‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 37 sur 96 · H. — EXTERMII^ATION DE 185,000 ASSYRIENS. H0R1.0GE · texte numérisé non relu

H. — EXTERMII^ATION DE 185,000 ASSYRIENS. H0R1.0GE

n ACHAZ. FAIBLESSE d'ÉZÉCHIAS.

Le roi de Juda, Ézéchias, est assiégé dans Jérusalem par l'armée des Assyriens; mais il est sauvé par un ange qui, pénétrant nuitamment dans le camp ennemi, tue à lui seul 185,000 hommes, ch. 19, v. 35. L'armée assyrienne fut-elle exterminée tout entière ou en partie seulement? Dans ce dernier cas, pourquoi les uns plutôt que les autres, et pourquoi l'envoyé céleste s'arrêta4-il en si beau chemin? S*il employa des m^ens surnaturels, pourquoi enveloppa-t-il son miracle des ténèbres de la nuit? S'il opéra par des moyens naturels, quds fiirent-ils? Sur toutes ces questions le narrateur sacré est muet.

Débarrassé de Sennachérib, Ézéchias tombe gravement malade. Le prophète Isaïe lui annonce qu'il n'a plus que le temps de mettre ordre à ses affîaiires. Ézéchias se répand en supplications et en pleurs. Touché de ses larmes, Jéhovah lui fait dire qu'il lui donne encore quinze ans à vivre. On ne s'attendait pas à ce retour. Le roi lui-ménoie est si surpris qu'il demande un signe

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(1) M. Cahen voit dans ces contradictions une preuve de rédaction du ch, 17, bien postérieure au reste du livre. (Note du y. 34, tome VIII, Paris, 1836 ) T. II. 10

comme garantie de sa gucrison miraculeuse. Le prophète lai donne le choix de voir avancer ou rétrograder Tombre de dix degrés. Ézéchias répond qu il est facile de faire avancer Tombre; il préfère la voir rétrograder de dix degrés, et, sur l'ordre dlsaie, Tombre de l'horloge d'Achaz rebrousse chemin, ch. 20, v. 1-H. (Voir aussi le livre de Y Ecclésiastique ^ ch. 48, v. 26.) Dieu annonçant à un homme qu'il a bien juste le temps de mettre ordre à ses affaires, et se compromettant ensuite au point de lui accorder encore quinze ans de vie, parce qu'il l'a -entendu pleurer! Dieu troublant l'harmonie des corps célestes pour l'amusement d'un roi qui trouve trop facile d'accélérer la marche du temps! Que dire de pareils miracles? Le dernier rappelle celui que Josué avait déjà opéré, et donne lieu aux mêmes réflexions (1). Mais il y a ici une circonstance particulière et qui ne se rencontre pas dans le miracle de Josué. Isaie donne à Ézéchias le choix de voir l'ombre avancer ou rétrograder de dix degrés. Évidemment l'horloge d'Achaz devait être une horloge solaire, puisque c'était au moyen ^de l'omftr^, projetée sans doute par un gnomon ou par quelque autre corps, et passant successivement sur des degrés^ que la progression du jour y était indiquée ; et d'ailleurs, au chapitre 38, v. 8, d'haïe, où le même miracle est raconté, il est dit que le soleil rétrograda de dix degrés. Mais quel était le nombre des degrés de cette horloge, et était-elle construite, comme nos cadrans solaires, d'après le principe de la division en 24 heures, de la période de temps appelée révolution diurne? Sur ce point le texte est muet. Quelques docteurs, entrevoyant fort bien les conséquences que l'on pourrait tirer de leur sentiment à cet

(1) Voir plus haut, cli. 6, § 2.

PREMIÈRE SECTION. — CHAPITRE Vlll. 151

égard, ont dit que sur l'horloge d'Achaz pouvait être tracé un nombre de lignes ou de degrés beaucoup plus considérable que celui de nos cadrans solaires. Si le texte n'autorise pas celte supposition, il n'a rien non plus qui la contredise. Mais d'autres docteurs, moins clairvoyants, ont pensé et dit tout simplement que les lignes de l'horloge d'Achaz indiquaient, comme celles de nos cadrans solaires, les périodes de temps que nous appelons heures ^ et qu'ainsi Isaie avait donné à Ézéchias le choix de voir le jour rétrograder ou avancer de dix heures. Cette interprétation Jette dans un embarras inextricable; car il s'ensuit que le soleil aurait pu se trouver en même temps au dessus et au dessous de l'horizon de Jérusalem. Cette ville est située par 31 degrés, 46 minutes, de latitude septentrionale. Or, à cette latitude, le plus long jour de l'année n'est que de 14 heures et quelques minutes. Admettons, que les choses se soient passées ce jour là même. Admettons encore qu'il était midi, quand Isaïe offrit à Ézéchias de faire avancer ou rétrograder l'ombre du cadran solaire de dix lignes, c'est à dire de dix heures. Mais il fallait pour cela que cette ombre pût rétrograder jusqu'à 2 heures du matin ou avancer jusqu'à 40 heures du soir. Or jamais, à pareilles heures, on n'a vu le soleil à Jérusalem, puisqu'il ne s'y lève dans les plus longs jours, que vers 5 heures, et s'y couche vers 7 heures. Veut-on qu'il fût moins de midi? Mais alors il fallait pouvoir faire rétrograder l'ombre du cadran jusqu'à plus de 2 heures du matin. Veut-on qu'il fût plus de midi? Mais alors il fallait pouvoir faire avancer l'ombre jusqu'à plus de 10 heures du soir. En supposant donc qu'il fût moins ou plus de midi, on ne ferait qu'augmenter la difficulté. On l'augmenterait encore en supposant que les choses se fussent passées à toute autre

époque de Tannée qu'au solstice d'été. Ceux donc qui pensent que les dix degrés dont Isaïe offre de faire avancer ou rétrograder Fombre d'un cadran solaire, placé à Jérusalem, correspondent à dix heures de même espèce que les nôtres, ne s'ap^- ^ivent pas que les données mêmes de cette merveille se contredisent entre elles. Mais je le répète, le narrateur sacré, en gardant le silence sur le nombre des degrés de l'horloge solaire d'Achaz, ne nous oblige point à ajouter au miracle cet ornement dont il se passe du reste fort bien. Au chapitre 38 <i'/Mtïe, il n'est pas dit comme au chapitre 20 du 4°*^ livre des RoiSy que le prophète donna à Ézéchias le choix de voir avancer ou rétrograder l'ombre de dix degrés, mais seulement que l'ombre rétrograda de ce nombre de degrés. Cette version évite l'énorme difficulté dout je viens de parler. Le Maistre de Sacy était de ceux qui pensent que les lignes de l'horloge d'Achaz indiquaient les périodes de temps que nous appelons des heures. II semble donc avoir cherché à ruser avec ses lecteurs, en ajournant ^u chapitre 38 d'Isaïe la réflexion suivante, qu'il devait naturellement placer au chapitre 20 du ^me liypg jgg j^Q^g^ Q^^ d'après l'ordre de succession établi

par son église entre les divers livres de la Bible , figure pour la première fois le miracle en question : a Ainsi ce jour aura « été plus long de dix heures que les autres jours, si la « rétrogradation du soleil s'est faite en un instant. Que si € elle s'est faite successivement, ce jour aura eu vingt heures « de plus que les autres (i). »

Le roi de Babylone envoie des présents à Ézéchias, v. 12-19,

(1) La sainte Bible , note sur le v. 8 du ch. 38 d'Isate, tome H, Paris,

en le félicitant sur son rétablissement et peut-être aussi sur ce qu'il est assez heureux (ne serait-ce pas plutôt assez malheureux qu'il faudrait dire?) pour connaître d'avance l'époque précise de sa mort, époque que la Providence, dans sa bonté, a cachée aux autres hommes. Le roi fait à ses hôtes les honneurs de son palais et leur montre complaisamment tout ce qu'il possède de beau et de précieux. C'était une faiblesse, très commune aux enfants et aux rois : c'était même, si l'on veut, une maladresse; mais ce n'était pas un crime. Cependant le prophète Isaïe vient lui annoncer que tous ses trésors lui seront enlevés, et que ses enfants mêmes seront eunuques dans le palais du roi de Babylone; de quoi Ézéchias le remercie comme d'une bonne nouvelle, v. 19. Des interprètes ont vu dans cette réponse du roi une formule de résignation et non de contentement. J'admettrais cela rigoureusement sans les paroles qui suivent, et qui expriment un motif de satisfaction personnelle et nullement de résignation : « Pourvu que la paix € et la stabilité régnent pendant ma vie (1). » Cela semble dire : « Pourvu que les désastres qui me sont annoncés ne « m'atteignent pas dans ma personne , s'ils ne regardent que

. (1) ^a^2 n^n^ nom D1*?ï;"DK L'auteur de la Vulgate, qui avait traduit ces mots par SU pax et veritas in diebus meis^, s'est tenu plus près du sens véritable en traduisant ainsi le texte presque identique à'Isaïe, ch. 39, V. S : Fiat tantùm pax et veritas in diebus meis. « Ce tantùm laisse au moins en évidence les sentiments égoïstes d'Ezéchias. La Bible polyglotte a rétabli ce mot dans lé v. 19 du ch. 20 des Rois (tome II, Paris, 1629). Je ferai enfin observer que Fexpression HON signifie également veritas et siàèilitas, mais que, d'après le sens général de ces deux passages, elle devait j être rendue par staèilitas.

« mon peuple et mes enfants, je n'en demande pas davan- < tage. » Je ne sais si c'est parler en homme pieux; mais assurément ce n'est parler ni en bon roi ni en bon père.

§12. — DÉCOUVERTE d'uN LIMŒ DE LA LOI. JOSUS MASSACRE

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