ZACHARIE, FILS DE BARAGHIE , TUÉ ENTRE LE TEMPLE
ET L ALTEL.
Dans Matthieu, ch. 23, v. 35, Jésus reproche aux Juifs d'avoir versé le sang de Zacharie^ fils de Barachiey qu'ils ont tué entre le temple et l'autel. Où trouver ce personnage dans l'histoire juive? C'est là un sujet de grande controverse. On rencontre bien, au 2*" livre des Paralipomènes, ch. 24, v. 20-22, un prêtre, du nom de Zacharie (i), lapidé dans l'atrium du temple par l'ordre du roi Joas ; mais il est dit fils de Joïada et non de Barachie. On a supposé que Joïada avait un second nom; mais ce n'est là qu'une supposition que rien n'autorise
(1) Il est appelé Azarias dans le grec.
à réaliser. Ailleurs on trouve deux Zacharies, fils de Barachies. Le premier est un de ces témoins que prend Isaïe quand il s'approche de la prophétesse, ch. 8, v 2. L'autre est le prophète Zacharie, l'un des douze petits prophètes, ch. 1^', v. 1 et 7. Mais on ne voit nulle part que l'un ou l'autre ait été tué entre le temple et l'autel. Le dernier prophétisait du temps de Darius; or, à cette époque, l'ancien temple de Jérusalem était détruit depuis longtemps. On a dit que Jésus avait voulu parler de Zacharie, père de Jean-Baptiste, et l'on a supposé que ce Zacharie avait été mis à mort par le roi Hérode ; mais, outre que Zacharie, père du Précurseur, n'est point appelé fils de Barachie, cette supposition, relative à sa mort, ne s'appuie sur rien. Joseph rapporte, dans son histoire de la guerre des Juifs contre les Romains, livre 4, ch. 19, qu'il y avait à Jérusalem un personnage illustre et de grande autorité, nommé Zacharie^ fils de Baruch, et que les zélateurs assassinèrent dans le temple même. Malgré la faible distance du nom de Baruch à celui de Barachie, distance aisément franchissable tandis que celle de Joïada à Barachie ne l'est pas du tout, des Zacharies que nous venons de passer en revue, ce serait encore à celui-là que s'appliquerait le mieux l'ensemble du texte de Matthieu. Mais l'événement rapporté par Joseph avait lieu l'an 67 de notre ère, c'est à dire assez longtemps après l'époque que les chrétiens assignent aux prédications de Jésus. A prendre le texte de l'Évangile de Matthieu, tel qu'il nous est parvenu, il y a donc ici une erreur évidente de nom. Cette erreur n'existait pas dans l'Évangile des Nazaréens, où saint Jérôme nous apprend qu'au lieu de fils de Barachie, on lisait fils de Joïada (i),
(1) n In evangelio quo utuntur Nazareni, ^ro filio Barachia ^ fiVmm
en sorte que, dans TËvangile de ces seetâires, le prophète dont parle Matthieu, était bien manifestement le Zachariedu ch. 24, V. 20-22 du 2^ livre des ParcUipamènes.
§ 19. — POURQUOI iÉSUS PARLAIT A LA MULTITUPE EN PARABOLES.
Chez Marc, ch. 4, v. 11 et 12, et Luc, ch. 8, v. 10, Jésas, à qui ses disciples demandent pourquoi il parle à la multitude en paraboles, répond qu*il leur a été donné, à eux, de connaître le mystère du royaume de Dieu, mais que, pour les autres, ceux du dehors, tout doit se passer en paraboles. Cette distinction est déjà peu raisonnable par elle-même; mais ce qui Test bien moins encore, c*est ce motif que les évangélistes en font donner à Jésus : Pour qu'ils voient sans voir et qutls entendent sans comprendre. Marc ajoute : De peur qu'ils ne se convertissent et que leurs péchés ne leur soient pardonnes (1). Quoi ! c'était pour que la multitude ne le comprit pas, c'était de peur qu'elle ne se convertit, que Jésus lui parlait en paraboles! L'explication directement contraire, et que semble vouloir donner Matthieu, ch. 13,' v. 13-15, mais en altérant le texte d'Isaïe (ch. 6, v. 9 et 10), auquel il se réfère, serait bien plus naturelle. Le motif qu'on suppose ici à Jésus est non seulement odieux mais absurde ; car, pour celui qui, n'étant pas forcé de parler, aurait peur d'être compris, il y a un moyen plus simple et plus infail-
• Joiadœ reperimus scriptum. » {Commeniaria^ lih, 4, in Matthœi eap. 23, tome IV, Paris, 1706.)
(1) MjjTCTf ht7Tpé\l>6iatw KM àfSJiJŒSTM aùzol; Tx vx^xsrrùfJLXTX.
SECONDE iSECTION. — CHAPITRE II. 395
lible encore que les paraboles, c'est le silence. Chez Matthieu, lorsque les disciples de Jésus lui avaient demandé pourquoi il parlait au peuple en paraboles, il leur avait d'abord répondu : « C'est parce qu'il vous a été donné de connaître les mystères du « royaume des cieux, tandis que cela ne leur a pas été donné. » Y. li. Dans ces paroles de Matthieu, mais surtout dans celles de Marc et de Luc, comme encore dans celles de Jean, ch. 12, V. 39 et 40, qui cite aussi Isaïe mais moins inexactement que Matthieu, .se trouve déjà la théorie fataliste de la prédestination au salut ou à la damnation, que nous avons vue (i) développée largement par saint Paul comme un des points essentiels de son christianisme.