‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 86 sur 96 · DURÉE DE LA CONSTRUCTION BU TEMPLE · texte numérisé non relu

DURÉE DE LA CONSTRUCTION BU TEMPLE

Jean, ch. 2, v. 20, fait dire aux Juifs qu'il avait fallu 46 ans pour construire le temple existant alors à Jérusalem. Or Joseph soutient que ce temple avait été élevé récemment par le roi Hérode, et qu'il n'avait fallu pour cela que 9 ans et 6 mois (i). Voilà deux versions un peu différentes. Le lecteur peut choisir. Pour moi, j'avoue que je serais très embarrassé si je devais me prononcer. L'autorité de Joseph m'inspire habituellement peu de confiance : cet auteur se contredit dans plus d'une occasion; c'est souvent un conteur de la force des évangélistes , surtout quand il se met à vanter sa nation et à en exposer les traditions anciennes ou merveilleuses. Il y a cependant ici quelques circonstances qui peuvent faire incliner vers sa relation. Il s'agit d'un grand fait contemporain, que les habitants d'une ville entière auraient eu longtemps sous les yeux, et dont beaucoup de témoins oculaires pouvaient vivre encore. Joseph entre dans le détail des circonstances et fixe des dates précises, nous apprenant que ce fut la dix-huitième année de son régne qu'Hérode conçut le projet de reconstruire le temple, qu'il rasa l'ancien et en arracha même les fondements, que l'on mit huit ans à construire les portiques, les galeries et tous les ouvrages extérieurs, et dix-huit mois à faire l'enceinte réservée où était l'autel et où les sacrificateurs seuls pouvaient pénétrer. Il y a du reste, dans le récit de Joseph, quelques détails et quelques nombres ronds, qui me paraissent fort suspects d'exagération, par exemple ces mille charrettes qui transportent les matériaux,

(1) 'Icv^xixff àpxaio\ov^, livre 15, ch. 11, tome Iw, Amsterdam, 1726.

ces dix mille ouvriers conduits par mille sacrificateurs, ces pierres de taille longues de vingt-cinq coudées, hautes de huit et larges de douze, ces trois cents bœufs qu'Hérode offre en sacrifice à Dieu le jour de la dédicace du temple, etc.; et je conviens que cette tendance à l'exagération pouvait porter Thislorien à d>minuer aussi bien qu'à augmenter le nombre d'annéei^ employées à la construction de cet édifice. Quoi qu'il en soit, si la construction du temple dont veut parler l'évangéliste Jean dura 46 ans, Hérode put bien la commencer, mais non la mener à bout; car il mourut 34 ans après avoir chassé Ântigone du trône, et 37 ans après avoir été déclaré à Rome roi des Juifs (1). Dans cette supposition, le temple, commencé là dix-huitième année du règne d'Hérode, n'eût été achevé que 27 ans après sa mort, c'est à dire peu d'années avant l'époque où Jean fait dire aux Juifs qu'on avait employé 46 ans à le construire. Dès lors est-il supposable qu'un historien juif, presque contemporain, fût venu dire que le temple avait été achevé et consacré sous le règne* d'Hérode, et cela lorsqu'il pouvait encore exister des témoins oculaires qui y eussent vu travailler plus d'un quart de siècle après la mort de ce prince?

§ 27. — LA PISCINE BETHSAIDA.

Jean, ch. 13, v. 2-9, raconte qu'il y avait à Jérusalem une piscine appelée Bethsaïda et fréquentée par une multitude d'infirmes de toutes sortes. Un ange venait par intervalles

(1) Ibidem, livre 17, ch. 8.

troubler Teau, et le premier qui pouvait parvenir a y descendre après lui, était guéri de son infirmité quelle qu elle fût. Jésus rencontre là un homme malade depuis 58 ans, et qui n'arrivait jamais à temps pour descendre dans la piscine au moment opportun. Il lui demande s'il veut être guéri, et sur sa réponse affirmative, il lui ordonne de se lever et d'emporter son grabat, ce que le malade exécute aussitôt, au grand scandale des Juifs parce que c'était un jour de sabbat. Les interprètes n'ont pas été médiocrement embarrassés pour expliquer et cette descente périodique d'un ange dans la piscine, et la. propriété qu'elle possédait de guérir toutes les infirmités, et surtout ces faits merveilleux, que la vertu curative ne se manifestait qu'après que l'eau avait été agitée et n'opérait que sur un infirme, sur celui qui pouvait y descendre après l'ange, et qui étant le plus alerte, devait être ordinairement celui qui avait le moins besoin de guérison. Comment parler de pareilles choses, quand on a résolu de s'abstenir de toute polémique légère et railleuse? Sera-ce trop m'écarter de cette règle que de renvoyer ici le lecteur aux réflexions plaisantes que ce sujet sucerait à un auteur anglais, il y a plus d'un siècle, réflexions qui se pressent en effet dans l'esprit comme cette tourbe d'estropiés se précipitant les uns sur les autres à la suite de l'envoyé céleste, chargé d'une aussi étrange besogne (1)?

(1) « How often in the week, the month or the year did the angel vouchsafe

• his deseent into the pool? And for how many âges before Christ's ad vent, « and why not siuce and eveu now, was thîs gracions and augelical faToar « granted P S. John should hâve been particular as to thèse points, which he n could not but know philosophers would be curious to enquire about

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SFXONDE SECTION. — CHAPITRE 11. 409

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