‹ Examen de conscience a l'occasion de la guerre d'Orient par le comte de FicquelmontChapitre 7 sur 17 · ACTION DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CONSCIENCE

Un homme entre dans l'habitation d'une famille qu'il sait être dans le besoin ; il n'y trouve personne; il dépose sur une table un secours pécuniaire. II pourrait, à son gré, faire cette action secrètement ou publiquement; elle ne pourrait lui mériter que des remerciments ou de l'approbation. Si de pareilles actions lui étaient habituelles, sa conscience pourrait ne pas en conserver le souvenir; elles se confondraient toutes dans une seule et même pensée, celle d'une active bienfaisance. Le double caractère des actions de cette nature est qu'elles pourraient être faites publiquement, et que l'homme qui les a faites peut facilement oublier chacune d'elles.

Un autre homme cherche l'occasion d'entrer furtivement dans une habitation ; il trouve cette occasion ; il en profite pour enlever avec plus ou moins de difficultés une somme d'argent et d'autres objets précieux. Il prend pour sortir la même précaution qu'il avait prise pour entrer. Personne ne l'a vu. Il s'empresse de cacher avec le plus grand soin les objets qu'il a volés ; il n'en use que de manière à pouvoir toujours cacher l'origine de la possession. Il ne lui sera jamais possible d'oublier

celle action, car jamais ne pourront cesser les soins que le sentiment de sa propre sûreté le condamnera toujours à prendre. Sa conscience fera pour lui, sans repos ni relâche, le service d'une sentinelle de sûreté. Un autre exemple.

Un homme charitable sait qu'une pauvre famille manque des moyens de chauffer une habitation que le froid et l'humidité rendent pernicieuse à la santé; il y fait conduire du combustible. Il n'a aucune raison de le faire secrètement, mais il le fait en gardant l'anonyme; il ajoute au bienfait la modestie du donateur; ses charités sont si nombreuses que souvent il n'en garde pas le souvenir.

Un autre homme cherche à amasser secrètement, dans un endroit reculé d'une habitation, des matières combustibles; il attend, de nuit, une occasion pour y mettre le feu. Un incendie éclate et consume non-seulement cette habitation, mais aussi plusieurs maisons adjacentes. Les preuves du crime sont découvertes; on cherche l'incendiaire; on ne le découvre pas, quoiqu'il soit resté témoin du feu qu'il venait d'allumer. Les motifs de l'action de cet homme pourraient être de causer un grand désordre qui lui donnerait occasion de dérober des effets que l'on chercherait à sauver du feu, ou il voudrait exercer une vengeance particulière, ou bien il était entraîné par ce sentiment de haine envieuse qui excite souvent le pauvre contre le riche.

La préméditation d'un crime exige la préparation des

moyens d'exécution. La complication de ces moyens, en ouvrant à la justice diverses voies pour découvrir le criminel, condamne celui-ci à une vie continuelle d'angoisse et d'inquiète précaution. Soit par suite d'un remords véritable, soit par le sentiment d'un danger perpétuel, le souvenir du crime ne quitte plus un seul instant le criminel.

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