CHAPITRE QDATRiJîME
écoles , OU bien faut-il dire qu’elle fut une participation de la raison commune qui existait déjà dans l’homme , de sorte qu’elle fut redevable à l’homme de sa raison à peu près comme elle lui fut redevable de son corps ? Lorsqu’ils eurent ensuite des enfans , leur communiquèrent-ils la raison comme ils leur communiquèrent la vie PLaraison d’Adam était-elle infaillible? Et si elle n’était pas infaillible , combien dut-il avoir d’enfans pour que la raison commune commençât à jouir du privilège de l’infaillibilité? Mais je sens que ces questions doivent déplaire à l’Auteur et le mettre de mauvaise humeur ; il ne veut point de ces hypothèses et exige que nous considérions l’homme dans l’état présent de la société. Il semble pourtant que lorsqu’il s’agit de la recherche des principes il n’est pas déplacé de remonter aux origines. Mais , soit ; transportons-nous à une époque plus semblable à celle où nous sommes , au temps de Mathusalem , par exemple , et de Noé. Le geure humain devait être alors aussi nombreux , ou plus nombreux qu’il ne l’est à présent ; la vie des hommes était plus longue, la raison de la société, la raison commune , universelle , était dans toute sa force. Survint le déluge , qui détruisit tout le genre humain , à l’exception de huit personnes. Faut-il dire que la raison universelle fut enveloppée dans le naufrage ? Ou bien admettronsnous qu’elle fut conservée tout entière dans ces
88 ÏXAMEN d’un ouvrage , ETC.
huit personnes , dans ces huit participations à la raison commune ? Dirons-nous que la raison commune à ces huit personnes était une raison infaillible ? Aujourd’hui , nous n’avons plus à craindre de catastrophe semblable , nous en avons pour garant la parole de Dieu; mais nous ne sommes pas à l’abri de tout désastre. Il se pourrait par exemple que , par suite de maladies et d’événemens funestes , la population de la terre se trouvât réduite à la moitié ou au quart de ce qu’elle est actuellement ; si ce cas se réalisait, la raison commune perdrait-elle quelque chose de son infaillibilité ? Si l’on dit qu’elle serait également infaillible dans le quart du genre humain , pourquoi ne le serait-elle pas dans le quart du quart , et ainsi de suite ? Si huit personnes participant à la raison commune ne peuvent pas avoir l’infaillibilité , comment saurai-je que huit millions de personnes peuvent l’avoir ? Est-ce donc que l’infaillibilité pourrait être le résultat d’une opération d’aritlimétique , et serait-il possible de déterminer combien il faut de raisons faillibles pour former une raison commune infaillible ?
Je sais que les partisans du nouveau système , pour résoudre l’objection tirée du petit nombre d’individus , ont eu recours aux fréquentes communications avec la Divinité qui ont eu lieu dans les coinmencemens du genre humain ; mais ce n’est point là résoudre la question , c’est l’é-