CHAPITRE CINQUIEME
tlans la Religion ; c’était l’ordre qu’il avait établi, et l’homme devait s’y soumettre. Suarez dit qu’Adam s’y conforma en effet et qu’il instruisit ses enfans dans la foi. Il remplit en cela son devoir : mais Suarez ne dit pas , et je crois que I
personne ne jieut affirmer que tous les enfans d’Adam eurent la même fidélité à s'acquitter de cette obligation. Dieu avait aussi créé l’homme innocent et immortel , et tous ses enfans devaient hériter de ces précieuses prérogatives. C’était l’ordre établi de Dieu , et nul doute qu’Adam i
ne fût obligé de transmettre à ses descendans les dons qu’il avait rerus. L’ordre était indépendant de droit de la volonté de l’homme , et c’était évidemment la volonté de l’homme qui devait y être soumise. Cependant le contraire arriva ; l’homme libre se révolta contre l’ordre établi de Dieu , et cet ordre cessa par suite de sa rébellion. Dieu , plein de miséricorde , n’abandonna pas l’homme à sa misère ; il établit un autre ordre de grâce , il fit à l’homme pécheur des promesses , soumit sa raison à la foi , et le chargea de transmettre à ses descendans , avec l’histoire de sa dégradation , les promesses consolantes et les conditions de sa réintégration. Cette obligation qu’Adam remplit fidèlement , il la transmit à sa postérité , et c’étaient les chefs de famille qui étaient chargés d’instruire leurs enfans. Mais en recevant cette obligation , ils ne perdirent pas la liberté ; ils
EXAMEN d’on ODVRAGE , ETC.
devaient obéir , mais ils pouvaient se soustraire à l’obéissance. On conçoit donc très-bien que cet ordre établi de Dieu a pu cesser de fait par suite de l’abus de la liberté des descendans d’Adam , qui ont pu négliger ce devoir essentiel. Je n’examine pas pour le moment si cet ordre a cessé effectivement ; il me suffit d’avoir montré qu’il a pu cesser , et que les raisonnemens de l’Auteur, ici comme dans presque tout son ouvrage , portent sur des équivoques. Il joue sur le mot indépendant qui , comme je viens de le faire voir , et comme je l’avais déjà montré ailleurs , peut être pris dans deux sens différens. Quelques lignes plus bas il joue sur le mot pouvoir , lorsqu’il dit •. Si , à aucune époque , d eût été au pouvoir de l'homme de l'abolir , de constituer un ordre différent , etc. Si l’homme ne pouvait que ce qu’il doit , le raisonnement serait bon ; mais comme , malheureusement , le pouvoir dans l’homme est beaucoup plus étendu que le devoir , il y a un vice radical dans cette manière de raisonner. Adam n’avait pas le pouvoir , c’est-à-dire , le droit de changer l’ordre heureux que Dieu avait établi pour lui et pour sa postérité , mais il en avait le pouvoir de fait , et il ne l’a que trop prouvé. Cette distinction n’est pas moins applicable à ses descendans.
Sous la loi nouvelle , l’ordre établi de Dieu pour propager et perpétuer la vraie Religion
CHAPITHB ClNQatèltE.
est la prédication des Apôtres et de leurs successeurs. Cet ordre est sans doute indépendant de la volonté des hommes , si l’on ne considère que le droit , et l’obligation qu’ont tous les hommes d’obéir à Dieu •; mais a-t-il également l’indépendance de fait ? L’expérience nous prouve le contraire. L’ordre établi de Dieu a cessé de fait chez plusieurs peuples , et en particulier pour le Japon. Il est incontestable qu’il existe des millions , je dirai des centaines de millions d’individus pour qui l’ordre de la prédication des Apôtres est comme s’il n’existait pas. Si nous considérons le train que prennent les choses , nous avons lieu de craindre que cet ordre ne cesse également de fait en bien d’autres pays ; et nous pourrions même prévoir une cessation totale , si les promesses de Jésus-Christ ne nous garantissaient la perpétuité du sacerdoce et du ministère apostolique jusqu'à la (in des siècles.
Maintenant , si nous considérons que , dans les temps qui ont précédé la venue du Messie , il n’existait pour l'univers , la Judée seule exceptée , aucun corps enseignant la Religion , mais que cet enseignement était abandonné aux pères de famille , il est aisé , indépendamment de l’histoire , de conjecturer ce qui a dû arriver aux traditions. Il était comme impossible qu’elles ne se perdissent pas, ou qu’elles ne s’altérassent pas essentiellement; d’autant plus que les pères
ay4 F.XAMKN d’dW OUVRAGE , ETC.
de famille n’avaient aucune promesse divine , ni d’assistance particulière pour ne se point tromper , ni de Bdélité pour s’acquitter de leur devoir. « Lorsque les familles , dit Bergier , fun rent obligées de se disperser , plusieurs , uni- » quement occupées de leur subsistance , ou- » blièrent les leçons de leurs pères et la tradition 9 primitive , et tombèrent dans un état de bar- 9 barie et dans une ignorance aussi profonde 9 que si jamais Dieu n’eût rien enseigné aux 9 hommes. 9 Aussi voyons-nous que , peu de temps après la dispersion des familles , Dieu se choisit une famille , puis un peuple à qui il conGa le dépôt de ses promesses , pour que le souvenir ne s’en perdit pas sur la terre. Crédita sunt illis eloqida Dei. ( Rom. ii. a. ) Et même chez ce peuple élu , le culte du vrai Dieu ne put se conserver que par une multitude de prodiges , et par la mission presque non interrompue de Prophètes , interprètes de la volonté divine et chargés de lui annoncer les menaces et les promesses que Dieu lui adressait pour le retenir dans le devoir ou pour l’y ramener lorsqu’il s’en était écarté. Que serait donc devenu ce peuple lui-même , ce peuple de prédilecGon , pour qui Dieu avait si souvent déployé la force de son bras , si l’instruction religieuse y avait été abandonnée aux seuls soins des pères de famille ?
Je sais les efforts qu’on a faits pour prouver