‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 33 sur 180 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Du Cartésianisme dans ses rapports avec la Foi.

Je ne suis point partisan de la Philosophie de Descartes , et je n’avais jàmais entendu parler de sa Théologie. Si ce Philosophe a dit tout ce que l’Auteur lui prête , j’avoue qu’il a dit bien des sottises ; mais ses opinions et ses sentimens ne m’importent en rien. Je ne m’en donne pas pour le défenseur , et je ne m’arrêterai pas à examiner si l’Auteur connaît aussi imparfaitement la Philosophie de Desçartes que l’enseignement des écoles Catholiques. Je me bornerai à défendre cet enseignement contre ses fausses interprétations , et je continuerai de le faire , sans m’appuyer en aucune manière sur l’autorité de Descartes , que je ne méprise pas , mais qui n’est d’aucun poids en Théologie. Mes guides et mes Docteurs seront , comme ils l’ont été jusqu’ici , saint Augustin et saint Thomas , qui ne doivent pas être suspects à M. G.

{p. 35. ) a Les Théologiens , partisans de ce sys- » tème(de Descartes), étendent ou restreignent » plus ou moins , suivant leurs idées particuliè- » res , le nombre des vérités dont l’homme doit » acquérir la certitude par voie de démonstration,

ia8 CX&ME» d’cIT ouvrage , ETC. -

39 avant de pouvoir se prouver à lui-méme l’au- » torité de l’Eglise fondée par Jésus-Christ. » Laissons de côté les Théologieus Cartésiens. Saint Thomas , qui ne connaissait pas le système de Descartes , a écrit , comme on sait , une Somme de Théologie ; et il commence par prouver par voie de démonstration l’existence de Dieu et les perfections divines. Il a composé quatre livres pour prouver la vérité de la Religion Catholique contre les Gentils ; et, dans ces quatre livres , il prouve par voie de démonstration autant et plus de vérités que n’en prouve aucun autre Théologien. Il y a plus , et c'est une chose bien digne de remarque , que je soumets aux réflexions de l’Auteur : saint Thomas parait n’avoir pas connu l’unique principe de certitude , ou en avoir fait bien peu de cas. Il démontre en bien des manières l’existence de Dieu ; il n’a rien oublié , excepté l’unique preuve vraiment démonstrative ; il n’indique seulement pas cette preuve , unique source de toute certitude. Et ce n’est pas seulement lorsqu’il estquestion de l’existence de Dieu qu’il se rend coupable de cette omission capitale ; j’ose dire que dans ses nombreux écrits on ne trouvera pas qu’il ait fait entrer une seule fois dans ses preuves l’autorité du genre humain , la raison générale ou universelle. Sous ce rapport, il me parait mériter l’animadversion de nos réformateurs beaucoup plus que les Théologiens modernes ;

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car du moins ceux-ci donnent communément , parmi les preuves de l’existence de Dieu , celle qui se tire du consentement des peuples ; et s’ils ne regardent pas ce consentement comme l’unique motif de certitude , ils reconnaissent qu’il est très-propre à confirmer une vérité invinciblement prouvée d’ailleurs.

Au reste , ni saintThqmasni aucun Théologien n’a dit que l’homme doit acquérir la certitude de ces vérités par la voie de démonstration , ils ont dit seulement ÿu’on peut acquérir cette certitude par voie de démonstration , ce qui est bien différent. Ils conviennent sans difficulté qu’un Chrétien baptisé , souvent incapable d’acquérir la certitude d’aucune vérité par voie de démonstration , a la certitude de toutes les vérités dont la connaissance est nécessaire au salut par la foi ; non par la foi au genre humain , ou à la raison humaine , mais par cette foi divine que le Saint-Esprit imprime dans le cœur du Chrétien.

{p. 3G. ) « Comme ces Théologiens reconnais- » sent que la croyance de ces vérités , et tout au » moins de l’existence d’un Dieu créateur du » ciel et de la terre , a toujours été indispensable » pour être sauvé , il doit exister un moyen per- » pétuel et universel d’en acquérir la foi infailli- » ble ; moyen nécessairement distinct de l’au- » torité de l’Église établie par le Sauveur. »

Si par croyance de l’existence de Dieu , l’Auteur entend , comme il parait le faire , une

1 3o EXAMEN d’uW ouvrage , ETC. ■

croyance fondée sur une révélation divine extérieure , saint Thomas lui répond que l’existence de Dieu n’est un article de foi que pour celui qui n’en a pas la démonstration.

« ( I ) Deum essse , et alla hujusmodi quœ per ra- » lionem naturalern nota passant esse de Deo , » ut dicilur ad Rom. i. non surit articuli fidei , » sed præambula ad articulas ; sic eniin fides » prœsupponit cognitionem naturalern , sicut gra- » tia naturarn , et ut perfectio perfectibile : nihil D tamen prohibet , illud quod secundum se de- » monstrabile est et scibile , ab aliquo accipi ut » credibile , qui dernonstrationem non capit. » ( I. q. a. art. 2. ad i. ) Si l’on objecte au saint Docteur que ces vérités sont insérées dans le Symbole , il répond : « (2) Ea quœ demonstra- » tivè probari passant , inter credenda numeran-

(1) « L'existence de Dieu , et autre* choses semblables qu'on a peut connaitre de lui par la raison naturelle , ainsi qu'il cstdit s dans l'Epître aux Romains , ne sont pas des articles de foi , mal* ■ des préliminaires à ces articles : car la foi présuppose la cons naissance naturelle , comme la grâce présuppose la nature , a comme la perfection présuppose le perfectible. Rien n'empé- B cbe cependant que ce qui est en soi susceptible d'être démon- » tré et su , ne soit admis comme croyable par celui qui n'en U saLûrait pas la démonstration. »

(3) R I.CS choses qui peuvent se prouver par voie de démon- B stration , se placent parmi celles qu'ou doit croire , non point » parce que tous en ont simplement la foi , mais parce qu'elles » sont requises comme préliminaires aux articles de foi , et que a ceux qui u'auraient pas la démonstration de ces choses doivent » au moins les présupposer par la fui. •

CHÀPITBE TROISIÈME.

» tur , non quia de üs simpUciter sit fides apud • omnes , sed quia prœexiguntur ad ea qiiœ » sunt fidei , et oportet ea saltem per fidem prœ- » supponi ab liis qui eorum demonstrationem » non habent. » ( a. a. q. i. art. 5. ad 3. ) Quanta la nécessité d’un moyen perpétuel et universel d acquérir une foi infaillible , moyen nécessairement distinct de U autorité de l Église , c’est là un dogme nouveau et que l’Église n’enseigne pas. Je ne sais même pas si la croyance de cette nécessité se concilie parfaitement avec la croyance Catliolique ; car les Catholiques croient communément que l’Église est la seule autorité infaillible en matière de foi. Et qu’on ne dise pas que l’Auteur veut parler seulement des temps qui ont précédé l’établissement de l’Église du Sauveur. Il écarte lui-méme cette interprétation qu’on pourrait donner à sa pensée, et il affirme expressément que j même depuis l’institution de l’Église , la foi divine serait impossible sans cette autorité infaillible essentiellement distincte de l’Église. En effet , il fait la supposition d’un homme qui nie l’existence de Dieu , et il demande comment vous lui prouveriez que Dieu existe. Assurément , ce ne sera pas par l’autorité de l’Église ; car comment prouveriez-vous l’autorité de l’Église à celui qui ne croit pas qu’il existe un Dieu auteur de l’Église ? Il faut avouer que Descartes y serait bien embarrassé , et que les Théologiens et saint

1 3a F.XAMIE d’üW ouvrage , ETC.

Thomas lui-même ne le seraient guère moins. Je crois qu’ils n’y trouveraient d’autre remède que d’essayer de persuader à ce malheureux que Dieu existe, en employant quelqu’une des preuves que saint Thomas et les autres Docteurs , Théologiens ou Philosophes , croient démonstratives , sans exiger de lui qu’il crût tout d’abord cette vérité de foi divine. S’il y résistait , Hs n’auraient d’autre parti à prendre que de l’abandonner à son sens réprouvé. Or , c’est pour ce cas que l’Auteur tient en réserve un moyen perpétuel , universel , distinct de l’autorité de l’Église , pour donner en un instant la foi divine à cet athée. Il lui parait clair qu’un homme qui nierait l’existence de Dieu , qui croirait que ce monde est l’effet du hasard aveugle et qu’il n’existe que de la matière , ne devrait faire aucune difficulté de croire à l’existence et à l’infaillibilité de la raison universelle.

L’Auteur divise ce chapitre , comme le précédent , en trois sections , et examine le Cartésianisme , 1® par rapport au principe de foi , a® par rapport au sujet de la foi , 3° par rapport à l’acte de foi. Comme sous la dénomination de Cartésianisme , il combat souvent la doctrine des écoles Catholiques , je continuerai à le suivre pas à pas et à relever ce qui ne me paraîtra pas conforme à la vérité.

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