CHAPITRE QUATRIÈME
que l’Église l’ordonne , mais ils disent qu’il faut croire l’autorité de l’Église parce que cette autorité est un des dogmes révélés. C’est donc la Révélation ou la parole de Dieu manifestée par les miracles, contestante Deo signis et portentis , ■et variis virtutibus, qui est le principe ou plutôt le motif de cette foi par laquelle nous croyons et l’Église et les autres articles du Symbole.
Dites , si vous voulez , avec Bossuet , que la croyance de l’Église est le premier acte de foi que le Saint -Esprit mette dans le cœur d’un Chrétien , et que l’Église crue de foi divine nous conduit à la croyance des dogmes pris en détail, non comme motif ou comme principe de la certitude de notre croyance, mais comme un guide et une autorité que Dieu nous a donnes ; guide qui ne peut nous égarer ef que nous sommes obligés de suivre , autorité à laquelle nous devons une entière obéissance , parce qu’elle est , comme je l’ai déjà dit , divine dans son origine et dans son exercice. Elle est la règle de notre foi , en ce sens , qu’il n’est jamais permis de rejeter ce qu’elle enseigne ou d’admettre ce qu’elle rejette , car son enseignement est infaillible. Mais ce serait donner à ce mot de règle de foi une extension qu’il n’a pas , que de soutenir qu’on ne peut pas avoir la connaissance certaine d’une vérité révélée , abstraction faite de l’autorité de l’Église. Au reste , quel que soit l’objet de notre foi , quel que soit le moyen par lequel
8o EXAMEN d’üN OUVKAGE , ETC.
nous parvenons à en avoir la connaissance cer> taine , le motif ou le principe de certitude de notre foi est toujours le même : nous croyons parce que Dieu l’a révélé. Ce point bien éclairci nous fournira bien des réponses aux raisonnemens de l’Auteur.
(/>. 65. ) a La plupart des objections relatives n au principe de foi , considéré , soit par rapport » à tous les dogmes de la Religion dans tous les » temps , soit par rapport aux dogmes révélés par » Jésus-Christ , viennent de ce qu’on dénature » l’état de cette question extrêmement simple. » Il s’agit uniquement , dans l’un et l’autre cas , n de trouver ce témoignage infaillible qui trans- » met à chaque hc^nmc ou à chaque Chrétien » le témoignage de Dieu , source primitive de »^la foi. »
N’est-ce point l’Auteur lui-raéine qui dénature la question et prend évidemment le change en confondant le principe de foi avec les preuves de la Révélation ? Le principe de foi est un , et les preuves de la Révélation peuvent être diverses et variées. La foi , considérée comme vertu, a pour principe immédiat Dieu seul qui la met dans notre ame ; la foi, considérée comme acte, a pour principe l’entendement de l’homme éclairé d’une lumière divine et sa volonté excitée et soutenue par la grâce de Dieu. La certitude de cet acte vient immédiatement de la parole de Dieu qui ne peut nous induire en erreur. La
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corlituHp , soit physique , soit morale que nous avons de la Révélation est bien un préliminaire nécessaire- à l’acte de foi , mais elle n’en est ni le motif ni lt\principe. De quelque manière que * nous parvenions à connaître certainement que tel point de doctrine a été révélé, nous pouvons et nous devons faire un acte de foi dont la certitude sera fondée , non sur la connaissance que nous avons de la Révélation , mais sur la Révélation elle-même. Les Théologiens Catholiques qe jwuvent placer le principe de foi ni dans la raison individuelle ni dans l’autorité même de l’Église , laquelle est nulle pour qui n’a pas là foi , et ils ne le placeront pas davantage dans la raison universelle qui n’est, après tout, qu’une autorité humaine. Quand même on accorderait que nqus ne pouvons avoir de certitude rationelle qiie par de moyen de celte raison universelle , ce qui ,'po|rime nous l’avons vu , contredirait la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas , il serait encore impossible d’accorder que cette raison universelle puisse être le principe de foi ; car il est absurde de supposer qu’une certitude humaine , une autorité humaine , puisse être le principe d’une foi divine. L’Auteur suppose toujours qu’il faut placer le principe de foi dans la raison individuelle ou dans la raison universelle. Nous nions la disjonctive. Ignorerait-il donc que la certitude de la foi est une certitude surnaturelle ?
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8a EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.
Pour me résumer et tâcher de ramener la question à son vrai point de vue , voici uu raisonnement que je me permettrai de présenter à l’Auteur. Ou il soutient comme un principe fondamental que la raison individuelle n’a en ellemême aucun principe de certitude , et alors ce n’est plus seulement Descartes qu'il combat, mais saint Augustin et saint Thomas dont j’ai exposé la doctrine ; alors il faut de toute, nécessité qui il soutienne avec l’Auteur de V Essai qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi ; alors il est obligé de reconnaître qu’il n’y a pas de science, et que la distinction qu’il met lui-même entre la science et la foi est une distinction illusoire , que ce n’est qvfun abus de mots , un voile dont il se sert pour'çrfcher sa véritable pensée ; car il est aussi essentiçl à la science d’avoir s^n jjricipe dans la raison , qu’à la foi d’avoir son principe dans l’autorité ; quod ihi^j^inius Jebemus rationi , quod credimus auctoritati. Ou bien il reconnaît que la distinction qu’il établit entre ces deux manières de connaître est une distinctinction réelle ; qu’il y a des choses que nous savons et dont notre raison a en elle-même le principe de certitude , intus habet unde non dubitet; et alors il doit avouer également que nous pouvons savoir que Dieu a parlé : ce qui nous conduit à croire ce qu’il a dit et parce qu'il l’a dit, l’infaillibilité de sa parole étant seule le motif de notre foi. En un mot , il n’y a aucune absurdité
CnAPITBE QÜATRlfeME. 83
à dire : Je sais que Dieu a parlé , et je crois ce qu’il a dit. Si cette proposition parait à l’Auteur contraire à sa doctrine d'autorité , je suis assuré qu’elle ne contredit pas la doctrine Catholique.
{p. 66.) L’Auteur dit : « Remarquons que le » caractère essentiel du principe de foi est que » son infaillibilité ne dépende d’aucun raisonne- » ment individuel : autrement la foi infaillible » viendrait torijours se résoudre dans le juge- » ment d’une raison faillible. » Assurément , le motif de notre foi (que l’Auteur appelle principe de foi ) étant et ne pouvant être que la parole infaillible de Dieu , il est bien clair que l’infaillibilité de cette parole divine est indépendante de tout raisonnement individuel , et meme de toute autre espèce de raisonnemens , si l’Auteur connaît des raisonnemens qui ne soient pas individuels. M. G. tire ensuite les conséquences de sa proposition qu’il regarde comme un principe , et il entre dans une métaphysique qui me parait bien obscure. Je n'ose dire tout ce que j’en pense. Peut-être l’Auteur se compremj-il lui-métpe ; mais je crois que peu de scs lecteurs seront en état de comprendre ce qu’il veut dire lorsqu’il prétend prouver q^ue le principe de foi est le principe constitutif de la raison , de l’homme. Comme il n’est pas toujours facile de saisir le sens qu’il attache aux mots dont il' se .;sért , on conçoit qu’il doit être encore plus difficile de compren-
lO .
Digitizéd by Goc^le
84 EXAMEN d'üN ouvrage , ETC.
dre le sens que présente l’assemblage de ces mots. Examinons la notion qu’il nous donne de la raûson individuelle , et faisons nos effort.s pour la concevoir.
■(Maintenant, dit-il, (/>. Cy.) qu’est-ce que la » raison dans chaque homme ? ce terme géné- » ral comprend deux choses très-différentes. Pre- » mièrement , elle est une participation à la rai- » son commune à tous les hommes ; sous ce rap- B port , la raison dans chaque homme n’est que B cette raison universelle individualisée en lui. B Secondement, la raison dans chaque homme se B compose de jugemens purement individuels, b
Quelqu’un pourra s’imaginer voir une contradiction manifeste dans cette notion. En effet , on ne conçoit pas aisément comment une raison qui se compose de jugemens individuels peut être une participation à la raison commune, ou être cette raison commune individualisée. Ce sont là, dit l’Auteur, deux choses très -différentes. Oui , et tellement différentes , que ce sont évidemment deux raisons ; car la raison qui est une participation à la raison commune, ou qui est la raison commune elle - même individualisée , est essentiellement autre chose qu’une raison composé^ dé- jugemens individuels. L’homme a donc deilîi raisons, la chose est incontestable dans les.prînripes de l’Auteur. Mais ce.s..deux; raisons'soht-èlleS également faillibles ?;Poiiit ilb doute lioin* la raison composée