‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 34 sur 96 · SAUVAGES, SES MIRACLES · texte numérisé non relu

SAUVAGES, SES MIRACLES

Livre 4, eh. 2, v. 23 et 24, de petits enfants, rieurs et évaporés comme on Test quelquefois à cet âge sans être arrivé pour cela aux dernières limites de la dépravation, rencontrent le prophète Elisée sur le chemin de Béthel , et se moquent de lui en l'appelant chauve. Cela était mal sans doute et méritait une petite correction. Que fait Elisée? Il les maudit au nom de Jéhovahj et aussitôt deux ours sortent de la forêt et déchirent à eux seuls quarante^mx de ces petits enfants (1).

Ch. 3, V. 19, il ordonne aux Israélites, qui vont marcher contre les Moabites, de couper tous les arbres fruitiers du pays ennemi, et il leur donne cet ordre au nom du même Dieu qui ailleurs (Deutéronome ^ ch. 20, v. 19) avait expressément défendu cet acte de sauvagerie. Il veut aussi que Ton tarisse les sources et que Ton couvre de pierres les 60115 champs. Les bons seulement ! quelle distinction délicate !

(1) Le traducteur français de la Bible protestante (Londres, 1842) ûdt de ces petits enfants des jeunes gens. Le mot D^^J73 du verset 23 est aocom-

pagné de Tadjectif D^3t3p qui signifie petits et ne peut se dire que d'enfants en bas âge. Il y a donc ici plus qu'une inexactitude de traduction; c'est une véritable falsification ayant évidemment pour but de pallier l'odieux de la conduite du prophète. L'abbé Du Clôt veut qu'il s'agisse ici àt petites gens, de personnes de la lie du peuple y et il les dit coupables du crime de lèse-majesté, puisque le gouvernement de la nation juive était théocratigtee, et que Dieu avait expressément ordonné de respecter ses prophètes, {La sainte Bible vengée, t. lY, Lyon et Paris, 1824.)

Le même prophète fait beaucoup de miracles dont plusieurs, chapitres 4 et 5, rappellent ceux d^Élie» son maître, et paraissent avoir servi de modèles à quelques-uns de ceux des Évangiles. Ceux du chapitre 5 présentent quelques traits d'immoralité, qui doivent être mentionnés. Elisée vient de guérir de la lèpre Naaman , un des grands officiers de la cour de Syrie. Celui-ci, dans un accès de dévote reconnaissance, veut emporter deux charges de mulets de la teri-e d'Israël ; il déclare qu'il n'y a de véritable Dieu que celui des Juifs, et que désormais il n'en servira pas d'autre. Seulement lorsque, de retour en Syrie, il accompagnera son roi dans le temple de Remmon, il se prosternera aussi devant l'idole et fera semblant de l'adorer, et il prie Elisée d'intervenir auprès de son Dieu pour qu'il veuille bien fermer les yeux sur ces actes d'hypocrisie. On s'attend à ce que le serviteur du Dieu jaloux s'indigne d'une pareille prière, et réponde qu'on ne peut pas servir ainsi plusieurs maîtres à la fois. Eh bien ! non. Le saint homme congédie gracieusement le courtisan , en lui disant d'aller en paix. Naaman part. Mais certains beaux présents qu'avait refusés Elisée, avaient tourné la tête à son serviteur Giézi. Celui-ci court après le Syrien, se dit envoyé par le prophète, et, au moyen d'un mensonge assez grossier, obtient de l'argent et de riches vêtements , qu'il vient cacher à la maison. Mais Elisée, qui sait tout, lui déclare alors qu'en punition de ce qu'il a voulu se procurer de la sorte de quoi acheter des champs d'oliviers, des vignes, des brebis, des bœufs et des esclaves des deux sexes, la lèpre de Naaman s'attachera à son corps, ce qui était juste, et à sa race, ce qui ne l'était pas, puisqu'il est évident pour quiconque n'a pas puisé ses principes de morale dans la Bible, que les enfants et les petits-

enfants d'un homme ne doivent pas porter la peiné de ses fautes. A Tinstant même le corps de Giézi devint blanc comme la neige.

Le prophète, qui vient de punir sévèrement le mensonge chez son serviteur, se permet lui-même un mensonge bi^ caractérisé et ayant pour but de tromper les soldats du roi de Syrie, mensonge d'autant plus inutile d'ailleurs que les Syriens venaient d'être miraculeusement frappés de cécité et réduits il l'impuissance de nuire> ch. 6, v. 48 et 19^

Afin sans doute de mieux faire ressortir le mérite du joiiiracle qui devait, au chapitre 7, mettre en fuite les Syriens assiégeant Samarie affamée, l'auteur sacré nous apprend, ail ch. 6^ Vb 25*29 , que des femmes mangeaient leurs enfants , et qu'on vendait une tête d'âne 80 sides dargent^ et le quart d'une mesîm de fiente de pigeons 5 sicks ^argent (1). Que pouvait-on Éaiire, en temps de famine, de la fiente de pigeons pour la payer ce prix? C'est une question qui a causé aux interprètes de cruelles insomnies. L'historien Joseph dit que les assiégés s'en servaient au lieu de sel (2), comme si, en temps de famine, la grande affaire était de se procurer des condiments pour aiguillonner l'appétit. Le savant hébraïsant Bochart se moque de celte explication; il trouve qu'elle ne manque pas de sel, et ajoute à ce jeu de mots des réflexions de même goût (5). Il

(1) Dans le grec, la tête d'âne ne se venà que cinquante sicles, KefaX^ ovw yrevryfKovTA otpyvpiov,

(2) *AyT2 aAwv. Ç Kpx3iio>Jûyiot.^ livre 9, ch. 4.)

(3) « Qaamvis agnoscam in eo non déesse salem, tamen si excrementitio È sale iis utendum erat, nemo est qui nesciat in urinâ multb plus essé salis et « faciliùs elici et minori coin fastidio. Ut nihil opas faerit tanti emere quod

PREMIÈRE 3EGnON. — CHAPITRE MU. 145

fait ensuite use longue diss^tation, tend&nt à prouver qu'il i^e s'agit pas ici de véritable %iite de pigeons, mais bien d'we espèce de pois chiche, ainsi appelé par métaphore. Il démontre» ce qui était asse? inutile, que ia fiente de pigeon est un puis-i sant engrais mais un détestable manger , et qu'il serait impos? sible de s'en nourrir même en temps de famine. Gesenius n'est pî^ de cet avis; il veut qu*oa prenne littéralement h teinte sacré (1).

Parmi les miracles d'Elisée, il en est qui surpassent peutêtre ceux des Évangiles, celui-ci par exemple. Le prophète ^t mort et enseveli. Un au^e mort, qui avait touché seule-r ment son cadavre, se dresse à l'instant sur ses pieds, ch. 13, y. 20 et 31. Jésuç, quoique fils unique de Dieu , n'ira pas jusque-là : une fois dans la tombe, U se contentera d'en sortir, mais n!en fera plus sortir personne.

§ 8. r^ JÉHU BXTERMINB LA FAMILLE d'aCHAB, ET MASSACRE

Page 1