‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 45 sur 96 · T 'VT -T · texte numérisé non relu

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n'^py Ilavomif sont évidemment employés comme noms propres, et l'on ne voit pas pourquoi saint Jérôme a préféré les considérer comme participes, et donner cette étrange traduction : » Verba congregantis, filii vomentis », Paroles de celui qui assemble, fils de celui qui vomit. Le Maistre de Sacy a pris sur lui de rendre vomentis par de celui qui r^nd les vérités, {La sainte Stèle, tome II, Paris, 1717.) Dans le grec, le 1er verset commence par ces paroles, qui h*ont absolument aucun rapport avec cdles de Thébreu : Toùç èfiuùç Arfyoïv? vts^ yo«i}ftfr/, ico? ^^dfxsvoq aÙToùç fisrxvôst^ Mon fils, redoute mes paroles, et après les avoir reçues, r^as-toi.

lîM) SECONDE PARTIE.

leuQÇ, venant à le corrompre, ne le fasse renier Dieu, et que la misère ne le pousse à voler et à blasphémer.

Tout cela mérite d*étre loué sans réserve. Il n*en est pas de même de ce qui suit.

Le ch. 3, V. 7 et 8, le eh. 9, v. 10 et 11, et le ch. 10, v. 27, recommandent la crainte de Dieu, et promettent la santé et de longs jours à ceux qui éprouveront ce sentiment. Assurément il est salutaire de redouter les châtiments que la justice divine réserve aux mauvaises actions. Mais d*abord ce ne doit pas être en vue d'obtenir des avantages temporels. En second lieu, comme la justice divine récompense le bien aussi nécessairement qu'elle punit le mal, elle doit être pour nous un sujet d'espérance en même temps qu'un sujet de crainte. Il ne faudrait donc pas se borner à recommander de craindre Dieu ; car

la crainte seule ne peut lui donner pour adorateurs que des esclaves : il faudrait encore et surtout inspirer l'amour de Dieu et recommander la confiance en son infinie bonté. Or c'est ce dont ne se met pas en peine l'auteur des Proverbes; car il veut une crainte qui ne saurait rien avoir de méritoire, une crainte semblable à celle qu'inspirent à leurs plus vils serviteurs les puissances de ce monde. Qu'on en juge par cette recommandation du chapitre 24, v. 21 : « Mon fils, crains Jéhovah et le « Roi. » Dieu se trouve ainsi placé sur la même ligne que le roi (1). Au chapitre 28, v. 14, on lit ces mots : « Heureux

(1) *7hn) ^ym nin^TlK K*1^ Dans le grec, le rapprochement est

encore plus étroit et Tassimilation plus intime. Dieu et le roi j agissent de concert, et peu s'en faut qu'on ne les identifie : ^oCov rày ôeôv, w^, xeù CoffiXécCy KM fjc>i^è STépcp aÙTUv à7rei0tj(T\]ç' f f Jt/j>yjfç *}àp rhcyrxt roùq ào-c^v, t5s' ^è Tifiapiaç kfifo^épusy rlç jy^irou ; (v. 21 et 22.)

« rhomme qui tremble perpétuellement (1)! » Cette apologie de la peur est conséquente avec toutes les recommandations que Ton vient d*entendre. Mais on ne saurait trop s^étonner de la rencontrer dans le même chapitre où il est dit, v. V% que le méchant fuit sans que personne le poursuive, et que le juste au contraire est semblable au lion qui a le sentiment de sa force. Voilà de magnifiques images. Mais, pour les concilier avec le V. 14, il faudrait conclure que, dans la pensée de Tauteur sacré, c'est Timpie et non le juste qui est heureux. Assurément ce n'est pas là ce qu'il veut dire ; mais il ne tient pas à lui qu'on ne le croie.

Le ch. 3, V. 9 et 10, prescrit d'honorer Jéhovah des prémices de tous les produits, et promet en échange des greniers pleins de fruits et des pressoirs regorgeant de vin. C'est un abrégé du système religieux et moral , établi par Moyse et sur lequel je me suis étendu ailleurs (1).

Au ch. 7, V. 5-23, Salomon, traçant le portrait d'une femme impudique, semble prendre plaisir à accumuler les détails. Considéré uniquement comme œuvre d'art, ce portrait est admirablement tracé, et l'on voit que le peintre avait profondément étudié son sujet. Mais il s'agit bien de se montrer artiste dans un recueil de préceptes moraux ! De pareils pein-

(1) n^Dn nnSD mS ^*l\rK VoUà une maxime qui doit être en grande yénération cliez les disciples , d'ailleurs si respectables à beaucoup d'égards , de Georges Tox. Notons ici un curieux exemple d'amendement des textes. Un savant Israélite traduit ainsi ces mots : « Heureux l'homme qui craint toujours de mal faire, w {Proverbes de Salomon, traduction philologique par M. Franck, Paris, 1855.)

(1) Voir plus haut, ch. 4, § 4, et ch. 5, § 5.

tures, quelque ressemblantes qu'elles soient et précisément parce qu^elles sont très ressemblantes, sont fort déplacées en pareil lieu. L'expérience dit qu*il est fort imprudent de souiller l'esprit d'images impures sous prétexte d'inspirer l'amour du bien, et qu'en prétendant mener à la vertu par cette voie, on mène très souvent à un but tout opposé.

Le ch. 15, V. 24, le ch. 23, v. 13 et 14, et le ch. 29, v. AS y recommandent aux pères de témoigner leur tendresse si leurs fils et de leur inspirer la sagesse à coups de fouet. Cest un système d'éducation et de perfectionnement moral, que l'on commence heureusement à abandonner comme amoindrissant et compromettant l'autorité paternelle au lieu de la fortifier et de la faire aimer. On peut se montrer justement sévère dans l'éducation des enfants, on peut même dans quelques cas exceptionnels et qu'il faut chercher à rendre le plus rares possible, employer la force et la correction physique pour contraindre à une obéissance nécessaire et que le langage de la raison, d'abord employé et complètement méconnu, n'a pu obtenir. Mais tout cela doit se faire sans qu'on se livre à des actes de brutale colère, et loin qu'un sage doive exciter à de pareils actes, qui échappent déjà trop souvent à l'impatience humaine, il doit au contraire conseiller à un père de veiller sans cesse sur lui-même afin de les empêcher de naître. Au ch. 26, V. 3, l'auteur recommande également de fouetter les sots. Mais, dès le chapitre suivant, v. 22, il se charge luimême de nous apprendre que son procédé est au moins inutile, en nous faisant observer très justement que, quand on pilerait un sot dans un mortier, on ne lui ôterait pas sa sottise.

Le ch. 23, v. 1-3, nous apprend comment on doit se comporter à la table des grands : « Considère attentivement ce qu»

€ est devant toi^ mets un couteau dans ton gosier si tu « es msdtre de ton àme , ne désire pas de ses mets délicats, « car c*est un pain de mensonge (1). » Le lecteur se représentel-il bien la figure que ferait un convive étudiant tous les mets et observant le jeûne le plus sévère ? Il n'est que trop vrai que Ton mange souvent à la table des princes un pain de mensonge; mais je voudrais qu après avoir fait cette sage observation, on se bornât à conseiller de ne point rechercher la fréquentation des grands. Quant à celui qui a consenti à aller les

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traducteur grec ne parle ni de couteau ni de gosier mais d'une main qui

doit se porter on ne saurait dire où, 'ET/o-aXAf rÇy xetpx (tov, et il ajoute ces mots qui n'ont rien de correspondant dans le texte hébraïque, "EMç cri toixut:^ (T6 tfsH rapocffxevdffatj Sachant qt^ilfâut qm iupr^ares dépareilles choses. Puis il traduit T]T\H ^Q3 7j7S*DK, Si tu es maître de ton dme, par 'E/ êè ctTThfjTOTepoç et , Si tu es plus insatiable ^ faisant ainsi un contre-sens d'autant plus choquant qu'il lie ces derniers mots aux suivants M^ èpriùô/zsi twv êih<TfjMTccv «uToy, Ne désire pas de ses mets. Les traducteurs de la Bible anglicane {The holy Bible , Oxford, 1843) ont rendu le verset 2 par Fut a hnife to fhy throat ifthou be a mangiven to appetite. Mets un couteau dans ton gosier si tu es un homme livré à V appétit. Le traducteur français de la Bible protestante (Londres, 1842) a rendu ce même verset ^9X Autrement tu te raettras le couteau h la gorge si ion appétit te domine. Voici enfin une traduction non moins fautive que les précédentes : » Si tu as. de la fermeté dans l'âme, tu sauras dompter ton frppétit, » (Proverbes de Salomon , traduction philologique par M. Franck.) Saint Jérôme est le seul qui ait rendu exactement les singularités de ce passage. On conçoit que des traducteurs, placés devant de pareils textes, soient ♦entés d'y substituer autre chose ; mais, s'ils cèdent à cette tentation, ils ne traduisent plus, ils falsifient.

trouver et qui, actuellement assis à leur table, est inyftë à faire ce que Ton fait h table, le moment serait mal choisi pour se livrer à de pareilles réflexions; et en supposant même qu'il prit bien son temps, tout au plus serait-il autorisé à se lever de table et à se retirer. Mais rester là dans la posture la plus étrange! J'aurais bien voulu voir comment le roi Salomon, qu'on nous donne pour l'auteur de semblables règles, eût traité celui qui les eût appliquées à sa table.

Le ch. 24, v. 17 et 18, défend de se réjouir du mal d'un ennemi, de peur que Dieu ne détourne de lui $a colère. Le ch. 25, V. 21 et 22, prescrit de bien traiter son ennemi, pour amasser des charbons ardents sur sa tête (Voir aussi saint Paul , Épître aux Romains, ch. 12, v. 20). Les préceptes sont excellents, mais les motifs en sont détestables. Si Dieu devait attendre, pour délivrer nos ennemis de leurs maux ou pour les leur conserver, que nous nous en réjouissions ou que nous y compatissions, il aurait là une bien mauvaise besogne. Et si, en faisant du bien à nos ennemis, nous étions mus par le désir d'accroître leur culpabilité, au lieu de l'être par des principes réels d'humanité et de bienveillance, cela reviendrait à faire du bien ostensiblement dans le but secret de faire du mal; ce serait une affreuse hypocrisie.

Le ch. 27, v. 16, compare l'homme qui retient une femme querelleuse à celui qui voudrait retenir lèvent (1). La comparaison est jolie. Mais cela était facile à dire à Salomon, qui

(1) ni*V*îBX n^3BX Le traducteur grec a vu dans ces mots que

Borée était un vent rigoureux, 'Bcpéxq (rxXijp^ k-jsfjioç» On retrouve la même idée dans la paraphrase chaldaïque. (Bible polyglotte, tome III, Paris, 1629.)

avait 700 femmes et 500 concubines (5* livre des Rois, ch. H , V. 3). Lorsque la loi défend avec raison à un homme d'avoir plus d'une femme, et que, surpassant en sagesse le prince des sages, il s'en tient véritablement à une seule, lui est-il loisible de s'en séparer, parce qu'il ne la trouve pas plus parfaite qu'il ne l'est lui-même, parce qu'elle est, par exemple, d'humeur acariâtre? Et quand il en aurait le pouvoir, ferait-il bien d'en user? Qui oserait dire qu'en pareil cas, la patience et la résignation ne soient pas de meilleurs remèdes au mal? Comment donc ne pas s'étonner de trouver, dans un livre de morale, le conseil de recourir alors à un moyen extrême et d'ailleurs impraticable dans le plus grand nombre des cas ?

Enfin le chapitre 30 contient les questions les plus étranges et les plus déplacées. Aux versets 15 et 16, l'auteur énumérant diverses choses qu'il dit insatiables , en désigne une sous une image obscène (1). Aux versets 18 et 19, parmi les choses qu'il lui est difficile d'expliquer, il y en a une qui ne peut être traduite en français (2). Au verset 20, il fait sur la femme

(1) Dn*l *iyyi Saint Jérôme a rendu cette image encore un peu moins chaste qu'elle ne l'est dans l'original, en traduisant par os vvlva. Il fallait conclusio vulva pour vuha conclusa (sterilii). Le traducteur grec a fait un

autre contre-sens : ^^Bpooç '^vycuxèg, H y a entre les deux traductions la distance qui se trouve entre un sentiment qui peut être pur et les grossières satisfactions d'un appétit sensitif . Mais la traduction grecque n'est pas plus exacte que celle de la Vulgate. Le livre des Proverbes est peut-être au reste celui où le grec s'éloigne le plus de l'hébreu. Les différences sont tellement nombreuses et considérables qu'il faudrait, pour les noter, entrer dans de très longs détails qui seraient fastidieux et peu instructifs.

(2) nD/JjS *13il Tni Les traducteurs grec et latin ont faussé le

tlMi SECONDE PARTIE.

sidultère cette plaisanterie d'assez mauvais goût : < Elle « mange, s'essuie la bouche et dit : je n*ai pts fait de € mal. »

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