PREMIÈRE PARTIE
Manière dont Humboldi envisage la loi d unité dans VoT" ganisaiion de l'univers, — Ses erreurs, — Ses contradic^ lions, -— L'empressement général avec lequel le Cosmos a été accueilli en France, lors de sa poblication, en 184G, prouve deux choses : la première, le mérite cmînent de cet ouvrage, empreint de la profonde érudition qui distingue si particulièrement les savants de TAllemagne; et la seconde, la popularité qu^acquiert de plus en plus le goût des études sérieuses, de cea études dont lobjet principal est Tagrandissement du domaine de Tintelligence et de la morale.
Pour éviter, comme le dit Humboldt (p. 32), de diminui*r, par Taccumulation des détails, l'impression et la valeur des aperçus généraux, et pour ne pas encourir le reproche fait aux Allemands (p. 33), d'avoir le don de rendre les sciences inaccessibles, nous espérons parvenir, dans cette courte notice, à débarrasser rédificc de Téchafendagc qui a été nécessaire pour sa construction, afin d'en rendre les abords plus faciles et le su-» blime aspect plus saisissable dans son ensemble et dans ses immenses proportions. Notre examen critique sera donc, à plusieurs égards, un éloge mérité des longs et importants travaux de l'illustre auteur du Cosmos; et, si nous avons occasion de contester quelques-uns de ses aperçus sur des points controversés, de relever quelques oublis, quelques erreurs, c'est que nous pensons avoir trouvé la loi d'unité qui résout toutes )es di£Bcultés, c'est que nous croyons dans l'état actuel de la science et des fiaits, et contrairement à l'opinion d'Humboldt, à 1» possibilité de concevoir rationnelleaient le monde entier des phéiio-
mènes et de les expliquer par Faction d'une seule force motrice qui pénètre la matière, la transforme et la vivifle (p. 77).
Tout en convenant avec ce savant (p. 74), u qu une pareille conception assignerait à la science du Cosmos un but plus élevé, » nous n^avonspu, comme lui, nous refuser à la recherche de cette loi d*unité dont à chaque page il reconnaît Fexistence, en avouant néanmoins « qu'il est loin de blâmer des efforts qu'il n'a pas tentés, de les blâmer par la seule raison que leur succès est resté jusqu'ici très-douteux. » Mais c'est à tort, nous sommes forcé de le dire , qu'il vient mettre en doute que , dans le champ de la philosophie , un pareil succès puisse jamais être obtenu. Une semblable assertion ne tend qu'à porter le découragement dans des études qui ont incontestablement pour but principal la découverte de cette loi unique dont les effets se manifestent sans cesse à nos regards étonnés. Ce serait étrangement méconnaître la hardiesse et la force des facultés intuitives départies à Thommc par une intelligence supérieure, que de prétendre les circonscrire dans une sphère entièrement matérielle. Que deviendraient alors les hautes notions sur l'éternité, l'inflni de l'espace et de la matièrç, l'immortalité de l'âme, le principe vital, l'essence et les attributs de la divinité, etc: , notions toutes en dehors des calculs de la mécanique céleste et des travaux d'une analyse purement matérielle? Il serait ridicule, avouons-le, de vouloir poser des bornes à ce qui n'en a pas, de se refuser à l'alliance de la science et de la raison , lorsqu'elles veulent essayer de parvenir par la synthèse aux découvertes les plus élevées auxquelles elles ont justement droit de prétendre. Aussi, sommes-nous heureux sous ce rapport, de surprendre en contradiction avec lui-même l'auteur du Cosmos j lorsque, après avoir contesté toute l'efScacité de l'emploi de la synthèse et de vues générales pour embrasser la loi d'unité qui régit l'univers , il rend immédiatement témoignage à cette efGcacité, dans l'explication qu'il donne des causes de la chaleur propre à notre planète, en admettant sans scrupule (p 271) «que notre globe a été originairement formé par la » condensation progressive d'une partie de l'atmosphère nébuleuse » du soleil, » et sans craindre d'ajouter : « La science de la na-
» turc, nous l'avons déjà rappelé plusieurs fois, n'est point une » aride accumulation de faits isolés ; elle n*est pas bornée par les » étroites limites de la certitude matérielle ; elle doit s^élever aux » vues générales et aux conceptions synthétiques. »
Nous sommes flatté de prouver par cette citation et par beaucoup d'autres, que le génie du savant Humboldt, malgré ses écarts et ses contradictions les plus marquées, a été obligé de rendre un éclatant hommage aux principes que nous professons sur Tunité harmonique des lois de la nature, et d'avouer que l'emploi de la synthèse doit serviràétablir la proposition la plus rationnelle pour expliquer la chaîne entière des phénomènes. Cependant, lorsqu'après notre examen rapide du Cosmos, nous formulerons notre nouveau système pour arriver à la construction de l'immense édiflce dont nous n'allons reproduire en ce moment que les principales proportions, nous ne nous sommes pas cm autorisé par l'exemple de nos devanciers, à y faire entrer des éléments hétérogènes ou en dehors de ceux fournis par la nature ; bien loin delà, nous nous sommes fait un devoir de n'admettre que les seuls matériaux déjà vériflés par la science, et ils nous ont suffi pour donner toute la solidité et toute la régularité possibles à un monument qui n'a d'autres bornes que l'inflni.
Humboldt prélude à son Cosmos par un vaste et magnifique chapitre qu'il intitule : Considérations sur les différents degrés de jouissance qu'offrent V aspect de la nature et l'étude de ses lois, — A la richesse du style se joint la profondeur de la pensée qui font de cette savante introduction un portique digne de l'édifice. Là, comme ailleurs, nous retrouvons cette profession de foi de l'auteur, qui l'entraîne comme malgré lui à ne^jreconnaitre dans l'œuvre de l'univers qu'une seule loi directrice qu'il n'ose jamais formuler. Aussi, nous ne cesserons de le répéter, il est évident que, si l'on veut éviter de ne présenter dans l'étude de l'univers que l'aride encyclopédie de nombreux matériaux, toujours épars et isolés les uns des autres, il faut nécessairement avoir recours à la loi d'unité, reconnue indispensable pour parvenir à élever un monument imposant et régulier; sans une juste application de cette l(ri, tôtude
de Tuniveri devient tout à fait incomplète et même défectueuse. Ces vérités sont loin d'être contestées par Fauteur du Cosmos, mais il se contente de les mettre en relief, sans oser se livrer davantage à la recherche de cette loi suprême, et sans même se hasarder à proposer son hypothèse. Cependant il reconnaît tellement rimportance de ces recherches, dont il ne veut ou ne peut s'occuper, qu'il encourage à chaque instant les autres à s'y livrer, en continuant à déclarer insuffisantes et presque inutiles toutes les études, même les plus étendues, sur l'ensemhle de l'univers^ si elles n'ont pour résultat et pour complément une conception physique et rationnelle de ce principe d'unité si vai* nement étudié par les plus grands génies de l'antiquité et des temps modcmei. C'est ainsi (p. 45) que Humboldt se débat avec ce principe qui Tétreint de toutes parts :
tt L'introduction an Cosmos n'avait pas du reste pour but de » faire valoir l'importance et la grandeur de la physique du ff monde, lesquelles ne sont pas contestées de nos jours. J'ai Il voulu senlemcnt prouver que, sans nuire à la solidité des » études spéciales, on peut généraliser les idées, les concentrer n dans un foyer commun , montrer les forces "et les organismes ^ de la nature comme mus et animés par une même impulsion, n La nature, dit Schelling dans son poétique discours sur los » arls, n'est pas une masse inorlo; Hle ost, pour rrhii qui sait « s« pénétrer de sa siiblimr grandeur, la force créatrice do »ï Tîinivors, force sans cr:?se agissante, priniilivr, éternelle, qui r fuit naître dans son propre sein tout ce qui existe, péril ci n renait tour à tour. »
»» En reculant les limites dr la physique du globe, en réunisr. sant sous un même point de vue les phénomènes que présente >: la terre avec ceux qu'embrassent les espaces célestes , on n s'élève a la science du cosmos, on convertit la physique du r globe en une physique du monde. Mais la science du cosmos B n'est point l'agrégation encyclopédique drs résultats les plus a généraux et les plus importants que fournissent les études « sp(*ciale8. Ces résultats ne donnent que les matériaux d'un » vaste édîGoe ; leur ensemble ne saurait constituer la physique
n du monde, cette science qui aspire à faire connaître l'action T> simultanée et le vaste enchaînement des forces qui animent « l'univers. »
Mais Humboldt lui-même oublie entièrement de pratiquer d'aussi sages préceptes, et il n'est que trop certain que, dans aucune cosmogonie, nous n avons également pu rencontrer cette véritable physique du monde dont Fabsence est si justement regrettée par le Cosmos, et n'avons au contraire trouvé partout qu'une aride et trop passagère encyclopédie. N'est-ce pas sans doute tout ce qui peut résulter de ces insignifiantes compilations modernes, faites avec les seules études spéciales toutes fondées sur une stérile science d'emprunt, tandis que les immortels travaux des Descartes et des Newton traverseront les siècles et porteront toujours avec eux le cachet du génie de ces grands hommes.
Le cieL — Dans une autre introduction qui fait suite à la première, Humboldt, tout en professant les mêmes principes, représente encore l'impossibilité où il se trouve de réduire l'immensité des phénomènes à l'unité d'une loi directrice (p. 70, 74 et 77). — Après cette seconde introduction, l'auteur entre en entier dans l'exploration de son sujet : il commence d'aboni par déclarer (p. 81) qu'il considère le problème de l'explication de la nature comme insoluble. Ensuite il entreprend la description du ciel par la reproduction des données astronomiques et conjecturales sur les nébuleuses ; en parlant de la lumière zodiacale, il émet une opinion où il nous parait sortir de sa réserve accoutumée : «Cette lumière, dit-il (p. 92), formée par les » matières gazéiformes que les queues des comètes abandonnent n dans l'espace, doit être soumise aux lois de la gravitation, et n plus condensée par conséquent aux environs de l'énorme masse n du soleil. T)
De tout ce qui a été dit de plus important sur les comètes par Humboldt, ce qui nous a le plus frappé, c'est la quantité prodigieuse des émanations gazéiformes que leur attribue la science astronomique, émanations tellement abondantes qu'elles ont atteint notre atmosphère et ont pu s'y mêler plusieurs fois ,
notamiiicnt eu 1810 et 1823 (p. 111). — Pour expliquer les retards anormaux dans la marche de la comète d'Ënke, lastronomic nouvelle est obligée d admettre que les espaces célestes sont remplis par une matière fluide excessivement tenue, qui opposerait une certaine résistance aux mouvenients des corps
célestes (p. 119).
Bolides, — Aérolithes. — Etoiles plantes. — Les détails extrêmement curieux et remplis d'intérêt dans lesquels entre Humboldt sur les bolides, les aérolithes et les étoiles Glantes , ont constamment captivé notre attention. Mais, depuis longtemps nous avions pensé, comme Poisson (p. 464), que ces phénomènes purement météorologiques étaient le résultat de Télectricité et des fluides impondérables placés au-dessus de notre océan atmosphérique, et que ces corps, produits instantanés d'une opération chimique opérée dans le grand laboratoire de la nature avec les agents si variés et si puissants dont elle dispose, devaient, suivant Kepler, être bannis de l'astronomie (p. 4G0, aux notes). Humboldt, au contraire, pense que ces phénomènes sont le résultat des mouvements combinés des corps célestes.
Forces centrales^ — Systèmes innambrables qui en dépendent, — Abordant la question de notre système planétaire , lauteur reconnaît que les forces centrales sont à la fois celles qui constituent et celles qui maintiennent un système (p. 161). Après avoir établi que le mouvement de translation du soleil, entraînant avec lui tout son système dans Icspace sans bornes, est le double du mouvement de translation de la terre autour de cet astre, Humboldt nous fait part (p. 164) d*une nouvelle conquête de l'astronomie. Cette science est parvenue à constater dans l'espace un nombre illimité (il dépassait 2800, en 1837) de systèmes semblables au nôtre , dont les astres composants circulent aussi autour d'un centre commun de gravité. Telle est l'immense et nouvelle preuve de l'universalilé des lois de la gravitation. A quelques-uns de ces systèmes, il faut jusqu'à des milliers d'années pour opérer leur révolution elliptique. — « Ces vastes pé- » riodes, dit Humboldt avec son style poétique (p. 168), for- » ment une horloge éternelle de l'univers. A l'aide de l'astronomie
» disparaît Timmobilité apparente qui règne dans les cieux. Les n étoiles sans nombre sont emportées comme des tourbillons de » poussière dans des directions opposées. Les nébuleuses erran- » tes se condensent ou se dissolvent; partout le mouvement rèy> gnc dans les espaces célestes conmie il règne sur la terre en » chaque point de ce riche tapis de végétaux, dont les rejetons, » les feuilles et les fleurs présentent le spectacle d'un perpétuel » développement. » — Au reste, Forgueil de Fesprit humain est forcé de s*humilier lorsqu'il reconnaît son Unpuissance pour en« treprendre le calcul, soit de ces corps innombrables répandus dans Finfini de l'espace , soit celui des animalcules microscopiques de la matière, où germent continuellement des myriades d êtres organisés.
La terre, — Sa forme , son volume, sa densité j son calorique, — Liens mystérieux. — Après avoir parcouru les cieux, le Cosmos reporte ses savantes investigations sur notre humble sphère, si étroitement rattachée à l'organisation générale de Funivers. 11 étudie ses relations bien palpables, bien évidentes avec le grand tout, relations quHumboldt nomme des liens mystérieux. La forme de lu terre et son volume y sont scientifiquement constatés. 11 n eu est pas de même de sa densité et de son calorique, qui le sont beaucoup plus hypothétiquement; cette densité est évaluée en moyenne a 5,44 de celle de Feau pure. Quant à son calorique intérieur, rien de précis sous le rapport de sa quotité et de ses effets. Beaucoup d'hypothèses invraisemblables, des aperçus sans portée nous ont paru caractériser cette partie importante du Cosmos. Au lieu de supposer une augmentation graduelle du calorique de la circonférence au centre, il fallait ne pas oublier que cette progression peut bien être interrompue ou extrêmement diminuée par des causes que nous ignorons. Les anciens s'imaginaient aussi que la chaleur, déjà si forte en Syrie, devait, d'après une proportion graduée, devenir tout à fait intolérable sous les régions équatoriales qu'ils n'avaient jamais franchies et qu'ils appelaient zone torride ; et cependant un simple effet, résultat d'une plus grande dilatation dans l'air atmosphérique , sufGt pour renverser toutes
cbe pas moins droit à son but de rénovations successives et éternelles dans un cercle tracé.
Causes des cataclysmes. — Une question d*un plus haut intérêt que celles qui précèdent devrait exercer la sagacité de nos savants pour en obtenir une solution quelque peu satisfaisante. Les capacités scientifiques en renom devraient bien nous dire dans quel but et à quelle fin notre hémisphère septentrional possède annuellement la présence du soleil sur Thorizon, pendant sept jours, dix-huit heures de plus que Thémisphère austral; ou, en d'autres termes, pourquoi, d'une équinoxe à l'autre. Taxe terrestre reste-t-il incliné pendant sept jours dix-huit heures de plus dans Thémisphère austral que dans le boréal? \ous savons bien qu'en raison de l'ellipse parcourue par la terre, les choses ne peuvent se passer autrement, quoique la science ait été jusqu'à admettre qu'à une certaine époque le globe n'éprouvait aucune inclinaison dans son axe et offrait un printemps perpétuel. Mais , selon nous , au moyen de cette accumulation successive de glaces à l'un et à l'autre pôle, et néanmoins plus considérable au pôle austral, la nature, par cette rupture d'équilibre, en amenant insensiblement un changement de centre de gravité dans le globe et par suite un brusque déplacement des eaux océaniques et de celles congelées , assure à notre sphère les conditions nécessaires pour opérer seule et par elle-même ses rénovations périodiques connues sous le nom de cataclysmes ; rénovations dont la science ne saurait fixer le nombre , mais qui ont laissé partout des traces évidentes.
N'est-il pas, en effet, plus que surprenant, si ce n'est providentiel, que le pôle austral, indépendanmient de son hiver plus long, présente encore une énorme masse continentale polaire, vérifiée dans ces derniers temps, afin d'y favoriser davantage une accumulation de glaces bien plus forte qu'au pôle nord, presque entièrement composé de mers dans lesquelles ces glaces s'écoulent et se fondent en 'plus grande quantité. — A quelle époque ce déplacement de centre de gravité et les résultats qui en seront les conséquences pourront- ils avoir lieu ? c'est ce que la science peut sans doute parvenir à
calculer approximativement. Ce que nous voulions constater, c'est que notre globe , dont les volcans sous-marins préparent sans cesse de nouvelles montagnes, pendant que les courants océaniques creusent d'autres vallées, possède en lui-même, dans le cercle éternel de Tordre physique qui lui est assigné, tous ses moyens généraux et particuliers de rénovations et de transformations. C'est encore dans la réunion des effets physiques provenant de Taccumulation des glaces polaires avec ceux plus prépondérants des lois de la pesanteur universelle, que doivent se trouver les véritables causes perturbatrices qui occasionnent la nutation de Taxe terrestre, nutation sur laquelle le Cosmos garde le silence le plus complet.
Électro ^magnétisme. — Sa cause. — Ses courants. — Dans ses savants aperçus sur le magnétisme terrestre, Humboldt n a pas feit état d'une observation résultant de la conformation extérieure du globe , et qui présente la plus grande facilité pour expliquer le phénomène d'une manière générale. On sait que le magnétisme terrestre n'est que le résultat de l'électricité du globe, laquelle n'est elle-môme que le produit ou nouvel état du calorique : il s'ensuit que les courants électriques de notre sphère doivent, d'après sa conformation, s'établir dans le sens de son axe pour aboutir à ses deux pôles ou extrémités. En effet, ce sont les seuls points extérieurs du globe où il n'existe aucune force centrifuge ou perturbatrice. Sous un autre point de vue , les rayons terrestres qui y aboutissent, étant plus courts chacun de 1/300*, le calorique qui, sous forme électrique, réagit du centre à la circonférence , trouve une moindre distance à parcourir. Enân., les surfaces polaires, d'une étendue extrêmement circonscrite, sont suffisamment aplaties et en repos , pour y favoriser mieux qu'ailleurs, dans de telles conditions, une accumulation ou concentration extérieure du fluide électro-magnétique fourni par la masse entière du globe et qui sans cesse y aboutit. On conçoit alors facilement l'origine et la force de ces phéno^ mènes électro-magnétiques, producteurs des aurores boréales. On conçoit également la cause de ces courants électro-magnétiques obligés de refluer, par le seul effet de la pression atmo-
sphérique, vers Féquateur, où la force centrifuge les disperse dans les parties supérieures atmosphériques. C'est là qu'ils forment ces courants électriques si variés , et qui ont une si grande influence sur tous les phénomènes météorologiques dont Tétude ^st si compliquée, si difficile. Ce n est » il faut en convenir, qu'en observant d'abord la nature dans ses effets les plus généraux, qu'on parvient plus facilement à la suivre dans ses effets les plus variés et qui ne sont que la conséquence des premiers. C'est ainsi que les causes accidentelles et particulières de déviations dans les courants électro-magnétiques, dans la diminution ou dans l'augmentation de leur intensité , se conçoivent alors beaucoup mieux. Car on ne peut espérer arriver à des conséquences plus exactes, plus rationnelles, qu'en retrouvant le point de départ adopté par la nature.
Tremblements de terre. — Nouveaux aperçus. — Forma-' tion de la houille et du règne minéral. — - En attribuant , conune Humboldt, à l'action de la chaleur centrale du globe et à sa force de réaction de l'intérieur à l'extérieur la cause de la production des tremblements de terre, nous no voyons dans ce phénomène que des ruptures partielles d'équilibre qui font partie de la constitution physique de notre globe pour y entretenir la vie et le mouvement. De même que nos deux océans, aqueux et aérien, ne peuvent produire leurs avantages phy)siques sans les agitations que nous appelons tempêtes, desastres, et qui sont indispensables à leur organisation particulière ; de même, le ca* lorique central a besoin de ses orages intérieurs pour apporter son contingent dans l'harmonie des phénomènes organiques et vitaux de notre globe. Les volcans si justement redoutés ne sont cependant, comme le dit Humboldt, que des soupapes de sûreté contre la trop grande intensité de ces commotions souter» raines I et ce qui paraît un nouveau fléau n'est, au contraire, qu'un moyen employé par la nature pour diminuer les effets de plus grands désastres. Ces masses gacéiformes, éternellement en^ mouvement dans l'intérieur du globe» n'ont pas non plus produit leurs plus grands effets bienfaisants dans des temps reculés » Gonmie l'affirme Humboldt (p. 246), en fournissant à l'at-
mosphère» plus abondamment qu'aujourd'hui, une quantité d'acide carbonique nécessaire au développement de forêts gigantesques et hors de proportion avec celles que nous voyons et qui, selon lui , et lors de leur enfouissement, ont seules pu former ces abondantes couches de charbon de terre, modernes éléments de richesse et de puissance. Pour nous, ces lits de combustibles ont la même origine que les autres minéraux dans le grand travail de la nature; seulement, comme chacun des minéraux formés dans le sein de la terre a besoin d'une gangue, ou germe primitif, pour assurer son développement, comme pour les végétaux, la gangue des mines de charbon de terre a sans doute pu être primimitivement quelques forêts enfouies. La nature, continuant son travail, a fourni à cette gangue devenue un germe nouveau, au moyen de ses ga< intérieurs et exté* rieurs, et ainsi que pour les autres minéraux, tous les éléments propres à son développement successif et également sans limites comme les forces étemelles et vitales répandues dans la matière organique. Les éléments constitutifs du diamant évaporés dans le grand tout sous forme de gaz , ne doiventMls pas s*y reproduire pour coopérer à d'autres œuvres infinies et sans bornes dans leurs étemelles transformations? Puisque rien ne peut se perdre dans la nature, et particuUèrement dans la matière organique de notre planète, les mêmes productions gaieuses qui entretien* nent perpétuellement les mines sans cesse renouvelées d'asphal* tes, de bitumes, de matières sulfureuses, etc., y développent aussi éternellement par un travail analogue les mines de houille, qui se composent des mêmes éléments.
Tout ce que répète le Cosmos sur la formation des roches, sur les végétaux et les anunaux fossiles, présente une riche nomenclature des dernières investigations de la science sur ces branches de l'histoire naturelle. 11 y renouvelle (p. 325) les erreurs que nous venons de signaler sur la formation des mines de charbon de terre, qu'il considère, contre toute Traisemblance, comme entièrement formées de forêts enfouies. Dans tout ce que nous venons de dirC| nous sommes loin de contester
la formation des lîgnitcs, ou forêts enfouies pétrifiées, si souvent vérifiées par les naturalistes.
Pôle austral. — Masse continentale qui le recouvre. — Erreur du Cosmos. — Nous sommes obligé de relever une erreur matérielle bien importante, faite par Hnmboldt dans sa Géographie physique du globe. Voici ce qu il dit, page 336 du Cos~ mos : u Depuis le 40* degré de latitude sud, jusqu'au pôle an- ^ tarctique, Fécorce terrestre est presque entièrement couverte » d'eau; Thémisphère austral est donc essentiellement océanique. ^ — Humboldl a oublié de porter ici en ligne de compte les immenses côtes continentales polaires (plus de 600*licues), dont Texistence a été tout récemment constatée au pôle austral par des navigateurs français et américains, qui les ont nommées terres AdéUeet Victoria. Au surplus, longtemps avant que ces terres eussent été reconnues , nous nous étions par induction formé Topinion bien rationnelle sur la probabilité de leur existence. Et, en effet, ce n'était que sur la base solide d'une masse polaire continentale dépourvue de mers que pouvait s'accumuler continuellement une plus grande quantité d'eau à l'état solide et d'un volume suffisant pour .produire, indépendamment de toutes autres circonstances, une température glaciale bien plus étendue et bien plus forte que celle qui a lieu au pôle boréal. Nous avons vu aussi que , faute par la science d'avoir su reconnaître et apprécier ces différences, les immenses conséquences physiques qui en sont le résultat lui sont demeurées inconnues, ainsi que leur corrélation avec les phénomènes les plus importants qui se réalisent sur notre globe , et dont la périodicité des cataclysmes forme la partie la plus remarquable.
Exhaussement du sol. — Marées. — Mithe des anciens sur la triple Hécate. — Des faits analogues à l'accumulation successive, mais lente, des glaces polaires, sont rapportés par Humboldt, lorsqu'il parle de l'exhaussement progressif de certains continents. «Depuis 8000 ans, dit-il (p. 348), le rivage r> oriental de la pénmsule Scandinave s'est peut-être élevé de plus »de 100 mètres; si ce mouvement est uniforme, dans 12000 »ans, des parties du fond de la mer voisines de ce littoral, et
» couvertes actuellement de 50 brasses d'eau , commenceront à n émerger et deviendront terre ferme. » Non-seulement tous ces exhaussements progressifs ont lieu par voie de soulèvement, mais aussi par Teffet d'atterrissements successifs; mais Humboldt, en signalant ce fait, ne saurait y découvrir aucune analogie avec l'augmentation constante des glaces polaires. Nous observons également avec regret, que le savant Humboldt, dans un ouvrage aussi sérieux que le Cosmos, ait jugé à propos de ne consacrer qu une seule page ( 359 ) au plus important des phénomènes ter* restres, à ce phénomène connu sous le nom de marées et tellement connexe avec le système entier, que selon nous il peut lui seul servir à expliquer , à faire comprendre tous les autres. Le Cosmos n'a réellement pas su apprécier Finunense portée de ce grand mouvement océanique, de ce phénomène qui relie évidemment le ciel à la terre par la triple unité qui enchaîne ensemble le soleil, la terre et la lune, au moyen de leurs corrélations physiques, attractives, réciproques et immuables, et qui met en évidence la profondeur et la justesse de ce mythe des anciens sur la puissance inunense et symbolique qu'ils reconnaissaient à la lune. Personne n'ignore que c'est sous le nom de triple Hécate qu'ils désignaient sa triple influence sur l'organisme entier de notre sphère ; et cependant, plusieurs centaines de pages du Cosmos sont consacrées à reproduire la description astronomique du ciel, celle des fossiles, des formes des roches, etc. , et ne présentent que trop les nombreuses redites de la science. Tant il est vrai que, dans un ouvrage de cette nature, l'absence si frappante de nouveaux et hardis aperçus d'unité et d'ensemble sur l'organisation générale de l'univers, ne fait souvent, d'un travail important et rempli d'érudition, qu'une œuvre indigeste, sans liaison et qui contribue bien peu à l'augmentation des richesses scientifiques.
Forces vitales plus développées aux pôles. — Rosée. — Calorique rayonnant. — (VAlgérieet ses productions). — Mé- , téorologie. — Electricité. — Aucune idée nouvelle et de quelque portée ne se reproduit non plus lorsqu'Humboldt reconnaît
(p. 365), que, dans les vastes profondeurs des mers plus qu'ail-
leurâ, le mouvement et la vie ont tout envahi. 11 oublie de rappeler cette vérité demeurée inaperçue et que nous avons signalée précédemment dans nos ouvrages. Nous avons démontré que ce sont les effets plus énergiques des compressions et du calorique intérieur du globe qui , dans les profondeurs des mers polaires j ont donné plus de vigueur et plus d'abondance que sur toutes les autres parties de la terre aux forces organiques et vitales qui s'y multiplient sous tant de formes. Lorsqu*Humboldt s'occupe de la météorologie, de la distribution des climats, il entre dans une foule de détails sans doute fort intéressants, mais avoués par lui bien insuffisants pour faciliter la solution des questions qui se rapportent à ces points, peut-être les plus difficiles quoique les plus matériels de la science. Surchargée* par les détails, sa théorie des climats s'occupe trop peu des observations principales à Faide desquelles les plus importantes questions se simplifient singulièrement. C'est ainsi que nous, observateur au§si pendant un long laps de temps des climats intertropicaux, avons été à même de publier, il y a quinze ans, à Taide de cette seule grande division des effets de la chaleur sèche et de la chaleur humide, que jamais on ne parviendrait à obtenir agricolement et commercialement en Algérie une seule livre de sucre, de café ou de coton ; tandis qu'HumboIdt se borne à rapporter, il est vrai, une prodigieuse quantité de faits climatériques et d'observations , mais toutefois sans résoudre aucune question de quelque importance. Cependant nous avons reconnu avec une satisfaction toute particulière qu'Humboldt, malgré les décisions contraires et erronées de certaines sommités scientifiques, avait continué d'admettre comme nous (p. 399) le phénomène de la rosée , auquel dans ces derniers temps on a voulu substituer d'une manière absolue et trop exclusive l'action seule du rayonnement, pour expliquer dans certains cas l'abaissement de la température; car les deux effets agissent simultanément, et l'un ne saurait exclure l'autre.
La complication des causes perturbatrices dans l'accomplissement des phénomènes météorologiques, a fourni à Humboldt (p. W5) une singulière comparaison avec celle des causes per-
turbatrices qui altèrent sans cesse les mouvements des corps célestes. Nous verrons bientôt, dans l'exposition de notre système, que ces prétendues perturbations ne sont que des effets d'une loi physique toujours subsistante, toujours agissante pour maintenir éternellement dans tous les corps, et avec un équilibre indestructible, la vie et le mouvement inhérents à la condition d'ensemble et d'unité de leur organisation. Tout ce que reproduit le Cosmos sur l'électricité est inférieur à ce qui a déjà été publié sur cette partie si inléressante de la science de l'univers. On voit avec regret qu'il n'a pas même pris connaissance d'un ouvrage moderne, très-remarquable, sur l'analyse des forces primitives de la nature. L'auteur (madame la princesse de GaUtzin), dans une savante théorie, en trouve la base fondamentale dans la triple unité des éléments constitutifs de la chaleur, de la lumière et de l'électricité. Enfin le Cosmos n'a rien dit non plus sur le magnétisme animal, sur cette nouvelle branche de la science de l'électricité, qui prouve la liaison intime des facultés intuitives avec certains effets physiques de la vitalité.
Vie organique. — Lorsque le Cosmos aborde la question si compliquée , si difficile de la vie organique , il tombe dans plusieurs contradictions, dans plusieurs erreurs. 11 déclare (p. 400) vouloir repousser les inabordables questions d'origine , pour se borner à l'étude descriptive de notre planète; et cependant, nous avons vu le Cosmos entreprendre de traiter la question d'origine de la terre et lui en donner une bien contestable, en la faisant provenir ffune émanation gazeuse du soleil. . . Il admet (p. 409 et 410) que les animaux et les végétaux sont soumis aux mêmes forces qui régissent les corps bruts, subissent Faction des mêmes agents, pour en tirer la conséquence de la liaison du tableau de la nature inorganique à celui de la répartition des êtres vivants , c'est-à-dire à la géographie des plantes et des animaux... En vérité, le Cosmos ne nous paraît plus être à la hauteur de la science, lorsqu'il rapetisse et fausse ainsi l'enchaînement et les conséquences physiques de la loi d'unité qui régît en même temps, matériellement et vitalement, aussi bien à la superficie de notre globe que dans son intérieur , tous les corps
organisés ou non organisés. Car le Cosmos oublie entièrement de parler de la formation et du développement des minéraux dans Tintérieur de la terre , lesquels sont cependant considérés par tous les naturalistes comme des corps organisés de même que les végétaux et les animaux, et comme eux ayant aussi leur enfance , leur maturité et leur décomposition. En6n , il oublie également de traiter la question concernant la manière dont se distribue en eux la vie organique, comme il garde un prudent silence sur la loi générale qui produit Tascension de la sève et sa rénovation au mois daoût, phénomènes restés jusqu'à présent sans explication, malgré les investigations réitérées et toujours impuissantes de la plus haute science qui, dans son désespoir et faute de notre principe d'unité, les a aussi proclamés être le résultat de causes occultes.
Race humaine, — Le Cosmos est terminé par un chapitre sur la race humaine, où nous avons rencontré les idées les plus justes et les plus raisonnables sur un pareil sujet. » Phy- » siquement, il conçoit (p. ^25) les races humaines comme r> formées d'une espèce unique, s'accouplant en restant fécondes » et se perpétuant par la génération. » — « Moralement (p. ^30), » il envisage Thumanité dans son ensemble comme une grande D famille de frères, comme un corps unique, marchant vers un n seul et même but, le libre développement des forces morales. ^ — U aurait dû ajouter : comme un corps marchant trop lentement vers l'application si tardive des lois humanitaires. C'est pour avoir oublié que la nature tend sans cesse à nous rappeler ce noble et premier but pendant ce passage si rapide et si rempli d'épreuves qu'on appelle la vie, que l'homme a pu considérer comme une anomalie, dans l'ordre naturel des faits, ces accidents si nombreux, si divers, qui compromettent sa fragile existence, tandis qu'ils ne sont réellement que la liaison, le complément nécessaire des effets physiques et moraux prévus par une intelligence supérieure. Vainement les tremblements de terre, les trombes, les pestes, les choléras, les crimes, tous les désordres des passions, enfin les fléaux de toute espèce, sans cesse suspendus comme Fépée de Damodès» menacent à chaque
instant d'ari'éter brasqucmcnt le cours d'une vie si agitée, si éphémère, pour donner de redoutables avertissements à celui que son orgueil a classé roi de la création, à cet être doué de raison, possesseur d'une âme immortelle, et qui reconnaît un Dieu juste préparant dans Fétemité la récompense de la vertu et le châtiment du coupable ; vainement, pour graver des traits ineffaçables dans son cœur et y entretenir de salutaires terreurs, la nature lui prouve constanunent, par des châtiments trop justement mérités, qu'il fausse la mission qui lui a été confiée, qu'il viole les lois les plus sacrées, lorsque, dans son étroit et ignorant égoîsme, il cesse de comprendre l'unité et la solidarité physiques et morales qui lient si étroitement tous les membres- de la grande famille du genre humain.
Quoique toujours punis de notre coupable et fol aveuglement, quoique avec le peu d'espoir encore éloigné que les épaisses ténèbres qui obscurcissent notre faible raison seront enfin détruites pour nous faire mieux apercevoir le but que la nature nous montre, nous devons dès à présent nous empresser de rendre ici un juste hommage de reconnaissance â la religion et à la nation qui s'occupent le plus sérieusement de Cure progresser ces grands principes humanitaires, véritable contrat d'assurance mutuelle, jusqu'alors si mal compris et si mal pratiqués. Qu'il nouç soit aussi permis de joindre notre faible voix à ceux qui crient anathème contre tout souverain et contre tout clergé ne marchant pas sincèrement et simultanément à la tête des progrès humanitaires et matériels. Car il est évident que ces dépositaires infidèles de l'autorité confiée â leurs soins, en violant absi leur mandat, ne deviennent plus alors qu'une odieuse et nuisible superfétation dans un ordre social qui tend sans cesse â une perfection progressive déjà trop difficile â réaliser, quoique la destinée positive, mais lointabe, du genre humain soit de sortir radieuse un jour de cette voie d'erreurs, de passions et de crimes où il se trouve encore plongé (1).
(1) Noot publieront bientÀt nn ouvrage purement philosophique, où boiu prouveront que l'aceroiitement du bien-être matériel et moral det todéléi dépend de ienn progrès hnmanilairee , et que cett de Tentier oubli de l'acooÉipliihMMtat
Résumé critique dU Cosmos. — Nous résumerons notre examen ep accordant à Humboldt une certaine supériorité de génie d'observation dans la réunion d'un grand nombre d'éié* ments classiques les plus variés, les plus intéressants et les mieux choisis pour y puiser des renseignements utiles sur la physique générale de Tunivers. ' Mais il a essentiellement fait défaut à la science en isolant trop ses différents matériaux, en se refusant d'en faire un emploi plus utile, plus iounédiat, par Tabsepce de topt essai de la construction de Timmcnse édiGce où ils doivent entrer : ^p uamot, il a tronqué son sujet et la réduit ^ des proportipns insolites et trop exiguës, en oubliant de rétu4i^r pluf js^rîcpiseaiept sous le rapport de Tunité synthé* tique à laquelle ce cosmogonite se trouve forcé néanmoins de rapporter ses inspiriaitipps les plus élevées et les plus judicieuses.
Malgré ses défauts, (e Cosmos est encore dans son genre, nous )e déclarons i^vec justice, Touvrage le plus complet et le plus pQn§çi|enpien^ 4c notre époque. Ce qui , à nos yeux, diminue le plus \ù mérite de son auteur, cest d avoir préféré, nous le r^pétop^y cp^^np la plupart de ses devanciers, mettre Irop à répart l|e point d'unité qui devait principalement le guider, pour ne satfacbef qu'4 suivre Fomière tout^ tracée, au risque de ne rcnçppfr^r W hûut qu'un abînie infranchissable et sans fond. Au j^jurplps, Içs torts que nous reprochons à Humboldt, et que nolrp rôle de critique nous oblige de formuler, sont réellement ceux de notre époque. Ces défauts sont même portés à un plus hai^t degré chez tous les auteurs contemporains qui se sont livrés copm)p lui aMX études d'un pareil sujet. Nous Les avons lus avec la pl|i^ gTi^nde attention, et nous avons été obligé de reconnaître
sans rcsUôcUon de ces obligations reconnues les plus saci^cs et les plus imppricua^ 4e notre dvilisatioii préteoidue chrétienne, que provient ce malaise général , ffuil d'un criminel et stupido égoîsme , qui précipite les peuples dans l'aMnie des révolutions et les amène à cet état de corruption et de dégradation faussement attribué à d'autres causes. Nous y rappellerons surtout qu'en l'absence de ce lien si puissant, si vivifiant d'unité et 4c fraternité apporté aux hommes par le Christ , et depuis si scandaleusement mis en oubli , les nations comme les particuliers demieureul frappés de celte espi^ de vertige , d'iaolemeoi ci d'impuissance , qiUD dcFiot ^Ijrefois U punition 4e U folle iippiélé 4m coostrucleurs de
If Jour in M»bI.
(|ue, nonobstant le progrès des idées, plusieurs étaient aussi tombes dans les erreurs des anciens qui, plus excusables et faute de science exacte, se laissaient, dans leur cosmogonie, entraîner par le torrent de leur imagination. D autres, au contraire , froids et impassibles comme Humboldt, se perdent dans rimmensité des détails, sans pouvoir non plus se rallier à la loi unique qui relie, qui explique tous les phénomènes, et qui pouvait seule leur servir de guide. D'autres enfin, se confinant exclusivement dons la métaphysique, tombent dans Tidéalité, tandis que le plus petit nombre, n embrassant quune seule partie de la science, pensent néanmoins pouvoir donner le plan de ledificc. Mais tous reconnaissent Texistence de cette loi unique, qu aucun d'eux n a pu établir d une manière même seulement hypothétique , et encore moins quelque peu scientifique et rationnelle.
Pour éviter les mêmes fautes, nous avons cru devoir considérer, dans rétat actuel de la science , le système de Tunivers conunc représenté par un immense et imposant édifice profondément enfoui dans le sable, et dont les plus habiles et les plus laborieux architectes ne seraient parvenus à nous retracer que quelques parties incomplètes, nous laissant dans Tignorance sur lensemble et la régularité des proportions de tout le reste. Nous avons donc dû diriger tous nos efforts pour essayer de déblayer la totalité de ledifice, en profitant des travaux déjà exécutés, afin d'en présenter un plan plus entier et qui pût satisfaire tout à la fois la science et la raison. Lors même que dans ce travail nous n'aurions pas réussi selon nos désirs, nous croirons toujours utile aux progrès de la science d'avoir essayé d'expliquer notre nouveau système de l'univers, tel qu'il est aussi envisagé par Humboldt lui-même, d'après l'épigraphe que nous lui avons empruntée : a La nature comidérée rationnellement est Vunité r. dans la diversité des phénomènes; c'est le tout pénétré y^ d'un soujffle de vie, » Et nous espérons que nos nouveaux aperçus, quoique extrêmement rapides, mériteront de fixer l'attention des lecteurs éclairés et impartiaux, bien convaincu qu'il
n'y a que les esprils siiperficieLs qui mesurent Tiniportance d'une publication sur son étendue.
D'un autre côté, ce qui contribue à nous rassurer, c'est de voir le public sensé repousser depuis quelque temps les indigestes in-folios dont on ne cesse de Faccabler, et apprécier à leur juste valeur ces prétendus chefs-d'œuvre scientiBques, véritables compilations informes, toujours illustrées, toujours soutenues par les nombreuses et éclatantes trompettes d'une fallacieuse et vénale renommée. Mais avec une agglomération de gros livres , on se donne des airs de penseur et d erudit , c'est dire qu il reste encore une assez belle chance à cette branche de spéculation des compilateurs et des libraires. Cette chance toute spéculative est d'autant plus facile a réaliser, avouons-le, pour les auteurs modernes , qu'ils savent prudemment se soustraire aux difficultés que les philosophes anciens avaient hardiment abordées, surtout dans leurs cosmogonies, en traitant , très-imparfaitement sans doute , la question de l'organisation de l'univers considéré rationnellement ^ et telle que Humboldt lui-même est forcé de la rétablir ; mais les modernes, tout en mettant entièrement de côté la solution de cette question ainsi posée, quoiqu'elle soit la seule véritable, ont oublié que cette difficile et importante question est d'ailleurs aussi ancienne que le monde, et que les Indous, les Egyptiens, les Grecs et les Romains l'avaient étudiée et déGnie avant nous de la même manière, et enfin qu'elle n'a jamais été différente de celle reproduite dans le Mens agitât moleni de Virgile.