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soixanle-clix-huitième anm'e. Cet homme qui a joui de l’estime et de la considération la mieux méritée , avait commencé la profession d’avocat en 1^16. Pendant long-temps il a été regardé comme un des meilleurs consultans. Des mœurs simples et une vie laborieuse le distinguaient entre ses confrères. Une fortune médiocre , eu égard à sa célébrité, annonce son désintéressement. Ses lumières et ses profondes connaissances ont été également utiles aux citoyens, à ses confrères , et aux magistrats <|ui l’ont consulté , et sa réputation s’est soutenue jusqu’à l’e'poque de sa mort.
Il avait , par continuation d’un travail commencé par son père , formé une collection d’Ordonnances infiniment précieuse, tant par la multitude despiècesqu’clle rassemblait en ce genre, depuis le commencement de la monarchie , que par le dépouillement de toutes celles qui se trouvent éparses dans les différens livres de droit dont il a extrait les lois et même les arrêts les plus importans à la jurisgrudence.
Toutes les consultations qu’il avait faites pendant sa vie, étaient rangées par ordre (h; matières , et formaient, en ce genre, une collection intéressante par l’ordre qu’il y avait rais.
Enfin , les ouvrages qu’il destinait au public , et qui sont tous écrits de sa main , étaient un troisième objet trop précieux pour ne pas le distinguer dans le nombre des manuscrits et des livres qui composaient sa bibliothèque.
Sa veuve , qui avait une incommodité dangereuse , .ne lui a pas
survÆu long-temps , et ses enfans , occupés de la porte qu’ils avaient faite et de celle qu’ils pouvaient craindre , n’ont pu sans doute ‘examiner par euxmêmes ces différens manuscrits.
Une écriture peu lisible rendait aussi cet examen difficile ; enfin , les magistrats et les jurisconsultes qui auraient pu prendre cette peine et apprécier le mérite de ces collections et de ces ouvrages , étaient alors dispersés hors de la cajiilale et sans fonctions , par suite de la révolution opérée dans la magistrature.
Tous ces objets ont été vendus confusément avec les livres, et la famille de cet homme savant et respectable n’a pas eu la satisfaction de remplir ses vues, en publiant les ouvrages qu’il avait composés dans le dessein de rendre ses lumières utiles après lui comme elles l’ont été pendant sa vie.
Le plus important de ces ouvrages était un Traité des Offices; il avait été préparé pour l’im-
fircssion , quelques années avant a révolution de 1^89. On doit regretter qu’il n’ail pas vu le jour.
La collection d’ordonnances a été acquise par M. de Saint-Genis, auditeur des comptes , qui l’a augmentée et continuée jusqu’en 1790. Elle est composée' «te 4i3 volumes 10-4", reliés uniformément, et d’uue Table alphabétique et chronologique , renfermée dans quatre - vingtquinze boîtes iu-fol. Cette précieuse collection a été achetée , en 1814, par M. le comte de Rlàcas, ministre de la maison du roi. Elle est placée aux galeries du Louvre , auprès de la Bibliothèque ducon-
sell d’I^tat. MM. les coiistiliers d’Etat , maîtres desrequêtes, etc. , la consulteut souvent et avec fruit.
M. Pierre Gillet aviiit été nommé échevin de Paris, en 1754; il a été aussi bâtonnier de son ordre , administrateur des hôpitaux , conseiller de S. A. S. le ])rince de Coiiti, et chef du conseil souverain de Pouillon. L’un de ses fils, M. Gillet de Laumont, est aujourd’hui membre du conseil-çenéral des mines , et chevalier de la Légion d’honneur.
GII.LET (Louis-.Toachim) , genovéfain, traducteur de l'historîen grec .losephe. Malgré les assertions de M. (,'haudon et de la liiofiraphie universelle , les personnes versées dans la coriiiaissanced.e la langue grecque, assurentque la traductiondu P. Gillet n’est pas plus fidèle que celle d’.\rnauld d’Andilly : comme elle n’est j<as écrite avec autautd’élégance, elle ne l’a point fait oublier. Je dois faire -observer t|ue, des six ouvrages attribués au P. Gillet, dans la Biographie , un seul a été livré à l’impression : c’est la traduction de Josephc.
GILPIN (GiiiLLAL’ME). La traduction des Observations pittoresques, parle baron dePlumenstein , parut en 1801 , et ne forme que 2 vol. On doit au même la traduction des trois Essais sur le beau pittoresque. On lui doit encore la traduction de Y Essai sur lesgravures. Breslau, 1800, in-b".
I.a traduct. des Observations sur la rivière TEye , est aussi de fui.
GTNGUENÉ (Piebre-Louis), Tua des plus profonds litlérateur.s et
^es plus judicieux critiques des derniers temps. Il est rare que ieshommesdestinés à honorer leur patrie par leurs talens littéraires, n’éprouvent pas , dès leur enfance , un goût décidé pour l’étude dans laquelle ils doivent s’illustrer. A l’àge de vingt ans, M. Gingueiié cultivait les lettres. Lorsqu il sortit, pour la première fois, de la ville de Rennes, oh il était né eu 1748, il avait déjà composé un ouvrage dont le succès brillant devait commencer sa réputation. Ea (Jonjession de Zulrné, poème rempli de grâces , obtint , comme il le dit lui-même , tout ce que de pareils jeux d’es- ^jril^ peuvent avoir de célébrité.
A l’époque oh elle parut, en 1775, si l’on excepte quelques poésies
légèresque Voltaire, accablé d’années , laissait échapper de loin en loin , unet:oinposition oh le talent et le bon goût étaient réunis , semblait un phénomène. La Confession de Zulnié, communiquée par le jeune auteur à M. de Rochefort, circula manuscrite dans tous les cercles de Paris ; elle fut attribuée à plusieurs poètes alors à la mode , principalement à M. de Pezay, %t les journaux la publièrent pour la première fois en 1777 , telkmeut défigurée par les copistes , que le véritable auteur, sensible à la fois à sa célébrité naissante et au travestissement de ses vers , quitta le voile de l’anonyme , et rétablit son ouvrage tel qu’il l’avait composé; mais, ce qu’il y eut de remarquable, cest que plusieurs écrivains l’accnsaieut de plagiat. On trouve les pièces de ce procès bizarre <lans le Journal de Paris du mois de janvier 177g.
Quelques autres pièces devers,
recueillies dans les almanachs du temps , soutinrent la bonne opinion que M. Giiigiieiié avait donnée de son talent. C’est alors que commencèrent avec le poète Lebrun , des liaison"s qui ont duré jusqu’à la mort du lyrique. Kii 1780, l’acadéitlie française pro-
1)osa un prix extraordin’aire, dont e sujet devait être l’action héroi-
Sue du jeune prince Léopold de runswick , qui se noya eu voulant traverser l’Oder, pour secourir des malheureux. M. Ginguené concourut, et son ouvrageobtint une mention honorable.
Une querelle tre^-sérieuse s’était engagée parmi les musiciens français. Le sujet du différend était la question de la prééminence de la musique allemande sur la musique italienne , et tous les artistes étaient divisés en deux factions, l’une appelée ]esgltikistt.i , l’autre les piccinisles. Les amours-propres s’étant irrités'^ un débordement de brochures, dont quelques-unes éÿientde véritables libelles diffamatoires , inondèrent le public, témoin et partie dans ces sortes de divisions.
M. Ginguené , versé dans la langue italienne, pour laquelle il avait une prédilection particulière , entra dans le parti des piccinistes , et montra , pour le défendre , toute la ferveur de la jeunesse et du talent. Il fit paraître, Sous le voile de l’anonyme , des lettres et articles divers sur la musique , sous le nom de Méphilr , et ensuite Mélophile , à l’homme de lettres chargé de la rédaction des article.s de l’opéra, dans le Mercure de , France. Paris, 1783, in-8°de27 pag.
Pendant le cours de sa vie , il fut toujours enthousiaste (je la
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musique italienne. Ce fut lui qui fournit les articles de musique dans la vaste entreprise de V Encyclopédie méthodique , formée parle libraire Pankoucke. M. Ginguené travailla également au Mercure, aujourd’hui si déchu de sa grandeur passée, mais alors rédige par Laharpe, Marmonlel etChamfort, dont le jeune auteur devint à la fois l’aim et le disciple.
Dans la suite, il fut l’éditeur des OEuvres de Chnmjt}rt, 4 vol. in-S".
Yoltaire et Rousseau , dont M. Ginguené vit les dernières années , venaient d’être ravis à la France et à l’Europe. Le philosophe de Genève, qui, pendant sa vie , avait condamne ses Confessions à l’obscurité , laissait ,
Ear sa mort, la liberté de pulier ce dernier œuvre de soif génie. On attendait avec impatience cet écrit d’un grand homme , qui devait découvrir à tous les yeux les replis les plus cachés de son ame ; et l’apparition d’nu livre dans lequel la franchise s’était élevée au-dessus des convenances dont elle ne croyait pas avoir besoin , d’un ouvrage oii les plus célèbres écrivains encore \ivans , étaient immolés, dut produire des jugemens entièrement opposés , et faire croître encore les haines dont l’auteur d’Emile avait été trop souvent la victime.
La première partie de cet ouvrage parut en 1782 ; l.i seconde ne fut publiée qu’en 178g. M. Ginguené, non moins admirateur de Rousseau que de la musique italienne, publia une apologie des Confessions le titre de : lA-tlres sur
les Confessions de J.- J. Rousseau.
Paris , chez Barrois l’aîne , I791 , iu-8“.
• Cette défense , juste à beaucoup