‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 145 sur 152 · CHAPITRE ltEnV]:^.ME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ltEnV]:^.ME

Si vous avez recours à des raisonnemens pour convaincre les sept huitièmes du genrç humain d’erreur ou d’inconséquence , vous abandonnez évidemment le principe du consentement commun , pour y substituer l’autorité de votre rai- . son individuelle.

» De toutes ces considérations , et de bien d’autres que je pourrais ajouter , je conclus qu’il était plus facile à Bossuet d’établir l’autorité divine de l’Église , qu’il ne vous l’est d’établir l’autorité humaine de votre raison générale , dont les Théologiens n’avaient jamais songé à faire le principe de foi. Je vois que vous êtes obligé de raisonner pour le moins tout autant que lui , et je vous avouerai que vos raisonnemens sont loin de me paraître plus convaincans que les siens. Si je lui accordais son principe , je ne pouvais plus nier les conséquences qu’il en déduisait ; au lieu qu’en admettant une autorité humaine, dont l’infaillibilité , de votre aveu forcé , n’est qu’une supposition , il me semble pouvoir contester presque toutes les conséquences que vous en tirez. Ne trouvez, donc pas mauvais , si je vous déclare franchement que j’aurais beaucoup mieux aimé avoir affaire à vous qu’au Cartésien Bossuet. »

Je crois inutile de rien ajouter. L’Auteur prétend que , ses principes une fois admis , il n’y a pas moyen de nier une seule des vérités du Symbole Catholique. Je le veux croire , ou sup-

3q4 examen d’dN ouvrage , ETC.

poser ; mais il me permettra de lui dire que , pour qu’il n’y ait pas moyen de nier une seule des vérités du Symbole Catholique , il suffit bien qu’on admette l’autorité divine et infaillible de l’Église Catholique. Or , Bossuet et tous les Théologiens qu’il appelle Cartésiens , sans en excepter un seul , admettent cette autorité sacrée. Je suis donc tout autant èn sûreté en suivant leur doctrine qu’en suivant celle qu’on nous présente comme meilleure. M. G. prouve fort bien que celui qui substitue son jugement particulier à l’autorité iufaillible de l’Église a tort , et que , s’il est conséquent , il est conduit aux plus absurdes erreurs ; mais en prouvant cela , que prouve-t-il contre les Théologiens Cartésiens ? Rien , absolument rien ; puisqu’il n’est aucun Catholique qui puisse se croire permis de substituer son propre jugement à l’autorité de l’Église. Beaucoup de ces Théologiens qu’il appelle Cartésiens , ont prouvé la même chose que lui , et mieux que lui. Le défaut perpétuel de l’ouvrage qui est l’objet de toutes ces réflexions , depuis la première page jusqu’à la dernière , est de prouver ce qui n’est contesté d’aucun des adversaires que l’Auteur a entrepris de combattre , et de ne rien prouver de ce qui devrait être le sujet de la controverse.

NOTE relative à la page xtvj de /'Ixthodvction.

Pendant que cet ouvrage était sous presse , on m'a fait remarquer que le Plaidoyer de M. Janvier ayant été imprimé avec des Notes , et M. de La Mennais ayant écrit une Lettre qui a été insérée dans VÀvenir ( ag avril , N" igS.), si je ne faisais aucune mention de ces Notes et de cette Lettre , je pourrais être accusé de mauvaise foi. Comme de tous les reproebet auxquels je puis être exposé , c'est celui que je redoute le plus , quoique ma conscience ne me reproche rien i cet égard , je vais tâcher de le prévenir.

Je proteste d'abord que j'ignorais l’cxistcnee de ces Notes. J'avais lu le Discours de l'avocat de M. de La Mennais dans VÀvenir même où il se trouve sans aucune note , et il ne m'est pas venu â l'esprit qu'une édition du Discours de son défenseur donnée par M. de La Mennais lui-môme pouvait être suspecte. J'ai donc pu m'y tenir sans qu'on ait droit de m'accuser de mauvaise foi. Néanmoins , puisqu'on me présente des Notes explicatives , je les examinerai volontiers , et si elles me paraissent demander de moi une rétractation , je la ferai sans hésiter.

Paroles de l'Avocat : • Ce n'est jamais impunément que l'on » entreprend le rôle de réformatenr (i) , et celui dont le courage

• ne décline pas une mission pareille , sait à l'avance à quels

• risques il l'accepte. •

Note I • (i) Ce mot de réformateur est une des expressions s que quelques personnes sc sont plu â interpréter dans nu sens

• odieux. M. de La Mennais a entrepris de réformer la société

• à l'aide de la Religion, Voilà évidemment ce qu'a voulu dire

• son défenseur ; et ce serait une mauvaise foi trop absurde que > de détourner le sens de cette parole , pour l'entendre d'une

• réforme de la Religion même. •

Je ne doute pas que l'auteur de cette note ne soit un interprète très-judicieux du sens des paroles de M. Janvier , mais il ne doit pas trouver mauvais que nous donnions pourtant la préférence à M. Janvier lui-même. Or cet avocat veut que nom

entendions ses paroles , non d’une réforme de la soeiélé <i l’aide de la Religion , mais d'nne réforme du Catholicisme ou de la Beligion même ; et , ce qui est plus étonnant , U prétend , en parlant ainsi n'étre que l’organe de M. de La Mennais. Ëcotttons-lc.

Parolee de l’ Avocat ; • M. de La Mennais m’a chargé de Tons

> le dire : depuis quinte ans il travaille à régénérer(i) le Catho-

• licisme et à lui rendre , sous une forme nouvelle et avec des

• progrès nouveaux , la force et la vie qui l'avaient abandonné. > Vous l’cntendct t C’est le Catholicisme que M. de La Mennais

veut régénérer , c'est an Catholicisme qu’il vent donner une nouvelle forme , c’est au Catholicisme qu’il vent rendre la force et la vie qui l’avaient abandonné. Mais ceci noua est encore expliqué dans une note.

Note t • (1) On a voulu abuser aussi de cette phrase. 11 est

> asseï clair pourtant qull s’agit , non point de régénérer le

> Catholicisme en lui-méme, mais de le régénérer dans les ina telligcnces qui l’ont laissé s'affaiblir ou a’éteindre en elles , en a le leur offrant tel qu'il est , et non tel que le Gallicanisme et a la Philosophie incrédule le leur ont montré, a

Ainsi , si nons en croyons le rédacteur des Notes , il est d'abord évident que M. de La Mennais vent réformer , non la Ileligion même , mais seulement la société fl l’aide de la Religion , et que c’est là ce que son défenseur a voulu dire ; puis , il est assci clair que M. de La Mennais veut régénérer et réformer , non-seulement la société à l’aide de la Religion , mais le Catholicisme même , non à la vérité en lui-méme , mais dans les intelligences , et que c’est là encore ce que l'avocat a voulu dire. Ce sont là , il faut l'avouer , des explications lumineuses , et on ne peut que déplorer qu'un avocat si habile n’ait pas su dire ce qu'il voulait dire , et qu'il se soit servi d’cvpressions qui paraissaient dire antre chose , ce qui a affligé le eipur de son client et lui a causé de vife regrets, ftooiqu'il en soit je me persuade aisément que M. de La Mennais n’a nullement le dessein de régénérer le Catholicisme en lui-méme et qu’il vent seulement le régénérer . lui donner une nouvelle forme dans les intelligences. J'avoue même que je ne l'ai jamais entendu autrement , quoique je n’eusse aucune connaissance de la note explicative.

Je ne sanrais concevoir ce qua signifierait rtigiinércr U Caiholicùme en liti-m^me , ou pris abstractircnient et hors des intelligences. Quel qu'ait été le délire des réformateurs du XVI* siècle cux-mémcB , je ne pense pas qu'ils aient jamais voulu réformer' la Religion ailleurs , ou autrement qne dans les intelligences. Ils ne voulaient , disaient-ils , que ramener la Religion à sa pureté primitive , à la simplicité évangélique , eu la présentant aux intelligences telle qu'ils la concevaient en cllc-mémc , et non telle que les erreurs et les superstitions des siècles précédons l’avaient montrée. Point de doute que Luther et Calvin ne se trompas.scnt on ne fussent trompeurs en prétendant que les erreurs et les superstitions avaient éteint la Religion dans les intelligences; mais M. de La Mennais ne se tromperait-il pas également en croyant que le Gallicanisme et la Philosophie ont éteint le Catholicisme dans les intelligences et qu'il est nécessaire de l'y régénérer sous une nouvelle forme? Qu'il combatte le Gallicanisme de toutes scs forces , s'il le veut ; scs efforts seront louables. Mais nous osons loi demander de trouver bon le Catholicisme tel qu'il existe, et de lui laisser sa forme antique ou de nous prouver qu'il a mission pour la changer.

Qnant à la Lettre de M. de La Mennais insérée dans l'..^eenir à la fin du mois d'avril , je ne puis la regarder que comme une expression bien tardive des regrets qne lui ont fait éprouver les paroles de son défenseur. 11 noos dit qu'il ne pouvait , au milieu de l'audience , établir nn colloque entre lui et son avocat ; je le conçois. Mais si ses regrets étaient aussi vifs qu'il le prétend , sans établir aucun colloque , je pense qu'après le discours de l'avocat , ou avant le prononcé de la sentence , il pouvait faire connaître è ceux qui avaient entendu les expressions dont il était affligé qu'il les désavouait. 11 est du moins assex clair qu'il pouvait consigner son désaveu dans la feuille même de l'Avenir qui contenait le discours avec tontes les expressions dont l'avocat s'était servi. Son silence en cette occasion noos autorise è croire que les regret» ne sont venus qu'après. 11 voudrait nous persuader f/u’il est évident, par l'cnscmblc do plaidoyer, que c'est uniquement la guerre qn'il n'a cessé de faire au Gallicanisme que son défenseur avait en vue en parlant de réforme , de rettauration du Catholicieme , etc. Si quelqu'un était tenté du le croire en lisant

3g8 note.

le rUidojer , il pourrait facilement se clétabuser en lisant VÀve^ nir, et sartoat en lisant les articles de l'Avenir qui sont signés F. os La Mb^sais.

En effet, M. de La Mcniiais pose d'une manière asset précise, dans VAvenir , les bases de la l'éformc à laquelle il travaille de> puis quinte ans. Ces bases sont : La séparation totale de l'^i^glise et de rÈtat , l'abolition de tons les Concordats , la suppression des indemnités stipulées par l'autorité du Saint Siège pour l'usurpation des biens ecclésiastiques , la liberté des cultes, la liberté de l’éducation , et surtout la liberté illimitée de la presse , etc. A qui |>crsuadera*t*on que ce plan de réforme n'a pour but que l’extirpation do Gallicanisme? L'alliance de la Religion et de l'Ètat , les concessions mutuelles du pouvoir civil et du pouvoir religieux ne sont-elles pas plus anciennes que le Gallicanisme? Ne remontent-elles pas aux premiers siècles du Cbristianismc ? Et puis, que dirons-nous de cette liberté, de ce développement immeme de liberté individuelle que prêche M. de La Menuais et qui parait être le dogme fondamental de son Catholicisme régénéré? On peut, je crois , sans être Gallican, penser que ce dogme ne s'accorde pas trop avec la doctrine Catholique. M. de La Mennais poorrait-il assigner une é|>oqne où l'ÈgUse ait trouvé bon que chacun dogmatisât selon sou caprice? Est-il en état de prouver que c'est le Gallicanisme qui a introduit la censure des livres à Rome ? Le Concile de Trente n’clail sans doute pas Gallican, et pourtant il ne rejetait pas ralliancc de l'Église et de l’État : il trouvait convenable que l’Église fût sous la protection des Princes , il pensait même qnc Dieu a voulu qu’il en

fût ainsi t Sœcnlaret Principee Catholicci quo$ Deus ianetœ

fidei, EecUtiaque proteetores eesê volait. (Sess. c. xxv. 90.) Ce saint Concile avait mtsrion pour réformer , non la Religion ou lo Catholicisme , mais les mœurs des Catholiques ; il a fait beaucoup de décrets pour opérer celle reforme salutaire , mais jamais il n'a parlé ni de liberté d’enseignement , ni de liberté de la presse , ni de rien de ce qui entre dans 1a réforme projetée par M. de La MennaU.

Je conclus que les explications données après coup aux paroles du défenseur de M. de La Menuais n’expliquent rien et qu'elles sont démenties par les doctrines constamment souteunes dans

Digitizcc^Nv

ï’/l venir ; et que le» vif» regret» eiprimo» après troi» moi» de silenee pourraient bien dtre venu» de ce que le» parole» qaon regrette, ont manifesté trop clairement de» Toe» et de» dessein» qui ont rérolté plus de monde qn'on ne voulait. Je crois donc devoir m'en tenir au sentiment que j'avai» avant la lecture de» Note» et de la Lettre. J'ai trop bonne opinion de celui que M. de La Mennais s'est choisi pour défenseur pour me persuader qii il n'ait pas compris ce qn'on l'avait chargé de dire ou qu'il n'ait pas su exprimer convenablement ce qu'il avait compris. Je crois qu'on ne lui fait guère d'honneur en publiant de» Note» pour expliquer ce qu'il a voulu dire,

El N.

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