de Iiii., le chassent de leurs rangs , y. 3-10.
Livre 2, ch. 3, v. 6-21, Abner, irrité contre son roi Isboseth, qui vient de lui adresser de justes reproches, offre à David de lui livrer le peuple d'Israël. S'il est évident qu'une offre de trahison est un acte odieux, et qu'ainsi il n'est point permis de l'accepter, David devait renvoyer le traître à son maître ou au moins refuser de l'entendre. Au contraire il l'accueille avec empressement et distinction, et s'apprête à faire profit de ses offres criminelles, v. 13 et 20. Cette conduite immorale rend un peu suspecte la sincérité des larmes qu'il avait versées en apprenant la mort de Saiil, ch. V% V. 11 et 12, et de la colère qu'il témoigne lorsque des assassins lui apportent la tète d'Isboseth, ch. 4, v. 9-12. On retrouve un peu plus loin, ch. 15, v. 32-37, ch. 16, v. 16-19, et ch. 17, V. 5-22, un autre acte d'immoralité de même genre, dont la première idée appartient à David lui-même, et qui tourne également à son profit. Il engage son ami Chusaï à aller trouver Absalom et à feindre de se ranger de son parti, afin de lui donner des conseils trompeurs et de livrer ses secrets. Deux prêtres et leurs fils l'assisteront dans ce rôle de perfidie, que Chusaï accepte et qu'il remplit en se parant de motifs religieux; car, lorsqu' Absalom lui témoigne quelque surprise de ce qu'il a abandonné son ami, il répond qu'il veut être à celui qu'a choisi Jéhovah (v. 18 du chapitre 16).
Ch. 8, V. 2, David, qui vient de faire la guerre aux Moabites, est vainqueur, Voyons comment il va les traiter. Il en fait deux parts qu'il mesure au cordeau : la meilleure part, de la longueur de deux cordeaux, est mise à mort; la seconde, de la longueur d'un cordeau, est conservée et réduite en escla-
126 SECONDE PAKHE.
vage (1). En supposant qu'il eût le droit de tuer des ennemis vaincus et désarmés, quelle affreuse ironie que de s'en rapporter ainsi au caprice du hasard pour désigner les victimes! Au verset 14» après nous avoir appris que David asservit tout le pays d'Edom, le narrateur sacré répète ce qu'il avait déjà dit au verset 6, que Jéhovah protégeait David dans toutes ses expéditions. Or on vient de voir, par la manière dont les Moabites avaient été traités, à quels actes s'appliquait celte protection divine. Quant aux Edomites ou Iduméens , il y a un renseignement important, qu'il faut aller chercher aux versets 15 et 16 du chapitre 11 du troisième livre des Bois. Là nous apprenons que , lorsque David avait fait son expédition d'Edom, tous les mâles avaient été exterminés^ Que dire de sa conduite à l'égard d'Urie? Il le fait lâchement
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« Et il les mesura au cordeau, les fsEÔsant ooucher à terre ; et il en mesura « deux cordeaux pour les flaire mourir, et un plein cordeau pour les laisser
» vivre; et les Moabites furent les esclaves de David. » Les deux tiers
auraient donc été égorgés; mais les mots /SnTî 87D, im plein cordôtm».
semblent vouloir dire qu'on aurait mis la èanns mewre dans ce tiers de survivants. Est-ce une observation faite sérieusement ou une odieuse plaisaaterie? Je demanderai encore si les traducteurs grec et latin ont voulu se montrer plus humains ou plus équitables, en faisant les deux parts entièrement égales. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ont été tous deux infidèles au texte, mais de deux manières différentes; le premier met deux cordeaux, le second un seul de chaque côté : 'Eyt'yero rk J)jo arxor/h/xxra. tjS Qxvxtîôitou^ xxi rà <We (TXotyhfjLarx èl^6ypij<re, Mensm est autem duos fnnieulos, nnum ad occidendum ei vnum ad vivificandum.
assassiner^ après lui avoir pris sa femme Bethsabée, ch. 11. On remarquera en passant la légèreté avec laquelle I^auteur sacré nous dit que cette femme^à Vinstant même où elle vient de commettre son adultère^ ^ i^nri&e^ se sanctifie même, v. 4 (1), sans doute par la vertu dé rablution légale, prescrite au chapitre 15, V, 18, dn Lévitique. Je reviens au meurtre d'Urie. Les circonstances qui raccompagnent, en augmentent Todieux. Une est un' des plus fidèles serviteurs de David. Il pousse même le dévouement pour son Roi jusqu'à Fexcès^ David, apprenant de Bethsabée qu'elle est enceinte, envoie chercher Urie qui était à Tarmée, et lui: fait toutes sortes de caresses hypocrites pour l'engager à aller passer la nuit auprès de sa femme, espérant par là couvrir le fruit de son adultère. Mais toutes ses caresses sont inutiles. Urie refuse d'user de la permission d'aller se reposer chez lui, et il refuse par des motifs d'attachement à la personne du prince, v. 6-11. Le lendemain David a recours à un autre moyen : il appelle Urie à sa table et l'enivre. Cette tentative est aussi vaine que la première. Le fidèle serviteur passe la nuit à la porte du palais, v. 12 et 13. Alors David le renvoie à l'armée, et le charge de porter une lettre à Joab. Or qu'y avait-il dans cette lettre? L'ordre de placer celui-là même qui en était porteur, en tête* et au plus fort de la bataille, et de fy abandonner pour qu'il périt sous les coups des ennemis. Le général, digne valet d'un pareil maître, exécute de point en point cet ordre abominable, et David, débarrassé d'Urie, introduit solennellement Bethsabée dans son palais, V. 14-27. Il serait difficile d'imaginer rien de plus affreux que
cet assassinat. Ccst le seul des crimes nombreux de David , qae l'auteur sacré ait trouvé à blâmer (livre 5, eh. 15, v. 3 et 5). Le prophète Nathan vient le reprendre, ch. 12, au moyen d'une parabole qui est un des plus beaux morceaux de la Bible. Je n'ai pas tant à louer pour que je ne la transcrive ici : < Deux « hommes, l'un riche et l'autre pauvre, vivaient dans la même « ville. Le riche avait des brebis et un très grand nombre de « bœufs. Mais le pauvre ne possédait absolument rien, si ce « n'est une petite brebis, qu'il avait achetée et nourrie, et qui « avait crû chez lui avec ses fils, mangeant de son morceau, « buvant à sa coupe et reposant sur son sein : c'était pour lui « comme une fille. Un étranger étant venu chez le riche, a celui-ci, ne voulant pas toucher à ses brebis ni à ses bœufs ff pour servir à manger au voyageur qui était venu le trouver, « enleva la brebis du pauvre, et la servit à manger à l'homme « qui était venu auprès de lui, v. 1-4. » David, entendant ce récit, éclate de colère et d'indignation contre le riche, qu'il veut faire mourir. Nathan l'arrête par ces mots terribles : « C'est toi qui es cet homme (1). » Alors le roi dit : « J'ai ce péché. » Le prophète, dont le beau rôle ne se soutient plus, lui répond : <c Jéhovah a transféré ton péché; tu ne mourras «c pas. » C'était absoudre un peu lestement un aussi grand coupable. Nathan ajoute : « Mais le fils qui t'est né mourra. » On reconnaît à ce trait la justice du Dieu de la Bible. £n effet l'enfant fut frappé d'une maladie dont il devait mourir, v. 5-13. Pendant cette maladie, David parait en proie à un violent chagrin ; il se couche par terre et refuse de boire et de manger.
(1) tt;>Kn nnx
Ces préliminaires font naturellement supposer à ses serviteurs que son désespoir ne connaîtra plus de bornes au moment où il apprendra la mort de son fils; aussi, lorsque ce malheur sur- AÎent au bout de sept jours, personne n'ose-t-il le lui annoncer. Mais, ô surprise! quand il Fapprend enfin, il se lève de terre, prend un bain, se parfume, change d'habits, se rend dans la maison de Jéhovah, puis revient chez lui et demande à manger. Ses serviteurs n'en reviennent pas de Tétonnement que leur cause une transition aussi brusque et si peu ménagée. Mais il leur en donne une explication véritablement bouffonne, et à laquelle ils ne trouvent rien à répliquer : il avait espéré, en pleurant et en jeûnant tant que l'enfant respirait encore, décider Jéhovah à le laisser vivre. Mais maintenant qu'il était mort, à quoi bon continuer de jeûner et de se lamenter? Cela ne le rappellerait pas à la vie, v. 16-23. Il suit de là que ses pleurs et ses refus de prendre de la nourriture n'étaient pas l'expression d'une douleur réelle, mais un jeu auquel il avait espéré tromper son Dieu. Il va ensuite consoler Bethsabée, qui lui donne un second enfant, nommé Salomon. Celui-ci fut dès sa naissance l'objet de l'affection de Jéhovah, v. 24 et 25 : nous verrons comment il s'en montrera digne.
Ch. 12, V. 26-51, David marche contre les Ammonites auxquels il fait subir les plus atroces supplices. Le détail qu'en donne tranquillement l'auteur sacré, au verset 31 (voir aussi le V. 3 du ch. 20 du 1®' livre des Paralipomènes) ^ fait dresser les cheveux d'horreur. David fait scier les malheureux vaincus, les broie sous des herses de fer et les découpe avec des haches {l)»
(1) h^'^^in niiTJDDi hi'^:iin ^nna^ nijoa D\r^i Le ver-
Ces scènes épouvantables, il ne les exécute pas one seule fois et dans un premier moment de rage soldatesque; il ies renmivelle dans toutes les villes d'Ammon. Un traducteur moderne de la Bible, M. Cahen, fait ici une réflexion bonne à recueillir: « Les commentateurs, étonnés de cette cnniuté de David, ont « cherché à expliquer ce passage, les uns en disant que David « n'a usé que de représailles et que ces instruments de supplice « avaient été préparés pour Jui et les siens, les autres en disant « qu'il s'est borné à les faire passer sous ces instruments ponr « leur faire honte; c'étaient des espèces de fourches caudines. « Enfin il y en a qui prétendent qu'il les a employés à travail- <K 1er dans le bois, aux tuiles, etc. Mais à quoi bon toutes ces
« subtilités? Kesl'il pas question d'un vainqueur asiatique?
c L'homme égaré par le fanatism^y n'importe par quel fanatisme, « est capable de tout (1) ! » Il suit de ce langage que M. Gahen rejette toutes les subtilités par lesquelles on a cherché à nier la réalité des vengeances exercées par David sur les Ammonites, qu'il voit dans la personne de ce roi un fanatique cruel et capable de tout, et qu'il fait justement peser sur sa mémoire la res-
set 31 mentionne un autre supplice, qui n'a point de sens dans le texte actuel, p^DS ÛniK *l^!îym Au mot p^3 les Massorètes ont substitué
en note celui de p^D^, et alors il faudrait traduire ainsi : « Et il les fit B passer dans un four à briques. • Ce qui semble donner quelque autorité à cette correction, c'est que les versions grecque et latine portent : Kaî dnjyxjey olùtoùç cT/à tou ^hvôiovy Et traduxit in typo laierum. Or, dans ces deux versions, il est question de èrtqves, et Ton n'en trouve aucune trace dans le mot p/D5.
(1) Traduction de la Sible, note sur le verset 31 du chapitre 12 du 2e livre des Rois (2e de Samuel), tome VII, Paris, 1836.
ponsabilité morale de ses actes abominables. Mais nous, nous allons plus loin : nous faisons peser aussi la responsabilité de ces actes sur le livre où ils sont racontés; car ils ne sont que la mise en pratique des recommandations sanguinaires que Moyse et son successeur Josué avaient faites,de la part de Dieu, aux Israélites sur la manière dont ils devaient traiter les infidèles; ils sont d'ailleurs racontés sans aucune expression de blâme, et ce qui prouverait au besoin que ce silence de la Bible est une approbation, c'est que, au livre 3 des J?ow, ch. 15, V. 3 et 5, une seule chose est jugée repréhensible dans toute la vie de David, sa conduite à l'égard d'Urie, tout le reste étant déclaré par/at7.
Ch. 21, V. 1-9, David livre deux fils et cinq petits-fils de Saul aux Gabaonites, qui annoncent l'intention de les assassiner pour se venger sur eux d'un crime dont ils sont innocents. Cette exécution a pour but d'apaiser Jéhovah qui a envoyé une famine de trois années. On notera que David avait promis avec «erment (livre l^'' des Jîots, ch. 24, v. 22 et 23) de ne point faire périr les descendants de Saûl. Le verset 8 nous apprend que cinq des victimes étaient les enfants que Michol^ fille de Saûl, avait eus de son mariage avec Hadriel le Molathite. Or on voit, au V' livre des Rois, ch. 18, v. 19, 20 et 27, et ch. 25, V. 44, et au 2^ livre des Rois, ch. 3, v. 13-16, et ch. 6, v. 16 et 20-23, qu'Hadriel le Molathite avait épousé Mérob, autre fille de Sâûl, et non pas Michol, qui fut donnée d'abord à David, puis à Phalti, fils de Laïs, et qui rendue à David après la mort de Saûl, devint stérile pour avoir justement reproché au Roi de danser et de se découvrir devant les servantes de ses sujets.
Ch. 22, V. 20-23, dans un cantique d'actions de jgrâces.
132 8EC0NDR PARTIB*
David se proclame agréable à Dieu, juste, pnr, saint et parfait. On a vu, par ce qui précède, combien étaient mérités les éloges qu'il se décerne lui-même.
Ch. 24, il fait le recensement de tout son peuple, et trouve 800,000 guerriers en Israël, et 500,000 en Juda, y. 8 et 9, en tout 1 ,500,000. On verra plus loin que ces nombres ne concordent pas avec ceux que donne le 1^ livre des Parat^^amènes^ ch. 21, v. 5 et G. En supposant que ce recensement (ai une faute, c'était une faute personnelle à David et dont lui seul pouvait être rendu responsable. Or Jébovah irrité fait pârir de la peste 70,000 Israélites, v. 15. Cette manière d'entendre et d'administrer la justice est telle que David lui-même, qui n'est pas fort sur cet article, comme on l'a vu, s'écrie, v. 17 : t C'est « moi qui ai péché. Qu'ont fait ces brebis? »
Livre 5, ch. 2, v. 5-10, les instincts cruels de David le suivent jusqu'à son lit de mort. Dans les dernières paroles que lui fait prononcer le narrateur sacré, il recommande à son fils Salomon de faire mourir Joab et Séméi. S'il se contentait de donner Tordre de punir Joab, je dirais seulement que c'était trop tard. Les meurtres d'Abner et d'Amasa (livre 2, ch. 3 et 20) avaient été connus de David, qui, loin de punir Joab, comme il le pouvait, l'avait gardé à son service et avait continue de le traiter avec distinction. C'était d'après ses ordres que Joab avait commis cet assassinat d'Urie, qui suffirait pour vouer à l'exécration la mémoire du maitre et du serviteur. David charge secrètement son successeur de faire mourir un homme que, pendant tout son règne, il avait mis à la tête de son armée et de ses conseils. Est-ce ainsi que doit procéder la juslice d'un souverain? Mais passe pour Joab, qui était un franc scélérat, et qui méritait d'être puni même par l'ordre tardif de
celui à qui ses crimes avaient profité. Que penser maintenant delà recommandation, v. 9^ que fait David à Salomon de trai-* ner dans k sang les cheveux blancs de Séméi (1)? Au livre 2, ch. 16, V. 5-12, fuyant devant son fils Absalom révolté, David rencontre un parent de Saiil, Séméi, qui le maudit, lui jette des pierres et rappelle homme de sang. Quelque bien choisie que f&t répithète, c'était assurément prendre mal son temps que d'insulter un roi au moment même où il était aux prises avec l'adversité. David parait supporter cet affront avec une pieuse résignation. Bien plus, quand il rentre triomphant, et que Séméi vient se jeter à ses pieds et demander grâce, il lui pardonne et jure qu'il ne le fera pas mourir, ch. 19, v. 17-24 (v. 16-25 dans le grec et le latin). Cette générosité était louable si elle était sincère ; mais conmient ne pas concevoir de doutes à cet égard, lorsqu'on voit David, à cette heure suprême où l'on doit plus que jamais oublier les injures, se souvenir de celle qu'il avait reçue de Séméi, et recommander à Salomon de le venger d'un vieillard à qui il avait pardonné? Il faut remarquer qu'immédiatement avant de faire cette recommandation, David avait pris soin,. v« 8, de rappeler lui-même le serment par lequel il s'était engagé à ne point faire mourir Séméi. Quoi de plus odieux qu'un pareil legs, fait à un fils, dans un tel moment! Ce dernier trait clôt dignement la vie sanguinaire de David.
§4. — QUEL USAGE SALOMON FAISAIT DE LA SAGESSE. CONSTRUC- TION DU TEMPLE. SCHISME d'iSRAEL.
Âdonias, fils aine de David, avait manifesté des prétentions à lui succéder. Mais une intrigue du prophète Nathan et de Bethsabée lui avait fait préférer Salomon, que son père fit sacrer roi de son vivant même. Adonias, redoutant, non sans raison comme on va le voir, le ressentiment de son frère, Tavait solennellement reconnu pour son seigneur, et celui-ci l'avait rassuré en lui disant que, s'il se conduisait en homme de bien, il ne ferait pas tomber un seul de ses cheveux (ch. V% v. 5-S3). Après la mort de David, Adonias fait demander à Salomon pour épouse Abisag, cette jeune et belle sunamite, qui avait rempli auprès du vieux roi une aussi étrange fonction (v. 1-4). Bethsabée elle-même s'était chargée de présenter la demande, qui n'avait rien que de légitime, et Salomon, avant même de savoir ce que sa mère venait demander, lui avait promis de faire tout ce qu'elle désirerait. Mais lorsqu'elle lui eut fait connaître l'objet de sa démarche, Salomon, oubliant toutes ses promesses, jura par Jéhovah qu'il ferait mourir son frère, et donna aussitôt à Banaias l'ordre d'aller le tuer,ch. 2, v. 13-25. Il existe peu de livres où Ton rencontre autant que dans la Bible, d'actes abominables d'inimitié fraternelle. Je n'ai pas eu à en citer tous les exemples. Il faut remarquer que, dans plusieurs de ces cas comme dans celui-ci, Dieu est mis du côté de l'oppresseur. Débarrassé de son frère, Salomon remplit ponctuellement le rôle de vengeance que son père mourant lui avait légué sur Joab et Séméi : il les fait égorger, toujours par la main exercée de son dévoué Banaias, à qui il donne, en récom-
pense de ses loyaux services, la charge de général en chef, précédemment occupée par Joad, v. 28-46. Conçoit-on queBossuet, qui certes connaissait mieux que personne ce que Ton appelle l'histoire sainte, ait osé dire de Salomon, que ses mains pures de sang furent jugées dignes de bâtir le temple de Dieu (1)? Immédiatement après avoir raconté ces débuts sanguinaires d'un règne si vanté, l'auteur sacré nous fait observer que Salomon aimait Jéhovah,qui lui offrit en revanche de lui donner ce qu'il désirerait, ch. 3, v. 5 et 5. Il choisit, comme on sait, la sagesse, v. 9-12. C'est pourquoi il prit, sur ses vieux jours, 700 femmes et 300 concubines, qui le firent tomber dans l'idolâtrie, ch. H, V. 3-6. A l'époque où il aurait composé ce Cantique des cantiques qu'on lui attribue, il n'avait encore, dans son sérail, que 60 reines et 80 concubines en titre ; il est vrai qu'il y joignait un troupeau de jeunes filles dont il ne savait pas le nombre (2). A nous en tenir au témoignage même de l'Écriture, personne n'aurait célébré la vertu plus que Salomon et ne l'aurait moins pratiquée, personne n'aurait parlé plus éloquemment des vanités de ce monde et ne les aurait plus avidement recfeerchées.
Un de ses principaux titres de gloire aux yeux des Juifs, est la construction de ce temple célèbre, que l'aida à élever Hiram, roi idolâtre, lui envoyant ses ouvriers et ses bois du Liban, ch. 5. Remarquez qu'il ne s'agit pas ici d une affaire commerciale ou simplement politique entre deux rois alliés, mais
(1) Discours sur V histoire nniver selle, Ire partie, 5e époque, tome VIII,
Paris, 1744.
(2) "IfîDD V^a niD*?JJl Cantique des cantiques, ch. 6, v. 8. (V. 7 dans le grec et le latin.)
d'une entreprise qui a un caractère éminemipent religieux, et à laquelle les deux rois auraient également pris intérêt : Iç verset 21 (y. 7 dans le grec et le latin) fait parler Hiram sibsolument comme un Juif, croyant au Dieu de David et de S^Iornoo çt le bénissant. On peut voir la description du temple dans les chapitres 6 et 7. Lors de la dédicace, Salomon immola vingtdmx mUe bœufs et cent vingt mUe brebis^ cb. 8, v. 63. La piété payenne, la plus splendide et la plus opulente, était sordide auprès de celle de Salomon ; elle croyait avoir atteint le nf^ plus ultra du zèle en immolant à ses Dieux une bécatombe, c'est à dire cent bœufs, ce qui était déjà une assez raisonnable I^oucberie. On se représente quels plus beaux effets de toutes sortes devait produire la colossale tuerie du roi des Juifs, et combiea les pâturages de la Palestine étaient alors plus gras qu'aujourd'hui . Mais suspendons un instant notre admiration pour dire quelques mots d'une contradiction notable sur l'époque bibliq^ue à laquelle Salomon commença la construction du temple qui porte son nom. Il est dit, au premier verset du chapitre 6, que ce fut quatre cent qu^itre-vingts ans (1) après la sortie d'Egypte. Or on trouve un nombre beaucoup plus considérable dans le calcul attribué à saint Paul (Actes des apôtres^ cb* 15, V. 16-21), et qui, de la sortie d'Egypte à Saiil, s'élève déjà à 550 ans. Ajoutant à ce dernier nombre les quarante ans du règne de David et les quatre premières années du r^e de Salomon, on a un total de cinq cent soixante et quatorze ans. Nous arriverions à un nombre encore plus élevé, si nous faisions le relevé des chiffres de détail, fournis par les livres de la Bible qui précèdent l'histoire des rois. J'aurai à citer encore
(1) 4é0 seulement dans le grec.
d'antres exemples qni autorisent, comme celui-ci, à conclure Vpi'il n'y a pas de véritable chronologie dans là Bible (1).
Ch. 12, V. 4-20, Salomon mort, le peuple se charge de lui faire une oraison funèbre, courte mais énergique, et qui honore Infiniment la mémoire du prince des sages. Ils viennent trouver ^1)oam, lui disant que son père à fait peser sur eux un joug très dur, et ils le prient respectueusement d'alléger un peu leur servitude. Roboam prend trois jours pour réfléchir. Il consulte 'd'abord des vieillards, qui lui conseillent la modération et la douceur; puis il consulte des jeunes gens, qui lui conseillent la dureté et Timpudence. C'est pour ce dernier parti qu'il se décide, et lorsque le peuple vient chercher la réponse à sa -requête, voici les gracieuses paroles qu'il entend de la bouche même de son roi, v. ii : « Mon père a rendu votre joug « pesant; mais moi j'y ajouterai encore. Mon père vous a châ- « tiés avec des verges; mais moi je vous frapperai avec des « fouets armés d'aiguillons ^. » Cette insolence va lui coûter cher. Lorsque son intendant des finances se présente pour percevoir l'impôt, il est accueilli avec une grêle de pierres, et Roboam lui-même est obligé de fuir. Dix tribus se séparent de Juda et forment le royaume d'Israël , sous la conduite de Jéroboam, cjui s'était révolté déjà du vivant de Salomon, et dont fusurpation doit paraître régulîèi^e et sainte aux yeux des Juiifs et des chrétiens, puisque c'était Dieu niême qui l'avait inspirée par l'entremise de son prophète Ahias (ch. 11, v. 26-40, et
(1) M. le pasteur Coquerel en fait l'avea presque à eliaque page de l'Essai historique et critique sur les dates de la Bible ^ qu'il a placé en tête de sa BiO' graphie sacrée^ Valence, 1837.
(2) D»3"ip3?a DDnK 1D»K ♦J^l
ch. 14, V. 7 et 8). Il y a, au sujet de ce scbismey une contradiction à noter. Au chapitre 11 , verset 32 et 36, Dieu déclare qu'il ne laissera à Roboam qu'une tribu, et au chapitre 13, verset 20, il est dit qu'en effet ce roi fut suivi par la seuk tribu de Juda. Mais, dès les versets suivants, 21-24, il est représenté comme régnant sur deux tribus, celle de Juda et celle de Benjamin.