IV. — Sommet de Nacht, milieu, œil gauche
{ Lepsius , œil droit vaut mieux dans notre hypothèse. )
Le Serpcnlaire à 70** environ au-dessus de l'horizon au levant.
Nacht, ne serait- il pas Esculape le dieu de la santé, avec ses attributs, son bâton merveilleux et son serpent? ne pourrait-on pas voir dans les plumes ou la coiffure de Nacht, la Couronne boréale?
Nota. Mesori manque ainsi que les épagomènes.
Nous devons déclarer qu'il y a tant de négligences inexcusables, tant d'anomalies inexplicables dans cette production de l'astronome égyptien, que nous ne pouvons accorder ni une grande valeur astronomique à ce document, ni une grande considération à son auteur. Voyons cependant jusqu'où peut aller l'indulgence;
La simplicité des symboles a souvent permis d'écrire l'un pour l'autre.
Souvent on a écrit la droite pour la gauche, l'orient pour l'occident, et réciproquement. Quelques erreurs de ce genre ont été signalées par M. Biot; d'autres peu\enl être attribuées aux dessinateurs de notre époque , puisqu'ils ne sont pas toujours d'accord entre eux. Cela peut s'expliquer par l'analogie des signes hiéroglyphiques, qui représentent la droite et la gauche, le levant et le couchant.
Lorsque nous voyons dans la seconde quinzaine de thoth, Sothisù
la 12« heure de la nuit, avec la désignation swr le bras gauche, nous substituons sans hésiter droite gauche (l'étoile est au-dessus du bras droit du personnage accroupi), et nous reconnaissons là un lever héliaque de Sirius comme M. Biot, mais au moyen du complément nécessaire suivant nous, sur le bras droite signifiant à Vhorizon du levant : sans cela le tableau pourrait appartenir à une autre époque que l'an 1240 av. J. C. On trouve la même désignation, et on fait la même correction à la l'« heure de la 150» nuit, après la 12* heure de la 2* quinzaine de thoth, c'est-à-dire le 16-15 méchir. C'est un lever vespertinal. A la 10" heure de la 2' quinzaine de paophi nous trouvons Sothis sur le bras droit, suivant Lepsius ; et à la 5» heure de la 2« quinzaine de choiack , encore Sothis sur le bras droit : c'est bien ; mais ce n'est pas assez ; il devrait y être toujours, ou à peu près, si nous avons bien jngé l'intention de l'astronome égyptien, de signaler toujours la même constellation, à la même place dans le ciel, par rapport à l'horizon, comme nous l'avons dit, p. 18, bien qu'à des heures différentes.
Comment donc expliquer l'anomalie, lorsque cela n'arrive pas? suivant que l'observation aura été faite au commencement ou à la fin de l'heure, car il ne faut pas entendre par heure un instant indivisible, on peut admettre un écart au plus de 25»; on peut y ajouter encore 15° pour l'avance que les jours prennent quelquefois sur les heures, ainsi que nous l'avons exposé ci-dessus. C'est là un maximum de 40° infranchissable, qui ne permet pas de transporter Sothis de l'horizon au méridien, comme on le lit à la 6* et à la
2* heures.
Il est plus facile de dire du tableau des tombeaux des Rois , ce qu'il n'est pas, que ce qu'il est... Ce n'est pas une représentation générale du ciel, puisqu'il y a au plus 20 constellations; ni un zodiaque, ni les astérismes caractéristiques des équinoxes et des solstices à une époque déterminée. Ce n'est pas, avons-nous dit, un calendrier astrologique.
On peut y voir l'intention de constater l'heure à laquelle certains astres, vus une première fois, dans une certaine situation par rapport à l'horizon, s'y retrouvaient de 15 en 15 nuits. Mais ce n'est pas une représentation des levers héliaques successifs des astres qui dans chaque colonne se trouvent à la 12« heure de la nuit. Peut-on croire, quand l'auteur s'exprime comme il suit, par exemple, à la 12« heure de la nuit du 16-15 paophi, les étoiles de l'eau au milieu, qu'il ait l'intention de désigner ces étoiles à l'horizon? Non : il dit. très-intelligiblement qu'à cette 12" heure ces étoiles
étaient au méridien (1). El en effel , nionlcz le j^lobe à celle heure, et vous trouverez les pléiades et les hyades près du méridien.
Elles s'y trouveront dans toutes les quinzaines successives, en suivant les heures par une marche rétrograde.
Une persistance semblable de désignation au milieu existe pour rOie , et aux jours et heures indiqués on trouve le Cygne sous le méridien y ou seulement un peu à droite ou un peu à gauche (2). Les mêmes circonstances se présentent pour les deux plumes de Nacht, et pour son marchepied. Notons que le Cygne et la Couronne (coiffure de nacht) sont des constellations boréales qui s'écartent peu du méridien élant voisine du pôle. Voilà bien des témoignages à l'appui de notre hypothèse : mais nous ne saurions dissimuler, ni expliquer les nombreuses anomalies que l'on rencontre dans les dispositions des astérismes et l'écart où ils se trouvent souvent des places qui leur appartiennent. Toutefois, si les écarts qui, avons-nous dit, ne peuvent aller au delà de 40°, n'expliquent pas le passage d'un astérisme, d'un horizon à l'horizon opposé, ou môme au méridien , il n'en est pas de même de ceux bien moindres observés au méridien, ou près de là, c'est-à-dire au milieu^ à Vœil droit ou à Vœil gauche. De ces dernières observations, au milieu, il y en a beaucoup plus que d'autres; et cela se conçoit; car dans un pays accidenté comme la Vallée des tombeaux des rois, un passage au méridien est plus facile à juger qu'un lever.
(1) Au méridien, pris pour au milieu, GeUe traduction peut-elle laisser quelque incertitude? Quand on a parlé d'astres, à droite et à gauche , c'est-à-dire au levant et au couchant, si l'on en désigne un au milieu ^ cela ne veut-il pas dire, bien clairement, à égale distance des points de l'horizon où l'astre se lève et se couche? Ce n'est pas absolument le milieu du ciel, ou le zénith, qui a son expression spéciale dans le langage hiéroglyphique; mais une ligne passant par ce point milieu et par les pôles, ligne qui détermine le milieu de la nuit comme le milieu du jour.
En se renfermant dans l'hypothèse de M. Biot, qui voit toujours les astres à leurs levers héliaques, quelques savants ont pensé que, parle milieu, il fallait entendre le point mathémathique, cardinal, orient, à l'horizon; et par droite ou gauche, les écarts vers le nord ou le sud sur cet horizon. Pour renoncer à cette idée^ il suffit de se rappeler qu'une étoile fixe, pour une même latitude, se lève toujours à la même place, et qu'il n'y avait aucun intérêt à le répéter sans cesse pour chaque astérisme. Dans notre hypothèse, cette constance dans la position de l'astre est un résultat cherché et obtenu par la compensation entre les progrès des quinzaines et la rétrogradation des heures des observations.
(2) Sur aucun zodiaque on ne voit d'oiseau qu'à la place où l'astronome égyptien a observé VOie.