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À UNE SÉRIE D QUÉSTIONS DU

Comité de l'Agriculture et de la Colonisation

N. B. M. Pilote n'ayant reçu ces questions d'un aini à Québee

que dans les derniers jours de la Session du Parlement

(le 20 février) avec prière d'y répondre sous le plus court

délai possible, regrette de ne pouvoir donner à plusieurs

.… de ses réponses tout le développement désirable. Le temps s manqué pour parler de la colonisation.

Questions sur l’agriculture

lo. L'agriculture atelle fait dans les dix dernières années et. fait-elle actuellement des progrès sensibles ?

Oui, dans les idées surtout au sujet de l’enseignement agrieole dont la nécessité paraît mieux comprise qu'elle ne l'a jamais été. Quant à la mise en pratique de ces idées, tout'est encore à l’état d'essai, parcequ'il n’y a pas encore de direction uniforme imprimée à ce mouvement. Voilà tout. Les essais sont plus ou moins heureux, mais ils ne se généralisent pas encore. Il en est de même de l'enseignement agricole que la classe instruite voudrait voir plus répandue.

20. La Chambre d'agriculture et les sociétés d'agriculture sontribuent-elles au progrès agricole dans les proportions de ce qu’elles coûtent au trésor public ?

Oui, sans aucun doute pour la Chambre d'agriculture dont ls subvention devrait être augmentée, Quant aux sociétés d'agriculture, non.

30. Résulte-t-il beaucoup de bien des expositions provinciales et des expositions agricoles de comté qui ont lieu chaque snñée ©

Oui, mais il faudrait que la Chambre d'agriculture eut plus d'autorité pour contrôler le programme des récompenses, et

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généralement l'emploi des deniers. Le programme des expositions pue devrait être modifié dans le but d'amoner raduellement un système raisonné d'améliorations surtout pouf e bétail.

40. S'est-il glissé des abus dans les sociétés d'agriculture ?

Oui. La Revue agricole en à signalé plusieurs. On peut y référer. Le

5o. L'introduction de l’enseignement agricole pratique dans les écoles normales et dans les écoles primaires, vous paraît-if un moyen d'activer le progrès de l'agriculture ?

Pour répondre à la question telle que posée, je dirai qué l’enseignement agricole pratique est impossible dans les écéles nos: males comme dans les écoles primaires. Un enseignement pratique de l’agriculture suppose que ceux qui le reçoivent prenent une assez large part à tous les travaux de la culture, aux soins du bétail et à toutes les opérations d'une ferme. Autrement, comment les élèves pourraient-ils s'initier à la À hr d'un art qui demande tant de tact, d'observations et d'adressé dans l'emploi des instruments? Or cela est impossible—do. : dans les écoles primaires, à cause de l'âge des élèves ; —-@o. dans les écoles normales à cause de l’incompatibilité des études nécessaires à un bon instituteur. Tout ce que l'on peut et l'ox dois enseigner dans ces écoles est la théorie de l’agriculture, Un cours purement théorique est indispensable. Un cours-pratique n'est possible que duns les écoles spéciales d'agriculture. Cétte distinction est essentielle. C'est ainsi que la chose est comprise en Europe, dans les pays où l’agriculture fait partie de l’enseignement public.

On a peut-être voulu parler de l’horticulture au lieu de l'agri: culture. Dans ce cas ma réponse sera toute différente. L'enseignement pratique de l’horticulture dans les écoles normales * comme dans les écoles primaires tant soit peu importautes est une nécessité. Les élèves de ces écoles peuvent très bien, même sous forme d'amusement, s'occuper de tous les travaux du jardinage, et de la culture des arbres fruitiers et d'agrément. Chaque école devrait donc avoir un jardin approprié à l'importance de son enseignement et de sa position. Les instituteurs se trouveraient par là un peu initiés à la pratique de l'art agricole. Ceux qui se sentiraient une vocation plus prononcée pour l'agriculture proprement dite, iraient à l'école spéciale pour y apprendre toutes les opérations du métier et approfondir les questions d'économie rurale. C'est alors seulement que: ces hommes seraient de bons professeurs d'agrioulture, forts sur la

mm. DC sn ratique comme sur la théorie. Ils feraient de bons directeurs ke fermes-modèles de comtés.

Dans les écoles primaires il ne devrait pas y avoir de cours d'agriculture proprement dit. Les instituteurs ne devraient jamais se poser en professeurs d'agriculture. Tout ce qu'ils peuvent et devraient faire serait “de donner par le choix des dic- “ tées, des lectures et des problèmes, une direction agricole à “ Jeur enseignement,” couime le veut l'urticle 6e. de l'arrêté du Ministre de l'Instruction publique en France, M. Duruy, en date du 27 août dernier. Rien de plus.

Dans les écoles normales il devrait y avoir nn-bon cours théorique d'économie rurale et d'horticulture, avec un jardin anvexé à chaque école. C'est ainsi que l’on comprend en France cet enseignement dans les écoles normales. L'article 8e. de l’arrêté ministériel cité plus haut dit : ‘ Provoquer et encourager 4 l'annexion d'un jardin aux écoles normales et aux écoles pri- “ maires rurales qui n'en possèdent pas encore, afin d'exercer 4 les enfants à la pratique de l’horticulture ; instituer des pro- “ menades agricoles une fois,par semaine avec un objet d'études “ qui corresponde aux travaux le la saison. ”

La société d'agriculture de Compiègne ayant pour président M. le Vicomte de Tocqueville, et pour secrétaire M. Ls. Gossin, deux hommes éminents à tous égards et qui font autorité en France dans toutes les questions agricoles, celles de l'enseignement surtout, avait chargé une commission de lui présenter un rapport sur les propositions de l'arrêté ministériel. Cette commission dans sa séance du 30 novembre 1867 a adhéré complètement à presque tous les articles 3me et Gme. Sur ce derpier article la commission dit : “ Par rapport aux promenades & agricoles, bien que la commission en approuve le principe, “ elle pense cependant qu'il ne conviendrait pas de les pres- “ crire d'une manière générale une fois pur semaine. A la ré-

“ daction officielle, la commission proposerait de substituer

“ celle-ci : Encourager les promenades avec un objet d'études & qui correspandent aux truvaux de la saison. ”

Nulle part il est question de la pratique de l'agriculture dans les écoles normales. C'est une idée nouvelle dont sans doute on ne fera pas l'essai en Canada. Si les $12.000 qui

. viennent d’être votées pour l'enseignement de l’agriculture dans læ)

les écoles normales devaient être employées à établir des fermes-modèles en rapport avec ces écoles pour donner aux instituteurs une instruction agricole pratique, ce serait suivant hiôn hutible opinion, tenter la réalisation d'une utopie, quant au but que l'on voudrait atteindre.

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Si l’on me demandait une opinion sur le meilleur emploi de cette somme d’après l'ordre d'idées que je viens d'émettre, voiei ce que je dirais :

Dans les écoles normales on établira un bon cours théorique sur toutes les branches de l'économie rurale, avec promenades agricoles dans les mcilleures fermes du voisinage de Montréal

et de Québec. $ 800 Jardin et pépinières 500 Livres, collections et modèles 400 .

Montant alloué à chaque école $ 1.700 .

Le reste de l'allocation serait partagé entre les deux écoles spéciales de l'Assomption et de Sainte Aune, à certaines conditions, par exemple, le nonibre des professeurs, un programme, un jardin d'expérimentation, un musée de collections pour les démonstrations de l'enseignement, un cahier d'annales tous les ans, enfin l'ebligatien de recevoir gratuitement 5 élèves de 3me année de l'école normale choisis parmi ceux qui voudraient suivre la carrière agricole,

Ce plan offre à la fin de chaque année un résultat certain et tangible. Les écoles normales ont un bon cours théorique d’a. griculture, et pratique d'horticulture, avec une bibliothèque. et un musée suffisant, se complétant tous les ans. Les écoles spéciales ont tout ce qu'il faut. ÿ Compris surtout la publi cité, pour donner un enseignement fort sur la théorie comme sur la pratique agricole, Le public est tenu au fait de tous les

rogrès réalisés, Une grande émulation est la conséquence de fa publicité donnée aux travaux des écoles. La voie du progrès s'élargit indéfinitivement. L'imtiative privée reçoit l’encouragement qui lui est dû, et le but de la législature est pleinement atteint,

Observations générales.

Grâce à la courageuse initiative du chef du Gouvernement canadien de notre province de Québec, l'Hon. M. Chauveau, un grand parti agricole vient de se former au sein même du parlement, Il à affirmé son existence d'une manière non équivoque en votant des sommes considérables, pour l'enseignement de l’agriculture dans les écoles de divers dégrés. Ce parti qui compte beaucoup de représentants. de l’agriculture militante 4 Compris avec un merveilleux instinct que l’amélioration du

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œl et la prospérité de l’agriculture nationale devaient être les instruments les plus puissants de la régénération que tout canadien doit poursuivre, au milieu des nationalités étrangères qui l’environnent. Applaudissons vivement, et faisons des vœux pour que ce beau mouvement soit sagement dirigé, et ne soit pas poussé à des essais hasardeux dont l’insuccès pourrait compromettre gravement la cause agricole. A l'heure qu'il est le même mouvement s'opère en France pour généraliser le goût des choses rurales au moyen de l'instruction publique. Il importe donc au snprême dégré de suivre pas à pas tout ce qui s’y fait. L'expérience de nos frères d'outre-mer nous est nécessaire. Ils sont plus avancés que nous sur une infinité de choses. Sachons mettre à profit tout ce qu'ils font de bien : sans oublier toutefois de tenir bon compte de la différence des lieux et surtout des moyens d'exécution. C’est donc une étude qu'il faut d’abord faire à tête reposée, puis discuter dans la presse et ailleurs. Après cela on pourra marcher. L'administration inspirera d'autant plus de confiance qu'elle admettra dans ses cone seils des hommes compétents et qui ont vieilli sous le harnais. Des commissions ou comités uniquement composés d'hommes étrangers à l’enseignement et surtout à la pratique agricole, n'ayant jamais vécu de la vie réelle de la campagne, inspireraient une juste défiance au public ici comme en certains pays d'Europe, “ où les réunions autour d’un tapis vert sont pas ‘€ sées à l’état d’épouvantail, ct n’ont eu d'autres résultats que “ de produire de la haine pour les légistes et les hommes « de bureau. ”’

Notre Gouvernement saura se mettre en garde contre des illasions d'autant plus séduisantes qu'elles flattent l'orgueil national, et qu’elles promettent dans un avenir très-prochain des résultats fabuleux.

F. Picore, Ptre.

Collége de Ste. Anne, 24 février 1868.

N. B.—-Ces réponses ont été envoyées à qui de droit le 24 février.

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