CHAPITRE PREMIER. I
certaines. Il est donc évidemment faux que la foi , prise en général , implique l’idée de certitude. La question qu'est-ce que croire ? n’a donc aucune dépendance de la question qu est-ce que la certitude première de ces questions ne peut pas non plus être regardée comme fondamentale de la Théologie.
L’autorité à laquelle nous croyons est, ou divine, ou humaine. L’autorité humaine est, de sa nature , sujette à l’erreur : (0 Ornais homo mendax. Nous ne devons donc nous y soumettre qu’avec précaution. L’autorité divine est infaillible , parce que l’idée de Dieu implique l’idée de vérité, et qu’on ne peut supposer en lui ni erreur ni volonté de tromper. Ce n’est donc pas simplement la foi , mais la foi en Dieu qui implique l’idée de certitude et de certitude par excellence; mais ici encore il faut de la précision.
La certitude que donne la foi divine peut se considérer sous le rapport de la cause qui la produit ou de son principe , Ou sous le rapport du sujet en qui elle réside. Le principe de la certitude que donne la foi divine est la parole infaillible de Dieu. Le sujet en qui réside cette foi divine est notre raison qui croit de Dieu ce que Dieu a révélé. La certitude considérée dans le sujet de la foi divine est l’adhésion ferme et excluant tout doute , que notre raison donne à la révélation divine. Il est bien clair que , consi-
(i) • Tout Lomme est mcntcor. •
l4 EXAMEN d’un OUVRAGE, ETC.
dérée dans son principe , la certitude de la foi est la plus grande possible , ou qu’elle est la certitude par excellence, si nous voulons adopter cette expression singulière ; mais , n’en déplaise à l’Auteur , la certitude subjective , c’està-dire , la certitude qui est en nous des vérités révélées , n’est point la certitude élevée à son plus haut degré. En effet , l’adhésion que nous donnons à la révélation , et qui constitue l’acte de foi , exclut à la vérité tout doute , autrement il n’y aurait point de certitude , mais elle n’exclut pas la possibilité de douter , autrement l’acte de foi ne serait pas libre. Or , il y a des vérités non révélées dont nous sommes tellement certains que nous n’en pouvons pas même douter.
Mais la certitude qui exclut non-seulement le doute , mais la possibilité de douter, est plus grande que celle qui exclut seulement le doute. Ce n’est qu’au séjour des Bienheureux , lorsque la foi cessera pour faire place à l’intuition , que la certitude que nous avons des vérités révélées parviendra à ce degré éminent qui ne laissera plus aucune possibilité au doute , ni par conséquent au mérite.
Je pense bien que ces assertions seront peu goûtées de l’Auteur, et qu’il ne les trouvera pas d’accord avec la doctrine de son maître ; mais pour qu’il n’en fasse pas un nouveau grief contre ce qu’il appelle la Théologie Cartésienne , je me hâte de lui déclarer que je ne suis pas Cartésien ,