CHAPITRE HUITIÈME
» faisaient un des sujets de la question On va
» voir qu’en effet il vaut mieux se taire que de » dire de telle choses. » {Réflexions sur un écrit de M. Claude. )
Pour moi j’ai aussi un sujet d’étonnement ; c’est de voir le ton tranchant et doctrinal , que prennent habituellement des hommes qui , s’ils croyaient à leurs propres principes , devraient se défier un peu plus de leur jugement individuel. Une objection qu’on trouve si naturelle , à laquelle un aussi habile homme que le ministre Claude n'a pas songé , non-seulement dans la chaleur de la dispute , mais après avoir eu tout le temps de la réflexion ; une objection si naturelle , dont le génie de Bossuet n’a seulement pas soupçonné la possibilité , me parait un peu suspecte ; et je ne crois pas que ce soit une témérité de ma part de douter de sa solidité. Je ne pense pas qu’elle eût suffi pour fermer la bouche à Bossuet. Je ne sais ce qu’il aurait répondu; peut-être se serait-il contenté de répéter ce qu’il disait de la réponse donnée après coup par Claude , qu’il vaut mieux se taire que de dire de telles choses ; mais il me semble qu’il aurait pu répondre que le moyen extérieur de résoudre les doutes eu matière de Religion , dont il reconnaissait la nécessité , se trouve nécessairement dans la vraie Religion , qui cesserait d’étre vraie , si elle enseignait l’erreur ; que parconséquentcemoyen a toujours existé partout
366 EXAMEÎT d’oW OCVRAGE , ETC.
OÙ a existé la vraie Religion : mais qu’il n’est pas nécessaire de soutenir que la vraie Religion existe partout ; que cela devait être , mais que la malice des hommes y a toujours mis obstacle, qu’avant Jésus-Christ il n’y avait d’Église professant la vraie Religion , que celle des Juifs ; qu’il pouvait y avoir et qu’il y avait en effet parmi les nations mêmes quelques adorateurs du vrai Dieu , mais qu’ils ne formaient pas d’Église visible ; que les nations avaient perdu la fui , et avec elle le flambeau salutaire qui les éclairait. Tout le monde du moins croyait ainsi du temps de Bossuet , et pour nous persuader aujourd'hui le contraire il faudrait une autorité plus grande , un consentement plus commun que celui du petit nombre des partisans du nouveau système.
Bossuet, sentant qu’il ny avait rien à répliquer à ce qu’il avait dit sur le premier point de la controverse , passa au second , et demanda au ministre , « Si un Fidèle qui recevait la pre- » mière fois des mains de l’Église l’Écriture-Sainte, » était obligé à douter et ensuite à examiner si » le livre qu’elle lui mettait en mains était vérita- » blement inspiré de Dieu , ou non. Si ce Fidèle » examine et doute , il renonce à la foi , et il » commence la lecture de l’Évangile par un acte y> d’infidélité ; et s’il ne doute pas , il reçoit donc B sans examen l’autorité de l’Église qui lui pré- B sente l’Évangile, b
Le ministre qui comprit aussitôt la force de
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ce raisonnement et la difficulté d’y répondre solidement , donna d’abord en peu de mots une réponse sur laquelle on voit qu’il ne comptait pas beaucoup ; puis il essaya de tourner contre Bossuet lui-meme et contre les Catholiques l’argument dont Bossuet s’était servi pour le combattre , afin d’en recevoir une réponse dont il pût tirer quelque avantage. « Je vous prie , Monsieur, j> lui dit-il , que je vous fasse sur l’Église le » même argument que vous me faites sur l’Écri- » ture. Le Fidèle à qui on propose l’autorité de » l’Église , ou il la croit sans eitaminer , ou il To en doute. S’il doute , il est infidèle ; s’il ne » doute pas , par quelle autre autorité est-il as- » suré ? L’autorité de l’Église est-ce une chose » évidente par elle-même , et ne faut-il pas la » trouver par quelque examen ? Voilà votre dif- » ficulté que vous avez à résoudre aussi bien » que moi : ou quittons-la tous deux , ou résol- » vons-la tous deux ensemble. Je vous déclaré » pour moi , que je répondrai pour l’Écriture ce » que vous me répondrez pour l’Église. »
Il paraît difficile de s’expliquer plus clairement de part et d’autre. Bossuet avait proposé son objection avec une précision et une netteté parfaite ; et le ministre , qui se voyait dans l’impossibilité d’y répondre d’une manière satisfaisante, la rétorqua avec force contre son adversaire. Il semblerait que pour faire bien saisir la suite de cette discussion , comme l’Auteur paraissait se
3C8 EXAMEN d’üN ouvrage , ETC.
le proposer , il eût été nécessaire de faire con* naître la réplique de Bossuet ; mais il a eu ses raisons pour n’en pas parler. 11 parait supposer que Bossuet ne répondit pas directement , et qu’il se contenta d’éluder le raisonnement de son adversaire , de sorte que celui-ci fut obligé d’insister pour forcer Bossuet à aborder la question sous son véritable point de vue. lit-dessus l’Auteur entre dans des explications dont on peut , je crois , contester la justesse. Selon lui , la force de l’argumentation de Bossuet dépendait d’un principe admis par M."* de Duras , et par conséquent n’avait qu’une valeur relative et non absolue. Cette assertion est fausse. Il y aurait eu dans cette manière de procéder quelque chose qui eût tenu de la ru.se , de la surprise , et qui eût été indigne du génie de Bossuet. Son raisonner ment était fondé sur le principe que les enfans reçoivent avec le baptême le Saint-Esprit et la foi infuse ; d’où il suit que le doute qu’ils auraient sur quelque objet de foi , lorsqu’ils parviennent à l’âge de discrétion , serait une véritable infidélité. Ce principe est certain et d’une vérité absolue. Il était admis non-seulement de M."' de Duras et de beaucoup d’autres Protestans , mais du ministre Claude lui-même , et Bossuet le força d’en faire l’aveu. Son argumentation avait donc une valeur absolue.
L’.\uteur prétend ensuite que la question fut envisagée par les deux antagonistes sous deux