CHAPITRE QUATRIÈME
De la doctrine d'autorité dans ses rapports avec la Foi.
Avant d’entrer dans l’examen de la doctrine que l’Auteur expose dans ce chapitre , je dois faire observer que la dénomination de doctrine d'autorité qu’il donne à son système est une dénomination arbitraire qu’il prend , mais qui n’est point consentie de ses adversaires Catholiques , qui tous admettent la doctrine d’autorité en matière de foi , tout en rejetant la doctrine de l’Auteur. S’il voulait exprimer l’opposition qui existe entre sa doctrine et celle de ses adversaires , il fallait dire doctrine d’autorité humaine ; car les Catlioliques qui ne pensent pas comme l’Auteur n’admettent pour règle de leur foi que l’autorité divine. Ils n’admettraient même pas l’autorité de l’Église , si cette autorité n’était pas divine , non-seulement dans son origine , mais encore dans son exercice , si l’Église ne pouvait pas dire Visum est Spiritui Sancto et nobis. Car l’unique motif de notre foi est constamment le témoignage de Dieu. Cette observation n’est pas inutile , comme on le verra bientôt.
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L’Auteur commence par déclarer que , a Quand » on recherche le principe de foi , on suppose X l’homme dans son état naturel , et non dans » l’état de folie ; on le suppose avec toutes ses » croyances invincibles inhérentes à sa nature , » ces croyances dont l’absence supposerait ridio>- » tisme complet , et dont l’altération produit J) l’aliénation mentale. Or quiconque douterait » s’il existe , s’il y a d’autres hommes , s’il est » en rapport arec eux , s’il y a un langage , serait » déclaré fou par tous les autres hommes. » Je conçois que c’est avec des hommes qui ont l’usage de leur raison que M. G. prétend raisonner. Mais il se présente tout naturellement une question. M. G.' recherche le principe de foi , et il prétend établir que le principe de foi est identique avec le principe de certitude , et il raisonne avec des hommes qui ont une foule de croyances inhérentes à leur nature et qui seraient réputés fous s’ils doutaient de l’objet de ces croyances ; n’est-ce pas donc un préliminaire nécessaire de rechercher si ces croyances inhérentes à notre nature sont certaines , et , en cas qu’elles soient certaines , quel est le principe de leur certitude? Si je doutais de mon existence , de l’existence d’autres êtres dont je me vois entouré , de l’existence du langage , je serais déclaré fou ; il faut donc que je sois certain de toutes ces choses ; car , si je n’en étais pas certain , ce ne serait pas une folie d’en douter , ce serait au contraire un
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acte de sagesse et de prudence. La question se réduit donc à savoir si c’est ma raison individuelle qui me donne cette certitude, ou si je la reçois de la raison générale. Si j’ai en moi-méme la certitude de mon existence, comme saint Augustin le croyait , voilà Descartes justifié , et le nouveau système s’écroule. Si c’est de la raison générale que je reçois cette certitude , il fautait line fois faire voir comment un être qui n’a pas la certitude de son existence peut avoir la certitude de l’existence de la raison générale et en , recevoir les leçons. Ce serait là un préliminaire nécessaire à l’enseignement de la doctrine d'autorité.
L’Auteur prévient aussi ses lecteurs qu’il n’examine pas quel est « le principe de foi pour » un individu à qui Dieu parlerait immédiate- » ment comme au premier homme. Dans ce cas » extraordinaire , ce principe est toujours le té- » moignage d’une raison supérieure, de la raison » divine. » N’est-ce point encore éluder une question qui tient à la substance du système qu’on voudrait établir ? En effet , le fondement de ce système n’est-il pas que la raison individuelle étant finie et faillible , peut se tromper en tout et partout , qu’elle ne peut avoir aucune certitude par elle-même , pas même celle de sa propre existence ? Or il vaut sans doute la peine d’examiner comment une telle raison peut jamais être certaine que Dieu lui a parlé , qu'elle a
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entendu sa voix , qu’el|e a compris le sens de ses paroles , qu’elle en conserve certainement le souvenir. II faudrait faire voir qu’une raison qui ne peut pas par elle-même être certaine que Dieu existe , peut être certaine qu’il a parlé. Elle a , dites-vous , entendu sa parole. Mais n’at-elle pas également vu ses œuvres qui sont aussi un langage bien expressif : C<bU enarrant gloriam Dei, et opéra manuum ejus annuntiat firmamentum ? Si vous la jugez incapable de comprendre le sens de ce langage muet mais éloquent , comment la croyez-vous capable de comprendre un autre langage qui certes n’est pas plus intelligible ?
L’Auteur suppose ( p. 64. ) que les Théologiens Catholiques établissent que /e principe de foi pour les Chrétiens est l'autorité de l’Église. C’est une méprise qui ne peut que confirmer le Lecteur attentif dans la persuasion que M. G. ne connait que très-imparfaitement l’enseignement des écoles. Les Théologiens ne peuvent pas établir que le principe <de foi pour les Chrétiens est l’autorité de l’Église , car ce serait étatablir une absurdité. Les Catéchismes établissent que l’autorité de l’Église est un article de foi contenu dans le Symbole. Credo sanctam Ecclesiam Catholicam. Or un article de foi ne saurait être le principe.de foi , puisque , pour le croire , il faut déjà avoir la foi. Les Théologiens ne disent pas qu’il faut croire les vérités révélées parce