CHAPITRE TROISIÈME. I
multiplier les citations ; mais , pour ne pas trop m’étendre , je me bornerai à un petit nombre de passages qui seront plus que suffisans pour convaincre les esprits non prévenus.
Commençons par le texte que j’ai déjà cité plusieurs fois et qui me paraît décisif : Quod intelligimus debemus rationi , quod credimus auctoritati. Je ne comprends pas comment l’Auteur, qui cite aussi ce texte , n’a pas vu qu’il renverse tout son système. En effet , le saint Docteur met en opposition la raison et l’autorité ; à la première , il attribue l’intelligence , la science ; à la seconde , la foi : ce sont donc deux principes de certitude ; car si , d’un côté la foi , comme dit l’Auteur , implique l’idée de certitude , ce qui est vrai quand l’autorité est infaillible , l’intelligence ne l’implique pas moins , et il serait absurde de supposer que nous n’avons pas la certitude de ce que nous comprenons. Or la raison dont parle saint Augustin est la raison individuelle ; car si c’était la raison universelle , elle ne serait autre chose que l'autorité.
a (i) Noli foras ire , in te ipsum redi, in inte- » riore homine habitat veritas , etc. » ( De ver. Rel. c. 3g. n. ya. )
O (a) De universis autem quœ intelligimus , non
(i) > Ne sortez point de Toos-mt^me , rentrez-y plutôt ; c'est » dans l'intérieur de l'homme qu'habite la vérité. >
(a) « Pour toutes les choses que nous comprenons , nous ne » consultons pas l'homme qui fait entendre sa voix au dehors ,
l54 EXASIEN d’oIT OUVRAGE , ETC.
» loquentem qui personat foris , sed intus ipsi » menti prcesidentem consulimus veritatem , ver- » bis fartasse ut consulamus admoniti. » ( lib. de Magistro, c. 1 1. n. 38. )
« ( I ) Omnis qui se dubitantem intelligit , verwn » intelligit , et de hac re quam intelligit certus
» est Omnis igitur qui utràm sit veritas du-
» bitat , in seipso habet verum unde non du- » bitet. ( de ver. Rel. n. 73. )
Serait-il possible de dire en termes plus expressifs que l’homme a en lui-même un principe de certitude ? In se ipso habet verum unde non dubitet. Je crois inutile de m’étendre davantage à prouver que saint Augustin a reconnu une certitude bien distincte de celle que donne l’autorité, et qui, par conséquent, a un autre principe. Il ne pourrait y avoir à le nier , que celui qui serait entièrement étranger à la lecture de ses ouvrages. J’ajouterai cependant encore une réflexion. Saint Augustin a écrit contre les Académiciens qui, comme on sait , faisaient profession de ne rien admettre comme certain. Dans ses divers ouvrages , il ne manque pas de les combattre ,
n mais la T^rité qai préside à notre intcliigcacc : tout ce qnc 11 fait la parole eitérieure , c’est que peut-être elle nous arcrüt » du la consulter. »
(1) « Quiconque comprend qu'il doute comprend une vérité , » et il est certain de ce qu’il comprend alors ; ainsi quiconque » doute s’il y a une vérité , trouve en lui-méme une raison do a nu pas douter. »