CHAPITRE SECOND
Principes de la Théologie Catholique touchant la Foi.
Si l’Auteur s’était borné , dans ce chapitre , à exposer les principes de la Théologie Catholique, ainsi que son titre l’y engageait, je n’aurais rien à dire ; mais comme aux principes que la Théologie avoue il a souvent mêlé ses idées particulières , je me permettrai d’examiner si celles-ci sont toujours exactes.
a Quelle est l’essence de la foi divine ? telle » est la question que nous avons à examiner. » Voilà l’état de la question clairement établi; tâchons de ne pas l’oublier. Je crains bien que M. G. n’y ait songé qu’au moment même où il l’établissait, et qu’il ne s’en soit plus souvenu à l’instant où il voulait donner une idée plus précise de la question ; car, après avoir dit qu’il ne s’agit ni de considérer la foi dans l’état où elle était avant Jésus-Christ , ou dans l’état de perfection que Jésus-Christ lui a donné , ni de rechercher quels sont les dogmes qu’il a toujoui-s été nécessaire de croire , il ajoute : « La foi » étant surnaturelle , en tant que l’homme ne » peut y parvenir que par le secours de la grâce
l8 EXAMEN d’l'N OUVRAGE, ETC.
» divine et naturelle , en tant qu’il y parvient » par le moyen de ses facultés , son intelligence » et sa volonté ; nous devons avertir que nous » n’envisageôns pas ici la foi sous le premier » rapport , mais seulement sous le second. »
Ainsi d’un côté , l'essence de la foi divine est la question que M. G. se propose d’examiner , et de l’autre , il ne veut envisager la foi que sous le rapport des moyens naturels par lesquels on y parvient. Pour ne pas se trouver en contradiction avec lui-même , il faut qu’il montre que l’essence de la foi divine consiste dans les moyens naturels qui y conduisent. Je ne pense pas que ce soit là un principe de la doctrine Catholique.
Je ferai encore une observation. M. G. dit que la foi est surnaturelle, en tant que l’homme ne peut y parvenir que par le secours de la grâce divine, et naturelle, en tant qu’il y parvient par le moyen de ses facultés. Est-ce bien là encore ce qu’enseigne la doctrine Catholique ? Autant que je connais cette doctrine sainte et infaillible , il n’est aucune vertu utile au salut que nous puissions avoir sans le secours de la grâce ; mais les vertus qu’on appelle Théologales supposent quelque chose de plus que le secours de la grâce , elles exigent une opération de Dieu toute spéciale que les Théologiens Catholiques appellent infusion. Vouloir parler de l’essence de la foi divine , en faisant abstraction de cette infusion , c’est se mettre dans la nécessité de déraisonner. Non-
CHAPITRK SECOND.
seulement les moyens naturels n’appartiennent pas à cette essence toute divine , mais on ne peut même dans aucun sens Catholique appeler naturelle une foi divine.
L’Auteur, pour procéder avec ordre, remarque « que la doctrine Catholique sur la foi se rap- » porte à trois points principaux. La foi suppose » \" un témoignage infaillible, qui en est le prin- » cipe ; 2° un esprit faillible , qui en est le sujet ; » d" une adhésion de cet esprit faillible à ce té- » moignage infaillible , laquelle constitue C acte » de foi. » Je suivrai l’Auteur dans ses développemens et me permettrai d’examiner si sa doctrine est toujours la doctrine Catholique.
Du principe de Foi.
L’Auteur commence par établir la distinction qui a lieu entre la science et la foi , l’une étant fondée sur l’intuition ou l’évidence , l’autre sur le témoignage. Nous devons lui en savoir gré ; cette distinction est lumineuse , et nous aurons occasion d’y revenir souvent. Puis il ajoute : « L’Eglise a constamment maintenu cette dis- » tinction fondamentale de la science fondée sur
(•) 11 faudrait dire, qui en est le moU/. L'Auteur confond trop fouTcut le principe de la Foi arec son motif. J’ai d(^jii rclcTé cette erreur , et si dans la discusssion j'adopte quelquefois ses expresaious , je suis loin d'en admettre la justesse.
ao EXAsre\ d’un oca’rage , etc.
» {'évidence r»'*clle ou apparente , et de la Foi » fondée sur le témoignage. Tous les Pères de » l’Kglise , tous les Théologiens , anciens et mo- » dcrnes ont insisté sur cette vérité. » C’est fort bien : seulement j’aurais voulu que l’Auteur n’eût pas mis une absurdité sur le compte de l’Église. Comment une science fondée sur une évidence seulement apparente sera-t-elle distinguée d’une erreur? Est-ce que science et erreur seraient des expressions synonymes dans l’idée de M. G. ?
Il fait dire à saint Augustin ( p. 1 5 ) : « Nous n concevons par la raison , nous croyons par » l’autorité. » N’est-ce pas encore prêter à ce saint Docteur une absurdité manifeste ? Nous croyons par la rai.son , comme nous concevons par la raison , ou , si l’on aime mieux,, c’est notre raison qui croit, comme c’est notre raison qui conçoit. Cela est trop évident pour avoir besoin de preuves. Saint Augustin a dit : Quod intelligimus dehemus rationi , quod credimus auctoritati. (De utilit. cred. n”a5.) Ce qui veut dire que la certitude de nos connaissances a son principe dans notre raison , et celle de nos croyances dans l’autorité. Mais ce n’est pas sans motif que l’Auteur a donné sa traduction. Saint Augustin donne ici évidemment deux principes de certitude , ce qui contredit les idées de l’Auteur et renverse sa théorie , laquelle est essentiellement fondée sur funité du principe