‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 83 sur 96 · PRÉTENTIONS DES FILS DE ZÉBÉDÉE · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DES FILS DE ZÉBÉDÉE

Dans l'Évangile dé Matthieu, ch. 20, v. 20-24, la mère des deux fils de Zébédée (Jacques le majeur et Jean révangéliste) demande pour eux à Jésus la faveur d'être assis l'un à sa droite et l'autre à sa gauche lorsqu'il régnera. Dans l'Évangile de Marc, ch. 10, v. 33-41, ce n'est pas la mère mais ce sont les fils eux-mêmes qui font à Jésus cette demande ambitieuse. Cette différence ne constitue pas précisément une contradiction entre les deux relations ; car, dans celle de Matthieu, Jacques et Jean sont présents, et l'on ne voit pas qu'ils désavouent les prétentions orgueilleuses de leur mère. Dans l'un et l'autre Évangile, Jésus répond : Vous ne savez ce que vous demandez, et cette réponse est assurément ce qu'il y a de plus raisonnable. Les dix autres disciples, présents à cette scène, se montrent indignés contre les deux frères, et leur indignation paraît assez légitime, soit que l'indiscrète demande de leurs collègues eût en vue le royaume messianique temporel, tel que l'entendaient les Juifs, soit même qu'elle eût pour objet le royaume céleste, tel que l'entendent les chrétiens. Dans l'Évangile de Luc, on ne trouve rien qui ait rapport à ce fait; mais il y est dit, ch. 22, v. 22-30, que, lorsque Jésus, célébrant la Pâque avec ses disciples, leur annonce sa passion prochaine et leur apprend qu'un d'eux doit le trahir, une contestation (le moment était bien choisi pour cela !) s'élève aussitôt entre eux pour savoir lequel paraissait le plus grand. Jésus leur donne alors une leçon d'humilité qui a été souvent citée, leçon qui se lit aussi dans les deux premiers Évangiles, à une tout autre place, à la suite des passages cités au commencement de

ce paragraphe (Matthieu, v. 25-28, et Marc, v. 42-45), mais qui se termine ici par des paroles propres à en gâter Teffet ; il leur promet que, lorsque son règne sera arrivé, il les fera (isseoir sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Certes une pareille perspective était bien faite pour leur inspirer des pensées d'orgueil, de la nature de celles qui dictèrent la demande des fils de Zébédée. On peut s'étonner enfin que Jean Tévangéliste, Tun de ces deux fils qui firent cette demande, n'en ait point parlé. Il est vrai que ce trait, s'il lui appartient véritablement, ne lui faisait pas honneur; mais ce n'était pas pour dissimuler ses fautes qu'il rédigeait son Évangile, puisque, au point de vue chrétien, il l'écrivait sous l'inspiration de TEsprit-Sainl dont il n'était qu'un instrument passif.

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