‹ Examen critique et complément des dictionnaires historiques les plus repandusChapitre 222 sur 305 · GIN GIN · texte numérisé non relu

GIN GIN

seil d'Etat. MM. les conseillers des plus judicieux critiques des

d'Etat , maîtres des requêtes, etc. , derniers temps. Il est rare que

la consultent souvent et avec leshommesdestînés à honorer leur

fruit. patrie par leurs talens littéraires,

M. Pierre Gillet avait été nom- n'éprouvent pas , dès leur enfaniné échevin de Paris, en 1754; ce, un goût décidé pour l'étude il a été aussi bâtonnier de son dans laquelle ils doivent s'il lusordre , administrateur des hôpi- trer. A. l'âge de vingt ans, M. Gintaux , conseiller de S. A. S. le guené cultivait les lettres. Lorsprince de Conti, et chef du con- qu'il sortit, pour la première seil souverain de Bouillon. L'un fois, de la ville de Rennes, où il deses fils, M. Gillet de Laumont, était né en 1748, il avait déjà est aujourd'hui membre du con- compose' un ouvrage dont le sucseil-genéral des mines , et cheva- ces brillant devait commencer sa lier de la Légion d'honneur. réputation. La Confession de

Z>ulmé, poëme rempli de grâces ,

GILLET (Louis-Joachim) , ge- obtint, comme il le dit lui-même,

novéfain, traducteur de l'histo- tout ce que de pareils jeux d'es-

ricn grec Josephe. Malgré les as- prit peuvent avoir de célébrité,

sertions de M. Chaudon et de la A l'époque où elle parut, eu 1775,

Biographie universelle , les per- si l'on excepte quelques poésies

sonnes versées dans la connais- légèresque Voltaire, accablé d'an-

sance de la langue grecque, assu- nées*, laissait échapper de loin eu

rent que la traductiondu P. Gillet loin , une composition où le talent

n'est pas plus fidèle que celle d'Ar- et le bon goût étaient réunis,

nauld d'Andillv: comme elle n'est semblait un phénomène. La Con-

pas écrite avec autant d'élégance, fession de Zulmé, communiquée

elle ne l'a point fait oublier. Je par le jeune auteur à M. de fto-

dois faire observer que, des six chefort, circula manuscrite dans

ouvrages attribués au P. Gillet , tous les cercles de Paris ; elle fut

dans la Biographie , un seul a été attribuée à plusieurs poètes alors

livré à l'impression : c'est la tra- à la mode , principalement à

duction de Josephe. M. de Pezay, et les journaux la

publièrent pour la première fois

GILPIN (Guillaume). La tra- en 1777 , tellement défigurée par duction des Observations pitto- les copistes , que le véritable aurait/es, parlebarondeBlùmens- teur, sensible à la fois à sa célé— tein , parut en 180 1 , et ne forme brité naissante et au travestisse— que 2 vol. On doit au même la ment de ses vers , quitta le voile traduction des trois Essais sur le de l'anonyme, et rétablit son beau pittoresque. On lui doit en- ouvrage tel qu'il l'avait composé ; core fa traduction de Y Essai sur mais, ce qu'il y eut de remarquales gravures. Breslau, 1800, in-8°. ble, c'est que plusieurs écrivains La traduct. des Observations sur l'accusaient de plagiat. On trouve la rivière TVye , est aussi de lui. les pièces de ce procès bizarre

dans le Journal de Paris du mois

GINGUENÉ (Pierre-Louis), 1' un de janvier 1779.

des plus profonds littérateurs et Quelques autres pièces devers,

GIN

recueillies dans les almanachs du temps, soutinrent la bonne opinion que M. Ginguené avait donnée de son talent. ♦C'est alors que commencèrent avec le poète Lebrun , des liaisons qui ont duré jusqu'à la mort du lyrique. En 1780, l'académie française proposa un prix extraordinaire, dont le sujet devait être l'action héroï-

Sue du jeune prince Léopold de runswick , qui se noya en voulant traverser l'Oder, pour secourir des malheureux. M. Ginguené concourut, et son ouvrage obtint nne mention honorable.

Une querelle très-sérieuse s'était engagée parmi les musiciens français. Le sujet du différend était la question de la prééminence de la musique allemande sur la musique italienne , et tous Jes artistes étaient divisés en deux factions, l'une appelée \esglukistes , l'autre les piccinisies. Les amours -propres s'étant irrités, on débordement de brochures , dont quelques-unes étaient de véritables libelles diffamatoires , inondèrent le public, témoin et partie dans ces sortes de divisions.

M. Ginguené , versé dans la langue italienne , pour laquelle il avait une prédilection particulière, entra dans le parti des piccinistes , et montra , pour le défendre , toute la ferveur de la jeunesse et du talent. Il fit paraître, sous le voile de l'anonyme, des lettres et articles divers sur la musique , sous le nom de Méphile , et ensuite Mélophile , à l'homme de lettres chargé de la rédaction des articles de l'opéra, dans le Mercure de France, Paris, 1^83, in-8° de 27 pag.

Pendant le cours de sa vie , il fut toujours enthousiaste de la

GTN 38f>

musique italienne. Ce fut lui qui fournit les articles de musique dans la vaste entreprise de YEn~ cyclopêdie méthodique , formée parle libraire Pankoucke. M. Ginguené travailla également au Mercure , aujourd'hui si déchu de sa grandeur passée , mais alors * rédige par Laharpe, Marmonfel etChamfort, dont le jeune auteur devint à la fois Tarai et le disciple. Dans- la suite, il fut l'éditeur des Œuvres de Chamfort, 4 vol . in-8°.

Voltaire et Rousseau , dont M. Ginguené vit les dernières années , venaient d'être ravis à la France et à l'Europe. Le philosophe de Genève , qui , pendant sa vie , avait condamne ses Confessions à l'obscurité ,v laissait , nar sa mort , la liberté de publier ce dernier œuvre de son génie. On attendait avec impatience cet écrit d'un grand homme , qui devait découvrir à tous les yeux les replis les plus cachés de son aine ; et l'apparition d'un livre dans lequel la franchise s'était élevée au-dessus des convenances dont elle ne croyait pas avoir besoin , d'un oruvrage où les plus célèbres écrivains encore vivans , étaient immolés , dut produire des jugemens entièrement opposés, et faire croître encore les haines dont l'auteur à1 Emile avait été trop souvent la victime.

La première partie de cet ouvrage parut en 1782 ; la seconde ne fut publiée qu'en 1789. M. Ginguené, non moins admirateur de Bousseau que de la musique italienne, publia une apologie des Confessions f sous le titre de : Lettres .sur les Confessions deJ.-J. Rousseau.

Paris , chez Barrois l'aîné , 1791 , iu-8°.

Cette défense , j uste à bea ucoup

3ç)o GIN

d'égards , ne parait pas l'être quand l'auteur s'attache à prouver l'existence de cette vaste conspiration ourdie dans l'Europe entière , pendant vingjt années , et dont le Dut aurait été d'enlever à Rousseau , avec le repos de sa vie , la gloire due à ses ouvrages.

Rien ne prouve que Griinm , Diderot , d Alembert , eussent formé ce projet, d'ailleurs inexécutable, et l'on doit plutôt en attribuer l'invention à cet esprit de méfiance que Jean-Jacques avait apporté en naissant, et que les traverses d'une vie aussi agitée que glorieuse, n'avaient pas contribué à diminuer. Cette erreur de M. Ginguené était d'autant plus pardonnable, qu'elle trouve sa source dans de nobles sentimens, l'admiration pour le génie, la compassion pour le malheur', et la reconnaissance pour les bienfaits. Laharpe a inséré dans le Mercure de 1792, une critique sévère, mais juste, de l'ouvrage de M. Ginguené ; on la trouve dans le Nouveau Supplément au Cours de littérature , que j'ai publié en 1818, in-8°.

Cependant l'aurore d'un jour éclatant et nouveau était déjà levée pour la France. Toutes les ames généreuses souriaient aux espérances qu'une réforme générale et qu'un système de liberté faisaient concevoir. Ce fut par sentiment et par conviction que M. Ginguené se déclara pour les nouvelles idées ; il publia diverses brochures parmi lesquelles on distingue un écrit ayant pour titre De V Autorité de Rabelais , dans la révolution présente^ Paris , Gattey, 1791, in-8° , qui obtint un grand succès; mais en approuvant les doctrines libérales, il

GIN

n'en sépara jamais cette modération sans laquelle la force n'est qu'une impulsion aveugle , et cette austère vertu sans laquelle il n'y a point de liberté à espérer parmi les hommes. Aussi , M. Ginguené mérita nécessairement le sort des hommes dont il suivait les bannières ; ami de la liberté , mais ennemi des fureurs démagogiques , il dut obtenir la faveur d'être proscrit : arrêté pendant plusieurs mois , il partagea la prison de Roucher, d'André Chénier ; et sans le 9 thermidor , qui renversa la tyrannie révolutionnaire , il eût sans doute partage leur honorable supplice.

Il avait succède à Cerutti et à Grouvelle , dans la rédaction de la Feuille, villageoise , journal destiné à faire connaître au peuple des campagnes les principes d'une sage liberté. Echappé à la hache des bourreaux , u reprit cet honorable travail ; mais il l'abandonna en 1796* pour ne s'occuper que de la Décade philosophique qu'il avait fondée en 1794 > et août il fut un des plus zéfés et des plus habiles collaborateurs, jusqu'en septemb. 1807 , époque à laquelle le gouvernement réunit ce journal au Mercure de France. La collection de la Décade philosophique , qui , dans les dernières années , porta le titre de Revue philosophique , est composée de 54 vol. Pendant plusieurs années , M. Ginguené a encore enrichi le Mercure de France , d'excellens morceaux de critique littéraire.

Peu de temps après sa proscription, il avait été désigné pour faire partie d'une commission d'instruction publique , qui reçut du gouvernement provisoire la

GIN

mission d'établir un système d'éducation approprié aux nouvelles institutions. Sous le directoire , M. Ginguené fut nommé à l'ambassade de Sardaigne. Pendant le gouvernement consulaire , il fut élu membre du Tribunat, et ses actions furent toujours la conséquence d une pensée unique.

Le tribun du peuple embrassa vivement et sans détour la défense de sescommettans. Eliminé avec ceux de ses collègues qui avaient préféré leur conscience aux honneurs et aux richesses , il abandonna les fonctions publiques , et cultiva les lettres au sein d'une glorieuse médiocrité : on le vit néanmoins , dans le Mercure de 1808, de 1809 et de 181 1 , adresser au chef de l'ancien gouvernement, des éloges qui semblaient sincères.

Dans son éloignementdes affaires publiques , il s'occupa beaucoup de la continuation d'un ouvrage entrepris depuis longues années sur la littérature italienne, et qui , bien que non achevé , doit être son plus beau titre de gloire.

Avant de livrer à l'impression le commencement de son travail , il pressentit le goût du public dans des lectures à l'Athénée , et ses efforts furent couronnés d'un succès solide que voulurent en vain lui disputer des critiques passionnés. La connaissance ap-

Srofondie que M. Ginguené avait e la littérature italienne , sa vaste érudition classique , la sûreté de son goût, la justesse de sa critique , le rendaient éminemment propre au travail dont il s'était chargé. Rien n'a échappé à ses savantes investigations ; il a tout lu, tout analysé, tout apprécié ; les chefs-d'œuvre dont

Gltf 3q î

s'honore l'Italie , y sont fidèlement caractérisés, et les traductions qu'il en donne par extraits , joignent au mérite de l'exactitude , celui d'une élégance soutenue. En un mot, V Histoire lit" téraire d'Italie peut être regardée commè l'un des plus beaux raonumens de ce genre, qui existent dans toutes les langues de l'Europe. On a lu avec autant de surprise que d'indignation , dans la Continuation àe relier, une virulente diatribe dirigée contre cet excellent ouvrage.

Les six premiers vol. de V Histoire littéraire d'Italie avaient paru de 181 1 à 181 3 ; les tomes r , 8 et 9, terminés par l'Italien M. Sa! fi , littérateur très-instruit .

dont le travail a été revu par MM. Daunou et Amaury Duval , parurent en 1810.

En 1810, M. Ginguené publia un volume de fables , dans lesquelles les hommes éclairés reconnurent un esprit juste et caustique, des détails élégans et une versification facile. L'auteur fit courageusement parler la vénié dans ce nouvel ouvrage. Quelques fables , échappées aux jeux

Î>erçans d'une censure scrupueuse , firent entendre des principes qu'il était alors dangereux de publier ; il attaqua avec un courage égal la vanité récente et la morgue ancienne.

Les autres ouvrages de M. Ginguené sont des poésies légères .

adressées à un jeune orphelin

3u'il adopta à l'âge de six ans , et ont il fit lui-même l'éducation ; une traduction des Noces de Thrtis et Pelée , 181? , 111-18, charmant ouvrage de Catulle , dont il est parvenu à rendre avec bonheur un grand nombre de passa-

392 GIN

ges ; enfin , quelques jolies fables publiées en i8i/j.

Bon époux, fidèle et sensible ami , M. Ginguené fut honoré par une médiocrité qu'il sut rendre honorable. Sur la fin de sa vie, il passa dans la vallée de Montmorency des jours embellis par la culture philosophiq . des lettres et par les soins touchans de l'amitié. Son épouse chérie, dans l'union de laquelle il trouvait cette paixde l'aine, lepremierdes biens; l'orphelin auquel il servit de père ; ses livres, qui jusqu'au dernier moment ont consolé sa douleur : tels furent les compagnons et les instrumens du bonheur de cet homme excellent.

Sa gaieté , sa douceur ne furent point altérées par les souffrances de sa dernière maladie. Un pied dans le tombeau , il sentit renaître les goûts de sa jeunesse et sa prédilection pour la musique italienne. Quinze jours avant sa mort, il composa plusieurs jolies romances. Ces travaux consolateurs enlevaient à ce moment suprême tout ce qu'il a de sombre , de pénible; il ne lui en restait que cette teinte profondément touchante , ce calme mélancolique d'un ami qui pleure ses amis en les quittant , mais à travers les regrets duquel on voit briller l'espérance d'une réunion nouvelle et indissoluble.

M. Ginguené est mort le 17 novembre 1816, dans sa soixantehuitième année. Il était membre de l'Institut et particulièrement de la commission chargée de la continuation de l'histoire littéraire de la France, commencée par les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Les ouvrages de M. Ginguené , qui n'ont

GIN

pas été mentionnés dans cette notice , sont :

I. Éloge de Louis XII, discours quia concouru pour le prix de l'Académie française. Paris, 1788, in-8°.

II. De M. Necheret de son livre intitulé, De la Révolution française; Paris, 1797, in-8°; tiré de la Décade philosophique. La sévérité du critique a étonné ceux qui se rappelaient les obligations que l'auteur avait à M. Necker.

III. Tableaux de la Révolution française. Paris, Didot , 1790 e£ 1791, in-fol. , depuis la quatorzième livraison jusqu'à la vingtcinquième, chaque livraison contenant deux discours.

IV. Coup -d' œil rapide sur le génie du christianisme , ou quelques pages sur 5 vol. in-8° publiés sous ce titre par F.-A. de Chateaubriand; Pans, 1802, in-8°; extrait de la Décade philosophique.

On doit aux soins de M. Ginguené l'édition des OEuvres de Lebrun , son ami , avec une notice sur sa vie. Paris, 181 1, 4 vol. in-8°. Il a inséré dans le Mercure, sur cette collection, jugée trop volumineuse, quatre extra its pleins de fi n esse et de goût.

Les articles fournis par M. Ginguené à la Biogr. univ. peuvent être rangés parmi les meilleurs de cette collection.

On doit penser qu'il fallait que M. Ginguené eût auprès de lui une nombreuse collection de livres, pour exécuter facilement les travaux auxquels il s'est livré ; aussi s'était-il formé une bibliothèque composée des meilleurs ouvrages anciens et modernes ; la littérature italienne y tenait une place distinguée. Le catalogue

Page 1