‹ Examen critique des RéflexionsChapitre 82 sur 95 · DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

DE LA CONVERSATION

Ce qui fait que si peu de personnes sont agréables dans la conversation, c'est que chacun songe plus à ce qu'il veut dire , qu'à ce que les autres disent. Il faut écouter ceux qui parlent si on en veut être écouté; il faut leur laisser la liberté de se faire entendre, et même de dire des choses inutiles. Au lieu de les contraindre et de les interrompre, comme on fait souvent , on doit au contraire entrer dans leur esprit et dans leur goût , montrer qu'on les entend , leur parler de ce qui les touche , louer ce qu'ils disent autant qu'il mérite d'être loué , et faire voir que c'est plus par choix qu'on les loue que par complaisance.

Il faut éviter de contester sur des choses indifférentes, faire rarement des questions inutiles, ne laisser jamais croire qu'on prétend avoir plus de raison que les autres , et céder aisément l'avantage de décider.

On doit dire des choses naturelles , faciles , et plus ou moins sérieuses , selon l'humeur ou l'inclination des personnes que l'on entretient; ne les presser pas d'approuver ce qu'on dit , ni même d'y répondre.

Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de la politesse , on peut dire ses sentiments sans prévention et sans opiniâtreté , en faisant paroître qu'on cherche à les appuyer de l'avis de ceux qui écoutent.

' Nous croyons utile de donner ici cette seconde leçon du morceau qu'on vient de lire. Jtlle se trouve dans l'édition de M. de Fortia.

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Il faut éviter de parler long-temps de soi-même , et de se donner souvent pour exemple. On ne sauroit avoir trop d'application «à connoître la pente et la pensée de ceux à qui on parle , pour se joindre à l'esprit de celui qui en a le plijs , et pour ajouter ses pensées aux siennes , en lui faisant croire , autant qu'il est possible , que c'est de lui qu'on les prend.

Il y a de l'habileté à n'épuiser pas les sujets qu'on traite,, et à laisser toujours aux autres quelque chose à penser et à dire.

On ne doit jamais parler avec des airs d'autorité, ni se servir de paroles ni de termes plus grands que les choses. On peut conserver ses opinions si elles sont raisonnables ; mais en les conservant, il ne faut jamais blesser les sentiments des autres, niparoitre choqué de ce qu'ils ont dit.

Il est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation, et de parler trop souvent d'une même chose. On doit entrer indifféremment sur tous les sujets agréables qui se présentent, et ne faire jamais voir qu'on veut entraîner la conversation sur ce qu'on a envie de dire.

Il est nécessaire d'observer que toute sorte de conversation, quelque honnête et quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas également propre à toute sorte d'honnêtes gens ; il faut choisir ce qui convient à chacun , et choisir même le temps de le dire.

Maïs s'il y a beaucoup d'art à parler , il n'y en a pas moins à se taire. Il y a un silence éloquent ; il sert quelquefois à approuver et à condamner; il y a un silence moqueur ; il y a un silence respectueux.

Il y a des airs , des tours et des manières qui font souvent ce qu'il y a d'agréable ou de désagréable, de délicat ou de choquant dans la conversation. Le secret de s'en bien servir est donné à peu de personnes ; ceux mêmes qui en font des règles s'y méprennent quelquefois; la plus sûre à mon avis, c'est de n'en point avoir qu'on ne puisse changer, de laisser plutôt voir des négligences dans ce qu'on dit, que de l'affectation, d'écouter, de ne parler guère, et de ne se forcer jamais à parler.

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