ECCLÉSIASTE ET CANTIQUE DES CANTIQUES
Le livre de ÏEcclésiasle, attribué à Salomon, est d'un bout à l'autre et particulièrement ch. S, v. 14-17 et 90-24; ch. 3, Vv 18-22; ch. 4, v. 1-3; ch. 5, v. 17; ch. 6, v. 8; ch. 7, v. M, 12, 15 et 16 (v. 12, 13, 16 et 17 dans le grec et le latin); ch. 8, v. 14-17; et ch. 9, v. 2, 3, et 5-12, un plaidoyer en faveur de Tépicuréisme et du matérialisme. On trouve, il est vrai, dans ce même livre, quelques rares maximes plus saines et en opposition si évidente avec les autres qu'on est tenté de les attribuer à des auteurs dififérents. Que peut-on imaginer de plus ouvertement matérialiste et de plus hostile à toutes les idées de bien et de mal moral, de mérite et de démérite que ces paroles? « // m*arrivera ce qui arrive à tinsensé; pourquoi « alors ai'je été plus sage? » ch. 2, v. 15 (1) « Que résulte-t-il « pour l'homme de tout son travail et de toute la peine de « cœur qu'il a endurée sous le soleil? » v. 22 < La destinée « des enfants des hommes est la même que celle de la bête... « ils ont tous un même esprit, et l'homme n'a point d^avantage
sens de ce passage, en rendant flD /^JS par 'Ev veoTiJTi et J» adolescentiéf.
(1) in' îN »iN ♦nnsn nB^^ »3ip> »3«-d-) '?»03n rr\îiî:i:
•• T •— • •:~T tt: •..i.. <— . mm «.— ,,f. . ■
% sur la béte, » Ch. 3» v. 19 (1). Qu'est-^e que le sage a de
< plus que l'insensé? » Ch. 6, v. 8 (â). « /{ n'y a de bon pour ç l'homme sous le soleil que manger, boire et se réjouir. » Ch. 8, V. 15 (3). « Les vivants savent qu'ils^lnourront , mais les i^orts
< ne savent rien. » ch. 9, v. 5. « Tout ce que ta main trou- « vera à faire avec ta force fais-le ; car il n'y a ni action ni « pensée ni science ni sagesse dans le tombeau où tu vas. ^ Y. 10 (4). Comment concevoir que ces maximes et beaucoup d'autres qu'il serait trop long de citer, aient été tracées par la main qui aurait écrit ces paroles spiritualistes du verset 7 du chapitre 12? «La poussière retournera à la terre comme elle % était, et Tesprit reviendra k Dieu qui Ta donné. » Au surplus ce sont ces dernières paroles plutôt que les premières qu on doit s*étonner de rencontrer dans un livre qui aurait été écrit par Salomon. En efifet le matérialisme et Fépicuréisme sortent de tous côtés de la législation mosaïque. Nous avons vu que,
(1) pK nnnan-rD msn *iniDi SâS nnx nm (3) S^û^n-ro ù2rh •)n"i»-nD
(3) nSmh^ '?5î<'?"D> »3 lànwn nnn dix'? niû-rx
••••• •• Ti» w
Le roi libertin François 1er appliquait très exactement ce verset, lorsqu'il disait dans le drame le Boi s'amuse de Victor Hugo :
» Aimons et jouissons, et faisons bonne chère. « Je pense là dessus comme feu Salomon. «
(Acte 4, scène 2.)
(4) nnK yifn hiiw^ nnani njm T)yt}n rvv:jo ps
dans le Pentaleuque, il n*y avait pas un mot sur rimmatérialité de Tâme ni sur sa persistance pour un autre ordre de choses. Toutes les idées d*un véritable Juif, d'un Juif conséquent dans sa doctrine religieuse, devaient donc se renfermer dans la vie présente et s'attacher aux jouissances qu'elle peut procurer. L'auteur du livre de YEcclésiaste, en disant que les justes ne sont pas plus heureux en ce monde que les méchants, donnait, il est vrai, un démenti à Moyse qui avait assuré que les bons seraient comblés sur cette terre de tous les biens temporels, et que les pervers seraient au contraire accablés de tous les maux ; mais en cela il énonçait un fait qui frappe tous les yeux. Dès lors il était naturellement amené à conclure que la condition de l'homme est absolument la même que celle de la brute, et que la sagesse et la science, ne servant plus de rien au delà de la tombe et étant en dernier résultat aussi vains que la folie et l'ignorance, ce qu'il y avait de mieux à faire était de manger, de boire et de jouir. Je le répète, voilà ce que devait penser et dire un Juif qui n'avait aucune idée d'une autre vie et qui ouvrait dans celle-ci des yeux clairvoyants. Les maximes qui tout à l'heure nous révoltaient par leur immoralité, sont donc, malgré leur contradiction avec d'autres doctrines du même livre de YEcclésiaste, ce qu'il y a de plus logique dans les écrits hébraïques et ce qui doit le moins nous étonner.
Au chapitre V% v. 13, l'auteur, après avoir dit qu'il s'est appliqué à la recherche de la science et qu'il s'y est appliqué, non point avec une curiosité indiscrète ou téméraire, mais avec sagesse (1), ajoute que ce désir d'acquérir de la science est en
(1) HD^na
soi une chose mauvaise et un don funeste que Dieu a fait aux hommes (1). Cette assertion impie est parfaitement conséquente à la doctrine juive et chrétienne, qui a fait du désir de la science le premier crime de Thumanité et la source de tous ses maux.
Enfin y au chapitre 7, v. 28 (v. S9, dans le grec et le latin), l'auteur dit quMl a trouvé un homme entre mille, mais qu't'I n'a pas trouvé une femme entre toutes. Ce dernier trait est une odieuse brutalité, qui ne doit pas du reste nous étonner de la part du Prince à qui Ton attribue ces paroles. M'oublions pas le témoignage du 3"* livre des Rois, ch. H, v. 1-3, sur les mœurs dissolues de Salomon. Les plus libertins sont toujours ceux qui disent le plus de mal des femmes, après qu'ils en Ont corrompu le plus grand nombre possible et qu'ils en ont le plus exploité toutes les faiblesses.
Le Cantique des cantiques ^ également attribué à Salomon, est un poème où abondent les peintures lascives et les images voluptueuses. Les chapitres 3, 4, 5, 6 et 7 y sont tout à fait intraduisibles dans notre langue. Chez les chrétiens on peut les lire dévotement : il suffit pour cela de penser que ce sont autant d'allégories qui figurent les amours de Dieu avec l'Église (3); moyennant ce préservatif, les sens sont en parfaite sûreté et l'imagination peut se donner carrière. Les Juifs, pour qui le Cantique des cantiques a été composé, n'avaient pas cette ressource : aussi a-t-on dit qu'il leur était défendu de lire avant
(1) D^nSx înp jn \i:v wn
(2) Saint Jérôme appelle le Cantique Sanctarum nuptiarum dulce epUhakt" minm, [Epistola 50 ad Faulinmi, tome IV, Paris, 1706.)
SECONDE PAHTIE.
Tàge de 30 ans ce prétendu ebant sacrée où Oiea, qui s*y fût trouvé en fort mauvais lieu, n*est pas nonuné une seule fois, ot qui n'est pas meilleur à lire à 30 ans qu*à 20.
§ 3. -r-^ SAGESSE ET ECCLÉSIASTIQUE.
Le livre de la Sagesse (1) est le premier des livres de rAncien Testament qui parle expressément, en termes dignes el inteUn gibles, de la vraie immortalité, de celte de Fàme, de c^te <pii s'acquiert par Taccomplissement de toute justice^ ch. % y. 23; ch. 3, V. i^; ch. 5, v. 16, et ch. 15, v. 3. On y rencpatre d« généreuses pensées : par exemple, le ch. 11, v. 24» âS (^ %1% et le ch. 12, v. 2 et 16, proclament FinépuisaMe bonté de Dieu, et semblent repousser le dogme impie de Fétemité des peines, et admettre celui de la réhabilitation de toutes les âmes par la purification des épreuves (2). Mais on trouva dans k livre de la Sagesse^ soit dans les chapitres mêmes que je vi^ous de citer soit ailleurs, bon nombre d'idées qui ne sojat plus ^ parfaite harmonie avec celles-ci. Les derniers ehi^pitres surtout (ont disparate avec les autres.
(1) Saint Jérôme Ta traduit du grec, en déclarant qu'il n'existait pas dans riiébreu, et que d'anciens écrivains l'attribuaient au philosophe juif Philon : • Apud Hebrœos nusquam est ; quin et ipse stylus grœcam eloquentiam redo- « let, et nonnulli scriptorum veterum hune esse judœi l^ilonis afiSrmant. » {Prafatio in libros Sahmonis, tome 1er, Paris, 1693.)
(2) J'ai cité ces passages des chapitres 11 et 12 du livre de la Sagesse dans une note du chapitre 9 de la Ire partie, tome V, page 311,
Le livre de Y Ecclésiastique (1), qui porte le nom de Jésus, fils de Siracb, nous fait retomber en plein dans les idées juives.
Ch. 7, V. 26, il est défendu à un père de montrer à ses filles un visage gai (2). Ch. 30, v. 1, 9 et 10, il lui est recommandé, s'il aime son fils, de le fouetter assidueinent(S)yei il lui est interdit de jouer et de rire avec lui. Nous avions entendu déjà Fauteur du livre des Proverbes préconiser ce système d'éducation.
Ch. 12, V. 4-7, il est ordonné de se montrer dur et sans pitié envers les pécheurs, parce que Dieu les hait et se vengera d'eux (4).
Ch. 36 (33 dans le grec et le latin), v. 2, 3, 8 et 9, les malédictions et les fureurs de Dieu sont appelées sur les nations étrangères.
On ne s'attetid guère à ce que l'auteur d'un livre où l'on rencontre de pareilles recommandations, ait entrevu quelqu'un de ces préceptes que mn compatriote et homonyme, Jésus, fils de Marie, mettra plus tard en lumière. Il en a entrevu pourtant. On voit, au ch. 28, v. 1-11, de bonnes et sages recommandations, contrastant avec celles que j'ai citées tout à l'heure, et par lesquelles il conseille le pardon des injures et condamne la vengeance.
: — JS ^
(1) Saint Jérôme Ta traduit de l'hébreu : je citerai sa traduction à défaut de Toriginal qui n'est pas venu jusqu'à nous.
(3) • Non ostendas hilarem faciem tuam ad illas. •
(3) • Qui diligit filium suumassiduat illi flagella. «
(é) • Quonîam et altissimus odio hs^bet peccatores et impiis reddet vin- » dictam. •