‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 129 sur 180 · CHAPITRE HUITI^.ME. 36 P · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITI^.ME. 36 P

mettre pour vraie une proposition sur l’autorité du genre humain , s’il n’en perçoit clairement et distinctement la vérité. Descartes n’a point avancé la proposition qu’on lui attribue , et je ne crois pas qu’on puisse la déduire de ses ouvrages ; mais eût-il établi ce principe , en bon Catholique il aurait repoussé la conséquence qu’on en tire , et l’aurait justement rejetée en bon logicien pour trois raisons. Car i° de ce que la raison d’un individu , en quelque cas , ne serait pas obligée de se soumettre à une autorité humaine , il ne s’ensuit nullement qu’elle puisse ne pas se soumettre à une autorité divine telle qu’est celle de l’Église, a” Les dogmes qui , strictement parlant , sont l’objet de notre foi , sont au-dessus de notre raison , ainsi que l’enseigne saint Thomas , et par conséquent on ne peut supposer qu’un homme en voie clairement et distinctement la vérité. Par exemple , aucun homme ne peut voir clairement et distinctement la vérité du Mystère de la Sainte Trinité , de l’Incarnation , de la Transsubstantiation, etc. Si l’on voyait ces vérités , on en aurait la science et non la foi. Vue claire et foi sont en contradiction. L’Auteur en est convenu , et il le fallait bien , puisque saint Paul a dit : « (i) Fides est » argumentum non apparentium. » 3° Pour avoir par la Bible seule la certitude d’nne vérité ré-

(i) • La foi eit la conviction des choua qui ne paraÎMcnt > point. •

36a F.XA.MEN d’cN OOVRAGE , ETC.

vélée , il faut d’abord être certain que la Bible contient la parole de Dieu ; or que les livres qui composent la Bible contiennent la parole de Dieu sans aucun mélange d’erreurs , c’est ce qu’on ne peut voir clairement et distinctement , comme l’entendent les Cartésiens ; car il est à remarquer que la vue claire et distincte dont parlent les Cartésiens est , de l’aveu de M. de La Mennais , une vue qui ôte jusqu’à la possibilité de douter. B Comment êtes-vous sûr que vous avez une r> perception claire et distincte ? Parce qu’il m’est » impossible d’en douter. » ( Voyez M. de La Mennais dans son ingénieux Dialogue d’un fou et d'un Cartésien , ou plutôt de deux fous. ) L’Auteur rapporte ensuite l’objection du ministre Claude qui prétend qu’au temps de la mort de Jésus-CnatsT, un particulier qui aurait cru la divinité du Sauveur aurait mieux jugé que toute la Synagogue qui le condamnait ; d’où il concluait que ce n’est point une chose si étrange de soutenir qu’un individu peut quelquefois juger plus sainement que toute l’Eglise. A quoi Bossuet répondit qu’à cette époque il existait une autorité visible plus grande que celle de la Synagogue même , savoir celle de Jésus- Christ , dont les miracles devaient convaincre les plus incrédules ; que l’autorité de la Synagogue cessait à ce moment même , et que cette défection avait été annoncée ; que la question entre le ministre et lui était de savoir s’il ne doit

CHAPITBE HDlTItCME.

pas toujours exister dans la vraie Eglise un moyen extérieur et certain pour terminer les doutes ; et que lorsqu’on avait sur la terre Jésus-ChrisI en per^nne , dont l’autorité était la plus grande possible , il était bien inutile d’eu chercher une autre. Claude ne trouva rien de solide à répliquer , et les Protestans doivent regretter qu’il n’ait point eu à ses côtés notre Auteur ; il lui aurait suggéré une réplique victorieuse qui aurait fort embarrassé Bossuet , ou même l’aurait réduit au silence. Voici la substance de cette réplique.

a Bossuet reconnaissant la nécessité d’un moyen a extérieur certain pour résoudre les doutes en a matière de Religion , est obligé de reconnaître a que ce moyen a dû exister , non-seulement a dans tous les temps , mais aussi pour tous les a hommes ; et il est clair que ce moyen ne poua vait pas être la Synagogue , qui était une aua torité purement locale : d’où il suit qu’elle ne a pouvait être que l’autorité du genre humain, a Or plusieurs Théologiens soutiennent , avec a les Protestans , que cette prétendue autorité a du genre humain est essentiellement faillible , a et qu’elle a erré pendant plusieurs siècles ; a donc la nécessité d’une autorité perpétuelle et a universelle avant Jésus-CnRisT est manifeste- » ment démentie par les faits , de l’aveu des a Théologiens Catholiques ( de l’aveu de vos a Théologiens ) , en même temps qu’elle est re-

364 EXAMEW d’un ouvrage , ETC.

» connue nécess,iire. Donc l’argument pris de » l’autorité et dirigé contre le Protestantisme se » tourne avec une force invincible contfe le » Catholicisme. r> { p- i64 cf i65. )

L’Auteur est si émerveillé de cette réplique qu’il a imaginée , et il la trouve si naturelle , qu’il s’étonne qu’«/z homme aussi habile que le ministre Claude njr ait pas songé. Son étonnement doit redoubler , s’il considère qu’«n homme aussi habile que Bossuet lui-méme était loiu de songer à la possibilité d’une telle réplique , ou même à la possibilité d’une réplique quelconque qui eût quelque solidité. Âpres , dit-il , que feus dit ces choses , je sentis qu'il ny ai’ait rien à me répliquer. Enfin ce qui doit porter l’étonnement de M. G. au comble , c’est que ce n’est pas seulement dans la chaleur de la dispute que le ministre resta court ; il eut tout le temps de la réflexion , et si dans la relation qu'il publia de la conférence , il essaya de répondre au raisonnement de son adversaire , sa réponse , qui n’a rien de commun avec celle qu’on vient de lire , n’empécha pas Bossuet de persister dans la persuasion que son raisonnement n’était pas susceptible de réplique. « Si je remarque , dit-il , » dans la conférence , qu’il n’y eut point de ré- » ponse à ce raisonnement , on sent bien que » c’est qu’en effet il n’y en doit point avoir. » M. Claude dit néanmoins dans sa relation qu’il V me répondit que les miracles de Jésus-Christ

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